‹ Recherches expérimentales sur les variations pathologiques des combustions respiratoiresChapitre 11 sur 35 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Capacité respiratoire du sang.

§ II. Variations pathologiques.

Les méthodes directes par les pesées n'ont encore pu donner aucune notion sur les variations pathologiques de l'élément actif du sang, de l'hémoglobine. Elles obligent à l'emploi de trop de sang, nous nous sommes suffisamment expliqués sur ce sujet à propos de la technique pour que nous n'ayons plus à y revenir.

Les recherches de Quincke sur l'hémoglobine dans les maladies, celles de Welcker ont été malheureusement faites au moyen de procédés si imparfaits qu'il faut refaire complètement ces études. — Il serait utile qu'en médecine, le procédé de MM. Jolyet et Lafifont fût employé journellement.

En attendant, nous pourrons utiliser ici les travaux qui ont été faits dans nos laboratoires tant en pathologie expérimentale que sur le sang extrait des malades à l'hôpital.

Nous allons, comme pour l'étude des gaz du sang, jeter un coup d'œil rapide sur ce qui a été publié par nos devanciers : nous intercalerons à leur place les expériences que nous avons cru devoir tenter pour jeter quelque jour sur la question.

Anémie aiguë. — Tout d'abord nous avons voulu cons-

tater l'influence qu'aurait sur la capacité respiratoire du sang la spoliation rapide d'une grande quantité de ses éléments actifs, les globules. ~ Il était évident que la perte d'une certaine quantité de sang devait diminuer la puissance respiratoire de la masse du sang : il eût été puéril de le chercher.

Nous nous sommes posé la question autrement. Il fallait chercher : 1« ce qu'absorbaient au maximum 25 centimètres cubes du sang d'un animal ; 2° lui faire une forte saignée ; 3° analyser quelques heures après 25 centimètres cubes de son sang agité à l'air.

Si rien ne s'était passé dans l'arbre vasculaire, le sang de la seconde prise devait avoir la même capacité respiratoire que celui de la première. Mais, si une certaine quantité d'eau avait pénétré dans le système circulatoire pour y rétablir la pression, alors les globules devaient être plus dilués qu'avant et la capacité respiratoire amoindrie.

C'est cette dernière alternative que l'expérience a démontré être vraie.

Expérience XLII. — On prend un chien de 8 kil. et on lui extrait, à la fémorale 25 c. c. de sang.

Ce sang est battu à l'air, flltré et introduit dans la pompe. (L'animal avait déjà été opéré et suppurait.)

Capacité respiratoire, 18 c. c. 3, 0/0.

On provoque une hémorrhagie de 200 c. c, et, deux heures après, on prend de nouveau 25 c. c. qu'on agite et qu'on analyse.

Capacité respiratoire, 14 c. c. 6,0/0.

Diminution 3 c. c. ^^,0/0.

Expérience XLIII. — Un terrier vigoureux est mis en expérience. — On prend la capacité respiratoire de son sang.

Capacité respiratoire, 24 c. c. 2.

On provoque une liémorrhagie de 200 ce, et, deux heures après, nouvelle prise de sang.

Capacité respiratoire, 20 c. c. 8.

Diminution, 3 ce. 4.

Ainsi un même volume de sang contenait plus d'eau et moins de globules, il s'était fait une hydrémie subite qui avait rétabli la pression artérielle.

On se souvient que nous avons invoqué cette expérience contre MM. Mathieu et Urbain, qui prétendaient que, dans l'anémie, la diminution de l'oxygène du sang tient surtout à la diminution de pression et à la rapidité de la circulation. Si le sang circule plus vite et reste moins longtemps dans le poumon, en revanche, il y revient plus souvent, et il serait tout aussi oxygéné qu'avant, s'il n'était pas plus dilué.

M. Quinquaud a pu étudier quatre cas d'anémies aiguës, suites d'hémorrhagies puerpérales. Chez la femme, comme chez les animaux de nos expériences, la capacité respiratoire du sang s'était considérablement abaissée.

Elle était tombée à 5 0/0 dans un cas, à 8 0/0 dans un deuxième, à 9 0/0 dans un autre, et à 10 0/0 dans le dernier. L'hémoglobine était tombée à 24 gr., 38 gr., 43 gr., et 48 gr., au lieu de 125 à 150 gr. pour 1.000, que l'on peut considérer comme étant la normale.

Cacliexies. — On peut rapprocher de ces chiffres ceux qui ont été obtenus dans l'étude des anémies acquises, des anémies de la tuberculose, du cancer, de la syphilis et de la chlorose. C'est encore à M. Quinquaud que nous emprunterons un certain nombre d'expériences.

Il a observé quatre cas de tuberculose au premier degré. Dans ces quatre cas, la capacité respiratoire était tombée à 22, 23, 20, 24 ce, 0/0. — La normale est entre 27 et 30.

Quatre cas de tuberculose au second degré lui ont donné les chiffres suivants : 18, 22, 23, 18 ce 0/0.

Au troisième degré, la diminution est encore plus im-

portante. Il a yu dans six cas la capacité respiratoire tomber à 10, 13, 22, 14, 19, 16 ce. En même temps, l'hémoglobine était tombée à 48, 62, 106, 67, 91, 76 gr. 0/00.

Tous ces résultats avaient été obtenus par le procédé à l'hydrosulfite et sur de très-faibles quantités de sang extraites par une ventouse. Il était important d'en vérifier l'exactitude par le procédé de la pompe à mercure dont la précision est incontestée. Seulement, l'analyse à la pompe demande une grande quantité de sang, 25 à 30 ce. au minimum. Or, il est fort difficile d'en avoir autant sur un malade. Nous avons pu, jusqu'à un certain point, tourner la difficulté et faire des analyses qui se rapprochent beaucoup de la vérité.

Notre collègue, M. Jolyet, a démontré depuis longtemps que le sang déjà putréfié, a exactement le même pouvoir absorbant qu'au moment où il a été extrait de l'animal. Il a fait sur ce point de physiologie de très-nombreuses expériences, il n'y a pas de doute possible sur le fait lui-même. Dès lors, il nous devenait possible de prendre le sang dans les vaisseaux aux autopsies des malades et d'en déterminer par la pompe le pouvoir absorbant. La seule cause d'erreur qui pût nous atteindre était la diff'usion de l'eau du sang à travers les vaisseaux où le développement de gaz ammoniacaux, qui ont la propriété, comme nous le verrons plus loin, d'atténuer le pouvoir absorbant de l'hémoglobine. Nous avons à peu près paré à ces inconvénients en faisant toutes nos expériences pendant l'hiver rigoureux de 1876, à une époque où la putréfaction n'atteignait pas les cadavres sur lesquels nous opérions dans les limites du temps qui s'écoulait entre le décès et le moment de l'autopsie (1).

(l) Nous ne croyons pas qu'on doive employer d'une manière habituelle le sang mort pour l'étude de la capacité respiratoire ; on s'exposerait aux causes d'erreur dues à la transsudation du sérum et à la coagulation dans les vaisseaux. Dans toutes les expériences que nous citerons, nous avons

Les expériences faites d'abord par M. Jolyet, puis par M. Légerot, auraient pu nous dispenser de rechercher si le sang putréfié absorbait yraiment autant d'oxygène qu'à l'état frais. Nous avons youlu faire au moins une expérience personnelle, ne fût-ce que pour l'exposer au lecteur et entraîner sa conviction.

Expérience XLIV. — On prend à un chien 150 ce. de sang, on les défibrine, on les agite et on en détermine la capacité respiratoire.

Capacité respiratoire = 26, 2, 0/0.

On abandonne 100 ce. sur l'appui d'une fenêtre pendant huit jours. 11 fait très-chaud (septembre 1878, plusieurs orages). L'odeur du sang est devenue insupportable. — On agite 33 cent, cubes avec l'air et on procède de nouveau à une analyse.

Capacité respiratoire =: 26, 4, 0/0.

Le flacon n'était pas bouché, le sang a dû s'évaporer un peu d'oii une faible concentration et la très-légère augmentation qu'on remarque ci-dessus. Mais revenons à notre étude du pouvoir respiratoire du sang dans les anémies et dans les cachexies.

Expérience XLV. — A l'autopsie d'une petite fille de 13 ans, morte dans le service de notre maître le J. Simon à l'hôpital des Enfants, nous recueillons 50 c c. de sang. — La petite malade était atteinte de mal de Pott, avec abcès par congestion ouvert en dehors et suppurant depuis plu-

toujours pris le sang dans le cœur et dans la veine-cave. Toutes les fois que nous avons trouvé le sang coagulé complètement, nous l'avons rejeté ou bien nous avons soigneusement broyé les caillots pour les bien mélanger au sérum. Avec ces précautions, l'analyse à la pompe d'une grande quantité de sang extraite du cadavre, peut rendre beaucoup de services.

Regnard. ^

sieurs mois. Elle était tuberculeuse et réduite à un état d'iiecticité profonde. Capacité respiratoire = 8 ce. 6, 0/0.

Expérience XLVI. — Un homme de 30 ans, atteint de phthisie au deuxième degré, meurt d'une pleurésie intercurrente (Hôtel-Dieu). Une certaine quantité de sang est recueillie à l'autopsie.

Capacité respiratoire = 17 ce. 5, 0/0.

Expérience XLVIL— Le 9 mars 1877, il meurt à l'Hôtel- Bieuun malade atteint de phthisie au troisième degré, complètement œdématié et dans un état d'anémie des plus profondes. 56 ce de son sang sont examinés à la pompe après battage à l'air.

Capacité respiratoire. = 6, 4, 0/0.

Ainsi les chiffres que nous avons obtenus à la pompe sur de grandes quantités de sang mort concordent parfaitement ayec ceux que M. Quinquaud avait obtenus par l'hydrosulfite et sur le sang vivant.

A côté de la tuberculose une des affections chroniques qui atteint le plus le sang, c'est le cancer. M. Quinquaud en a observé cinq cas. La capacité respiratoire du sang était tombée à 9 ce, 8 ce, 10 ce, 9 ce 12 ce 0/0. L'hémoglobine était tombée à 43 gr., 38 gr., 48 gr., 43 gr., 57 gr., par litre de sang.

Ici encore nous avons fait sur le sang mort et par la pompe à mercure quelques expériences comparatives.

Expérience XLVIIL — Femme de 45 ans, morte d'un cancer de l'estomac dans un état d'anémie extrêmement avancée.

Capacité respiratoire du sang. = 4 ce 8, 0/0. C'est encore moins que n'avait vu M. Quinquaud.

Expérience XLlX. — Homme de 38 ans, mort à l'Hôtel- Dieu d'un cancer de la plèvre. (Ici le cancer avait rapidement déterminé une pleurésie mortelle.)

Capacité respiratoire du sang. = 17 ce. 2, 0/0.

La phthisie aiguë a une action analogue sur le sang. Seulement cette affection ayant une marche beaucoiip plus rapide, les globules sont moins complètement détruits que dans les formes lentes.

Voici les chiffres obtenus par M. Quinquaud dans quatre observations.

La capacité respiratoire était tombée à 14 ce, 16 ce, 15 ce, 17 ce pour 100 grammes de sang. L'hémoglobine n'atteignait plus que les chiffres 67 gr., 76 gr., 72 gr., 81 gr. pour 1000 gr. de sang.

Ainsi, le processus est le suivant dans ces affections cachectiques : les globules sanguins perdent une partie de leur puissance respiratoire ; de là une diminution de combustions générales et une déchéance de l'organisme, entraînant par elle-même une moindre formation de globules. C'est donc une sorte de cercle aboutissant lentemént mais fatalement à un état qu'on a appelé cachectique et dont la terminaison naturelle sera la cessation de toutes les fonctions : la mort.

A côté de ces maladies qui diminuent si considérablement le pouvoir absorbant du sang, il faut placerd'aur es affections moins graves, plus passagères, mais qui agissent dans le même sens. Tout d'abord nous devrons parler de la chlorose. M. Quinquaud a expérimenté sur quatre cas. Il a 1 obtenu les nombres 13 ce, 10 ce, 12 ce, 15 ce pour la capacité respiratoire et 62 gr., 48 gr., 57 gr., 72 gr. 0/00 ' pour la quantité d'hémoglobine. C'est donc une réelle dimi- I nution de l'hémoglobine et du pouvoir absorbant. ' L'anémie de la fièvre intermittente d'Afrique a donné au . même auteur les nombres 18 ce, 19 ce, 20 ce pour le pouvoir absorbant et 86 gr., 91 gr., 96 gr. pour l'hémoglobine.

Tout le monde conn ait l'anémie des rhumatisants. Chez ces malades, le pouvoir absorbant est assez diminué. Il n'atteint plus que 17 ce, 19 ce, 18 ce, au lieu de 28 ce à 30 ce qui constitue, comme nous l'avons dit, l'état normal.

L'hémoglobine tombe à 81, 91, 86 gr. 0/00 de sang. (Quinquaud).

Mêmes résultats dans la syphilis tertiaire (19 ce à 20 ce pour la capacité respiratoire, 86 gr. à 91 gr. pour l'hémoglobine), dans le mal de Bright, à la troisième période, dans l'angiocholite et dans la périostite diffuse. Nous renverrons le lecteur au mémoire de M. Quinquaud pour les détails sur ces affections.

Nous devons maintenant dire un mot d'affections qui, débutant brusquement, semblent frapper aussitôt le globule, annihiler sa fonction physiologique, sans procéder par une destruction lente, comme dans les affections chroniques dont nous venons de parler.

Il s'agit des fièvres éruptives et de la diphthérie.

Dès 1870, M. Brouardel, en pratiquant des saignées sur des varioleux, a pu reconnaître le plus grand volume d'oxygène que leur sang pouvait absorber.

Nous reproduisons ici le tableau publié par ce savant clinicien.

Quantité de sang analysée : SO ce.

SANG d'un malade

n'ayant pas de fièvre, ayant quelques tubercules.

VARIOLE

cobérente.

(7° jour).

VARIOLE

hémorrhagique.

VARIOLE

hémorrhagique.

Volume de gaz.. . 36.8 Acide carbonique. 16.4

Ainsi dans un cas l'oxygène était tombé à 8 ce pour

100 cent. cub. de sang. Et encore, on remarquera que la quantité d'azote était beaucoup plus forte que celle que le sang peut dissoudre. Cela tient évidemment à ce qu'il restait encore de l'air dans la pompe avec laquelle opérait M. Brouardel, il restait donc aussi de l'oxygène et les chiffres qu'il publie sont encore trop forts.

Les expériences que nous avons faites sur le sang' de varioleux morts à l'hôpital des Enfants sont tout à fait en rapport avec celles de M. Brouardel.

Expérience L. — Le 18 janvier 1876, une petite fille meurt de variole confluente dans le service de M. J. Simon. — Son sang est recueilli, puis analysé après battage.

Capacité respiratoire 12 c. c. 7, 0/0.

Expérience LI. — Un garçon de 7 ans meurt dans le même service quelques jours après.

Capacité respiratoire = 19 c. c. 8, 0/0.

La scarlatine agit dans le même sens que la variole ; dans cette affection une partie importante de l'hémoglobine a perdu son pouvoir absorbant. Cela résulte au moins d'une observation de M. Brouardel qui n'a trouvé dans un cas de ce genre que 7 c. c. 5 absorbé par 100 gr. de sang vivant.

Mais l'affection où cette importante altération du sang est pour ainsi dire subite et foudroyante c'est la diphthérie. Depuis déjà bien longtemps on savait que le sang des diphthéries graves était poisseux, noirâtre, couleur de sépia, qu'il rougissait difficilement. Nous avons voulu pendant notre internat à l'hôpital des Enfants en faire l'étude complète au point de vue du pouvoir respiratoire, en utilisant les cas de croup, malheureusement bien nombreux qui succombent chaque jour dans les salles de ce grand établissement.

Expérience LU. — Fille de 5 ans, morte après avoir été

trachéotomisée dans le service de M. Archambault. Diphthérie non généralisée. - Sang noir, couleur non sépia. Capacité respiratoire du sang= 19 ce.

Expérience LUI. — Fille de 4 ans, croup infectieux, morte en deux jours. Pas de trachéotomie. Capacité respiratoire = 16 ce. 2.

Expérience LIV. — Group secondaire, chez un garçon de 8 ans. — Diphthérie maligne, sang non sépia. Capacité respiratoire 16 ce 1.

Expérience LV. — Group primitif chez un enfant de 3 ans, du service de M. Archambault, mort en deux jours et demi.

Capacité respiratoire = 17 ce 6.

Expérience LYI. — Diphthérie généralisée chez un garçon de 3 ans. (Service de M. Archambault.) Angine, coryza, mort le troisième jour sans trachéotomie, pas de dyspnée.

Capacité respiratoire = 11 ce 3.

Expérience LYII. — Garçon de trois ans, succombe en 4 jours après avoir été trachéotomisé. La mort survient au milieu d'une dyspnée intense évidemment de cause mécanique (pseudo-membranes dans la trachée, trouvées à l'autopsie).

Capacité respiratoire = 22 ce 9.

Ainsi ces expériences nous apprennent ce fait que, dans la diphthérie, une grande partie des globules est tuée. Chez l'enfant, en effet, la capacité respiratoire du sang semble être assez élevée à l'état normal. Elle est, comme chez l'adulte, de 27 ce à 30 ce d'oxygène pour 100 ce de sang. En voici la preuve,.

Expérience LVITI. — Un enfant de 8 ans meurt à la suite d'un accident de voiture.

Capacité respiratoire = 2*7 ce. 3.

Or, dans la diplithérie maligne, nous voyons cette capacité respiratoire tomber suUtemônt à 11 0/0. Il y a eu une intoxication dans laquelle les deux tiers des globules ont été frappés. Faut-il donc s'étonner du peu d'utilité de la trachéotomie dans bien des cas. Le but du chirurgien, en pratiquant cette opération, est de remédier à une asphyxie purement mécanique tenant à l'obturation ou à la paralysie de la glotte.

Mais que peut la trachéotomie quand le sang lui-même n'absorbe plus l'oxygène. Elle vaut juste une opération qui consisterait à ouvrir la trachée à un homme asphyxié par l'oxyde de carbone.

Notre travail pourrait pourtant avoir une conséquence, ou, tout au moins, provoquer des recherches. — Le sang n'est en réalité jamais saturé d'oxygène après son passage dans le poumon, et tel malade dont la capacité respiratoire est encore de 16, n'a certainement pas 16 0/0 d'oxygène dans son sang artériel. Cette quantité de 16 0/0 serait pourtant suffisante pour entretenir sa vie. Comment pourrait-on amener son sang à contenir plus d'oxygène, bien que son pouvoir absorbant fût diminué. Les belles découvertes de notre maître, M. Bert, sont là pour nous apporter une solution. 11 suffirait de faire respirer au malade soit de l'air comprimé, soit, ce qui revient au même, de l'air où l'oxygène aurait une tension élevée, de l'air artificiellement suroxygéné.

Il faudrait donc faire respirer de l'oxygène aux petits malades qui viennent de subir la trachéotomie. Mais nous tenons à faire immédiatement une réserve ou plutôt à présenter une observation. — 11 ne faudrait pas attendre un grand bénéfice des inhalations d'oxygène telles qu'elles sont en général pratiquées par les médecins. D'ordinaire

on fait respirer au malade, pendant deux ou trois minutes de l'oxygène pur, et en voilà pour 24 heures. On agit comme un sauveteur qui, secourant un noyé, le retirerait deux minutes de l'eau, puis l'y replongerait aussitôt. — Les inhalations d'oxygène doivent être continues, elles ne doivent pas être faites avec de l'oxygène pur, mais bien avec de l'air simplement suroxygéné ; enfin dans le cas spécial qui nous occupe, elles ne doivent pas nécessiter l'emploi d'appareils qui exigent la succion ou une respiration intense (1).

Immédiatement à côté de la diphthérie nous devons placer d'autres maladies de nature analogue et qui ont également pour action de tuer le globule, d'en arrêter l'action chimique et physiologique.

(l) Nous sommes intimement persuadés qu'on perdrait bien moins de sujets atteints de diphthérite s'il était possible d'isoler chaque malade dans un petit cabinet bien étanche avec porte éclusée, cubant environ 30 mètres, chauffé à une température élevée et fixe, ayant une atmosphère presque saturée de vapeur d'eau et contenant environ 40 O/O d'oxygène. — L'air en possédant déjà 21 O/O, il n'y aurait plus à fournir que 20 autres parties, soit pour les 30 mètres cubes, 6 mètres cubes. En tenant compte de la ventilation, il faudrait environ 20 mètres cubes d'oxygène par lit et par jour pour les malades atteints de croup. Au prix où revient l'oxygène fabriqué par les procédés de Tessier Du Motay, ce serait une dépense de 10 à 12 francs par jour. Ces chiffres ne paraîtront pas constituer une dépense exagérée quand le lecteur saura qu'à l'Hôtel-Dieu de Paris un malade coûte près de 15 francs de loyer par jour à l'administration. — L'isolement des diphthéritiques dans un quartier spécial aurait encore l'avantage d'empêcher que leur maladie ne se communiquât aux autres enfants. Que de fois un enfant, entré pour une indisposition minime, prend le croup et en meurt. Nous avons vu, pendant l'année 1876, un petit choréique que le hasard du classement avait placé entre deux croups opérés. Après quelques semaines de séjour, il prenait la diphthérie et en mourait. C'est un exemple entre mille. Ne nous a-t-il pas été donné d'entendre un des plus savants médecins de l'hôpital des Enfants dire en pleine séance de la Société médicale des hôpitaux qu'il ne laisserait pour rien au monde un de ses enfants traverser le service dont il était le chef. On nous pardonnera cette digression , qu'autorise peut-être le sentiment d'indignation que nous avons ressenti pendant notre internat à l'hôpital des Enfants. Les réclamations, les supplications des médecins de l'hôpital n'ont pas encore pu obtenir l'isolement des diphthéritiques, c'est dire que nous n'avons absolument aucun espoir de voir jamais faire l'essai que nous propos ms au début de cette note.

En tête se trouve la septicémie dont l'étude a été faite surtout par M. Légerot.

Cet expérimentateur commence par peser directement les globules contenus dans une certaine quantité de sang pris à un animal, et il en prend la capacité respiratoire; puis il intoxique l'animal par une injection de sang putréfié et il fait alors une nouvelle pesée et une nouvelle détermination de la capacité respiratoire ; or, il se trouve que les globules ont peu diminué de poids, mais qu'ils ont perdu leur pouvoir absorbant. Ils n'ont pas été détruits en tant qu'éléments anatomiques, ils ont été annihilés en tant qu'éléments physiologiques.

Voici le sommaire de quelques expériences :

Poids des globules Capacité respir.

Le même septicémique ....

Le même septicémique ....

Ces résultats sont importants parce qu'ils montrent combien il est utile de se servir de la pompe pour les déterminations de pouvoir absorbant. La méthode colorimétrique dans ces cas aurait donné un chiffre élevé comme elle le donne dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone où pourtant le sang a perdu sa capacité respiratoire.

Il faut encore rapprocher de la septicémie la suppuration quand elle est longtemps prolongée.

Voici, à ce sujet, deux expériences que nous empruntons à M. Légerot :

Capacité respiratoire.

Chien normal 20

Le même en suppuration .. . 17,9

Poids des globules Capacité respir/

Chien normal 32,3 21,9

En suppuration. . ^ 31,0 18,0

Avant d'en finir avec les conditions qui diminuent le pouvoir absorbant du sang, il nous reste à parler des substances qui peuvent être introduites accidentellement dans l'organisme et qui possèdent au plus haut point une action directe sur le globule. C'est d'abord l'oxyde de carbone, les nitrites et les sels d'ammoniaque.

L'action de l'oxyde de ca??bone est trop connue pour que nous y insistions. Nous voudrions seulement rapporter quelques expériences que nous avons faites et qui pourraient, dans quelques cas, éclairer certaines questions de médecine légale.

Expérience LIX. — Un homme est trouvé mort dans une mansarde du quartier Saint-Antoine, où se trouve en même temps un fourneau éteint. L'autopsie est pratiquée et on nous remet 50 ce. du sang soigneusement recueilli.

Nous trouvons que la capacité respiratoire est restée à 2*7 c c. 1. Nous croyons pouvoir conclure que cet homme n'a pas succombé à l'asphyxie par le charbon.

Expérience LX. — En 1877, à l'hôpital Saint- Antoine, un homme est amené dans la journée, on l'a trouvé évanoui dans une chambre fermée où un poêle était allumé. — L'interne de garde croit devoir pratiquer une saignée. Le sang est déflbriné à mesure et nous est aussitôt envoyé. ,

Capacité respiratoire = 14 ce. 3.

Ici l'empoisonnement par l'oxyde de carbone est probable, il est loin d'être certain (1).

(l) M. Gréhant (Soc. de biologie, 1878) a trouvé que l'oxyde de carbone

Expérience LXI. — ku moment des expériences d'essai du chauffage au nouvel Hôtel-Dieu on craignit le dégagement de l'oxyde de carbone par la fonte des poêles de chauffage. — Les craintes furent accrues encore par la mort presque subite d'un employé de l'hôpital qui travaillait depuis plusieurs heures auprès d'un de ces poêles. — 100 ce. de son sang nous furent envoyés. La capacité respiratoire fut trouvée égale à 25,7. Nous déclarâmes que le malade n'était pas mort par l'empoisonnement oxy-carbonique. L'autopsie fut ordonnée et on trouva une hémorrhagie qui avait détruit tout un hémisphère cérébral et avait finalement gagné jusqu'au bulbe.

Dans tous ces cas nous avions recherché au spectroscope les raies de l'hémoglobine oxy-carbonée.Nous avouons que nous n'aurions pas osé nous prononcer aussi nettement par l'examen de ce seul caractère que nous l'avons fait par l'examen de la capacité respiratoire.

Les nUrites agissent presque de la même manière que l'oxyde de carbone, avec cette différence que leur action est moins durable et que le globule reprend vite son pouvoir absorbant.

Déjà Gamgee, puis Rabuteau avaient remarqué que dans les inhalations de nitrite d'amyle le sang noircit et uq rougit plus à l'air. Dans les expériences suivantes que nous avons faites en commun avec M. le professeur Jolyet nous avons soumis ce phénomène à des mesures précises.

Expérience LXIL— Nous prenons la capacité respiratoire du sang d'un gros chien de 15 kil., nous la trouvons égale à 24 ce. On lui fait faire plusieurs inhalations de nitrite

en très-faible quantité dans l'atmosphère venait petit à petit se fixer sur les globules et les détruire un à un pour ainsi dire, en s'emmagasinant dans le sang et en en diminuant au fur et à mesure la capacité respiratoire. C'est là un fait très-important au point de vue médico-légal.

d'amyle et on détermine de nouveau le pouvoir absorbant.

Capacité respiratoire = 4 ce. 4. Diminution des 4/5.

On conserve pendant 24 heures 100 ce. de ce sang qui n'absorbe plus que 4 ce 4. On en détermine le pouvoir respiratoire. On la trouve égale à 16 ce 0.

Ainsi l'action du nitrite d'amyle est temporaire, elle ne dure que pendant le temps qu'il est dans le sang, probablement même seulement le temps qu'il met à s'oxyder et à passer à l'état de nitrate.

Le radical amyle n'est pour rien dans le phénomène, nous avons reproduit notre expérience avec le nitrite d'éthyle (1), Rabuteau en a constaté la reproduction avec tous les nitrites.

D'ailleurs, nous avons fait des inhalations d'amylène et nous avons trouvé que le pouvoir absorbant, qui était de 22,5 avant les inhalations, était demeuré de 22, 5 après qu'elles avaient été faites.

Dans le même ordre d'idées, Bruel a fait un certain nombre d'expériences avec la nitro-glycérine et est arrivé au même résultat que nous avec les nitrites.

Les sels d'ammoniaque, en particulier le carbonate, semblent également être toxiques pour le globule. Nous avons fait avec notre ami, M. Guffer, quelques expériences sur ce point.

Expérience LXIV. — - Vous prenons à un chien de 15 kil., 50 gr. de sang, dont nous déterminons la capacité respiratoire.

Capacité respiratoire = 24 ce 6, 0/0.

Puis, nous lui injectons dans la veine crurale 6 grammes .de carbonate d'ammoniaque dissous dans une très-petite quantité d'eau.

L'animal est pris de dyspnée et de convulsions.

(l) Expérience LXIII. — Capacité respirât, avant Tinhalation. 27.2,

— après — 22.0.

Nouvelle prise de 50 gr. de sang.

Capacité respiratoire, 13 ce. 2.

Diminution de près de moitié.

Chez un malade de l'hôpital Saint-Louis, atteint d'ammoniémie très-caractérisée, on a pu pratiquer une saignée, et l'examen du sang nous a montré un pouvoir absorbant égal à seulement 14 ce. 0/0, ce qui confirme pleinement notre expérience.

Quand nous aurons cité le gaz d'éclairage et l'acide sulfhydrique, nous en aurons à peu près fini avec les substances qui diminuent le pouvoir absorbant des globules sanguins. Non pas que nous ignorions qu'il existe encore beaucoup de corps qui agissent sur eux, mais nous n'avons pas à faire ici de la toxicologie et nous ne nous occupons que des états pathologiques et des processus généraux dont nous espérons éclairer la pathogénie .

Il existe un certain nombre d'affections qui ne produisent que peu ou pas d'altérations de la partie active du sang.

La fièvre typhoïde, en particulier, qui amène une adynamie si profonde et qui donne lieu à des phénomènes généraux si graves, ne semble point diminuer beaucoup la puissance des globules.

M. Quinquaud a pu analyser six fois le sang des typhiques, et il a vu que 100 grammes absorbaient 21, 24, 25 ce d'oxygène, ce qui est à peu près normal. Nous en dirons autant de la pneumonie aiguë franche. M. Quinquaud a trouvé dans cette maladie les chiffres 21, 22, 20. Nous avons fait une seule expérience, mais elle est absolument confirmative de celles de cet expérimentateur.

Expérience LXV. — Un homme de 45 ans, très-fort, est pris de pneumonie de presque tout le poumon gauche. Il en a tous les signes très-accusés. 11 meurt avec une température très-élevée (41° 4) et sans autre complication. (4® jour.)

Le sang, analysé après la mort, donne le chiffre suivant : Capacité respiratoire = 2*7 ce. 0/0.

C'est le chilfre habituel.

Le diabète semble être accompagné d'une altération profonde du sang qui modifie considérablement la nutrition des éléments, de là un amaigrissement rapide, des gangrènes locales, etc. Mais cette altération ne paraît pas porter sur la capacité respiratoire. Les cas de diabète sont rares dans nos hôpitaux de Paris. J'ai, néanmoins, pu me procurer une grande quantité de sang d'une diabétique et en pratiquer l'analyse.

Expérience LXVL — Une fille de 15 ans, atteinte de diabète (glycosurie intense, polydipsie, polyphagie), meurt de pneumonie à l'hôpital des Enfants.

Capacité respiratoire du sang = 24 ce. 6.

Il y a une légère diminution, mais elle est loin d'être en rapport avec l'état déplorable où se trouvait l'enfant.

En résumé, le milieu intérieur chargé d'apporter aux éléments l'oxygène nécessaire aux combustions intimes peut être affecté de plusieurs façons :

P II peut conserver toute sa puissance chimique, mais contenir temporairement moins d'oxygène, par suite d'une part, d'un apport moindre de ce gaz au poumon dépendant des variations de la circulation ou de la mécanique respiratoire, et d'autre part d'une consommation exagérée dans les tissus (variations pathologiques des gaz du sang).

2'' Il peut contenir une moindre quantité d'oxygène par suite d'une lésion directe du sang ayant annihilé l'hémoglobine ou l'ayant rendue incapable d'absorber l'oxygène.

Le résultat final est le même ; il arrive des quantités variables d'oxygène aux tissus et les combustions organiques sont modifiées.

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