I. — Action sur l'excitabilité de l’écorce cérébrale
II. — Action sur la durée de la période d’excitation latente.
Après avoir expliqué le modus faciendi adopté dans nos expériences, nous avons à considérer ce qui fait véritablement l’objet de nos recherches et à exposer les résultats que nous avons obtenus.
La première question qui se pose est celle de l’influence du chloral :
1* Sur l’excitabilité absolue de l’écorce cérébrale;
2° Sur la durée de la période latente cérébrale; cette période étant relevée avant et après une injection de chloral nécessitée par le réveil de l’animal en expérience.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, le chloral doit se donner à petites doses, avec lenteur et précaution, pour éviter les syncopes respiratoires (je n’ai jamais observé l’arrêt primitif du coeur comme cause de mort dans les syncopes chloraliques).
Action sur V excitabilité absolue de Vécorce cérébrale. — J’ai pu observer quelques cas dans lesquels le chloral supprimait pendant un temps fort long l’excitabilité aux courants d’intensité moyenne, tels que ceux que j’em-
ploie habituellement. Voici le résumé d’une expérience de de ce genre :
Expérience VII (9 janvier 1884). — Chien poil ras, adulte, très vif, vigoureux, en bon état.
Mise à nu du cerveau gauche : Je trouve de suite le centre moteur dans la patte antérieure (bobine à 5, avec une interruption par seconde). Mais, à partir de ce moment, jusqu’à 4 heures, c’est-à-dire, pendant deux heures entières, impossible d’obtenir un mouvement, en maintenant l’animal au minimum d'anesthésie, et en me servant de courants assez forts (2 piles Grenet; bobine à 0; 20 int. par seconde).
Ce cas est le seul que j’aie observé sur trente-cinq expériences (sauf pourtant deux cas où j’ai opéré sur des nouveau-nés, et où je ne m’attendais pas à constater d’excitabilité, même sans sommeil chloralique) et on peut le regarder comme rare. Cependant, il pourrait peut-être rentrer dans la catégorie des cas qui vont suivre, car le cerveau aurait peut-être été excitable si j’avais employé des courants un peu plus forts. Ne les ayant pas employés, je ne puis affirmer que l’inexcitabilité fut absolue (1).
11 arrive très souvent, au cours d’une expérience qui marche parfaitement bien, que l’excitabilité du cerveau disparaisse après une injection de chloral, c’est-à-dire que l’excitation (peu intense) qui agissait auparavant cesse d’agir : si l’on renforce le courant, en poussant la bobine à 0, on n’obtient encore rien. Mais si, au lieu d’interrompre le courant, c’est-à-dire d’exciter une fois toutes les deux ou trois secondes, on envoie 3, 4, 10, 20 interruptions par seconde, il arrive que la même intensité de courant, ou
(1) J ai observé deux cas d’inexcitabilité du cerveau, où le chloral n’était pour rien : il y avait des hémorrhagies cérébrales, analogues à celles que décrivent Fr. Franck et Pitres, dans leurs Rech. exp. et crit. sur les convulsions, etc. Arch. de phys., 1883.
môme une intensité moindre, agit parfaitement. En voici quelques exemples :
Expérience XIX (15 février 1884). - Chien jeune, poil ras, pesant environ 7 ou 8 kilogr., en bon état.
1 h. 30. 1 gr. 50 de chloral.
1 h. 35. 50 centigr.
1 h. 40. 50 centigr.
Mise à nu du cerveau gauche, commencée à 1 h. 37, achevée à 1 h. 50.
Hémorrhagie presque nulle.
Dispositif. — Deux piles (épuisées) au bichromate de potasse. Signal Desprez. Clef et interrupteur Trouvé.
2 heures. Premières excitations. L’excitabilité est à 4,5 pour 1 interruption par seconde ; à 9 pour 20 interruptions.
A 2 h. 2 et 2 h. 8, je prends un tracé des retards; l’animal est passablement réveillé, il fait des mouvements spontanés, et je ne puis lui prendre que deux retards : l’un de 8 centièmes, l’autre de 11 centièmes de seconde; encore ce dernier est-il vicié par les mouvements spontanés.
2 h. 12. Excitabilité à 7, pour 1 interruption.
2 h. 14. 50 centigr. chloral.
2 h. 19. Excitabilité faible à 0, avec 1 interruption ; faible à 3, avec 20 interruptions, forte de 3 à 0, avec 20 interruptions.
2 h. 25. Excitabilité nulle à 0, avec 1 interruption; elle existe à 6, avec 20 interruptions.
2 h. 27. Excitabilité nulle à 0, avec 1 interruption; cependant chaque excitation exerce une influence accélératrice très évidente sur la respiration.
2 h. 30. Excitabilité à 0 et 1 interruption, mais irrégulière; pour une excitation qui agit, il y en a deux ou trois qui n’agissent pas.
2 h. 33. Même état.
2 h. 40. Excitabilité à 4, avec 1 interruption ; mais le réveil est si avâncé que( les tracés sont illisibles à cause des mouvements spontanés.
2 h. 44. Excitabilité à 4, encore avec 1 interruption.
2 h. 46. 50 centigr. de chloral.
2 h. 49. Excitabilité nulle à 0, avec 1 interruption; existe à 4, avec 20 interruptions.
2 h. 52. Excitabilité nulle à 0, avec 20 interruptions aussi bien qu’avec une seule : cependant l’action sur la respiration est des plus évidentes.
2 h. 58. Même état.
3 h. 4. Rien à 0, avec 1 interruption : avec 20 interruptions, il y a quelque excitabilité vers 2 ou 3.
3 h. 10. L'excitabilité avec 1 interruption commence vers 2 ou 3; très irrégulière.
3 h. 19. Même état : réveil avancé.
3 h. 22. 50 centigr. chloral.
3 h. 26. Excitabilité nulle à 0, avec 1 interruption.
3 h. 37. Excitabilité nulle à 0, avec 20 interruptions, comme avec une seule.
3 b. 50. Même inexcitabilité.
4 h. 8. Même état.
4 h. 10, Je termine l'expérience.
On voit ici un exemple d’excitabilité facile à obtenir au début de l’expérience, devenantplus difficile et nécessitant des interruptions plus fréquentes, puis des intensités de courant plus considérables ; puis enfin, disparaissent d’une façon absolue, tout au moins étant donnés les instruments dont je dispose.
Voici encore un exemple du même fait.
Expérience XXV (3 mars 1884). — Chien terrier jeune, pesant environ 13 kilogr., en bon état, doux et calme.
1 h. 25-28. 3 grammes chloral.
1 h. 30. 1 gramme.
Opération de la mise à nu du cerveau gauche, commencée à 1 h. 30, achevée à 1 h. 40.
Passablement d’hémorrhagie; un sinus a été blessé.
1 h. 58. 1 gr. chloral.
2 h. 8. 1 gr. chloral.
Dispositif. 2 piles Gaiffe ; interrupteur Trouvé ; signal Desprez. Diapason = 100 V. D. par seconde. Chariot Du Bois-Reymond.
2 h. 17. Inexcitabilité absolue de l’écorce cérébrale à 0, avec une interruption par seconde. Avec 20 interruptions, les centres des pattes antérieure et postérieure sont très nettement excitables à partir de 3,5 du chariot.
2 h. 25. Pendant un moment, le centre de la patte postérieure est excitable à 0, avec une interruption par seconde : celui de la patte antérieure ne l’est pas.
2 h. 30. Réveil assez avancé : un gramme de chloral.
2 h. 32. Les deux centres sont excitables à 6,5, avec 20 interruptions : ils ne le sont pas même à 0, avec une interruption.
2 h. 36. Inexcitabilité absolue des deux centres, a 0, même avec 20 interruptions.
2 h. 55. L’excitabilité existe avec 20 interruptions à 5 du chariot. Elle est nulle, même à 0, avec une interruption.
3 h. 17. La patte postérieure s’agite d’une façon rythmique lorsque j’en excite le centre, avec 20 interruptions, à 9 du chariot.
3 h. 19. 50 centigr. chloral.
3 h. 30. Après de nombreuses excitations inefficaces (même à 0), avec une interruption par seconde, pensant que les piles sont épuisées, je charge deux piles au bichromate de potasse, avec du liquide fait depuis quelques jours. Aucun résultat avec une interruption : avec 20 interruptions l’excitabilité existe à partir de 8 du chariot.
Après de nombreuses tentatives continuées pendant plus d’une heure, je cesse l’expérience, n’obtenant aucun résultat.
I^es expériences que nous venons de rapporter jointes à d’autres qui sont citées plus loin permettent d’établir quatre ou plutôt trois catégories de faits.
L’action du chloral sur l’excitabilité nettement constatée de l’écorce cérébrale peut être assez intense pour faire disparaître cette excitabilité, même si l’on essaye de la réveiller au moyen de courants plus forts et d’excitations fréquemment renouvelées. Nous avons vu plus haut, par exemple, qu’un cerveau sensible au courant 5 de la bobine avec 1 interruption par seconde est devenu, par le chloral, insensible à un courant 0, avec 20 interruptions, c’est-àdire au maximum de l’intensité que peuvent fournir les instruments employés. Est-ce à dire que d’autres instruments ne permettraient pas d’obtenir un effet? Je n’en suis pas assuré. Aussi, ferai-je rentrer ce cas dans la catégorie de faits suivants (n° 1) : je ne le cite qu'à titre de cas plus prononcé que d’autres, n’étant pas persuadé qu’il constitue une catégorie à part.
1° L'action du chloral sur l'excitabilité cérébrale peut être telle qu'il faille, par rapport à la dernière intensité reconnue efficace, un courant d'intensité plus grande, et des excitations plus fréquemment répétées, pour obtenir la réaction précédemment obtenue.
Voyez par exemple l’Expérience XVI (1) : à 3 h. 10 l’excitabilité existe à 7, avec 1 interruption; à 3 h. 12, je donne 1 grarhme de chloral; à 3 h. 14, inexcitabilité absolue, même à 0 : cet état persiste jusqu’à 3 h. 22, moment où je le vérifie encore, et où je vois que pour obtenir une réaction, il faut envoyer 20 excitations par seconde. Il a donc fallu augmenter l'intensité du courant et le nombre des excitations par seconde.
2° L’action du chloral peut être moindre que dans le cas précédent : il peut suffire d'augmenter simplement le nombre des excitations, en opérant avec l'intensité qui était efficace auparavant, ou même avec une intensité moindre.
Je citerai comme exemple l’Expérience XIX rapportée plus haut : on y voit que (à 2 h. 25) l’excitabilité est nulle à 0 avec 1 interruption; elle existe, au contraire, à 6 avec 20 interruptions ; à plus forte raison encore à 0 avec 20 interruptions (2).
3° L action du chloral peut être moindre encore : dans ce cas, pour obtenir une réaction déterminée (la même qu’avant l’injection d’une dose nouvelle), il suffit d'augmenter l intensité du courant, sans augmenter le nombre des excitations.
Ceci est un fait d’observation quotidienne.
En voici deux exemples, entre beaucoup d’autres, le second (Exp. XVIII) est assez net.
(t) Page 88. Voyer. aussi Exp. XX, 3 h 26 - 3 h 56 p 72 (2) Voy. exp. XXV, p. 70.
Expérience XK (16 février 1884). — Jeune chien, poil ras, bâtard de bull, pesant environ 8 kilogrammes, en très bon état,
1 h, 4, Injection de 1 gramme chloral.
1 b. 6. Injection de 1 gramme chloral.
Opération commencée à 1 heure 8, Mise à nu du cerveau gauche, achevée à 1 heure 30. Hémorrhagie très faible, tant de3 os que de la dure-mère.
1 h. 30. Début de réveil : Injection de 50 centigr. chloral.
Dispositif. — Deux piles Gaiffe, signal Desprez, clef de Du Bois- Reymond et interrupteur Trouvé sur le trajet du courarft inducteur. Appareil à chariot de Du Bois-Reymond, gradué en centimètres.
Diapason à 100 V. D. par seconde. Inscription des mouvements par les deux tambours de Marey qui ont servi à toute la durée des expériences. C’est le mouvement de la patte antérieure droite qui est inscrit.
1 h. 33. Premières excitations du cerveau. L’excitabilité existe à partir de 6,5 du chariot avec une interruption par seconde.
1 h. 35. Tracé XX, Al. Bobine à 5.
Valeur des retards :
lre Excitation 7,5 centièmes de seconde.
4e — 7,5 — — Moyenne : 7,5.
1 b. 38. Tracé XX. A2. Bobine à 5.
Valeur des retards :
lre Excitation 6,5 centièmes de seconde.
50 — 7,5 — — Moyenne : 7,4.
1 h. 47. Excitabilité à 9 du chariot.
1 h. 48. Tracé XX. Bl. Bobine à 7.
Valeur des retards :
lr8 Excitation 7,5 centièmes de seconde.
Moyenne : 7,6.
1 h. 52. 75 centigrammes de chloral.
1 h. 54. Excitabilité à 3,5 du chariot.
1 h. 58. L'excitabilité n'a plus lieu qu’à 0 du chariot ( avec une seule excitation par seconde , toujours) et les mouvements sont faibles.
1 h. 59. Tracé XX. B2. Bobine à 0. Int. à 1. Valeur des retards :
ire Excitation 6,5 centièmes de seconde.
Moyenne : 7,5,
2 h. 9. Excitabilité à 8 du chariot.
2 h. 10. Tracé XX. Cl. Bobine à 5. Mouvements vifs et vigoureux. Valeur des retards :
lre Excitation 7,5 centièmes de seconde.
4e 8,5 — — Moyenne: 8,1.
2 h. 17. Excitabilité à 9 du chariot.
2 h. 18. Tracé XX. C2. Bobine à 7. Int. à 1. Mouvements forts. Valeur des retards :
lr° Excitation 7,0 centièmes de seconde.
Moyenne: 7,1,
2 h. 20. Le réveil est très avancé; injection de 75 centigrammes de chloral.
2 h. 21. Excitabilité à 7,5 du chariot.
2 h. 25. Excitabilité à 0, mais très faible.
2 h. 26. Tracé XX. Dl. Bobine à 0. Mouvements très faibles, dont un seul est mesurable: il donne 10,0 centièmes de seconde de retard.
2 h. 32. Excitabilité à 1, mais faible.
2 h. 33. Tracé XX. D2. Bobine à 0. Mouvements très faibles, dont un seul est mensurable : il donne 8,0 centièmes de seconde de retard.
2 h. 40. Excitabilité à 3 du chariot.
2 h. 50. Excitabilité à 9.
2 h. 51. Réveil assez avancé.
3 h. 75 centigrammes de chloral.
3 h. 1. Excitabilité à 6 du chariot.
3 h. 2. Même excitabilité.
3 h. 3. Excitabilité à 3,5,
3 h. 4. Excitabilité à 3.
3 h. 4. Tracé XX. Fl. Bobine à 3.
Les retards sont malheureusement impossibles à mesurer, les vibrations du diapason étant illisibles.
3 h. 5. Excitabilité à 3.
3 h. 6. Excitabilité à 2,5.
3 b. 8. Inexcitabilité absolue, même à 0.
3 h. 12. Léger retour de l’excitabilité à 0.
3 h. 16. Excitabilité à 3.
3 h. 16. Tracé XX. F2. Illisible pour les mêmes raisons que le précédent.
3 h. 26. Excitabilité à 8.
3 h. 41. Injection de 75 centigrammes de chloral.
3 h. 42. Excitabilité à 6,5 du chariot.
3 h. 45. Excitabilité nulle, même à 0.
3 h. 50. Même état.
3 h. 56. Même état, mais avec 20 interruptions par seconde, j’obtiens des mouvements.
4 h. 1. Excitabilité nulle à 0, avec une interruption par seconde.
4 h. 5. Même état.
4 h. 12. L’excitabilité existe à 0, avec une interruption par seconde, 4 h. 22. Excitabilité à 3,5.
4 h. 31. Excitabilité à 7.
4 h. 31. Tracé XX Ll. Bobine à 5. Interrupteur à 1. Valeur des retards.
lre Excitation 11.5 centièmes de seconde.
4 h. 40. Excitabilité à 7 du chariot.
4 h. 41. Tracé XX L2. Bobine à 7. Interrupteur à 1. Mouvements forts.
lre Excitation 8,0 centièmes de seconde.
9 0 ■ — — Moyenne : 8,3.