IV. Un court résumé des paralysies observées nous offre
° Des paralysies distinctes du sentiment, du mouvement , de l'intelligence.
2° Des paralysies locales, c'est-à-dire bornées à une seule partie;
3° Des paralysies plus ou moins générales, soit d’une seule moitié du corps, soit dela seule région postérieure du tronc, etc. ;
4° Des paralysies situées du même côté, 'et d’autres situées du côté opposé à la lésion;
b° Enfin, des paralysies jointes à la stupeur ou perte d'intelligence, d’autres à la convulsion, d’autres à la perte d'équilibre,
V. Or, ilnest pâs une seule de ces paralysies dont les expériences précédentes n'offrent aussi des exemples.
On a vu des paralysies distinctes du sentiment et du mouvement, des paralysies locales, des paralysies bornées à un seul côté ou à une seule région du corps; on en a vu de situées du même côté, et d'autres du côté opposé à la lésion; on a vu produire enfin, comme à volonté, des paralysies jointes à la stupeur, ou à la pAFIS d'équilibre, ou à la convulsion.
VI. L'expérience reproduit donc tout ce que donne l'observation; et ce que ne donne pas toujours l'observation, c'est-à-dire la cause ou le siége interne des phénomènes externes, l'expérience le donne.
Tant de belles observations recueillies par tant de savants médecins, depuis Hippocrate jusqu'à nous, peuvent donc être regardées comme des expériences dès long-temps indiquées à la physiologie.
VIL. En tout genre, l'observation précède l’expérience , et la raison en est simple; c’est que l’observation est une expérience toute faite.
Mais, presqu’en tout genre, l'observation est insuffisante : elle est trop compliquée pour être comprise, trop bornée pour être féconde.
L'expérience décompose l'observation, et en la décomposant, la débrouille; elle joint les faits isolés par des faits intermédiaires, et en les joignant les complète, et en les complétant les explique. En un mot, l'observation avait commencé, l'expérience achève.
8. Dans l'étude des phénomènes naturels, il y a donc un temps pour l'observation, et il y en a un pour l'expérience.
On ne cherche d’abord qu'à constater ls Circonstances évidentes de ces phénomènes; l’ob-
servation suffit : on veut en pénétrer ensuite et la constitution intime et les ressorts cachés ; c’est le tour de l'expérience.
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Théorie des lésions de la tête par contre-coup.
I. En 1768, l'Académie royale de chirurgie proposa, pour la troisième fois, et pour sujet d'un double prix, la question suivante : « Éta- » blir la théorie des lésions de la tête par contre- » COUP, et les conséquences pratiques qu'on peut » en tirer (1). |
Sous une forme toute chirurgicale, ce sujet renfermait une question fondamentale de physiologie ; il la supposait même, jusqu'à un certain point, résolue.
Il est clair qu'on ne saurait établir, en effet, la théorie des lésions de la téte, ou, plus exactement, de l'encéphale, si on ne connaît déjà les propriétés et les fonctions des diverses parties dont cet organe se compose.
IL. La question nétait donc pas très clairement posée ; je crois quelle aurait dû l'être ainsi : Établir, par des expériences et par des observa-
(x) Prix de l’Acad. roy. de chirurg., tom. IV.
tions précises , les propriétés et les fonctions des diverses parties dont se compose l’encéphale, afin d'en déduire ensuite la théorie des lésions, soit directes , soit par contre-coup , de chacune de ces parles.
IT. La circonstance du contre-coup ne change effectivement rien à la question, du moins sous le point de vue qui nous occupe.
Qu'il y ait lésion par coup, ou par contre-coup, peu importe; le tout est qu'il y ait lésion, et, dès qu'il y a lésion, le tout est de reconnaître les signes qui la constatent, et de remonter par les signes jusqu'au siége : tout se réduit donc toujours à déterminer le siège d'une lésion cérébrale donnée par les signes de cette lésion.
IV. Or, il est visiblement impossible de discerner les signes de la lésion d’un organe, si l’on ne connaît déjà les fonctions ou les propriétés de cet organe.
Les signes, ou les symptômes, ne sont que les propriétés altérées ; la lésion, ou le siège de la lésion, n'est que l'organe lésé : on ne peut donc déterminer les symptômes de la lésion, si l'on n'a préalablement déterminé les propriétés de lorgane. Ces deux propositions sont corrélatives : qui énonce l’une, suppose l’autre. On ne remonte des symptômes auisiége qu’en remontant des pro-
A LA PATHOLOGIE. 251 priétés à l'organe : quand on a les propriétés d’un organe , on à donc toujours, à coup sûr, les s:gnes ou les symptômes de sa lésion.
V, Toute la question, toute la difficulté, dans la théorie des lésions de l'encéphale , consistait donc dans la détermination des propriétés ou fonctions des diverses parties qui le constituent; il y avait donc, dans le sujet proposé par l'Académie , une question physiologique à résoudre, avant d’arriver à la question chirurgicale même. Plnsieurs des concurrents eurent le grand mérite de le sentir; l'Aadémie le sentit aussi, puisqu'elle couronna leurs Mémoires.
VI, Une courte analyse de ces Mémoires suffira , je pense, pour donner tout à la fois une idée, et des efforts remarquables de leurs auteurs, et dé l'état de confusion et d'incertitude où | à l’époque de ces efforts, la science se trouvait encore.
VIL Je commence par le Mémoire de Saucerotte.
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LI. J'omets tout ce qui n'a rapport qu'aux lésions des parois crâniennes, objet dont il n'est point question ici. J'arrive tout de suite au diagnostic des lésions cérébrales, lequel, comme le dit très
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bien l'auteur, forme le point véritablement important de sa dissertation.
Deux voies le conduisent à ce diagnostic : les expériences sur les animaux vivants, et les observations d'anatomie pathologique.
Ses expériences n'étant qu'une répétition, quant à la méthode, de celles de Haller, de Lorry, de Zinn; l’auteur n'opérant, comme eux, qu'à tàtons, qu'à travers une ouverture faite par le trépan, sans isoler, sans découvrir les parties sur lesquelles il expérimente ; ses expériences, dis-je, ne pouvaient le conduire et ne l'ont effectivement pas conduit à des résultats bien nouveaux. Elles sont pourtant curieuses. Il y en a vingt et une en tout : dix-sept sur les lobes cérébraux, quatre sur le cervelet.
IL. Dans les trois premières, l’auteur n’a d'autre objet que d'établir le croisement de paralysie par le fait de la lésion des lobes cérébraux.
La quatrième et la cinquième, toujours sur les lobes cérébraux, montrent qu'indépendamment de l'effet croisé général de toutes les parties du corps, il existe un pareil effet croisé pour la vue.
Dans les sixième, septième, huitième et neuvième, l’auteur cherche à établir qu'outre le croisement de paralysie d'un côté du corps à l’autre,
il y en a encore un de la partie antérieure à la postérieure des lobes cérébraux, et vice versd, pour le mouvement des extrémités, de façon que la lésion de la partie antérieure des lobes cérébraux paralyse les jambes de derrière, et réciproquement la lésion de la partie postérieure, les jambes de devant. |
Les dixième, onzieme, douzième, treizième, quatorzième et quinzième se bornent à reproduire, au moyen de compressions #raduées, les résultats obtenus déjà, dans les précédentes, au moyen des sections. |
La seizième et la dix-septième, sur le corps calleux, ont pour but de venir à l'appui de l'opinion de Lapeyronie, qui plaçait dans ce corps le siége de l'intelligence et du sentiment.
Des quatre expériences sur le cervelet, l'auteur conclut, 1° que le cervelet a, comme les lobes cérébraux, une action croisée ; 2° que la lésion du centre du cervelet est constamment suivie d'une susceptibilité, ou vivacité de sentiment extréme.
IL. Je ne m'arréterai point à faire remarquer ici le peu de précision de ces expériences.
L'auteur croit exciter des convulsions par le corps calleux ; c'est qu'il touche, sans s'en apercevoir, les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux :
il croit en exciter par le cervelet, c'est qu'il touche la moelle allongée. Il s'imagine que la destruction du corps calleux suffit, comme l'avait pensé Lapeyronie, pour détruire les sens et l'intelligence ; c'est qu'il ne tient pas compte des autres parties des lobes cerébraux qu'il blesse pour détruire le corps calleux. Il conclut enfin, avec Lapeyronie, Louis, etc., que la lésion du centre du cervelet produit une vivacité de sentiment extréme , parce que, d'un côté, il confond les effets du cervelet avec ceux de la moelle allongée; parce que, de l'autre, il ne peut réussir à s'expliquer l'agitation singulière qui accompagne cette lésion.
Cette agitation singulière, suite des blessurés du cervelet, a beaucoup embarrassé les observateurs : la plupart la confondent avec les convulsions ; d'autres la regardent comme une susceptibilité exaltée, comme une sensibilité exquise, comme une mobilité, une vivacité extrémes. Haller la définit tantôt une convulsion universelle, tantôt une espèce de secoüment mélé de tremblement. L'action du cervelet avait été jusqu'ici une énigme. Aucun ordre de phénomènes connus ne pouvait seulement conduire à soupçonner le mot de cette énigme ; il a fallu qu'il sortit de l’expérience. | | |