VI. J'ai répété bien souvent ces expériences
Elles me paraissent démontrer que les lobes cérébraux ne sont le siége ni du principe immédiat des mouvements musculaires, ni du principe qui coordonne ces mouvements en marche, saut, vol ou station. Mais elles me-paraissent également démontrer qu'ils sont le siége exclusif de la volition et des perceptions.
Quant à la volition, il suffit sans doute fe constaté que, les lobes cérébraux retranchés, il n'y a plus vestige de volonté; et quant aux perceptions, je prie que l'on me permette de revenir sur quelques circonstances des faits précédents.
VII. Un seul lobe cérébral enlevé, l'animal perd incontinent la vue de l'œil opposé : les deux lobes enlevés, il perd la vue des deux yeux.
La contractilité de l'iris n'en persiste pourtant pas moins encore. Pour peu même qu'on irrite la conjonctive, ou les nerfs optiques, ou les tubercules bijumeaux (1), cette contractilité devient convulsive.
Je ne conçois pas de fait plus propre à montrer,
(1) Bijumeaux, car il s’agit plus particulièrement, en ce lieu,
ca
de mes expériences sur les oiseaux.
dans tout son jour, la coïncidence singulière de la perte des perceptions avec la conservation ou l'exaltation même du mouvement.
Il y a tout ensemble, comme on voit, dans ce fait, convulsibilité de iris et perte de la vision. C'est que la vision n’est ni dans les contractions de l'iris, ni même dans les sensations de la rétine ou du nerf optique. Ces contractions et ces sensations n’en sont que des conditions. La vision est tout entière dans la perception des sensations de la rétine et du nerf optique, ou plutôt elle n'est que cette perception même.
Or, le principe de cette perception és bien dans les lobes cérébraux; mais le principe de la contractilité de l'iris, pas plus que celui de la sensibilité du nerf optique ou de la rétine, n'y réside pas. Lé retranchement des lobes cérébraux doit donc abolir la vision sans éteindre ni la sensibilité de la rétine, ni l'excitabilité des nerfs optiques, ni conséquemment la contractilité de l'iris.
VILL. Parecillement, un seul lobe enlevé, l’animal conserve le souvenir; les deux lobes enlevés, il le perd.
Un seul lobe enlevé, il entend ; les deux lobes enlevés, il n'entend plus.
Il veut quand il conserve encore un lobe; il ne veut plus quand il l'a perdu.
La mémoire, la vision, l'audition, la Dia,
en un mot toutes les perceptions, disparaissent avec les lobes cérébraux. Les lobes cérébraux sont donc l'organe unique des perceptions.
Expériences relatives à la détermination du rôle et des fonctions du cervelet,
Je passe à l'examen des autres parties de la masse cérébrale.
I. J'ai supprimé le cervelet par couches successives, sur un pigeon. Durant l'ablation des pre-. mières couches, il n'a paru qu'un peu de faiblesse et de manque d'harmonie dans les mouvements.
Aux moyennes couches, il s'est manifesté une agitation presque universelle, bien qu'il ne s'y mélât aucun signe de convulsion : l'animal opérait des mouvements brusques et déréglés; il entendait et voyait. |
Au retranchement des dernières couches, l’animal, dont la faculté de sauter, de voler, de marcher, de se tenir debout, s'était de plus en plus altérée par les mutilations précédentes, perdit entièrement cette faculté.
Placé sur le dos, il ne savait plus se relever. Loin de rester calme et d'aplomb, comme il arrive
aux pigeons privés des lobes cérébraux, il s’agitait follement et presque continuellement, mais il ne se mouvait jamais d'une manière ferme et dé-. terminée.
Par exemple, il voyait le coup qui le menacait, voulait l'éviter , faisait mille contorsions pour l'éviter, et ne l’évitait pas. Le plaçait-on sur le dos, il n’y voulait pas rester, s'épuisait en vains efforts pour se relever, et finissait par y rester maloré lui.
Finalement, la volition, les sensations, les perceptions, persistaient : la possibilité d'exécuter des mouvements d'ensemble persistait aussi ; mais la coordination de cés mouvements en mouvements de locomotion, réglés et déterminés, était perdue. |