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CHAPITRE X

De l'Urée.

§ II. Variations physiologiques.

L'urée tire son origine du rein, mais elle n'y est pas formée comme on l'a longtemps pensé. Il n'y a pas, dans cet organe, de sécrétion proprement dite si on donne à ce mot le sens de formation directe d'une substance, il y a simple filtration de l'urée séparée du sang et entraînée au dehors.

C'est en 1823 que Prévost et Dumas montrèrent qu'un animal à qui on enlève les reins meurt immanquablement et que, de plus, l'urée s'accumule dans son sang. — CL Bernard a depuis démontré que la muqueuse stomacale peut devenir une voie de compensation pour l'élimination de l'urée et que la mort ne survient que quand cette voie supplémentaire est devenue insuffisante.

Picard (de Strasbourg), dans une thèse remarquable, arriva à préciser les faits et à démontrer que le sang de la veine rénale contenait moins d'urée que le sang de l'artère et que, par conséquent, il y avait une élimination pendant le passage du sang à travers les capillaires rénaux.

Mais c'est surtout à l'excellent travail de M. Gréhant qu'on doit des notions très-exactes sur la question. Muni d'une méthode rigoureuse d'analyse, dont le défaut permet-

tait toujours de mettre en doute les résultats de ses devanciers il a pu préciser les moindres détails du problème et démontrer que l'urée qui s'accumulait dans le sang après la ligature des uretères était précisément en quantité égale a celle qui, dans le même temps, aurait été éliminée par les reins si l'animal avait été laissé à l'état normal.

Ainsi l'urée existe toute formée dans le sang et, comme elle est en plus grande quantité dans le sang veineux qm revient des tissus que dans le sang artériel qui s y rend, il faut admettre qu'elle s'est formée dans l'intimite de ces tissus et qu'elle est le résultat de leur combustion.

Il y a environ 0 gr. 16 à 0 gr. 20 d'urée dans un litre de

'Tïrée d'ailleurs, Wurtz l'a démontré, existe dans tous les liquides qui reviennent des organes vers le cœur - la ivmphe le chyle en contiennent des quantités considérables. Les exsudats qui s'épanchent dans les cavités diverses dans quelques états pathologiques, en contiennent également beaucoup ; davantage même qu'il n'y en a dans le sang, de sorte qu'on dirait qu'il se passe dans ces cas une sorte d'excrétion à la surface des séreuses.

D'ailleurs cette excrétion se rencontre dans toutes les sécrétions et le lait, la sueur, la salive, la bile, etc., contiennent de l'urée en proportion considérable. Nous passons rapidement sur tous ces faits qui ne se rapportent qu indirectement à notre sujet.

Un point plus important pour nous, c'est l'origine de l'urée. Nous avons dit, au commencement de cette étude, qu'elle était le résultat final des combustions des matières albuminoïdes et qu'elle pouvait être considérée comme en donnant la mesure. C'est l'opinion de beaucoup de physiologistes et en particulier de Cl. Bernard. C'est, en eflet un produit d'oxydation ultime, on ne peut plus lui faire fixer d'oxygène et toute tentative dans ce sens n'a pour résultat que de la faire se dédoubler en azote et en acide carbo-

nique. Enfin nous avons dit qu'on pouvait la former en oxydant les substances organiques moins chargées qu'elle en oxygène.

Pourtant, s'il faut en croire le professeur Robin, on ne devrait pas conclure de ce qu'on sait actuellement à l'oxydation réelle et directe des substances albuminoïdes pour la formation de l'urée.

Nous citons ici la phrase même, dans laquelle il exprime cette opinion.

« Les chimistes ont pris à tort ce principe (l'urée) pour un produit de la combustion des substances azotées qui serait opérée par la fonction de respiration. L'urée, ainsi que d'autres principes dé la même classe, naît par catalyse dédoublante, durant la désassimilation. »

Pour Neubauer, l'urée n'est pas le produit de l'oxydation directe des matières albuminoïdes; elle vient de la combustion des matières moins oxydées comme l'acide urique et la créatine. Et, de fait, l'injection de ces substances amène une augmentation rapide de la quantité d'urée excrétée par le rein.

Mais il convient de dire que quelques faits plaident en faveur de la théorie des dédoublements.

Et, en effet, si l'urée était un produit d'oxydation directe, elle devrait suivre les variations de la température. — Or, on verra plus loin que, dans certains cas, où la température monte très-haut, l'urée tombe à son minimum, tandis que, dans d'autres cas (azoturie), l'urée double de quantité dans l'urine sans que, pour cela, la température ait varié d'une manière appréciable.

Pour étudier les variations pathologiques de l'urée, il faut que nous fixions la quantité normale rendue par un homme bien portant pendant 24 heures quand il est soumis au régime alimentaire de nos hôpitaux. Après de nombreux dosages nous avons fixé le chiffre de l'urée excrétée en 24 heures à 16 gr. Ce chiffre bien entendu varie avec le

poids du sujet ; nous ne le donnons que comme une moyenne très-approximative.

Tous les chiffres qui ont été publiés jusqu'ici ont été pris sur des hommes vivant dans les pays étrangers où la nourriture est plus azotée que chez nous, ou bien sur des personnes recevant une alimentation plus substantielle que celle dont jouissent les malades des hôpitaux de Paris. — (Lecanu 28 gr., Bouchardat 30 gr., Neubauer 25 à 35 gr. , Vogel, 25 à 40 gr., Hepp, 28 à 33 gr. ; Garrod, 32 gr. ; Boymond, 20 à 28 gr. ; Rabuteau, 20 à 25 gr.)

Un élément dont il faut tenir le plus grand compte dans les recherches sur l'urée, c'est V alimentation. Elle fait va-, rier le taux de l'excrétion du simple au double. Après un repas très-azoté, l'urée augmente considérablement. Non pas, comme on a pu le croire, que les aliments soient aussitôt brûlés dans le sang; mais parce que l'alimentationazotée apportant tout d'un coup aux tissus des éléments de renouvellement, active dans ceux-ci le mouvement de désassimilation et le rejet de substance usées, brûlées et devenues inutiles. (Bernard.)

Voici un tableau que nous empruntons à Lehmann et qui nous montre bien l'influence de l'alimentation sur l'excrétion de l'urée.

Wœhler et Frerichs ont démontré qu'en nourrissant un animal à la viande on peut sextupler l'urée qu'il excrète.

Il ressort donc de là que, si on veut prendre l'urée comme base de la mesure des combustions, il faudra que toujours le malade soit soumis à un régime uniforme.

J'ajouterai que le sujet de l'expérience devra garder le repos car, à alimentation égale, un homme au repos excré-

Rég'ime non azoté

15 gr. 4

— -végétal

— mixte. .

— animal

tant 33 gr. d'urée, en rendra en travaillant 47 gr. et en se surmenant, il en excrétera 59 gr. (Hammond.)

Je n'ai pas besoin de dire qu'il faudra toujours noter le poids du sujet et rapporter au besoin au kilogramme de malade la quantité d'urée observée.

On devra tenir compte de l'âge, les échanges étant plus actifs dans l'enfance que dans la vieillesse.

C'est ainsi que si on rapporte au kilogramme la quantité d'urée rendue, on trouve qu'un kilogramme élimine en 24 heures :

Chez l'enfant de 3 à 6 ans 1 gr. 5 d'urée

— de 8 à 11 ans. .. . 0 8 —

— de 13 à 16 ans. . . 0 4 — Chez l'adulte 0 3 —

(Fouilhoux).

Quinquaud a analysé l'urée chez l'enfant nouveau-né et il a trouvé :

Le le'joUT* Ogr. 03

Le 5e jour. 0 12

Le Séjour 0 20

Le 15^ jour 0 30

Il me reste à signaler la 7nensiruaiion comme cause de diminution de l'urée; mais c'est un élément qui intervient rarement dans les expériences pathologiques.

Le grossesse, d'après M. Quinquaud, aurait une influence plus réelle, la quantité d'urée serait portée à 30 et 38 gr. Après l'accouchement, elle tomberait à 28 gr. Puis l'urée le second jour se met à monter, jusqu'au moment où, la lactation s'établissant, elle tombe définitivement à 20 gr. par vingt-quatre heures. Nous n'insisterons pas davantage sur les causes qui font varier l'excrétion de l'urée. Nous avons signalé toutes celles qui peuvent intervenir dans les conditions ordinaires où nous avons pu observer : nous sommes maintenant en mesure de commencer l'étude de l'influence des causes pathologiques.

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