‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 75 sur 167 · II · texte numérisé non relu

II

[. Sur un petit chien, âgé de sept à huit jours seulement, j'enlevai d'abord les lobes cérébraux ; la faculté de se tenir d’aplomb et de marcher, encore si imparfaite à cet âge, ne fut cependant point troublée. Le petit animal respirait d’ailleurs très bien et criait très fort quand on l'irritait.

Je retranchai le cervelet; toute faculté régulière de se mouvoir fut aussitôt perdue.

J'ôtai les tubercules quadrijumeaux ; l’animal continua à respirer, à sagiter quand on lirritait, et à crier quand on l'irritait violemment.

J’enlevai la moelle allongée, et la respiration fut éteinte,

Je laissai l'animal un quart d'heure dans cet

état; la circulation, quoique tout le sang fût devenu noir, survivait très bien.

Je détruisis alors, avec un stylet d'acier, toute la moelle épinière d'un bout à l'autre ; la circulation, qui ne charriait pourtant plus que du sang noir, survécut toujours; quarante minutes après, elle survivait encore.

IL. Je détruisis sur un autre petit chien, du même âge que le précédent, tout le système cérébro-spinal à la fois.

La circulation, quoique tout le sang fût devenu noir, survécut près de cinquante minutes à cette destruction , époque à laquelle, menaçant de s'éteindre, elle fut ranimée et prolongée par l'insufflation.

$ IV

[. Il était évident que plus on se rapprocherait du moment de la naissance , plus on obtiendrait, relativement au point de vue qui nous occupe, un succès constant et durable.

Je me procurai donc de petits chiens et de petits chats qui venaient à peine de naître, et cette fois-ci je n’usai plus du tout de l'insufflation.

IL. Sur l’un de ces petits chiens, je détruisis tout le système cérébro-spinal, tout d'un coup ; le sang devint tout aussitôt tout noir.

La circulation n'en survécut pas moins une heure trente-six minutes.

ll. Sur un autre petit chien, je détruisis de même tout le système cérébro-spinal; la circulation, à sang complétement noir, survécut de même plus d'une heure et demie.

IV. Sur deux petits chats, le système nerveux était détruit depuis plus d'une heure, et les carotides et les crurales battaient encore, d'une manière sensible, quoique, depuis plus d’une heure, elles ne continssent plus que du sang noir (1).

V. Toutes ces expériences sur la circulation ont été répétées un grand nombre de fois sur des lapins , des chiens, des chats, des cochons d'Inde, des poules, des pigeons et des canards; mais comme, par leur nature même, elles ne peuvent que se répéter absolument les unes les autres (à quelques légères différences près dans la durée des phénomènes), il serait tout-à-fait superflu d'en ajouter ici de nouvelles à celles qui précèdent. À

(1) Cette persévérance de la circulation à sang noir est un phénomène aussi constant qu'il est remarquable. On a vu que cette circulation subsiste jusqu’à une heure et une heure et demie, malgré la destruction totale du système nerveux. Elle subsiste plus long-temps encore quand la moelle épinière n’a pas été détruite : je l’ai vue survivre alors jusqu’à deux heures entières.

VL. Je me hâte d’avertir, en outre, que, lorsque je parle des dernières limites de la circulation, c'est toujours par l'état des carotides que je juge de ces limites.

En effet, la circulation se concentrant de plus en plus à mesure qu’elle s'éteint, c'est toujours par les carotides que ses derniersefforts apparaissent, le cœur pouvant battre long-temps encore aprés que la circulation est éteinte (1).

VIL Aïnsi donc, la circulation, soutenue par l'insufflation, survit. dans les animaux adultes, à la destruction totale du système nerveux; et, dans les animaux voisins de leur naissance, elle survit à cette destruction, même sans le secours de l’insufflation. La circulation ne dépend donc pas 1nmédiatement de ce système.

VIIL. Mais sa dépendance, pour n'être que médiate , n'en est pas moins réelle.

A mesure que la destruction du système nerveux s'opère, la circulation se concentre et s'affaiblit. D'abord, la circulation capillaire sous-

(1) Ainsi, dans les cas d'asphyxie, par exemple, tant que le battement des carotides persiste avec quelque force, on peut être sûr de rappeler l'animal à la vie : on n'y peut plus compter, au contraire , quand elles ne battent plus, quoique le cœur batte encore. C’est donc d’après l’état des carotides, et non d'après l'état du cœur qu'il faut juger de la circulation. Le Gallois paraît avoir in-

diqué le premier ce fait si important dans Ia théorie de l’asphyxie.

cutanée s'éteint; puis celle des vaisseaux les plus excentriques; il ne reste bientôt plus que la circulation des troncs voisins du cœur.

IX. Le système nerveux concourt donc à l’énergie et à la durée de la circulation: car, à mesure qu'il se détruit, elle s’affaiblit; et au bout d'un certain temps qu'il est tout-à-fait détruit, elle est tout-à-fait éteinte.

En second lieu, il concourt à cette énergie et à cette durée non seulement d'une manière générale et absolue, mais encore d'une manière spéciale et déterminée: car lorsqu'une région déterminée du système nerveux est seule détruite, cest toujours dans les seules parties correspondantes à cette région que la circulation se montre surtout affaiblie. Il y a donc une influence générale, c'est-à-dire de tout le système sur toute la circulation, et des influences locales et partielles des diverses régions de l'un sur les diverses régions de l’autre.

Enfin, dans tous les cas, la destruction complète du système nerveux affaiblit tellement l’ensemble de la circulation, que, quelque temps que la circulation vasculaire survive encore, la circulation capillaire sous-cutanée est toujours presque aussitôt éteinte.

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