‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 111 sur 167 · MÉCANISME DU MOUVEMENT OU BATTEMENT DES ARTÈRES · texte numérisé non relu

MÉCANISME DU MOUVEMENT OU BATTEMENT DES ARTÈRES

SU

I. La question générale du mécanisme du mouvement des artères se divise en deux questions particulières : la première, relative à la cause qui détermine ce mouvement; et la seconde, relative au r20de selon lequel il s'opère.

IT. Pour plus de clarté, je traiterai ces deux questions l'une après l’autre. Je commence par celle qui se rapporte à la cause.

$ IL

Cause physique du mouvement des artères.

L. Galien attribuait cette cause, comme chacun sait, à une prétendue /aculté pulsifique, dérivée du cœur par les tuniques des artères; et voici l'expérience sur laquelle il fondait son opinion.

(1) Mémoire lu à l'Acad, roy. des sciences, le 23 janvier 18357.

IT. Une artère étant ouverte par une incision longitudinale, Galien introduisait un tuyau dans l’intérieur de cette artère : illiait ensuite les tuniques de l'artère par-dessus le tuyau ; et aussitôt, quoique le sang continuât à couler dans toute la partie de l'artère inférieure à la ligature, le battement de l'artère n'en cessait pas moins, selon Galien, dans toute cette partie(1).

LIL. Cette expérience ingénieuse n’a contre elle que de n'être pas exacte. Je l'ai répétée bien des fois, et après bien des physiologistes (2), et toujours, et comme eux, avec un résultat complétement inverse de celui de Galien.

J'ai mis, sur plusieurs moutons, l'aorte abdominale à nu; je l'ai ouverte par une incision lonsitudinale; j'ai introduit un tuyau de plume (3) dans sa cavité; j'ai lié les tuniques de l'artère pardessus le tuyau; j'ai même, dans la plupart des cas, coupé totalement l'artère, dont les deux bouts se trouvaient alors séparés par un tuyau intermédiaire, fixé à chaque bout par uue ligature ;

(1) Galien : An sanguis in arteriis natur@ 'contineatur, ch. VIII,

(2) Surtout Vieussens. M. Magendie l'a aussi répétée, mais dans d’autres vues. (Précis élémentaire de physiologie, t. I, 2e éd., p. 266.)

(3) Vu le diamètre de l’aorte abdominale du mouton, je me

suis servi, pour ces expériences , de tuyaux de plume d’oie.

et constamment j'ai vu le sang traverser le tuyau, passer dans la partie postérieure ou inférieure de l'artère; et cette partie inférieure, et toutes les artères qui en dépendent, les artéres crurales, les artères de la jambe, celles du pied, continuer de battre.

L'expérience de Galien n'est donc pas exacte; et la facullé pulsifique qu'il imagine sur cette expérience même, et sur cette expérience seule, n'est qu'un vain mot.

IV. Harvey est le premier qui ait montré clairement, dans l'effort impulsif du sang poussé par les contractions du cœur, la cause directe du mouvement des artères. |

De cette expérience si simple dans tinubllé il suffit d'interrompre le cours du sang par une ligature pour suspendre le battement dans toute l'étendue de l'artère inférieure à la ligature, et de supprimer la ligature pour restituer tout à la fois et le cours du sang et le battement de l'artère, il concluait que le batternent de l'artère n’est donc que l'effet du cours ou de l'effort du sang.

Et de ce fait pathologique qu'il avait eu occasion d'observer, fait remarquable où, malgré l'ossification complète de l'aorte et des crurales, dans une certaine étendue, il avait vu néanmoins toutes les artères inférieures, même celles du pied, continuer de battre, il concluait que le battement

DES ARTÈRES. 371 des artères ne venait donc pas du cœur par leurs tuniques, quoi qu'en eût dit Galien, puisque l’ossification de ces tuniques, c'est-à-dire leur 2nterruption, n'avait pas empêché ce battement de survivre.

V.On s'étonne que des idées si nettes n'aient pas détourné Lamure de chercher ailleurs la cause physique du battement des artères, et de la placer dans le soulèvement de l'artère, déterminé par le soulèvement du cœur. R

Lamure commence par élever quelques objections contre le fait observé par Harvey. D'abord, dit-il, Harvey ne parle du battement des artères placées au-dessous de lossification, que comme d'un fait dont il se ressouvient; et, en second lieu , ajoute-t:il, il n'a pas constaté la circonstance (seule essentielle, en effet, par rapport à la théorie de Lamure) de l'inmobilité de la portion d’artère ossifiée.

VE. Cependant rien n'est plus aisé que de reproduire le fait d'Harvey, du moins quant à son résultat mécanique, seul résultat à considérer ici, et de le reproduire avec la circonstance d'innobélité exigée par Lamure.

Si , après avoir Coupé transtérsalétient l'aorte ésinale sur un mouton, comme je le disais tout-à-l'heure, on en rejoint les deux bouts par un

tuyau intermédiaire, fixé à chaque bout par une ligature, on n’a qu'à comprimer, qu’à fixer alors ce tuyau contre le corps des vertèbres, pour interrompre tout soulèvement des artères inférieures par le soulèvement du cœur; et toutefois, le battement de ces artères inférieures n'en continue pas moins, ainsi que je l'ai constaté à plusieurs reprises ; et, par conséquent, ce n'est pas du soulèvement des artères par le soulèvement du cœur que ce battement dérive.

VIL Lamure ne se bornait pas aux objections que je viens de rapporter contre le fait d'Harvey; il s'appuyait, en outre, pour combattre la théorie de l'effort ümpulsif du sang , sur l'expérience suivante. |

Il interceptait une portion d'artère, pleine de sang, entre deux ligatures; et comme il voyait cette portion d'artère se mouvoir encore, ou, plutôt (ce qu'il ne distinguait pas et dont la distinction faisait pourtant tout le fond de l'expérience) être mue par la portion supérieure de l'artère à laquelle elle tenait, prenant ce mouvement communiqué pour un mouvement propre, il concluait que l'effort impulsif du sang n’était donc pas nécessaire pour que l'artère se mût, et conséquemment que ce n'était pas de cet effort que ce mouvement dépendait.

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