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MÉTHODES INDIRECTES

Si les procédés directs sont longs et compliqués, il convient de dire aussi qu'ils sont d'une grande précision.

Les procédés indirects, pour être moins exacts, ont néanmoins une valeur réelle, puisque, s'ils n'arrivent pas absolument au môme degré de précision, ils permettent d'avoir des données dont on manquerait toujours sans eux.

MÉTHODES coLORiMÉTRiQUES. —-Elles reposent sur cette donnée de l'expérience que l'hémoglobine est la seule matière colorante rouge du sang ; que cette matière colorante, quand elle est oxygénée au maximum, a toujours la même qualité de couleur, toujours le même ton et que la quantité seule de couleur peut varier dans des sangs différents qui ne contiendraient pas la même quantité d'hémoglobine. On voit donc, de suite, de quelle manière on pourra utiliser ces données. On pourra avoir un étalon d'une coloration toujours la même, et étendre d'eau le sang, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la couleur type. On aura ainsi un point de comparaison invariable entre des sangs de diverses provenances. On pourra à l'inverse prendre le sang tel qu'il est et l'approcher successivement d'une série d'étalons colorés jusqu'à ce qu'on en ait trouvé un dont la teinte lui soit identique. La valeur de chaque degré de l'échelle colorée étant connue, on aura encore un point de repère pour évaluer la quantité d'hémoglobine contenue dans le sang.

Avec M. Malassez, nous rangerons dans le premier groupe les méthodes de Hoppe-Seyler, de Preyer et de Worm- Muller. Nous y ajouterons celle de MM. Jolyet et Laffont.

Dans la deuxième catégorie prendront place les procédés de Welcker, Hayem, Mantegazza et Malassez.

P Méthode colorimétrique cC Hoppe-Seyler . — Le procédé d'Hoppe-Seyler est le plus simple de tous. Il consiste à prendre deux cuves à glaces parallèles d'épaisseur absolument égale. Dans l'une, on met une solution titrée d'hémoglobine, dans l'autre une quantité donnée, et toujours la même, du sang à essayer. Puis on étend ce sang

jusqu'à ce qu'il ait exactement la teinte de la solution d'hémoglobine.

On a soin de mesurer très-exactement la quantité d'eau que l'on ajoute et on a dès lors tous les éléments du problème.

Soit X la quantité d'hémoglobine que l'on cherche, S la quantité de sang employée, E la quantité d'eau ajoutée,' H la quantité d'hémoglobine contenue dans la solution titrée ; on tire la quantité d'hémoglobine contenue dans le sang en expérience de la formule

Nous renvoyons d'ailleurs le lecteur, pour plus amples détails, à l'excellent mémoire publié sur ce sujet par M. Malassez. {Archives de Physiologie, 1877, p. 7.)

Ce procédé est exact, mais on peut lui faire deux objections de la valeur desquelles j'ai tenu à m'assurer moimême.

D'abord il faut faire une solution titrée d'hémoglobine 'pure et sèche dans l'eau ; cette opération présente déjà quelques difficultés ; mais ensuite il faut la refaire presque chaque jour, car n'est rien plus altérable que l'hémoglobine en solution. On a bien essayé de la transformer en hématine, mais alors en raison de la coloration même de cette substance le procédé perd toute sa rigueur.

Rajewski a eu l'idée de faire une fois pour toutes une solution de picro-carminate d'ammoniaque identique à la solution titrée d'hémoglobine et de s'en servir désormais à la place de celle-ci, comme point de comparaison. Cette innovation était heureuse, car, très-dilué, le picro-carminate a une coloration qui se rapproche beaucoup de celle du sang et sa solution est pour ainsi dire inaltérable.

Une seconde critique à adresser au procédé de Hoppe-

Seyler c'est que Taddition lente de l'eau ne permet pas de bien juger de l'identité subite des deux teintes. Tel observateur reste en deçà, tel autre dépasse le but. Il est rare ■ que deux expériences soient très- concordantes et que deux observateurs tombent sur le même chiffre. C'est d'ailleurs là une objection que nous ferons à tous les procédés colorimétriques en en exceptant toutefois le procédé de MM. Jolyet et Laffont dont la rigueur nous paraît comparable à celle des meilleures méthodes de la physique.

Méthode colorimétrique de Preyer. — Cette méthode repose sur ce fait connu qu'une solution d'hémoglobine concentrée, placée dans une cuve à glaces parallèles, a pour effet de supprimer tous les rayons du spectre sauf les rayons rouges.

Si, cependant, nous étendons d'eau cette solution, il arrivera un moment où les rayons verts apparaîtront. Nous nous arrêterons alors, puis nous referons l'expérience avec une quantité connue du sang que nous voulons examiner. Nous l'étendrons d'eau jusqu'au moment où apparaîtront de nouveau les rayons verts. Le sang contiendra à ce moment la même quantité d'hémoglobine que la solution type. La connaissance de la quantité d'eau que nous aurons dû ajouter pour arriver à égalité de teintes nous permettra d'établir une équation d'où nous tirerons facilement la quantité d'hémoglobine contenue dans le sang en expérience.

C'est, on le voit, une modification de la méthode d'Hoppe- Seyler, modification qui laisse subsister la solution altérable d'hémoglobine, la liberté d'appréciation de l'observateur et son erreur personnelle et qui, de plus, suppose que l'éclairage du spectroscope est toujours identique, ce dont on n'est jamais certain, même avec les rhéomètres les plus parfaits. Les perfectionnements apportés par Quincke et Subbotin rendent la méthode plus maniable, mais ne parent pas aux inconvénients que nous venons de signaler.

Nous ne dirons rien de la méthode de Worm-Muller qui nous semble peu applicable à nos études ; elle n'est, en somme, que la méthode d'Hoppe-Sey 1er renversée ; elle consiste à ajouter, non pas de l'eau à du sang, mais du sang à de l'eau jusqu'à ce qu'on arrive à la teinte d'une solution titrée d'hémoglobine qui sert d'étalon. Les mêmes causes d'erreur persistent, et ce renversement de la méthode -exige l'emploi de quantités plus grandes de sang, ce qui, poUr lions, n'est pas un avantage.

3^ Méthode de Jolyet et Laffont. — Nous avons hâte d'ar- Hver à celle des méthodes à point fixe de comparaison qui nous semble l'emporter sur toutes les autres.

MM. Jolyet et Laffont se servent du colorimètre de Duboscq qui a pour avantage de supprimer en grande partie l'erfeur qui dépend de l'appréciation de chaque observateur quand il s'agit déjuger l'égalité des deux teintes.

Il se compose de deux cuves à fond plat en glace. Un miroir incliné éclaire le fond de ces cuves.

Dans chaque cuve descend un tube bouché par une glace plane, et dans lequel le liquide ne peut pas pénétrer. Si on se place au-dessus de ces tubes et si on regarde le liquide contenu dans les cuves à travers le fond du tube, on verra ce liquide en couche d'autant plus mince et par suite d'autant moins colorée que le tube sera plus enfoncé dans la cuve. Or, cet enfoncement se règle au moyen de vis micrométriques, munies d'échelles et de verniers. Si les cuves contiennent des liquides de teintes différentes, il sera possible en abaissant plus ou moins l'un des tubes de les rendre égales et de lire sur les échelles les rapports des épaisseurs qui seront en même temps les rapports colorimétriques.

Pour que l'erreur personnelle devienne presque insignifiante, l'image de chaque cuve est recueillie par un prisme qui vient la dévier de telle sorte qu'en regardant dans un oculaire situé au-dessus, on voit la moitié de chaque cuve

se projeter dans l'œil à côté de la moitié de celle du côté opposé. [Fig. -Z^.) La moindre différence déteinte peut donc être appréciée et corrigée par un mouvement de la vis

Fig. 13. — Colorimètre de Duboscq. Fig. 14. — Marche des rayons

lumineux dans le colorimètre.

micrométrique. Plusieurs observateurs venant l'un après l'autre ne se trompent pas d'un dixième de millimètre.

Voilà donc déjà un des inconvénients de la méthode d'Hoppe-Seyler corrigé. lien restait un second : l'altérabilité de la solution type, qu'elle fut composée d'hémoglobine ou de picro-carminate toujours un peu variable.

MM. Jolyet et LafFont ont pris comme point de comparaison un verre coloré, substance parfaitement inaltérable dont ils ont une fois pour toutes déterminé la valeur comparée à une solution d'hémoglobine titrée.

Dès lors, il reste à procéder par leur méthode comme par celles de leurs devanciers, mais avec des conditions telles que la précision est absolue.Si nous avons longuement insisté sur ce point de technique, c'est qu'ayant été à même de nous servir de la méthode de MM. Jolyet et Laffont, nous en avons apprécié la rigueur et l'exactitude.

Nous arrivons maintenant aux méthodes dans lesquelles ce n'est plus le sang examiné, mais bien l'étalon lui-même qui varie.

4" Méthode de Welcher. — La première, en date, appartient à Welcker. Elle consiste à se servir d'une longue série de solutions sanguines titrées et de coloration décroissante. On en approche l'échantillon à examiner jusqu'à ce qu'on trouve un degré de l'échelle qui lui soit à peu près semblable. On déduit la quantité d'hémoglobine du sang de celle qui existe dans la solution type.

Ici, outre l'erreur de l'observateur qui est illimitée, on a encore l'inconvénient des solutions d'hémoglobine qui ne peuvent pas être conservées. C'est pour remédier à cet inconvénient que Welcker imagina la méthode des taches de sang. Il prend ses solutions titrées et avec chacune d'elles il colorie avec toutes les précautions voulues, des carrés de papier. Ces papiers servent ensuite au lieu et place des solutions titrées. Ils s'altèrent peut-être un peu moins qu'elles, mais en somme la méthode des taches colorées comporte absolument les mêmes inconvénients et mérite les mêmes reproches que celle des échelles liquides.

Méthode d'Hayem. — Malgré cela elle a été remise en honneur par M. Hayem (1876) vingt-deuxans après l'apparition des travaux de Welcker. Et, comme la méthode de

Regnard.

M. Hayem a servi à faire un grand nombre de travaux sur le sang, nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici la description qu'il en donne lui-même. (Soc. de Biologie 1876-1877.)

M. Hayem utilise le mélange sanguin qui lui sert à compter les globules, mélange qui se trouve être au 249^ « Ce mélange, dit-il, est déposé dans une petite cuvette de verre formée par un anneau de verre blanc (sans couleur) collée sur une lame également de verre blanc. En la mettant, lorsqu'elle contient le mélange sanguin, sur une feuille de papier écolier et en la regardant directement et non par transparence, le mélange sanguin présente une teinte qui varie nécessairement suivant la richesse du sang en hémoglobine.

« Gomme, d'autre part, j'ai fabriqué à l'aquarelle un certain nombre de rondelles colorées de même diamètre que la cellule et constituant une échelle de teintes aussi analogues que possible à celles des divers mélanges sanguins, il ne reste plus qu'à déterminer par comparaison à quelle teinte correspond la couleur du sang dilué contenu dans la petite cuvette de verre.

« Il faut avoir soin, pour faire cet examen, de se placer près d'une fenêtre tournée vers le nord, et en tout cas d'éviter les rayons du soleil. La cellule de verre renferme toujours une même épaisseur de mélange sanguin, et celuici ayant été fait à l'air libre, l'hémoglobine du sang est toujours également oxygénée. Dans ces conditions, les teintes que fournissent les divers échantillons de sang sont comparables entre elles.

« Pour graduer l'échelle des teintes, j'ai choisi comme point de départ, comme étalon en quelque sorte, la plus forte coloration que puisse donner chez l'adulte le sang du bout du doigt... Cette première teinte porte le n« 1... Le maximum de l'échelle correspond à 6 millions de globules sains.

« En faisant varier les dilutions clu sang normal dans des proportions convenables, nous avons pu estimer la valeur de chaque teinte par rapport à 1. De plus, comme contre-épreuve, en comptant le nombre des globules dans chaque dilution, on a pu inscrire, à coup sûr, à côté de cette valeur, le nombre correspondant de globules normaux. »

M. Hayem a obtenu de cette façon la table suivante :

n'' de la TEÏNTE.

RTC HESS Ë

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