‹ Recherches expérimentales sur les tumeurs malignesChapitre 81 sur 88 · FRA · texte numérisé non relu

FRA

plaie se mettent à végéter autour du drain, la nature maligne de la tumeur est manifeste. Au bout de quelques semaines, l’ulcération cervicale devient le siège d'hémorragies peu abondantes, mais répétées, qui anémient beaucoup le malade. On l'envoie à Bicêtre comme incurable. à

Frappés des bons résultats obtenus dans les cas d’ulcus rodens avec hémorragies abondantes, nous nous proposons de tenter l’action dela radiothérapie. Malheureusement, il survient un accident à nos appareils alors très primitifs, et nous ne pouvons faire qu'une seule séance avec des rayons très mous: la dose répondant à 3 Æ environ.

L'effet de l'irradiation est surprenant : les hémorragies jusque là quotidiennes cessent trois jours après la séance. Mais dix jours plus tard, la tumeur dont l'augmentation de volume était jusquelà progressive, mais torpide, se mel brusquement à proliférer avec une activité désordonnée : en 48 heures il se produit deux ulcérations nouvelles.

Le 8 mai, 10 jours après l'irradiation, la tumeur a presque doublé, elle atteint le volume d'une tête d'enfant. Les hémorragies reparaissent abondantes. Le malade succombe le >> juin.

Autopsie :

A lautopsie on voit que la tumeur partie du lobe droit de la ‘glande thyroïde a envahi ou comprimé tous les organes du cou. Les ganglions de la chaine sterno-mastodienne font corps avec elle. Pas de métastases viscérales ni osseuses.

Examen microscopique :

Histologiquement la tumeur à la structure d’un épithélioma atypique à grandes cellules claires; en certains points on trouve des traces de sécrétion colloïde, et une tendance à l'orientation folliculaire qui permettent de reconnaitre son origine thyroïdienne. Les régions les plus superficielles de la tumeur ne présentent aucune image particulière qu'on puisse attribuer à l’acjon de la radiothérapie.

Beaucoup de radiologues ont vu des faits de ce genre et l’on commence à redouter les doses insuffisantes au même titre que les doses trop fortes, qui produisent la radiodermite. Mais il ne s'agit encore là que de coup de fouet donné au développement d’une tumeur maligne préexistante.

Il semble que dans certaines conditions les rayons X puissent faire davantage : provoquer le développement d'une tumeur maligne sur des tissus sains.

Tout lemonde a présente à la mémoire l'histoire lamentable de ces confrères français el étrangers qui ont manié les ampoules sans précautions, à une époque où l’on ignorait les propriétés biologiques de leurs rayons, et où on ne leur attribuait que le pouvoir d’impressionner les plaques photographiques à travers des corps opaques à la lumière: ces radiologues ont vu apparaître sur leurs mains des radiodermites graves que rien ne pouvait guérir, et qui ont fini par subir la transformation maligne nécessitant des mutilations étendues et répétées. Dans quelques cas heureusement très rares, la récidive du néoplasme dans la cicatrice opératoire et sa généralisation a amené la mort.

Nous avons eu l’occasion d'étudier des préparations provenant d'un cancroïde du doigt développé dans ces conditions et qui avait été amputé par notre maitre et ami Lecène.

Observation XXVIII

Cancroïde du doigt développé sur une radiodermite chronique ulcéreuse, chez un radioloque.

Renseignements cliniques :

X.. En raison de la situation professionnelle du malade, nous n'avons pu malheureusement connaître dans cette observation, comme d’ailleurs dans toutes celles de même ordre qui ont jusqu'ici été rapportées, que des faits cliniques succints :

Siège de la tumeur à l'extrémité du doigt : siège tout à fait

CANCROÏDES DES RADIOLOGUES 289

exceptionnel pour les cancroïdes, en général, mais habituel chez ceux des radiologues, et répondant à la région du corps la plus exposée.

Apparition de la tumeur après plusieurs années de pratique radiologique sans souci de protection personnelle.

Longue période de radiodermite ulcéreuse précédant le développement du néoplasme.

Il ne s’agit plus comme dans les phénomènes que nous venons de décrire, d’excitation produite par une seule irradiation insuffisante sur un groupe cellulaire; mais du résultat fourni par la sommation d’un très grand nombre d'irradiations fractionnées, peut-être très faibles isolément, mais suffisantes dans leur total pour avoir preduit la destruction de l’épiderme.

Étude histologique :

En étudiant des préparations sériées depuis la base du doigt jusqu’au niveau de l’ulcération, on peut distinguer plusieurs zones :

Une zone de peau saine.

Une zone où l’épiderme s'épaissit dans toutes ses couches et particulièrement dans sa couche granuleuse. mais où les phanères, glandes et poils, ont disparu.

Une zone hyperplasique où l’épiderme est épaissi et pousse de profonds prolongements interpapillaires dans le derme, donnant à la préparation l'aspect du papillome.

Une zone néoplasique où les végétations de l'épiderme deviennent atypiques, infiltrent en tous sens les Lissus sous-jacents, et subissent une maturation anormale aboutissant à la formation de globes épidermiques.

Les cellules épithéliomateuses qui n'ont pas encore subi l’évolution cornée sont remarquables par leur atypie extrême : les noyauxgéants très chromophiles etlesnoyauxbourgeonnants sont particulièrement nombreux; quelques inelusions pseudo-parasilaires : rares figures de kératose mono-cellulaire (dyskératose).

Au niveau de la zone néoplasique, on rencontre les mêmes images cytologiques à la superficie et dans la profondeur.

CLUNET. 19

VE

ACOQUELIN

F1G. 28. — Observation XXVIIL. Cancroiïde du doigt développé sur une rudiodermite ulcéreuse chronique chez un radiologue. Peau de la région dorsale de la seconde phalange; transition entre la zone de radiodermite hyperplasique papillomateuse et la zone néoplasique. (Grossissement — 46 diamètres.)

Tandis que la zone papillomateuse est recouverte d'un revêtement corné épais contenant au-dessous du point D des vestiges nucléaires colorables, la zone néoplasique ulcérée est recouverte d'un amas de débris cellulaires et de leucocytes. La monstruosité cellulaire qui fait entièrement défaut dans la zone papillomateuse apparait brusquement avec le cancer. Les travées épithéliomateuses sont encore superficielles dans le champ dessiné, quelques milli-

CANCROÏDES DES RADIOLOGUES 201

Nous sommes heureux d’avoir pu comparer nos préparations avec celles du cas célèbre publié (1)par de Beurmann Dominici et Gougerot ; et nous remercions vivement ces auteurs de leur obligeance. Ils ont décrit dans leurs coupes les trois zones que nous avons observées, et la transition entre la zone papillomateuse et la zone néoplasique est particulièrement progressive dans leur cas. Par contre les monstruosités cellulaires de la zone néoplasique, sont beaucoup moins accentuées que dansnotre observation. Il est peut-être.bon de rappeler à ce propos que tandis que notre malade n’avait interrompu l'exercice de la radiologie que deux ou trois mois avant l’amputation, dans le cas de Saint-Louis la tumeur n’a commencé à se développer que sept ans après le début des radio-expositions, et plus de trois ans après leur cessation complète.

On a cherché de divers côtés à reproduire expérimentalement chez l’'animalle développement de tumeurs sur des radiodermites. Oudin, Barthélemy et Darier(2), au congrès de Moscou avaient déjà réussi à provoquer une radiodermite hyperplasique sur la peau du cobaye, Ils avaient obtenu l’épaississement énorme de

(1) Gazette des hôpitaux, 15 nov. 1906, p. 1551. (2) Comple rendu du X1II° Congrès internalional de médecine. Moscou, août 1897,

vol IV, 2° partie, p. 459.

Suite de la légende figure 28.

mètres plus loin, elles envahissent et détruisent la gaine aponévrotique sousjacente. Ê

A, Couche basale de l'épiderme; — B, Corps muqueux de Malpighi; — C, Couche granuleuse épaissie; — D, Revêtement corné très épais; — E, Prolongement épithélial interpapillaire hypertrophiée; — G, Point où les cellules épithéliales deviennent néoplasiques : début de l’atypie cellulaire, limite de l'ulcération; — Débris cellulaires et leucocytes recouvrant le tissu néopla” sique; — 1, Volumineux globe corné dans le tissu néoplasique; — K, Gellule épithéliomateuse à noyau géant et bourgeonnant; — K', Cellule épithéliomateuse à noyau géant en dyskératose; — L, Gaine aponévrotique de l'extenseur: — M, Amas leucocytaire du derme."

l’épiderme dans loutes ses couches et particulièrement l'augmentation colossale de l’éléidine ; l'augmentation de diamètre des cellules du corps muqueux; la disparition des phanères poils et glandes. Ce sont précisément les modifications de structure que nous avons observées sur la peau humaine à la périphérie du cancroïde du doigt dans l’observation XX VIII.

Menetrier et Mallet (1) opérant sur l'oreille des rats blancs ont obtenu non seulement des hyperplasies : épaississement de l’épiderme, développement des papilles; mais encore des phénomènes métaplasiques (formes de dyskératose, et globes épi-

dermiques).

Rowntree (2), dans ses expériences poursuivies à l’hôpital de Middlesex, à Londres, sur l'oreille du lapin et la queue du rat blanc avait fait les mêmes constatations.

Depuis deux ans et demi nous avons entrepris une série de recherches dans ce sens. Nous pouvons aujourd'hui rapporter les résultats obtenus. |

— Dans une première série d'expériences opérant dans des conditions analogues à celles de Menetrier, nous avons soumis des rats sains à des irradiations fréquentes, mais très faibles, de façon à éviter la radiodermite ulcéreuse. Au bout de plusieurs mois les régions soumises aux irradiations étaient épilées, la peau pigmentée; sur les coupes histologiques nous avons trouvé l'épaississement de lépiderme et la disparition des phanères, les éléments métaplasiques décrits par Menetrier et par Rowntree. Ces expériences sont donc simplement confirmatives de leurs travaux (3).

Nous avons observé des faits identiques dans la peau humaine.

(1) Bullelins de l'Associalion française pour l’élude du cancer, L. IT, p. 150, 21 juin 1909. ‘

(2) Arch. Midelleseæ Hospital, vol. XIIT, p. 182; vol XV, p. 192; et Lancel, 20 mars 1909.

(3) Les résultats obtenus dans ces conditions, ne sont pas sans analogie avec ceux que fournit l'injection intradermique d'huile d'olive saturée deScharlach R, selon la méthode de Fischer. Cf. PIERRE MARIE el JEAN CLUNET, Bulletin de l'Association française pour l'élude du cancer. {. TK, p. 146, 17 mai 1909.

RADIODERMITES HYPERPLASIQUES 243

chez des malades soumis à des irradiations répétées pour tumeurs profondes, sous-cutanées.

C’est ainsi que dans l'observation V{(p.183),nous voyons lors de la quatrième biopsie, pratiquée un mois après le début du trai-

Fic. 29. — Observation V : Branchiome malin du cou : 4 biopsie superticielle un mois après le début du traitement. La biopsie a été pratiquée en un point où la tumeur s'est entièrement affaissée; radiodermite hyperpläsique. (Grossissement = 46 diamètres.)

La préparation ne contient plus une seule cellule néoplasique. L'épiderme est hyperplasié dans toutes ses couches. Les phanères : glandes sébacées et poils ont subi une métaplasie presque complète. Dans l'épaisseur des travées épithéliales apparaissent de véritables globes épidermiques. Le derme ne présente pas de réaction inflammatoire.

A, Couche basale de l'épiderme ; B, Corps muqueux de Malpighi ; — C, Couche épaissie de cellules à éléidine. — D, Revêtement corné; — E, Papille hypertrophiée; — E’, Papille coupée obliquement; — F, poil el glande sébacée en métaplasie; — F, Glande en métaplasie dans laquelle persistent quelques cellules sébacées; — G, Fragments de glandes sébacées non modifiées: — H et H', Globes épidermiques, entourés d’une couche de cellules

leuses.

tement, non seulement une métaplasie presque complète des phanères, mais encore l'apparition des globes cornés typiques, avec couche granuleuse dans leur épaisseur (cf. fig. 29).

Au moment de l’autopsie, six mois après le début du traite-

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- x | À R.copu EL IV?

F1G6. 30. — Observation V : Radiodermite hyperplasique développée à la périphérie des léguments recouvrant un branchiome malin du cou irradié pendant sir mois (125 H en 13 séances). Pièce d’autopsie (Grossissement — 45 diamètres).

La préparation est orientée d’une manière perpendiculaire à la surface cutanée. Le grand nombre de coupes obliques de papilles dermiques est dù à la structure papillomateuse, L'épiderme est très épaissi dans toutes ses couches, par-. ticulièrement dans la couche granuleuse. Il renferme des perles cornées typiques avec zone périphérique formée de cellules à éléïdine. Malgré la prolifération des prolongements interpapillaires, et le grand nombre de globes épidermiques, le tissu épithélial ne franchit nulle part la basale pour envahir et détruire le derme; il s'agit d'hyperplasie papillomateuse, et non de tumeur maligne.

Les éléments de la tumeur branchiale profonde, qui ayait nécessité la radiothérapie, ont depuis longtemps disparu du derme sous l'action du traitement. On n'en rencontre en ce point, qu'à plus de trois centimètres de profondeur.

A, Couche basale de l'épiderme; — B, Corps muqueux de Malpighi; —

Lu MER dre

RADIODERMITES HYPERPLASIQUES 200

ment, l’état de la peau diffère beaucoup suivant les régions

considérées : tandis que les zones périphériques présentent une radiodermite chronique hyperplasique encore plus accentuée que lors de la quatrième biopsie, sans qu'il y ait pour cela le moindre envahissement destructif qui puisse faire songer à un néoplasme (cf. fig. 30) les zones centrales du voisinage de l’ulcération sont atteintes de radiodermite chronique atrophique presque aussi prononcée que celle de la figure 22 (cf. fig. 31).

>mOS

Fic. 31. — Observation V : Même cas que figures 29 et 30. Pièce d'autopsie prélevée 6 mois après le début du traitement en un point où la tumeur a entièrement disparu : radiodermite atrophique (Grossissement — 46 diamètres). :

La préparation ne contient plus une seule cellule néoplasique. L'épiderme est atrophié dans toutes ses couches. Non seulement les phanères, mais encore les papilles ont complètement disparu. Le derme riche en capillaires à parois normales, ne présente pas de lésions inflammatoires.

A, Couche basale de l’épithélium malpighien ; — B, Corps muqueux ; — C, Couche de cellules à éléidine réduite à une seule assise; —D, Revètement corné; — E, Capillaires du derme. 5

__ Dans une seconde série de recherches nous avons tenté de

Suite de la légende de la figure 30.

C, Couche granuleuse épaissie; — D, Revêtement corné très épaissi; — E, Papille hypertrophiée; — E', Papillés coupées obliquement; — F, Globe épidermiques typiques entourés de plusieurs assises de cellules à éléidine, situé dans l'épaisseur du corps muqueux; — F', Globe épidermique de même structure, au voisinage de la surface; — F”, Globes épidermiques métatypiques. ;

nous rapprocher des conditions qui semblent avoir été réalisées par ceux de nos malheureux confrères qui ont été victimes de leur imprudence en radiologie: nous avons provoqué chez des rats blancs une radiodermite destructive ulcéreuse ; puis, dès que l’ulcéralion était sur le point de se cicatriser, nous faisions une irradiation nouvelle. Nous avons ainsi obtenu au bout de cinq mois, après plusieurs tendances spontanées vers la guérison, immédiatement entravées par une nouvelle séance, des ulcérations rœntgéniennes assez graves pour que mises, désormais à l'abri de toute irradiation, elles se soient maintenues sans aucune tendance à la réparation pendant neuf mois.

Nous avons depuis répété l'expérience sur plusieurs lots d'animaux, mais nous ne voulons retenir ici que les résultats fournis par la première série, parce qu’ils portent sur une observation de plus de dix-huit mois, et sont seuls comparables aux faits de la clinique humaine.

On pourrait objecter que ce n'est pas au bout de dix-huit mois, mais au bout de huit à dix ans de pratique imprudente, que l’on a vu survenir la plupart des cancroïdes des radiologues. Le fait est exact, mais nous ferons remarquer que dans les premiers mois de radiodermite ulcéreuse et de cicatrisation alternées, nous avons employé des doses énormes : 220 /7 de rayons n° »à 4 non filtrés, étroitement localisés sur la peau de la région fessière. La quantité de rayons absorbés à chaque séance par les téguments a pu peut-être compenser la multiplicité des applicalions.

Quoiqu'il en soit, sur 4 rats ainsi traités, deux sont morts : le premier quatre mois, lesecondsix mois après la dernière séance de rayons ; un troisième est encore vivant quinze mois après la dernière séance,el porte sur la croupe une‘ulcération torpide ; le quatrième QG mois après la dernière séance, a vu se développer sur son ulcéralion roentgénienne une tumeur, quia récidivé après ablation chirurgicale, eta amené la mort de l'animal au bout de six semaines.

Comme c'est, croyons-nous, le premier fait rigoureusement

observé de tumeur maligne développée sur une radiodermite expérimentale, nous rapporterons les détails de l'observation :

Tumeur XVIII

Sarcome développé sur une radiodermile ulcéreuse chronique expérimentale.

Observation :

L'animal, un jeune rat mäle de six mois, né dans notre élevage, recoit le 14 novembre 1908 30 /7 de rayons mous (n°2 à 4 du radiochromomètre de Benoît) non filtrés, sur la racine de la queue el la fesse gauche. Toutes les séances ultérieures sont caractérisées par une localisation rigoureusement identique et par une même qualité de rayons.

Le 1 décembre, les poils commencent à tomber au niveau de la zone irradiée, la peau ne présente aucune autre réaclion.

Le 5 décembre, la dépilation est complète; 15 41.

Le 11 décembre, apparition d’une phlyctène au centre de la région irradiée qui s'ulcère le lendemain.

Le 19 décembre, l'ulcération est en voie de cicatrisation.

Le 24 décembre, la cicatrisation est complète; 30 /1.

Le 11 janvier 1909, la cicatrice est rouge vernissée: On voil des télangiectasies superficielles.

Le 16 janvier, 19 /1.

Le 20 janvier, 2° ulcération sur cicatrice.

Le 3o janvier, la petite plaie s'épidermise à nouveau; 10 IT.

Le 6 février, 30 A.

Le 13 février, 3° ulcéralion, cette fois un peu plus profonde el qui se recouvre rapidement d'une croûte.

Le 6 mars, la cicatrisalion est à nouveau presque complète ; SOU

Le 13 mars, »9 .

Le 0 mars, 4° ulcération beaucoup plus profonde recouverte d'une croûte épaisse. On donne cependant à nouveau Horace

F16.32.— Tumeur XVIII. Tumeur maligne développée sur une radiodermite expérimentale chez le ral blanc (Vue postérieure).2/3 grandeur naturelle.

L'animal parfaitement sain au début de l'expérience, a reçu sur la racine de la queue et la fesse gauche 220 /7 en 9 séances espacées pendant cinq mois, avec trois alternatives d'ulcération et de cicatrisation au centre de la région irradiée. La queue se détache spontanément par gangrène sèche six mois après la cessation de toute irradiation. Neuf mois après cette cessation, quatrième début de cicatrisation. À ce moment la tumeur commence à se développer. Opérée un mois plus tard, elle récidive quinze jours après l'intervention et amène la mort au bout d'un mois.

La figure représente le rat vu de dos au moment de l’autopsie.

À, Surface exulcérée de la tumeur recouverte d'une croûte brune ; — B, Tran-

che médiane totale prélevée pour l'examen histologique ; — C, Zone cutanée périphérique (radiodermite hyperplasique) ; — D, Moignon d'amputation

spontanée de la queue.

Fic. 33. — Tumeur XVIII. Tumeur maligne développée sur une radiodermite expérimentale chez le rat blanc (Vue antérieure). 2/3 grandeur naturelle.

A, Surface exulcérée de la tumeur, recouverte d’une croûte brune ; — A', Surface de la tumeur recouverte d’épiderme (radiodermite atrophique); — B, Tranche médiane totale prélevée pour l'examen histologique ; — GC, Zone cutanée périphérique (radiodermite hyperplasique); —D, Moignon d'amputation spontanée de la queue; — E, Fongosités néoplasiques ayant envahi et détruit toute l'épaisseur des muscles de la cuisse ; — F. Paroi abdominale infiltrée par le néoplasme.

qui fait un lotal de 220 4 en G séances -espacées pendant cinq mois, avec trois allernatives d'ulcération et de cicatrisation, au centre de la région irradiée.

A partir de ce moment, l'animal est soustrait à toute irradiation. L'ulcération progresse lentement et à la fin de juin elle s'étend à toute la fesse gauche et à la racine de la queue. Elle est très douloureuse au toucher, et se recouvre de croûtes brunâtres ; elle ne présente à aucun moment de suppuration. Au mois de septembre 1909, on commence à voir des phénomènes de gangrène sèche se produire du côté de la queue. Au début d'octobre, la queue est complètement morlifiée, mais elle reste adhérente et ne tombe spontanément que le 2» octobre.

Au début de décembre, l'ulcération parait moins étendue, les croûtes qui la recouvrent sont moins épaisses.

Le 15 décembre, on note une tendance manifeste à une quatrième cicatrisation. y

Le »2 décembre, cette tendance est plus manifeste encore, la surface ulcérée n’a plus que la dimension d'une pièce d’un frane, mais en même temps elle parait légèrement surélevée: elle semble reposer sur une base indurée ; c’est la première manifestalion visible à l'œil nu du développement néoplasique.

Le 3 janvier 1910, il y a manifestement tumeur dure, adhérente à la peau et aux muscles de la fesse, atteignant le volume d’une noix.

Le 7 janvier ablation chirurgicale large de Ja tumeur : on dépasse à la superficie la zone indurée perceptible à la palpation, et dans la profondeur on taille en plein muscle de manière à dépasser la région néoplasique.

Malgré l'étendue de l'intervention, la récidive locale est des plus rapide.

Dès le 20 janvier, on sent une induralion dans la cicatrice opératoire, et le 31 la tumeur est devenue plus volumineuse qu'avant l'opération.

Dès lors elle croit rapidement, Le » février elle atteint le volume d'une petite mandarine, et l’animal suecombe le 45 fé-

den ms tte ct nat. 7 dé Ré. Go 0 RE

vrier 1910, sept semaines après le début macroscopique du développement du néoplasme.

Autopsie :

A lautopsie on trouve une infiltration de toute la fesse par un tissu dur, blane grisätre, homogène, sans aucune len- ‘dance à la dégénération sauf à la surface sur une profondeur de 34 millimètres au-dessous de l'ulcération centrale.

L'examen le plus minutieux des viscères n’a permis de trouver aucune mélastase.

Tentative de greîîe :

On avait prélevé le 7 janvier un fragment de la pièce opératoire pour l'examen histologique ; le reste de la pièce finement divisé, avait été greffé sous la peau de six Jeunes rats, et de deux rats adultes. Sur ces huit animaux, sept ne présentèrent qu'une réaction locale insignifiante apparue au bout de cinq jours, et disparue au bout de quinze ; le huitième au contraire, un jeune mâle de 4 mois présenta au point où fut pratiqué la greffe un nodule induré qui grossit lentement, et atteignit au début de mars le volume d’une petite noix. À partir de ce moment, la tumeur diminue petit à petit : trois mois el demi après la greffe, on ne peut plus la sentir que comme un grain de chènevis sous-cutané; la régression est complète le D mai.

Étude histologique :

Pièce opératoire. — Les coupes de la tumeur prélevée lors de l'opération chirurgicale montrent un néoplasme homogène, formé d'éléments conjonctifs monstrueux.

A lasuperficie, au niveau de l’ulcération on trouve des hémorragies et même une couche de fibrine recouvrant la surface du néoplasme. Sur une profondeur de » à 3 millimètres on voit nombre de cellules nécrosées et une abondance de leucocytes mono

et surtout polynucléaires témoins d'une infection secondaire (1).

R'coQuEuiN

F1G. 34. — Tumeur XVIII. Tumeur maligne développée sur une radiodernite expérimentale chez le rat blanc. (Pièce opératoire.) (Grossissement — 440 diamètres.)

Sarcome à cellules polymorphes : Fibroblastes, cellules étoilées, cellules à noyaux bourgeonnants, plasmodes à noyaux multiples distincts, à protoplasma basophile. Ces divers éléments ne secrètent que de rares el très grêles fibrilles de collagène ; ils sont anastomosés par de fins prolongements chromoplasmiques à travers un hyaloplasme abondant (aspect œdémateux) : ils délimitent par place des cavités sanguines (vaisseaux néoplasiques).

À et À Cellules à noyaux géants et bourgeonnants ; — A’ Cellule à noyau bourgeonnant limitant immédiatement une cavité sanguine ; — A” Plasmodes à noyaux multiples distincts, à protoplasma basophile; — B, Vaisseau sar-

comateux contenant des hématies ; — C, Prolongements chromoplasmiques intercellulaires formant des mailles à contenu hysloplasmique ; — D, Fibres musculaires striées, vestiges des muscles de la cuisse envahis et détruits par le sarcome. \

Au-dessous de la mince zone superficielle que nous venons

(1) L'examen bactériologique de la tumeur a d'ailleurs été pratiqué pendant la vie de l'animal par notre ami GouGERoTr, qui a pu isoler un coccus très voisin de staphylocoque blanc, et un petit bacille court aérobie immobile, qu'il n'a pu déterminer. Malgré plusieurs tentatives, il n’a pas rencontré d’autres formes microbiennes, et fait à noter, il n’est parvenu à isoler de la tumeur aucune levüre pi aucun champignon. Les huitrats greffés avec la tumeur sont actuellement en parfaite santé, et n'ont à aucun moment présenté de phénomènes infectieux.

de décrire la tumeur paraît parfaitement homogène et ne présente aucune des réactions habituelles de l’inflammation : pas de

R.CoQuELI

FiG. 35. — Sarcome de la souris (A!® Souris 15) après radiothérapie * Superficie de la tumeur 16 jours après la greffe, 6 jours après 80 H non liltrés, en une seule séance (Grossissement — 440 diamètres.)

L'animal est sacrifié avec une tumeur non ulcérée aussi grosse que celle des témoins non irradiés, et ayant elle aussi envahi les musclès pariétaux.

Sarcome à cellules polymorphes, où l'on voit, au milieu d'éléments à noyaux géants et de karyokinèses, de très nombreux noyaux bourgeonnants, et de vastes plasmodes basophiles à noyaux multiples et distincts. Les vaisseaux sont limités par les éléments néoplasiques, sans aucun vestige de paroi différenciée. L'hyaloplasme fondamental est très abondant, les prolongements chromoplasmiques intercellulaires dessinent un réseau qui l’enserre dans ses mailles.

A,A',4", Noyaux bourgeonnants chromophiles; — A Plasmodes basophiles à noyaux multiples distincts; — B, Vaisseaux sarcomateux limités par les cellules néoplasiques, contenant des hématies et un mononucléaire. — C, Prolongements chromoplasmiques intercellulaires formant des mailles à contenu hyaloplasmique ; — D et D’, Karyokinèses; — E, Cellule avec noyau pycnotique et protoplasma acidophile; — E', Cellule avec noyau en karyorrhexis et protoplasma acidophile.

congestion, ni de diapédèse, pas d’exsudation fibrineuse, pas de phagocylose. :

Le néoplasme est entièrement formé d'éléments conjonctifs

de taille très inégale et de morphologie variée : la plupart fusiformes ou étoilés poussent des prolongements anastomotiques. Leur noyau est volumineux, leur protoplasma basophileet abondant ; 1ls ne sécrètent que de rares et très fines fibrilles de collagène que seule peut mettre en évidence une coloration bien réussie parla méthode de Van Gieson.

Ce sont des cellules conjonctives fixes, des fibroblastes, mais des fibroblastes néoplasiques; comme en témoignent leur morphologie embryonnaire et surtout la multiplicité des formes de division cellulaire : karyokinèses typiques et atypiques, noyaux bourgeonnants.

Étroitement intriqués avec ces éléments, on voitde vastes plasmodes à protoplasma basophile dont quelques-uns semblent bien avoir plusieurs noyaux distincts, mais dontla plupart possèdent d'énormes masses de chromatine bourgeonnantes, multilobées, très chromophiles,mais non pyenotiques.

. Fibroblastes et plasmodes unis par leurs prolongements, sont séparés par un hyaloplasme abondant qui ne prend pas les colorants et donne au tissu un aspect œdémateux qui contraste avec la dureté que nous avions constatée à l'examen macroscopique. La tumeur contient peu de vaisseaux, mais ces vaisseaux n’ont pas de parois propres et sont limités par les cellules néoplasiques elles-mêmes.

Dans la profondeur, on trouve quelques fibres musculaires striées, entourées de toute part par des éléments conjonctifs monstrueux ; ces fibres en voie de dégénérescence, témoignent de l'envahissement destructif du muscle sous-jacent par le néoplasme.

[s’agit donc bien d’une tumeur maligne formée d'éléments conjonctifs monstrueux, d'un sarcome édifiant ses propres vaisseaux, mais le type de ce sarcome apparait comme assez partieulier, el ne rentrant pas dans les catégories habituelles.

Pièce D’AUToPS1E. — A la mort de l'animal, nous avons prélevé une tranche intéressant la totalité de la tumeur, et passant par son centre, Cette tranche a été incluse en un seul morceau dans la celloïdine, el nous avons pu en réussir des coupes totales.

Dans ces préparations qui mesurent 5 centimètres sur 3 on peut distinguer 3 zones :

F1G. 86. — Tumeur XVIII. Tumeur maligne développée sur une radiodermite expérimentale chez le rat blanc. (Récidive dans la cicatrice. Pièce d’autopsie : zone rappelant la structure de la pièce opératoire). Grossissement— 440 diamètres.

Sarcome à cellules polymorphes avec prédominance de cellules fusiformes. Les éléments à noyaux bourgeonnants et surtout les plasmodes basophiles à noyaux multiples distincts, sont moins nombreux que dans la pièce opératoire (cf. Fig. 34). Les travées hyaloplasmiques limitées par les mailles du chromoplasme anastomotique sont réduites. Les vaisseaux conservent leurs caractères néoplasiques. Toujours pas de sécrétion de fibres de collagène.

A, A’ et A”, Cellules à noyaux géants et bourgeonnants ; — A”, Plasmode basophile à noyaux multiples distinets; — B et B', Vaisseaux sarcomateux contenant des hématies ; — C, Prolongements chromoplasmiques intercellulaires, formant des mailles à contenu hyaloplasmique ; — D, Cellules fusiformes (fibroblastes non différenciés).

Une zone superficielle infiltrée d'hémorragies, et de leucocytes témoins d'une infection secondaire. \

CLUNET. 20

306 SX. ACTION HYPERPLASIQUE DIS RAYONS X

Une zone moyenne qui présente à peu près la même structure que la tumeur primitive prélevée chirurgicalement, -mais où

F1G. 37. — Tumeur XVIII. Tumeur maligne développée sur une radiodermite expérimentale chez le rat blanc. (Récidive dans la cicatrice. Pièce d’autopsie : structure que présente la tumeur dans la plus grande partie de sa masse). Grossissement — 440 diamètres.

Sarcome à cellules fusiformes ordonnées en lourbillons. La plupart des éléments présentent la structure des fibroblastes jeunes; ils sont anastomosés par de grêles prolongements chromoplasmiques, et sécrètent de très fines ff= brilles de collagène fuchsinophile. Quelques cellules ont un noyau plus volumineux el irrégulier, mais ces images ne rappellent que de loin les noyaux géants et hourgeonnants des figures 34 et36, Le hyaloplasme fondamental est très réduit. Les espaces vasculaires sont toujours limités par les éléments néoplasiques, et n'ont point de parois différenciées.

À, Cellule à noyau volumineux irrégulier ; — B, Vaisseau sarcomateux contenant des hématies ; — GC, Cellules fusiformes coupées en long, parallèles

entre elles, et disposées concentriquement autour du vaisseau ; — C, Cellules fusiformes coupées en travers, parallèles entre elles et disposées longitudi-

nalement selon l'axe du vaisseau, Dans beaucoup de ces éléments la coupe

intéresse le noyau (Pseudo-cellules rondes).

cependant les plasmodes sont un peu moins nombreux et volumineux (cf. fig. 36).

La Ron -0

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