‹ Recherches expérimentales sur les tumeurs malignesChapitre 82 sur 88 · CR RER ET · texte numérisé non relu

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Une zone profonde de beaucoup la plus étendue, uniquement formée de fibroblastes disposés en tourbillons (cf. fig. 37). L'absence presque complète de collagène dans cette zone, le nombre de karyokinèses, le fait que les vaisseaux sont dépourvus de parois propre et que les Lissus voisins, muscle el périoste, sont infiltrés par les éléments néoplasiques, montrent qu'il s'agit bien d’une tumeur maligne et non d’un fibrome ; maisle type histologique se rapproche cette fois du sarcome fuso-cellulaire banal du tissu conjonctif, la tumeur spontanée la plus fréquente du rat.

De cette observation ressortent les faits suivants:

1° La tumeur cutanée que nous venons de décrire est une lumeur maligne; 2° il y a une relation entre le développement de cette tumeur et la radiodermite chronique entretenue au point précis ou cette tumeur s'est développée.

— 1° On peut affirmer qu'il s'agit d'une tumeur, et non d'une réaction hyperplasique inflammatoire, à cause de l'absence des réactions histologiques de l'inflammation, sauf au niveau de la zone tout à fait superficielle, au voisinage même de l’ulcération. Les proliférations inflammatoires, qui peuvent donner naissance à des masses volumineuses sont assez faciles à provoquer chez le rat; mais elles ont une structure nodulaire qui fait complètement défaut dans la tumeur X VIIT. Dans les mycoses par exemple, et surtout dans les infections produites par les levures, on peut bien voir des grosseurs plus volumineuses encore, mais la majeure partie de la masse est formée par les parasites eux-mêmes, et non par les tissus de l'animal qui ne font qu'encapsuler les parasites. Or, ni l'examen histologique, ni les recherches bactériologiques ne nous ont permis de déceler de parasites dans la profondeur de la tumeur XVIIT : la masse est formée par du tissu conjonctif pathologique.

La tumeur présente les caractères de la malignité : monstruosité cellulaire, prolifération intense et atypique, envahissement destructif des tissus sains voisins, récidive après ablation

chirurgicale macroscopiquement radicale. Il ne manque à ce tableau pour être complet que les métastases à distance; mais l’on sait que nombre de tumeurs malignes humaines et animales amènent la mort du sujet sur lequel elles se développent avant d'avoir produit la moindre métastase.

Nous regrettons l'échec de notre tentative de greffe, mais 1l n'y a point là d'argument contre la malignité de la tumeur. On sait maintenant par l'expérience de nombreux laboratoires que chez la souris par exemple, on n’arrive point à conserver par la greffe plus de 10 à 12 p. 100 parmi les tumeurs malignes spontanées. 2° Les relations entre la lumeur et l’ulcère de Rœntgen sur lequel elle s'est développée méritent d’être discutées.

On pourrait invoquer le hasard pur et simple: le sarcome cutané étant la tumeur spontanée la plus fréquente du rat, il n'y aurait que coïncidence entre le développement de la tumeur et la radiodermite provoquée. Nous ferons remarquer que la coïncidence est bien particulière, puisque sur plus d’une centaine d'animaux observés, le seul sur lequel se soit développé une tumeur maligne est un rat soumis pendant de longs mois à des irradiations massives, et que le néoplasme a eu pour point de départ le point précis, déterminé à l'avance où nous voulions le voir apparaître.

Bien plus, la structure de la tumeur n'est pas identique à celle que l’on observe communément dans les cancers spontanés du ral: par le grand nombre de plasmodes à noyaux géants, par les monstruosités cellulaires innombrables qu'elle renferme, elle se rapproche des images histologiques que nous avons observées dans les sarcomes irradiés.

Toute irradiation avait été interrompu depuis onze mois quand on à vu apparaître les premiers symptômes de néoplasme, Tout se passe comme si les cellules sarcomateuses conservaient héréditairement les altérations morphologiques conférées à plusieurs généralons de leurs ancêtres par les irradiations succes-

sives.

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Le hasard pur et simple d’ailleurs, a été invoqué également pour les cancroïdes digitaux des radiologues. Mais il parait presque superflu de faire remarquer qu'il serait bien exraordinaire de rencontrer si fréquemment dans une profession qui entraine trop souvent la radiodermite des doigts, un néoplasme tout à fait exceptionnel chez les autres hommes, s’il n’y avait pas un lien de causalité entre la radiodermite et la tumeur. Aussi bien avons-nous trouvé dans le cancroïde de l’observation XX VII (p.288), des monstruosités cellulaires très particulières, en tous points semblables à celles que nous avons décrites dans les cancers malpighiens traités parles rayons X. Malgré Pabsence de renseignements cliniques précis, nous croyons savoir que le confrère en question avait abandonné la radiologie deux ou trois mois avant l'intervention chirurgicale. La similitude entre l'image histologique que présentait sa tumeur et celle que fournit les cancers malpighiens traités doit avoir sans doute une explication analogue à celle que nous venons de proposer à propos de notre sarcome du rat.

Si l’on admet, comme la chose nous paraît démontrée qu'il y a un lien de dépendance entre le développement de la tumeur maligne et l’ulcère de Rœntgen, on peut se demander quel est ce lien :

— Les rayons X provoquent-ils le développement du néoplasme par une aclion biologique spécifique ? Ou seulement d'une manière indirecte par l’ulcération chronique infectée qu'ils onl déterminée ?

En faveur de cette dernière manière de voir, on a invoqué à propos des cas humains la contagion du cancer. Les radiologues ayantsouvent à traiter des cancéreux pourraient contracter à leur contact le virus néoplasique qui se grefferait sur l'ulcération cutanée produite parles rayons. L'irradiation jouerait dans cette hypothèse le même rôle que les épis barbelés que l’on mélange au foin souillé de culture charbonneuse lorqu’on veut infecter les herbivores par la voie digestive.

Nous répondrons que la théorie parasilaire du cancer est encore à l’élat d’hypothèse; que nous ne connaissons pas Jusqu'ici de fait de contage scientifiquement établi; et que de toules manières, l'argument ne saurait convenir à notre cas expérimental, puisque d’une part, nous n’avons jamais eu de tumeur de rat au laboratoire, en dehors de celle que nous venons d'étudier ; et que d’autre part, de l'avis de tous les expérimentateurs, en se plaçant dans les conditions les plus favorables à la greffe, on ne peut réussir de passages d'une espèce animale à l’autre : de la souris au rat par exemple.

Mais point n'est besoin d’invoquer la contagion. On sait que les irritations chroniques simples entretenant en une région déterminée, une ulcération exposée aux infections banales sont souvent le siège du développement des cancers. C'est ainsi que les porteurs de brasiers du Kashmir font fréquemment des épithéliomas de la paroi abdominale exposée aux brûlures quolidiennes par les charbons incandescents (1); que les fumeurs syphilitiques en Europe, les chiqueuses de Létel syphilitiques à Ceylan (2), ont avec une particulière fréquence des cancers de la bouche; que les ulcères de l'estomac sont souvent le point de départ de néoplasmes de cet organe (3) : les exemples de ce genre se multiplient chaque jour, à mesure que l'attention est davantage attirée surles conditions étiologiques du développement des tumeurs malignes. Les ulcérations produites par les rayons X'ne seraient-elles souvent le point de départ de tumeurs malignes, que parce que ces ulcérations ont une évolution parüculièrement Lorpide : l'irritation chronique entretenue par les

(1) Rex&, Decade of tumour surgery in Kashmir Mission hospital, /ndian Medical gazelle, 1902,

(2) A. J. CuaLmerys et Perry aités par BaAsurorD, Third scientific report, DanLg; London, 1908,

(3) MeNETRIER, Des rapports des adénomes avec l'ulcère simple et le cancer de l’estomac et du duodénum. De l'origine irritative du cancer. XIII Congrès International de médecine. Section de pathologie générale, Paris, 1900.

— MENETRIER et CLuner, Du Polyadénome gastrique à centre fibreux et de

Son évolution cancéreuse, Bull. de la Soc. méd. des hôp., 1907; et Tribune médicale, 11 mai 1907.

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infections secondaires banales, serait-elle ici encore le véritable facteur éliologique ?

Nous ne nous croyons pas en droit à l'heure actuelle de rejeter complètement cette manière de voir. Cependant certains faits plaident en faveur d'une action plus spécifique des rayons X dans la genèse du cancer.

A la périphérie des ulcères de Rœntgen chez les animaux {émoins de notre rat néoplasique, nous avons trouvé plusieurs mois après la dernière irradiation un état papillomateux de la peau, avec épaississement de l'épiderme, disparition des phanères, et formation de globes épidermiques en tous points sem- -blables aux radiodermites hyperplasiques aseptiques décrites par Darier, Menetrier, Rowntree el reproduites par nous-mêmes.

C'est également la même image histologique que nous avons rencontrée à la périphérie du cancroïde des radiographes que nous avons étudié. ll est difficile de ne pas admettre qu'il y ait un rapport entre ces hyperplasies el le développement des néoplasmes ; et pourtant on peut les obtenir sans la moindre ulcération, partant sans le moindre phénomène inflammatoire.

Enfin dans le cancroïde humain, comme dans le sarcome du rat, les monstruosités cellulaires des tumeurs développées sur les ulcères de Rœntgen, sont si particulières, el ressemblent tellement aux altérations produites par les rayons X sur les tumeurs de même type soumises à la radiothérapie, qu’elles semblent marquer la trace de l'action spécifique de ces rayons.

:— On pourrait se demander pourquoi les conditions extérieures paraissant les mêmes nous n'avons vu se développer de lumeurs malignes que chez un seul de nos animaux ?

Nous répondrons que des expériences du genre de celles que nous avons entreprises sont de fort longue durée, et que sans doute seule la première série se trouve dans les conditions de temps voulues. D'autre part, pour obtenir des localisations exactes, il faut une technique minutieuse, et nous n'avons pu traiter que quatre animaux à la fois dans chaque série.

Sur les trois témoins, deux sont morts d’une manière précoce, un seul survit el ne présente qu'une ulcération torpide sans tendance à la cicatrisation. Nous continuons à l’observer avec soin : peut-être verrons-nous se développer une tumeur, la chose est loin d'être certaine même si l'animal survit longtemps. Le face teur individuel doit être fort important, et nous connaissons heureusement tous, des radiologues depuis longtemps porteurs de radiodermites graves, sur lesquelles ne se sont jamais développées de tumeurs.

— Tous les cancers de radioloques jusqu'ici examinés étaient des épithéliomas, les réactions listologiques des radiodermites hypertrophiques expérimentales sont des réactions épidermiques ; 1l semble élrange à priori que la tumeur maligne développée chez nôtre rat sur une radiodermite expérimentale soit une lumeur maligne conjonctive, un sarcome. .

Nous ne pouvons expliquer le fait, mais ferons simplement remarquer que si le cancroïde est de beaucoup la tumeur maligne spontanée de la peau la plus fréquente chez l'homme. le sarcome fuso-cellulaire est de beaucoup la tumeur maligne spontanée de la peau la plus fréquente chez le rat.

Nous ne connaissons pas assez les réactions pathologiques de la peau de cet animal pour savoir si notre cas est une exception Ou si au contraire d’une façon générale le derme du rat ne réagit pas, dans les conditions ou chez l'homme on voit des, modilications épidermiques.

Aussi bien dans une radiodermite chronique tous les éléments de la peau sont-ils touchés: et nous Savons qu'avec le radium dont l'action biologique parait presque identique à ceile des rayons X, Dominici a produit sur la peau d'animaux sains des modifications du derme (régression embryonnaire, hyperplasie el mulliplication des fibroblastes) qu'il compare lui-même au sarcome. I] n’a pas encore toutefois obtenu, à notre connaissance du moins, de néoplasies malignes proprement dites.

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Les rayons X n'ont donc pas seulement une action destructive sur les cellules vivantes, une action abiotique :

Si nous considérons leur action immédiate, telle qu’on peut en observer les effets après une seule irradiation, on voit qu’à dose très faible, ils excitent la prolifération cellulaire (1); qu’à dose moyenne, ils provoquent la monstruosité.

(1) Cetté action hyperplasique n'a pas encore été utilisée à notre connaissance en thérapeutique humaine. Nous avons récemment tenté de le faire dans un cas d'ulcération torpide non néoplasique de la jambe datant de quarante ans.

Obs. XXIX.

Ulcère chronique de jambe guéri par la radiothérapie.

Étude clinique :

Sch., homme vigoureux de 67 ans, concierge, entre à Bicêtre en janvier 1910 comme temporaire, parce qu'il est chassé de chez lui par les inondations: On remarque au niveau de la face externe de la jambe gauche (tiers inférieur et malléole externe) une ulcération serpigineuse à contours arrondis, mesurant environ 14 centimètres de haut et 6 à 8 de large. Le fond est sanieux,recouvert de fausses membranes grisâtres, laissant écouler un pus mal odorant.

Le malade raconte qu'il n’attache aucune importance à cette ulcération, car elle daterait de 1870, et n'aurait jamais été fermée depuis, malgré de nombreuses tentatives médicales et chirurgicales (résection de la saphène), tant en ville qu'à l'hôpital; elle ne l'empêche d'ailleurs pas de vaquer à ses occupations et ne le gêne que par son odeur, et parce qu'elle tache ses pantalons.

Malgré une réaction de Wassermann nettement négative, on traite le malade pendant un mois par le repos absolu au lit, les pansements quotidiens au vin aromatique, trois séries de dix frictions à l’onguent napolitain, et 3 grammes

-d'iodure par jour. Le 20 février la plaie sent moins mauvais, mais ses COn-

tours soigneusement décalqués ne présentent aucune modification. Elle est aussi creuse qu'à l'entrée. On cesse désormais tout traitement.

On pratique alors une large biopsie intéressant à la fois le bourrelet et le fond de l'ulcération.

Examen histologique :

L'examen histologique montre un épiderme légèrement papillomateux au voisinage de l’ulcération. Au niveau de l’ulcération, sous une couche de pus et de tissu de granulome on voit d'énormes bandes scléreuses enfermant dans leurs intervalles de petits nodules d'inflammation banale. Aucun élément néopla-

sique.

Radiothérapie :

. Le 1 mars, le séance 5 H avant Île filtre. — Rayons filtrés 1 millimètre d'aluminium; spintermètre 8 à 10 centimètres; ampoule Grisson; 2 milliam-

Si nous considérons leur action tardive sur la peau saine, après un grand nombre d'irradiations faibles insuffisantes pour provoquer l’ulcération de Rœntgen, nous constatons des phénomènes d’'hyperplasie et de métaplasie avec état papillomateux et formation de globes cornés.

Après un grand nombre d'irradiations qui ont déterminé un ulcère de Rœntgen, nous trouvons à la périphérie de l'uleère des formations analogues. Au centre même on voit parfois se développer chez l'homme des tumeurs cutanées malignes qui présentent la structure des cancroïdes.

Nous avons pu expérimentalement chez le rat blanc provoquer dans ces conditions le développement d'une tumeur cutanée

pères; 6 minutes à 12 centimètres. Au moment de la l* séance, la plaie est semblable à ce qu'elle était le 20 février, mais elle suppure davantage (interruption des pansements).

Le 8 mars, 2° séance 5 H avant le filtre. (T — 10 H) — Rayons filtrés 1 millimètre et demi d'aluminium; spintermètre 8 à 10 centimètres; ampoule Grisson ; 2 milliampères ; 6 minutes à 12 centimètres.

Trois jours après la première séance la plaie a déjà commencé à s'assécher, elle ne présente plus maintenant que des débris de fausse membrane qui ont l'air de croûtes.

Le 15 mars, 8° séance 5 H avant le filtre, (T —15 H) — Rayons filtrés 1 millimètre d'aluminium; spintermètre 8 à 10 centimètre : ampoule Grisson; 2 milliampères; 9 minutes à 12 centimètres.

La plaie est complètement détergée, le fond semble bourgeonner, la surface ulcérée a diminué comme on peut s'en rendre compte parles calques antérieurs au traitement.

Le 22 mars, 4° séance 5 H avant le filtre. (T — 20 H) — Rayons filtrés 2 millimètres d'aluminium; spintermètre 8 À 10 centinètres : ampoule Grisson; 2 milliampères; 6 minutes à 12 centimètres,

La plaie bourgeonnante est beaucoup moins creuse, moins large et ne suinte presque plus.

I est remarquable que pendant et après la radiothérapie nous avons cessé tout autre traitement, mème les pansements locaux, et que le malade se promenait dans les cours toute la journée, Cependant le 4 avril la plaie n’a plus que le diamètre d'une pièce de 2 francs, Le 15 avril la cicatrice est parfaite. La guérison complète se maintient le 15 mai.

Nous ne pouvons rien conclure d'un fait unique, et l'on pourrait nous objecter qu’il s'agissait peut-être d'un ulcus rodens, et non d'un ulcère inflammatoire. La chose nous parait peu vraisemblable étant donnée l'étendue de notre biopsie : 2 centimètres de long sur 1 de profondeur. En tout cas le résultat est encourageant et nous nous proposons de faire de nouvelles tentatives sur les ulcères de jambes de longue durée et rebelles à tout autre traitement.

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maligne : sarcome fuso-cellulaire avec éléments monstrueux en abondance.

Sans qu'on puisse encore être affirmatif, et éliminer entièrement le rôle de l'inflammation chronique entretenue par les infections secondaires, il est vraisemblable que les phénomènes néoplasiques sont de même ordre que les phénomènes hyperplasiques, et comme eux, dérivent des perturbations apportées à la biologie cellulaire par les rayons X.

Vu Le Président de la Thèse, Pauz SEGOND.

Vu :

Le Doyen, LANDOUZY.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, LIARD.

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