‹ Recherches expérimentales sur les variations pathologiques des combustions respiratoiresChapitre 10 sur 35 · UOO · texte numérisé non relu

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Au-delà, l'appréciation des teintes n'ayant plus une exactitude sufdsante, au lieu de faire le mélange ordinaire, on prend le double, le triple ou le quadruple de sang ; la proportion d'hémoglobine se trouve alors être égale à la moitié ou au tiers ou au quart de celle indiquée par la table. Il arrive assez souvent que le mélange sanguin ne correspond pas très-exactement à Tune des teintes ; mais avec un peu d'habitude il est facile d'apprécier, avec une approximation suffisante, les valeurs intermédiaires. »

Plus tard M. Hayem a un peu modifié sa méthode : nous 'lui laissons encore la parole pour la description de la modification qu'il a apportée à son procédé. (Voir Comptes rendus de la Société de Biologie, 1876.)

Dans le but de gagner du temps, M. Hayem faisait le dosage de l'hémoglobine en utilisant la dilution préparée pour la numération. (Voir Comptes-rendus delà Société de Biologie, 1876).

(f Après avoir reconnu que cette manière d'opérer offre des inconvénients, il a donné la préférence aux dilutions de sang dans l'eau. De plus, pour rendre plus facile la détermination de la valeur de ces dilutions, il se sert d'une double cuvette de verre construite de la manière suivante : deux anneaux de verre de même diamètre sont mis côte à côte sur une lame de verre, après avoir été usés au niveau des points tangents de façon à former deux petites cuvettes parfaitement semblables, séparées l'une de l'autre par une mince cloison.

Voici comment on procède: on met dans chacune de ces cuvettes 500 millimètres cubes d'eau ; dans l'une on ajoute une certaine quantité de sang à examiner, soit 4 millimètres cubes, par exemple, tandis que l'autre conserve son eau pure. En plaçant cette dernière au-dessus des teintes coloriées représentant des dilutions de sang de valeur connue, il est facile de trouver dans l'échelle des teintes celle qui correspond au mélange sanguin. Supposons que ce soit la teinte n« 7, c'est celle qui représente le mélange de 500 millimètres cubes d'eau et de 14,500,000 globules sains. On a, d'autre part, fait la numération des globules du sang qu'on examine. Ce sang contient, par exemple, 4,715,000 globules ; comme on a pris 4 millimètres cubes de ce sang, on saura ainsi que 4.715.000 globules X 4, soit 18,860,000 globules donnent la même teinte que 14,500,000 globules sains. On en concluera que la valeur individuelle des globules du sang examiné sera

et que la richesse globulaire de ce sang sera

Les teintes fabriquées par M. Hayem représentent des dilutions de sang ne variant entre elles que de 1/2.000"^°. Vues à travers une couche de liquide, elles simulent parfaitement le mélange sanguin, et quand on a trouvé la teinte exacte, il est difficile, surtout si Ton n'est pas au courant des détails de l'opération, de distinguer la cuvette contenant le sang dilué de celle qui renferme i'eau pure.

A l'aide de ce procédé, et même en opérant avec une cuvette simple, M. Hayem a pu poursuivre ses recherches cliniques et entreprendre des expériences pathologiques exigeant une grande précision. Il estime qu'il est impossible de se tromper sur la valeur d'une teinte à l'autre, si l'on veut bien prendre certaines précautions relatives à l'éclairage. Il faut, en se tournant du côté du nord ou de l'est, choisir un jour venant d'en haut, de façon à ce que la table de travail soit dans la pénombre. Cette disposition est toujours facile à réaliser à l'aide d'un écran.

M. Hayem a, en outre, remarqué que la couleur de l'hémoglobine varie avec l'état de l'atmosphère. Par un temps couvert, et toutes les fois qu'on a devant soi des nuages blancs ou gris, les dilutions de sang sont jaune-orangérouge\ lorsque le ciel est d'un bleu pur et que la lumière solaire (diffuse) est très-intense, les dilutions sont jauneovdJigé- jaune. Cette différence est encore appréciable lorsqu'on prend soin de tamiser à travers un verre dépoli la lumière qui vient éclairer les mélanges sanguins. Pour obvier à cet inconvénient, et pour pouvoir travailler par tous les temps sans erreur possible, M. Hayem a fabriqué deux échelles, l'une pour la gamme tirant sur le rouge et l'autre pour celle qui tire sur le jaune.

Pour se rendre compte de la valeur de la méthode des teintes colorées avec examen des dilutions sanguines par lumière réfléchie, M. Hayem a poursuivi les essais qu'il a entrepris avec le « colorimètre » de Puboscq.

Il a fait subir à cet instrument quelques modifications, et

comme étalons il a employé successivement les substances suivantes : 1° une solution de picro-carmin, analogue à celle dont se sert M. Malassez; 2*^ une solution d'hémoglobine Brisson glycérinée; 3° un objet coloré et transparent formé par une couche de papier à filtre fin trempé dans du picro-carmin glycériné et monté entre deux lames, comme une préparation microscopique : 4^ un quartz taillé dans le rouge ou Torangé et placé entre deux prismes Nicol, afin d'essayer un procédé recommandé par M. Andrieux pour l'examen des vins fuchsines, à l'aide de la lumière polarisée. (Voir la sophistication des vins, par M. Gautier, Paris, 18^/7.)

Aucun de ces moyens ne lui a permis d'obtenir des résultats aussi nets et aussi constants que ceux donnés par le procédé des teintes coloriées. De plus, tous exigent un instrument relativement volumineux et compliqué, ainsi que l'emploi d'une beaucoup plus grande quantité de sang, ce qui est un désavantage sérieux pour les études cliniques ; enfin, la graduation du colorimètre, quel que soit l'étalon employé, est plus difficile et plus incertaine que celle des dilutions de sang examinées par lumière réfléchie. Même en interposant entre le miroir réflecteur du colorimètre et les objets qu'on examine un verre dépoli plus ou moins épais, il est difficile d'obtenir le même éclairage pour la dilution du sang et l'étalon ; de plus, lorsque ce résultat a été atteint, il est impossible de le maintenir constant et de rendre ainsi, à des intervalles quelconques, les divers examens comparables entre eux. »

Nous avons tenu à décrire en détail le procédé de M. Hayem à cause de la critique que nous en voulons faire. Nous croyons que c'est peut être retourner en arrière que de vouloir faire des recherches de précision au moyen d'une méthode qui comporte tant de causes d'erreur. Est-on bien sûr que l'aquarelle reproduira des teintes exactement décroissantes ? que de causes d'erreur dans le coloriage de l'échelle : admettons même qu'il soit parfait.

Alors c'est l'observateur qui commence à se tromper. Il hésite entre une teinte ou l'autre, Use décide dans un sens tandis qu'un autre observateur, placé à côté, croit qu'il faut choisir l'autre rondelle colorée. Suivant qu'on choisira une case de l'échelle ou la suivante, on se trompera d'une quantité énorme ! Et l'erreur n'est pas bien difficile puisqu'il suffît, M. Hayem le dit lui-même, que le ciel soit clair ou sombre pour que les résultats obtenus avec un même sang soient dissemblables. Et cela au point qu'on a deux échelles coloriées, l'une pour les temps clairs, l'autre pour les temps couverts. A quel moment prendra-l-on l'une ou l'aatre. Comment et sur quel indice l'observateur se décidera-t-il ? Où finit un ciel clair, où commence un ciel sombre? Enfin, où est la précision? Mais bien plus encore, l'étalon, la première teinte de l'échelle, comment a- t-elle été obtenue ? par un dosage d'hémoglobine? Non; en copiant à l'aquarelle la plus forte coloration que puisse donner chez l'adulte le sang pris au bout du doigt.

Ce n'est pas à dire pour cela que le procédé de M. Hayem soit à rejeter, il peut, en clinique, rendre de vrais services. Surtout si le point de départ de la confection de l'échelle devenait plus certain.

Il a l'avantage de demander fort peu de sang et d'être en tous cas applicable. Mais en raison même de son inexactitude possible, il devrait toujours être désigné par les auteurs qui s'en servent, les résultats qu'il peut donner étant, selon nous, sujets encore à plus de réserves que ceux qu'on obtient par les autres méthodes colorimétriques.

6« Méthode de Mantegazza. — Le professeur de Milan remarque d'abord qu'il est possible, en interposant une cuve remplie d'une solution titrée de sang entre l'œil et une bougie, puis en faisant passer un certain nombre de verres bleus devant la bougie, d'arriver à un moment où la flamme disparaît. Mantegazza construit d'après ce principe un appareil qu'il nomme gloljulimètre. La valeur des verres

bleus est toujours la même, et la teinte de chaque verre est identique.

Cela étant connu, il suffit de faire un essai préalable de ces verres avec une solution titrée d'hémoglobine et de voir combien il en faut pour effacer la flamme. Les mômes verres serviront ensuite à doser des solutions quelconques. Mais là encore, il faudra toujours faire chaque fois un essai comparatif avec la solution type, car il nous paraît difficile d'avoir toujours, et à plusieurs jours de distance, une flamme d'intensité égale. Or, si la flamme est plus ou moins vive, il faut, avec le même sang, plus ou moins de verres bleus pour la faire disparaître : dont le globulimètre n'est plus gradué.

7° HémocJiromomètre de Malassez. — On ne peut faire à l'instrument qui a été imaginé par M. Malassez les reproches que nous avons adressés à tous les procédés colorimétriques destinés à la clinique. Il se rapproche beaucoup, en effet, des méthodes de la physique.

M. Malassez place la dilution du sang à examiner dans une cuve spéciale (mélangeur Potain). Tout à côté se trouve un orifice que vient obturer un prisme triangulaire transparent rempli d'une solution de picro-carminate. Ce prisme peut avancer devant l'orifice en présentant naturellement des teintes déplus en plus foncées. Il est mu, pour ce mouvement, par une vis micrométrique. Or, on peut l'arrêter juste au moment où il offre la teinte de la solution de sang que l'on examine. Le prisme porte une graduation qui a été faite une fois pour toutes, comparativement avec une solution titrée d'hémoglobine, ou par des dosages à la pompe : cette graduation correspond aux chiffres d'une table qui donne immédiatement la teneur du sang en hémoglobine ou en oxygène dissous.

Nous faisons pourtant à cet appareil un reproche : son auteur a voulu qu'il fût trop pratique. Il agit sur des quantités de sang si minimes (milUmètres cubes !) que la moindre

erreur, que le plus petit défaut de graduation se multiplie par des millions et que l'erreur pourrait bien, dans quelques cas, dépasser la valeur des yariations qui font le but des recherches. Rien d'ailleurs ne serait plus facile à corriger, on supprimerait le mélangeur et en conservant le système du prisme mobile, on agirait sur un ou deux grammes de sang qu'il est toujours facile d'avoir avec une ventouse. Oti ferait moins d'expériences, mais elles seraient plus certaines et il y aurait gain final. Terreur (même commise avec un appareil clinique) n'étant jamais un bénéfice.

B. Mesure île la capacité respiratoire.

Les méthodes que nous allons maintenant passer en revue sont celles qui nous donneront les résultats les plus intéressants au point de vue de notre étude. Nous recherchons, en effet, les variations du milieu dans lequel les éléments viennent prendre l'oxygène nécessaire à leur vie. — Cet élément, ce milieu respiratoire, c'est le sang, or dans le sang la partie qui concourt à la respiration c'est le globule. Nous aurions pu, en somme, avoir sur les effets utiles du sang des renseignements assez complets en recherchant, dans chaque état pathologique les variations des globules. Mais c'était prendre le sujet de trop loin, puisque nous savons que, dans le globule, la partie active est l'hémoglobine et que nous avons des moyens commodes de l'étudier. Et puis, pour le globule même, la technique est peu avancée. Rien de difficile comme le dosage par la méthode des pesées , sans compter que ce procédé exige des quantités considérables de sang, qu'on ne peut plus se procurer sur les malades, aujourd'hui que les saignées sont si justement proscrites. Restait donc les méthodes de numération. Nous avouons que nous manquons d'enthousiasme pour ces procédés oii on agit sur des cent millièmes de millimètre cube en commençant l'expérience pour ne plus parler que par millions

quand elle est faite, où on multiplie les causes d'erreur par des nombres de six chiffres et où une erreur de quelques centaines de mille passe pour péché véniel et faute sans conséquence.

Les méthodes colorimétriques, dont quelques-unes, nous venons de le voir, sont très-bonnes, qui peuvent le devenir toutes avec une correction légère, nous permettent de connaître la quantité d'hémoglobine. Mais il faut maintenant aller plus loin ; l'hémoglobine, tout en gardant sa couleur, est-elle toujours capable d'absorber les mêmes quantités d'oxygène? S'il en est ainsi la méthode colorimé trique pourra nous renseigner sur la capacité respiratoire du sang. Mais nous ne savons s'il en est ainsi. Le sang qui vient d'être frappé par l'oxyde de carbone a toujours sa teinte rutilante : le colorimètre dira qu'il a une grande capacité d'absorption pour l'oxygène : or, en réalité, il l'a complètement perdue. Il en est peut-être de même dans bien des états morbides et un des premiers mérites de la méthode colorimétrique sera de nous révéler un jour ce fait important.

Pour connaître, certainement, la vraie puissance respiratoire du sang, il n'y a selon nous qu'un moyen, lui faire absorber de l'oxygène, puis le lui faire rendre et le mesurer directement une fois rendu. De cette façon le médecin aura trois notions importantes sur l'état du sang : P connaissance approchée du nombre des globules (globulimétrie) ;

quantité d'hémoglobine (colorimétrie) ; capacité respiratoire (méthode gazomé trique).

Pour la mesure de la capacité respiratoire du sang nous n'avons que deux méthodes .* la pompe à mercure (procédé de Gréhant) ; l'hydrosulfite de soude (procédé de Schutzemberger et de Quinquaud).

^0 Procédé de M. Gréhayit, — Pour mesurer la capacité respiratoire du sang par la pompe, on commence par monter l'appareil que nous avons décrit à propos des gaz du

sang (flg. 10). Pu^s on prend le sang qu'on veut essayer et on l'agite vivement en présence de Fair dans un flacon, il devient subitement rutilant et absorbe son maximum d'oxygène. On arrête l'agitation, et comme le sang est rempli de bulles de gaz qui, introduites dans la pompe, fausseraient les résultats, on le met dans un flacon attaché au bout d'une corde et on le fait rapidement tourner en fronde, les bulles de gaz se rapprochent du centre de la rotation et viennent former une mousse à la surface. Au moyen de la seringue graduée, on recueille le sang au-dessous de cette mousse, on le mesure et on l'introduit dans le récipient de la pompe. Les gaz se dégagent immédiatement, on les recueille sur la cuvette et il ne reste plus qu'à les dosef par la potasse et l'acide i3yrogallique.

20 Procédé de M. Quinqiiaiid. — Ce procédé repose sur l'action réductrice de l'iiydrosulfite de soude. 11 est assez compliqué. Aussi n'en donnerons-nous ici qu'une idée générale. Dans un vase complètement clos on a une assez grande quantité d'eau tiède privée de gaz, au-dessus de laquelle se trouve une atmosphère d'hydrogène pur, (il est important de procéder toujours hors de l'accès de l'oxygène qui viendrait fausser les résultats). On mêle à l'eau, avec les précautions voulues, une quantité donnée de sang préalablement agité à l'air, on teint légèrement avec un peu de bleu Coupler. Puis on laisse couler lentement une certaine quantité d'une solution titrée d'hydrosulflte de soude, jusqu'à ce que la teinte bleue ait disparu. A ce moment tout l'oxygène du sang a disparu. Or on sait par un essai préalable la quantité d'oxygène que peut absorber un centimètre-cube de la solution d'hydrosulfite. Un très-simple calcul de proportions permet d'en tirer la quantité d'oxygène qu'il y avait dans le sang à l'essai.

Nous n'avons donné là que le principe général de la méthode. Le lecteur qui voudrait en connaître les nombreux

et intéressants détails devrait se reporter au livre de M. Schatzemberger sur les fermentations.

Nous en avons fini avec l'étude des méthodes, nous avons tenu à les signaler toutes, bien que nous n'ayons employé que celles de MM. Jolyet et Laïfont et Gréliant. — Les procédés de dosage d'oxygène doivent entrer dans la clinique. Nous avons voulu mettre sous les yeux du clinicien tout ce qui avait été fait sur la technique de la question. Et maintenant nous pouvons entrer dans le détail de nos propres travaux.

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