‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 26 sur 167 · IL. Je retranchai le cervelet d'un autre pigeon · texte numérisé non relu

IL. Je retranchai le cervelet d'un autre pigeon

Arrivé aux couches moyennes, je touchai la moelle allongée, et il y eut un trémoussement convulsif.

Ce trémoussement dissipé, je continuai mon opération. Les mouvements désordonnés ét impétueux reparurent aux mêmes couches que dans l'expérience précédente. L'animal perdit de même la faculté de se tenir en équilibre, de marcher et de voler : il était dans une agitation presque continuelle: il voulait et se mouvait, mais il ne se mouvait jamais comme il le voulait.

IL. Je perçai de part en part, avec une aiguille, sur un troisième pigeon, toute la région supérieure du cervelet : nul indice d’excitabilité, mais faiblesse, indétermination, et léger manque d'harmonie dans les mouvements.

Je pénétrai plus avant : la faiblesse, l'indétermination, le manque d'harmonie des mouvements, s'accrurent.

J'arrivai aux dertières couches: l'animal perdit presque entièrement l'équilibre ; ses mouvements étaient indécis , son agitation Pr continuelle.

IV. J'enlevai, sur un quatrième pigeon, les couches supérieures du cervelet. Cette mutilation opérée, l’aninal voyait et entendait très bien; il se tenait aussi debout, marchait et volait, mais d'une manière indécise et mal assurée.

Je continuai mes retranchements: l'équilibre s'abolit presque entièrement. L'animal avait toute la péine du monde à se tenir debout, et encore n'y parvenait-il qu'en S'appuyant sur ses ailes et sur sa queué. Lorsqu'il marchait, ses pas chancélants et mal äffermis lui donnaient tout-à-fait l'air d’un animal ivre ; ses ailes étaient obligées de venir au secours de ses jambes, et, maloré ce secours, il lui afrivait souvent dé tombér et de rotler sur lui-même.

lo MOUVEMENTS

Au retranchement des dernières couches, toute espèce d'équilibre, c'est-à-dire toute harmonie entre les efforts, disparut. La marche, le vol, la station, furent totalement anéantis ; mais, ce que j'engage à bien remarquer, la volition de ces mouvements, et des tentatives réitérées pour les exécuter, n'en persistèrent pas moins toujours.

V. Je retranchai le cervelet sur un cinquième pigeon, par couches successives extrêmement minces, afin de suivre, jusque dans les derniers détails, tous les degrés et toutes les nuances par lesquels ce retranchement graduel devait faire passer mon pigeon d'un équilibre parfait à l'abolition complète du vol, de la marche et de la station.

C'est une chose surprenante de voir l'animal, à mesure qu'il perd son cervelet, perdre graduellement la faculté de voler, puis celle de marcher, puis enfin celle de se tenir debout.

I n’y a pas jusquà cette faculté de se tenir debout qui ne s’altère petit à petit avant de se perdre complétement. L'animal commence par ne pouvoir rester long-temps d'aplomb sur ses jambes, il chancelle presque à chaque instant ; puis ses pieds ne suffisent plus à la station, et il est obligé de recourir à l'appui de ses ailes et de sa queue; enfin, toute position fixe et stable devient impossible : l'animal fait d'incroyables ef-

DE LOCOMOTION. A1 forts pour s'arrêter à une pareille position, et il n'y peut réussir.

La faculté de marcher s'évanouit également par degrés. L'animal conserve encore, d'abord, une démarche chancelante, et tout-à-fait comparable à la démarche bizarre de l'ivresse, puis il ne marche qu'avec le secours de ses aïles, et puis il ne sait plus marcher du tout.

On peut à volonté, par äes coupes ménagées, ne supprimer que le vol; ou supprimer le vol et la marche; ou supprimer tout à la fois le vol, la marche et la station. En disposant du cervelet, on dispose de tous les mouvements coordonnés de locomotion, comme, en disposant des lobes cérébraux, on dispose de toutes les perceptions.

Le pigeon sur lequel j'étudiais ces singuliers développements n'éprouva, au retranchement des premières couches, qu’un peu de faiblesse et d’hésitation dans ses mouvements.

Je remarque ici, par rapport à la faiblesse, que le moment de la mutilation est toujours le moment où elle est le plus marquée, et qu'ensuite elle va diminuant de plus en;plus jusqu’à une nouvelle mutilation.

Aux moyennes couches, mon pigeon voyait et entendait très bien ; il ne se plaignait aucunement; son air était gai, sa tête alerte.

À sa bonne mine, personne n'eût assurément imaginé qu'il lui manquait déjà plus de la moitié dé son cervelet ; mais, en revanche, sa démarche était très chancelante et très agitée; et bientôt il ne marcha plus qu'avec le secours de ses ailes.

Je continuai mes retranchements; l'animal perdit totalement la faculté de marcher. Ses pieds ne suffisaient plus à la station, et il ne parvenait à se soutenir qu appuyé sur ses coudes, sa queue ét ses ailes. Souvent il cherchait à s'envoler ou à marcher ; mais ces tentatives inefficaces se bornaient à rappeler, sous plus d'un rapport, les preiniers essais de vol et de marche que font les petits oiseaux au sortir du nid:

Le poussait-on en avant, il roulait sur sa tête ; én arrière, il roulait sur sa queue.

Je portai plus loin encore mes retranchements. L'animal perdit jusqu'à la faculté de se tenir appuyé sur ses coudes, sa queue et ses ailes. Il roulait continuellement sur lui-même sans pouvoir s'arrêter à une position fixe.

À force de rouler ou de se débattre, il finissait par s'épuiser; et, rendu de fatipue, il sardait alors un moment la position que le hasard lui avait donnée : tantôt il restait à plat sur le ventre, et tantôt sur le dos. |

Cette position sur le dos, quélqué pénible

DE LOCOMOTION. 43 qu'elle lui fût, et quelques efforts qu'il fit pour sen dégager, il était DORE réduit à la garder,

parce qu'il ne savait plus s’en tirer.

Du reste, il voyait et il entendait très He Durant son repos, la moindre menace, le moindre bruit, la plus légère irritation, rouvraient la scène tumultueuse de ses contorsions.

Mais au milieu de toutes ces contorsions si déréplées, si fougueuses, si pétulantes, il n’y avait pas Îe moindre signe de convulsion.

"VLLes conséquences du retranchement du cervelet varient un peu selon les classes; on trouvera ci-après un tableau comparé de ces variations. Je commence par indiquer les effets obtenus sur une classe donnée; je comparerai ensuite ces effets aux effets obtenus sur les autres classes.

& VI

Expériences relatives à la détermination du rôle et des fonctiôns

. des tubercules bijumeaux (7).

[. J'enlevai, sur un pigeon, un seul des deux

tübercules bijumeaux. Ce retranchement fut ac-

(1) Ces tubercules sont doubles dans les vertébrés ovipares les oiseaux, les reptiles, etc. ) et quadruples dans les mammifères. C’est pourquoi je les nomme tantôt bijumeaux ét tantôt quadriju-

meaux,

44 MOUVEMENTS compagné d’un trémoussement convulsif général, mais qui dura peu.

L'œil du côté opposé perdit sur-le-champ la vue; mais l'iris de cet œil resta long-temps encore mobile.

L'animal se tenait debout, marchait, volait, entendait, et poussait des gémissements.

Il tournait souvent sur lui-même, et particulièrement sur le côté du tubercule enlevé; il voyait aussi très bien de l'œil de ce côté.

L'irritation et la douleur produites par mon opération étant dissipées , l'animal resta calme et parfaitement d'aplomb sur ses jambes (1).

IT. J'enlevai, sur un autre pigeon, le tubercule bijumeau gauche; il y eut également des trémoussements convulsifs généraux, perte de la vue de l'œil opposé, contractilité de l'iris persistant encore dans cet œil, et tournoiement de l'animal, principalement sur le côté du tubercule enlevé.

Je voulus m'assurer si ce tournoiement ne tenait pas uniquement à la perte de la vision dans

(1) Le retranchement d'un seul tubercule bijumeau, comme celui d’un seul lobe cérébral ou d’un seul côté du cervelet, s'accompagne d’abord d’une faiblesse marquée dans le côté opposé à la partie enlevée. Je néglige à dessein d’insister ici sur cet effet croisé, dont on trouvera, dans un autre chapitre, la cause et les

Jimites.

DE LOCOMOTION. 45 un œil. Je bandai donc un œil à plusieurs pigeons : ces pigeons tournérent en effet, d'abord presque tous, sur le côté de l'œil non bandé, mais bien moins brusquement et bien moins de temps que le pigeon mutilé.

Ce pigeon, ainsi que le précédent, voyait très bien de l'œil du côté du tubercule enlevé; il entendait, marchait, volait et se tenait d’aplomb comme à l'ordinaire. À

IE. Je rétranchaï successivement, sur un troisième pigeon, les deux tubercules bijumeaux.

Les trémoussements convulsifs furent beaucoup plus violents et beaucoup plus prolongés après cette double extirpation qu'après l'extirpation d'un seul tubercule.

Au retranchement du tubercule droit, l'animal pérdit la vue de l'œil gauche ; et à celui du tubercule gauche, il perdit la vue de l'œil droit. La contractilité persistait dans l'iris des deux yeux.

La station, la marche, le vol, persistaient aussi. L'animal tournait souvent sur lui-même, puis il restait calme ét d’aplomb, et puis il recommençait à tourner encore.

Tout cela se faisait spontanément. Quand dans sa marche l'animal rencontrait un obstacle, il le heurtait d'abord; mais à peine avait-il besoin de le toucher pour le deviner; ct dès qu'il l'avait

touché, ou il s’arrétait, ou il s'en détournait avec une adresse et avec des précautions infinies. Il n'avançait jamais qu'avec une extrême circonspection. et presque toujours il revenait à tourner sur lui-même. |

[V. On a vu qu'immédiatement après l'extirpation d’un seul tubercule la vision est perdue de l'œil opposé; et qu'après l'extirpation des deux tubercules, la vision est perdue des deux yeux.

Mais on a vu aussi que la contractilité de l'iris survit plus ou moins long-temps à la perte de la vision. Ce fait est remarquable; il montre que l'ablation des tuberbules n'agit sur les nerfs optiques que comme agissent sur les autres nerfs les sections ou les ligatures.

En effet, c’est par les tubercules bijumeaux que les nerfs optiques communiquent avec les lobes cérébraux. Ges tubercules enlevés, la vision . doit donc être immédiatement abolie, mais non l'excitabilité des nerfs optiques, parce qu'une mutilation incomplète des tubercules ne détruit pas toutes les racines de ces nerfs; la section seule de ces nerfs abolit complétement la contractilité des iris (1).

(1) Les nerfs optiques survivant, du moins en partie, à une

mutilation iucomplète des tubercules, la contractilité des iris doit

survivre aussi; mais la section complète des nerfs optiques, comme

V. Pour obtenir les effets des tubercules bi- Jumeaux dans toute leur pureté, il re faut pas en pousser l'extirpation jusqu'à leurs racines; car ces effets se compliquent alors des effets de la moelle allongée.

J'enlevai, sur un pigeon, jusqu'aux dernières couches des tubercules : il survint des convulsions violentes et prolongées. Je pénétrai plus avant : les convulsions se renouvelérent et s’accrurent; mais, ce qu'il y avait de remarquable, c’est qu'au milieu de cet état convulsif universel, la contractilité des iris était complétement abolie.

L'animal vécut très long-temps dans cet état.

VI. Je piquai la moelle allongée d'un pigeon : il y eut des convulsions universelles. Ces convulsions s’opposaient à tout équilibre durable, et l'animal ne pouvait plus conséquemment ni marcher, ni voler, ni se tenir debout.

VIL. Je déchirai la moelle allongée d’un autre pigeon : l'animal mourut dans des convulsions

violentes.

a section complète des tubercules, abolit complétement la contractilité des iris (”). (*) Ce fait à été nié. J'ai répété mes expériences sur plusieurs pigeons.

Chaque fois que j'ai pincé le nerf optique, Piris s’est vivemert contracté ; chaque fois que je l’ai coupé , l’iris a élé paralyré.

$ VIL

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