I. En résumant tout ce qui précède, on voit
1° Que les lobes cérébraux, le cervelet, les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux, la moelle lombaire, la portion inférieure de la dorsale, n'interviennent point directement dans la respiration ; | |
9° Que la moelle cervicale et la moelle costale y interviennent comme agents immédiats et déterminés de certains mouvements inspiratoires ;
3" Et que la moelle allongée y intervient seule comme premier mobile et comme principe régulateur. |
IL. Lorry et Le Gallois, conduits par des routes | diverses, avaient pourtant reconnu tous deux qu'il existe un point, dans la moelle épinière et
dans le voisinage de l'encéphale, dont la destruction anéantit sur-le-champ tous les mouvements inspiratoires. ï
L’un plaçait ce point entre les première et deuxième vertèbres du cou; l’autre le plaçait, plus exactement, vers l'origine de la huitième paire (1).
Mais nul ne se faisait une idée juste de la maniere dont il agit; l'un n'y voyait qu'un grand mystère de la puissance nerveuse (2); l’autre,
(1) La preuve évidente que ce n’est ni uniquement ni même précisément ‘parce qu’elle est l'origine de la huitième paire, que la moelle allongée est le premier mobile de la respiration , c’est que les deux nerfs de la huitième paire peuvent être coupés , et la respiration (quoique dès lors gênée et laborieuse) n'en subsister pas moins fort long-temps encore.
J'ai vu plusieurs animaux survivre jusqu'à six et sept jours à la section complète des deux nerfs de la huitième paire.
Le principe qui ordonne et détermine le mécanisme des puissances respiratoires n'est donc pas dans ces nerfs; car ils peuvent être détruits, et ce principe non seulement subsister , mais déterminer et ordonner encore, comme auparavant, le mécanisme et le Jeu des autres puissances respiratoires.
(2) Voici comment Le Gallois s'exprime: «..…. C'est principale- » ment en tant que l'entretien de la vie dépend de la respiration » qu'il dépend du cerveau; ce qui donne lieu à une grande diffi- » culté. Les nerfs diaphragmatiques, et tous les autres nerfs des » muscles qui servent aux phénomènes mécaniques de la respira- » tion, prennent naïssance dans la moelle épinière, de la même » manière que ceux de tous les autres muscles du tronc. Comment
» se fait-il donc qu'après la décapitation , les seuls mouvement:
qu'uné loi primordiale dé cette puissance (1), ce qui n'était encore qu’un mystère un peu différemment exprimé; nul enfin n'y voyait la source d'un ordre entier de mouvements; je veux dire de tous . les mouvements coordonnés de conservation.
S VL I. La respiration n'est pas, en effet, le seul
«“ inspiratoires soient anéantis, et que les autres subsistent (*) ? » C'est là, à mon sens , un des grands mystères de la puissance » nerveuse; mystère qui sera dévoilé tôt ou tard, et dont la décou- » verte jettera la plus vive lumière sur le mécanisme des fonctions » de cette merveilleuse puissance.» (Expériences sur le principe de la vie, etc., p. 36.)
(1) Voici ce que dit Lorry: « Coupant transversalement la moelle » de l'épine , en plusieurs endroits , je produisais, successivement, » différents degrés de paralysie. Quand je fus parvenu au cou, je » fus fort étonné de voir qu’en plongeant, ou un stylet, ou la » pointe d'un scalpel, sous l’occiput, j'excitais des convulsions, » et que , entre la deuxième et la troisième vertèbre, loin de pro- » duire la même chose, l'animal mourait presque sur-le-champ, et » que le pouls et la respiration cessaient absolument... etc. » (Académie des sciences, Mémoires des savants étrangérs , tom. IIT,
pag. 366 et 367.)
(*} Dans Le fait, la possibilité de tous les mouvements partiels, sous l'effet d’uné irritation extérieure , subsiste après la décapitation , puisque la moelle épinière , agent producteur de tous ces mouvements, subsiste ; muis il n’y a plus, comme je l’ai montré , ni mouvement spontané ni mouvement coordonné , puisque l'encéphale , Siége des parties qui cuordonnent, et déterminent lé mouvement , est perdu. Mais, du temps de Le Gallois, la délimitation entre les parties qui veulent, les parties qui coordoñnent , et les parties qui produisent le mouve-
ment , n’était pas encore fuite.
mouvement qui tire de ce point son premier mobile. Tous les mouvements dérivés de la respiration, le cri, le bâillement, etc., y puisent aussi leur premier principe.
IL. Je retranchai, sur un lapin, toutes les parties cérébrales, à l'exception de la moelle allongée: non seulement cet animal respirait bien encore; mais, quand on le pinçait fortement, il s'agitait et criait.
IIL. Je retranchai ,sur un autre lapin, la moelle allongée. L'animal perdit aussitôt la faculté de respirer, de crier, etc. : quelque violence que l'on mit à le pincer, il s’agitait bien encore, mais il ne criait plus.
IV. Certaines déjections alvines ou viscéralés, etc. (1), exigent, dans l'état naturel, comme chacun sait, le concours de plusieurs parties di- verses et éloignées. Or, tant que la moelle allonpée subsiste, ce concours s'opère; il ne s'opere plus dès qu'elle est détruite.
V. La moelle allongée est donc le premier mobile de l'inspiration, du cri, du bâillement, de certaines déjections; ou, en termes plus généraux, et comme Je lé disais tout-àl'heute, de tous les mouvements coordonnés de conservation.
(1) Le vomissement, l'expulsion des matières fécales , celle de
l'urine, etc.
I. J'appelle r#ouvement coordonné tout mouvement qui résulte du concours, de l’enchaînement, du groupement, si l'on peut ainsi dire, de plusieurs autres mouvements, tous distincts, tous isolés les uns des autres, et qui, groupés autrement, auraient donné un autre résultat total.
Ainsi, le saut, la marche, la course, la station, le vol, etc., sont des mouvements coordonnés; des mouvements résultant du concours de plusieurs parties distinctes, séparées, isolées; dont chacune peut agir seule et séparément, ou réunie à une, à deux, à trois, à toutes les autres, et produire divers effets selon ces diverses combinaisons.
IL. Pareillement, le mouvement del'inspiration, et tous les dérivés de ce mouvement, le cri, le bâillement, certaines déjections, etc., sont encore des mouvements coordonnés.
Pour inspirer, comme pour crier, comme pour bâiller, etc., il faut le concours d’une infinité de parties diverses : des muscles de la face, du larynx, de la poitrine, des épaules, du diaphragme, de l’abdomen, etc.
XIT. Et j'appelle ces derniers mouvements, mou-
vements de conservation, par opposition aux premiers, que désignent sibienles mots de mouvernents de locomotion. |
IV. La mécanique animale se compose donc de deux ordres de mouvements coordonnés, essentiellement distincts; et, chose non moins inouïe qu'admirable, ces deux ordres de mouvements dépendent de deux organes réguiateurs essentiellement distincts aussi.
De la moelle allongée dérivent tous les mouvements de conservation; du cervelet, tous les mouvements de locomotion. Et, ce qui n’est pas moins surprenant encore, c'est que la moelle épinière, agent immédiat de tous ces mouvements, n'est, cependant, ni le premier mobile, ni le principe régulateur d'aucun (1).
(1) Et ce qui ajoute le dernier trait à tout cela, c’est que ce n'est pas par les mêmes nerfs que la moelle épinière obéit au cer-
velet et à la moelle allongée. Je reviendrai sur ce point, dans le