VINGT-QUATRE HEURES
A chaque observation, la bile fut recueillie exactement pendant trente minutes. Le sujet était un chien avec une
fistule de la vésicule biliaire. Il pesait 4 kilogrammes et demi.
Proportion TEMPS APRÈS LE REPAS. BILE FRAICHE. BILE DESSÉCHÉE, de résidu sec
pour 100, Grammes. Grammes.
Immédiatement 0,525 0,02/i /i,566
Une heure 1,330 0,038 2,85/i
Deux heures 2,317 0,070 3,023
Quatre heures 2,523 0,091 3,605
Six heures 1,439 0,051 4,450
Huit heures 2,370 0,086 3,628
Dix heures 1,584 0,054 3,407
Douze heures 0,o70 0,016 4,325
Quatorze heures 0,324 0,011 8,400
Seize heures 0,560 0,020 3,575
Dix-huit lieures 0,646 0,018 2,778
Vinert heures 0,309 0,011 3,565
Vingt-deux heures 0,491 0,019 3,866
Ce tableau montre une augmentation régulière dans la quantité de bile écoulée par la fistule depuis le moment du repos jusque quatre heures plus tai*d. Elle diminua à la sixième heure, remonta à la huitième heure, puis baissa graduellement jusqu'à la quatorzième heure. Nous avons une faible augmentation de la seizième à la dix-huitième heure; elle descendit au minimun à la vingtième, et remonta un peu à la vingt-deuxième.
Négligeant de faibles variations de quantité qui ont pu être accidentelles, on peut dire d'une manière générale que le maximum £ écoulement de la bile du foie a lieu entre la seconde et la huitième heure après le repas ^ période pendant laquelle il est à peu près le même. Dans
di RECHERCHÉS EXPéRlMËNTALÉS
cette expérience^ le minimum se montra à la vingtième heure après le repas. Ces observations sont d'accord avec celles de Bidder et Schmidt en ce qui regarde le temps où la quantité de bile commence à augmenter, mais ces observateurs placent le maximum entre la douzième et la quinzième heure. Cela importe peu, du resté, relativement à la question qui nous occupe. Nous désirons établir ce fait, que la quantité de bile sécrétée varie considérablement aux diverses périodes de la digestion, caractère qui la rapproche des sécrétions. L'écoulement de la bile n'est pas intermittent parce qu'elle contient une substance excrémentitielle, mais il est rémittent, et en relation définie avecTacte de la digestion, parce qu'elle contient des substances récrémentitielles qui sont, d'une certaine tnanière, liées aux phénomènes delà digestion.
L'écoulement à la fois continu et rémittent de la bile la rapproche des excrétions. A Tétat de santé, il n'y a pas un instant où la bile ne soit séparée du sang. Chez les animaux qui passent par la période d'hibernation, la bile continue à être sécrétée, et cependant aucun aliméht ne passe dans le canal alimentaire. La nutrition, bien que considérablement ralentie, continue pendant cet état, et Turée et la cholestérine sont séparées du sang. Aussi la formation de la bile et de l'urine n'est-elle jamais interrompue. La bile est sécrétée aussi par le fœtus avant qu'aucun aliment ne pénètre dans le canal alimentaire, alors que pas un des autres fluides digestifs ti'est produit. Elle possède, comme l'urine, ce caractère qui la rangfe parmi les excrétions.
Les éléments des sérétions ne s'accumulent jamais dans réconomie lorsque la sécrétion est troublée ; tandis que dans ce cas^ les éléments des sécrétions s'y amassent et produisent leurs effets toxiques. Les expérimentateurs ont souvent analysé le sang dans des cas de maladie sérieuse du foie, offrant pour caractère les symptômes de Tempoisonnement biliaire, pour y chercher les sels biliaires qu'ils regardaient comme les seuls éléments importants de la bile, mais il ne les y ont jamais trouvés. Nous n'avons pas fait d'expériences dans cette voie, parce qu'il est prouvé depuis longtemps que les glyco-cholales et les tauro-cholates de soude ne s'accumulent pas dans le sang pendant les maladies du foie. Ce fait classe ces substances pâtmi les produits de sécrétion; mais nous allons voir, en traitant de la pathologie de la cholestérine, que cette substance s'accutnule dans le sang quand les fonctions du foie sont sérieusement troublées, ce qui en fait un produit A' excrétion.
Ce que nous avons dit du rôle de la bile nous semble suffisant pour convaincre le lecteur que ce liquide renferme deux éléments importants qui ont deux fonctions distinctes.
Premièrement. Elle contient le g lyco-cholate et le taurotholate de soude ^ qui n' existent point dans le sang^ sont fabriqués par le foie^ déversés et principalement à une certaine période de la digestion ; sont destinés à concourir à quelques-uns des phénomènes de la nutrition; ne sont pas évacués et enfin constituent des produits de sécrétion.
Secondement. Elle contient de lacholestérine, qui existe
dam le sang et en est simplement séparée par le foie^ n'est pas fabriquée par cet organe^ n'est destinée à participer à aucun des phénomènes de la nutrition , mais n'est séparée que pour être éliminée de l'économie^ et est un produit (f excrétion.
Ces deux propositions, et principalement la deuxième, étant établies, il nous reste à suivre la cholestérine après qu'elle a été déversée du foie dans Tintestin grêle. Si elle est évacuée, ce doit être par le rectum ; et pour compléter l'histoire de la cholestérine, nous trouvons qu'il faut étudier les fèces.
Les fèces, — Nous n'avons pas l'intention de considérer toutes les matières excrémentitielles qui composent les fèces, bien qu'il faille avouer que nos connaissances sur ce sujet sont très-limitées. La poursuite de la cholestérine dans son passage à travers le canal alimentaire a inauguré un nouveau sujet d'investigation que nous ne pourrons développer comme il le mérite dans ce mémoire.
Pour le moment, nous essayerons seulement de démontrer que la cholestérine est évacuée, sous une forme modifiée, avec les fèces, et nous ne tenterons pas de discuter les conditions qui modifient l'excrétion de cette substance (conditions sur lesquelles nous n'avons pas encore de données), et qui sont de la dernière importance pour le médecin praticien.
Plusieurs des auteurs les plus consciencieux en physiologie et en chimie physiologique assurent que la cholestérine se trouve dans les matières fécales. Robin et
Verdeil disent : « €e principe immédiat se trouve à l'état normal dans le sang^ la bile\ le foie^ le cerveau^ le cristallin et les matières fécales. » Beaucoup d'autres auteurs en parlent comme existant dans les fèces, et nous partagions cette conviction lorsque, dans les expériences qui sont la base de ce mémoire, nous différâmes nos analyses des fèces jusqu'à la fin de nos études du sang. Nous les entreprîmes alors, persuadés que nous retrouverions la cholestérine et pourrions en déterminer les changements de proportion, etc. Après avoir attentivement et minutieusement examiné un grand nombre de spécimens de matières fécales, sans pouvoir y découvrir aucune trace de cliçlestérine, nous cherchâmes à nous assurer quel était Tobservateur qui avait établi sa présence. Bien que citée par un si grand nombre d'auteurs comme existant dans les matières fécales, nous ne trouvions nulle part le nom de celui qui avait établi le fait, et dans quelques-unes des analyses de Simon nous remarquâmes qu'il avait noté son absence dans plusieurs spécimens de matières fécales. Nous vîmes aussi que Marcet, qui a publié des analyses consciencieuses de matières fécales dans les Pfdlosophical transactions^ en 185/i et 1857, fit ressortir l'absence de la cholestérine dans les matières fécales normales de l'homme. Nous avons déjà vu de quelle façon concluante les expériences faites sur le sang de diverses régions indiquent la nature excrémentitielle de la cholestérine, nous montrant même dans quelle partie du système elle se forme et où elle est éliminée; >mais, à coup sûr, l'un des caractères les plus importants d'une
A. FLINT. 5
66 REC^pCflPS E}^B]^iqil5«TAÏ4W
e^prétion esl 4'êrte évRCuée, et, peqdfint quejque teoips, nous ^e pûmes npu^ qonvpiaprp qu'elle était évapuég. J,es matières fépales ayant été évapprée? à §iccité, piilvénséep et épuisées par Téther, çe|iii-ci fi|t (|écolpr^ aij çjl){|rhon animal, puis évappré, at Ip rési4u fut repris p^r I'pIpqoI bouillant, qui fwl ^u§si évaporé. jUne solution de ppta§se caustique fut ajoutée et Ton maintint le mélange ^ uqe teiflpérature voisine de Tébullition pendant tyqis fleures et un quart. Alors; 1^ potassp fut soigneusement enlevée par un lavqge ^u filtre, Je résidu redissous dans l'étlier, repris par Talcpol chaud, comme auparavant, et Teictrail alcoolique abandonné à l'évaporation. Plugjeqrs joijrs s'écoulèrent san^, signes de cristallisation, Naturellen^ent le résidu n'était pas ^aponifiable, majs jl difféfÉtit ^p }a cholestérine en ce qu'il fondait à upe teinp^fa'wre l)iep nférieiire , quoiqu'il présentât, en présence, de r^cjde snlfurique, la coloration rpuge que l'on dit caractéristique 4e cette substance. Nous souniîme^ chaque jour le ré^du à un examen microscopique minntieux, et, apfè§ qinq qu §^ jours, à noire grande satisfaction, nous vîipes. poindre des cristaux, mais si indistincts que l'on ne pouvait guère reppnnaître leur forrne. Cepen4ant il^ angfpentèrent en nombre et en volume, et, an bout de peu de temps, présentèrent les caractères de la séroline. Après dix jour^, toute la masse était cristallisée e( offrait la plus belle apparence cristalline que l'pn pnisse imaginer, ta séroline cristallise en fines aiguilles transparentes dont la beauté au microscope ne peut être rendue que très-imparfaitement par la gravure sur acier la plus délicate. Trouvant
SUR UNS NOUTBLUg FONCTION DU FOIE. 67
celte substance en si grande quantité dans les matières fécales, nous Tavons désignée sous le nom de stercorine. Avant de traiter des changements éprouvés par la cholestérine en descendant le canal alimentaire , nous dirons quelques mots de la stercorine, qui va jouer un rôle important à cet égard.
STERCORINE.
Nous avons déjà mentionné la stercorine et donné une idée de ses caractères dans l'analyse de divers spécimens de sang, faite pour y chercher la cholestérine. Cette substance fut découverte par Boudet, et décrite par lui sous le nom de séroline dans un article publié dans les Annales de chimie ei de phi/sique^ en 1853, comme un principe trouvé dans le sérum du sang. On ne Ta trouvée jusqu'à présent que dans ce liquide, et encore en quantité tellement faible qu'on n'a jamais pu en recueillir assez pour en faire l'analyse élémentaire. De ses fonctions on n'a rien su. Robin s*exprime ainsi \ ^ On ne sait pas com-ment se forme lu séroline^ ni quel est son rôle physiolo^ gique (1). »
Caractères chimiques. — La stercorine, comme la cholestérine, est une matière grasse non saponifîable. On ne
(1) RobiQ et Verdeil, Chimie anatomique et physiologique ^ t. III, p. 66.
Ta jamais obtenue en quantité suffisante pour en faire l'analyse élémentaire, mais comme elle dégage un peu d'ammoniaque en se décomposant, Verdeil et Marcet supposent qu'elle contient de Tazote (1). Cependant les traces de cet élément sont très-vagues et son existence douteuse. La stercorine est neutre, inodore, insoluble dans Teau, soluble dans Télher, Irès-soluble dans Talcool chaud, et presque insoluble à froid dans ce liquide. Les alcalis caustiques ne l'attaquent pas, même après une ébullition prolongée. L'acide sulfurique concentre y développe une couleur rouge semblable à celle qu'il produit avec la cholestérine. Suivant Lehmann, elle fond à + 36° cent, et peut se distiller sans changement à une haute température. Boudet Ta obtenue en évaporant le sérum du sang, faisant bouillir le résidu avec de Teau et faisant évaporer de nouveau, puis le reprenant par l'alcool bouillant, qui, en refroidissant, laissait déposer les cristaux."
Forme cristalline, — Boudet décrit les cristaux ainsi obtenus comme des filaments renflés çà et là, ce qui leur donne une apparence perlée. Lecanu a observé la même particularité. Dans Tallas d'Anatomie chimique de Robin et Verdeil, on trouve une belle reproduction des cristaux de la séroline du sang. Ces observateurs n'ont pas remarqué l'apparence perlée mentionnée par Boudet, mais représentent les cristaux sous la forme de fines aiguilles
(i) Cours de physiologie fait à la Faculté de médecine de Paris^ par ^. Bérard, professeur de physiologie, etc., t. III, p. 118. Paris, 1851.
transparentes de grandeurs diverses, quelques-unes trèsétroites, d'autres fort larges, ternfiinées par une pointe aiguë qui se trouve bifurquée dans les cristaux les plus larges. Les plus grands cristaux sont souvent conrime clivés en minces filaments : les plus petits sont fréquemment disposés en éventail. Robin et Verdeil attribuent l'apparence perlée mentionnée par Boudet et Lecanu à la présence de petits globules de matières grasses mélangés aux cristaux. Nous avons été à même de suivre la cristallisation depuis son origine, dans des spécimens provenant de matières fécales, et nous avons constaté que le clivage des cristaux n'avait pas lieu tout d'abord. Les premières aiguilles qui se forment avaient leurs bords réguliers et des extrémités simples; mais au bout de quelques jours, elles se fendirent ainsi que les ont décrites et figurées Robin et Verdeil.
Situation. — Jusqu'à présent la séroline (ou stercorine) n'a été trouvée que dans le sérum du sang, et encore en quantité très-minime, la proportion étant, d'après les analyses de Becquerel et Rodier, de 0*',020 à 0^',025 pour 1000 grammes de sang. Ils l'ont vu monter à. 0*%060 et descendre à une quantité presque inappréciable (1).
Procédé d'extraction. — Lors de nos premières analyses du sang, nous trouvâmes cette substance avant la
cholestérine. Dans ces observations, le sang était séché,
(1) Traité de chimie pathologique^ appliquée à la médecine pratique^ par MM. Al^ Becquerel et A. Rodier, p. 62. Paris, iSôû.
pulvérisé, traité par l'éther qu'on laissait évaporer; le résidu était traité par l'alcool bouillant^ et alors on ajoutait une solution de potasse caustique qu'on laissait en contact avec les spécimens pendant plusieurs Jours. Dans les analyses suivantes, la cholestérine fut extraite du sang parfaitement pure, et il n'y eut pas de traces de stercorine. La différence dans le procédé d'analyse fut celle-ci : Dans les dernières observations, la solution de potasse ne fut laissée en contact avec les spécimens que pendant une heure ou deux; on l'entraînait à grande eau, et le résidu retenu sur le filtre était redissous dans l'éther. Le fait de n'avoir pu constater la présence de la stercorine dans aucune de nos dernières analyses du sang, au nombre de vingt-quatre, nous conduit à croire qu'elle n'existe pas primitivement dans ce liquide, et que son apparition dans le spécimen avait eu pour cause la transformation d'une partie de la cholestérine. Cette opinion semble d'autant plus plausible, que nous nous sommes assurés, par des observations Sur les matières fécales que nous détaillerons plus loin, que la cholestérine est susceptible d'être changée en stercorine et que ce changement à Heu avant qu'elle soit évacuée. Dans nos études du sang, nouâ n'avons rien fait pour nous débarrasser de cette substance, et bien qu'elle soit soluble dans les liquides employés pour extraire la cholestérine^ et inattaquable par les agents employés pour la purifier^ elle ne s est jamais montrée dam les spécimens. La recherche de la stercorine dans le sang ne nous occupait pas dans ces expériences, et, bien qu'il nous soit actuellement itiïpôsdible
SUR UNB NOUVELLE l-ONctlON bÛ FOIE. 71
de dire comment là cholestérine se trouva transformée dans les premiers essais,^ il paraît tout naturel de supposer cetle tratisfofmation potl^ expliquer Tabsence destercorine dans les Vingt-quatre spécimens soumis ^ Texamen.
Noos sommée doue portés à croire, bien que nous ne puissions l'affirmer, que la substance qui noUs occupe n'existe pas dans le sang à titre de principe immédiat, mais est formée aux dépens de la cholestérltie, d'une manière inexpliquée, et est le résultat des p^océdés employés pour sort extraction (1). Cette transforrhatiôn n'ai pas lied pendant rextt^actîon de cette sUbstîiHde de^ rtïatières f^-^ calesj caf nous n'avons pu qu'une seule fois eu Mirëf* de la chôlestérine par les procédés employés avec feuccè§ pour l'extraire des autres produits de l'économie ({h\ ëti renferment, y compris le méconiUhi.
Voici un procédé pour extraire là stercorine des ttid-» tières fécales. Les matières Sont évapOféés à siccité, puU vérisées et traitées par l'éther, dont on prôlotlge le contact de doutt à vingt-quatre heures, dfl l'ëmpêchaUt de s'évaporer. Ce liquide est dldrs séparé, décoloré en flftfant atr charbon animal, et l'ofï ajoute de l'éther jusqu'à ce que l'on ait recueilli la quantité primitive de liquide. Il est impossible de décolorer complètement la solulioh, mais
(1) Comme noas n'avons pas d'analyse élémentaire de ceue àtibstance, il est impossible de se livrer à dts spéculations chimiques sur la nranièré dont elle dérive de la chôlestérine^ ainsi que nous pouvons le faire en ce qui touclie la créatiii« et la créatinine , 00 Turée et le carbonate d*ammoniaque.
on doit l'obtenir d'une couleur d'ambre. très-pâle et parfaitement limpide. L'éther est alors évaporé et le résidu dissous par l'alcool bouillant. Celui-ci est alors évaporé et le résidu traité pendant une heure ou deux par une solution de potasse caustique, à une température un peu inférieure à celle de l'ébullition pendant une heure ou deux. Ayant ainsi dissous toutes les matières grasses saponifiables, on étend largement d'eau la solution , et on la verse sur un filtre qu'on lave jusqu'à ce que l'eau en sorte parfaitement hmpide et neutre. On dessèche le filtre à une douce température, on dissout le résidu dans l'éther que l'on évapore, puis on reprend le résidu par l'alcool bouillant qui est aussi évaporé. Le résidu consiste en stercorine pure (1). L'extrait ainsi obtenu est une substance huileuse limpide , légèrement ambrée , d'une consistance qui se rapproche de celle du baume du Canada employé pour les préparations microscopiques, et qui, au bout de quatre ou cinq jours, commence à laisser voir des cristaux caractéristiques. Ceux-ci sont d'abord peu nombreux, mais bientôt toute la masse prend la forme cristalline. Nous possédons un spécimen extrait de matières fécales (du poids de 0^',675) , et qui semble être entièrement composé de ces cristaux. Si l'on évapore l'extrait dans un verre de montre très-mince, on peut l'examiner chaque
(1) Comme on a dit que ceue substance est volatilisable à une haute température, il est important, dans cet examen, dMviter l'emploi de la chaleur. On peut en obtenir de grandes quantités en traitant des matières fécales évaporées sur un bain -marie ordinaire, mais il serait peutêtre mieux de les évaporer à une température inférieure.
jour au microscope , et observer la maûière dont se forment les cristaux. On peut étudier ceux-ci, quand ils sont complètement formés avec un objectif d'un demi-pouce et d'un quart de pouce.
Historique de la séroline. — Il y a peu de choses à dire sur l'historique de cette substance. Boudet fut le premier à la décrire en 1833(1). Lecanu confirma ses observations en 1837 (2), Depuis, elle a été étudiée par Becquerel et Rodier (3), Chatin et Sandras (4), W. Mareet et Verdeil (5). Dans un article pubHé dans le Journal de chimie médicale^ Gobley dit que la substance décrite par Boudet n'est pas un principe immédiat, mais un mélange de plusieurs substances , toutefois il la confond avec la çholestérine (6). Robin et Verdeil adoptent cette manière de voir, mais regardent celte substance comme essentiellement différente de la çholestérine (7).
Puisque cet élément existe en quantité considérable dans les matières fécales, on doit les placer au même rang que Turée parmi les substances excrémentitielles importantes éliminées de l'organisme. Remarquons ce fait
(1) Boudet, loc, cit.
(2) Lecanu, Études chimiques sur le sang humain, thèse. Paris, 1837, p. 55.
(3) Becquerel et Rodier , Recherches relatives à la composition du sang {Comptes rendus, Paris, 18^4, t. XIX, p. 108/i).
(U) Chatin et Sandras {Gaz, deshôpit., 1849, p. 289).
(5) Bérard, loc. cit.
(6) Gobley , Sur les matières grasses du sang {Journal de chimie médicale, 1851. Paris, p. 577).
(7) UoWa et Verdeil, loc. cit.
m RBGHERGHBS IXPiRIMBMTALSJI^
curieux que^ longtemps avant que l'on pût démontrer 19^ présence dans le sang, Turée était connue comtne un élément de l'urine, d'où elle tirait son ndnl } tandis que la stercorine, matière excrémentitielle très-importËnte, découverte dans le sang, mais que jusqu'à préd^nl on n'avait pas reconnue pour un excrément et un élément des fèces, a reçu du sérum du saiig un nom qui n'indiqUfe nullement ses propriétés excrémentitielles, ni le poitit de l'écortomie où on la trouve en plus grande abondance. Comme là séroline a été jusqu'à présent une substanotf très-peu remarquée et que probablement elle n'ëni^e pte dans le sérum du sang à l'état normal ^ si ce n'est, pmU être en quantité insignifiante, son nom semble mal donné. Nous avons besoin pour elle d'un nom qui indi(}tië sofi caractère excrémentitiel et la voie par où elle est évaduéô, et nous avons adopté le nom de stercorine cortiinë p\\iÉ approprié et indiquant mieux sa nature, car elle est^ sftns aucun doute, la matière excrémentitielle la plus htipot^ tante évacuée par l'anus.
Les questions qui se présentent maintenant au suja^de cette substance ouvrent un champ de recherches beaucoup trop étendu pour qu'il nous soit donné de le parcotïrir dans le temps que nous pouvons âôcorder à ce Sujet, ou pour que nous puissions en compléter Tétude dans les limites de ce mémoire. Nous désirons connaître l'histoire complète de ce prodilit; \n quantité évacUéé dans les vingt-quatre heures, les variations que peuvent occasionner les saisons, l'âge, le sexe, les aliments, la digestion, etc., et surtout les moditieations qui surviennent
dans son élimination sous rinflnence de conditions mor^ bides. Ces questions sont très-importantes, mais demandent pour être élucidées de longues et laborieuses séries de recherches* Ce que Ton a fait en partie pour Vurée doit se faire pour la stercorine avant que nous puissions arriver à une idée précise de son rôle pathologique. Pour cela il faut faire un grand nombre d'analyses des fèces à Tétat normal, et les comparer avec celles de ces matières évacuées pendant diverses maladies. Pour le moment, nous nous sommes bornés à un nombre d'observations suffi-» sant pour corroborer nos assertions au sujet de la formalion et de l'évacuation de cette substance, et nous y avons ajouté, comm6 s'y rattachant intimement, quelques essais des fèces dans l'état de maladie. Nous espérons développer plus tard nos études des fèces et contribuer à élucider quelques-unes des questions que ce sujet fait naturellement surgir» En attendant , nous présentons les observations qui suivent sur la stercorine telle qu'elle se présente dans les matières fécales.
Expérience IX. — On prit 212^,66 de matières fécales d'apparence tout à fait normale, produit d'une selle qui eut lieu le nlatin ^ à l'heure accoutumée , chez un homme de vingt-six ans. Après défécation et pulvérisation dans un mortier d'agate^ le résidu pesait 60*', 406. Une portion de cette masse, traitée par l'alcool, donna une solution jaune à laquelle on ajouta envirort six fois son volume d'éther. Après l'avoir laissé reposer environ un quart d'heure, le mélange fut passé au filtre, celui-ci lavé à l'eau distillée, et le liquide essayé par le réactif de
76 RKGHËRGRES iDXPÉHIMENTÂLES
Pettenkoffer pour les sels biliaires. Aucun de ces sels n'était présent.
Une autre petite portion fut dissoute dans l'eau, et après filtration, essayée par Tacide nitrique, mais ne montra pas les réactions de la matière colorante de la bile.
La masse desséchée fut alors traitée par 177^,5 d'éther, et au bout de vingt heures celui-ci fut filtré au charbon animal, en ajoutant de l'éther jusqu'à ce qu'on obtînt de nouveau 177°%5 de liquide. Celui-ci était parfaitement limpide et d'une teinte d'or très-pâle. Soumis à Tévaporation, il laissa une matière grasse jaune d'or, entremêlée de nombreuses masses résineuses de couleur blanchâtre. Traité alors par 5°%5 d'alcool bouillant, celui-ci s'empara de tout, sauf d'une petite quantité d'huile d'un jaune brillant, et fut filtré à chaud. Il devint trouble en refroidissant et fut livré à l'évaporation. Les solutions éthérées et alcooliques avaient une odeur rance trèsdésagréable. Quand l'alcool fut évaporé, le résidu consistait en une quantité considérable de matière grasse jaunâtre, d'une consistance semblable à celle de térébentfiioe épaisse. On le traita par une solution de polasse caustique maintenue à 100** cent., pendant près d'une demi-heure, qu'on laissa reposer pendant vingt-quatre heures. Ce temps écoulé, une grande quantité de matière grasse non atta* quée par l'alcali flottait sur le liquide. Celui-ci fut alors largement étendu d'eau distillée et filtrée ; le dépôt fut lavé, le filtre séché et son contenu redissous dans l'éther. Cette solution étant évaporée, son résidu fut, comme précédemment, traité par l'alcool bouillant. Quand il eut été
SUR t)NÈ NOÙVELtfe POI^CtlOt^ t)ti FOIE. 11
évaporé, une petite quantité du résidu fut essayée à l'acide sulfurique , qui y produisit une couleur rouge particulière , semblable à celle développée par cet acide sur un spécimen de cholestérine extraite du sang , et employé comme sujet de comparaison.
Cinq jours plus tard, le spécimen fut examiné avec un objectif de j^de pouce et offrit des cristaux qui avaient r apparence de la séroline ; mais l'épaisseur de la capsule de verre empêcha d'employer un pouvoir grossissant assez fort pour ne laisser aucun doute sur leur nature. On remarquait quelques cristaux radiés, longs et pâles, de composition inconnue, mais qui n'étaient pas les cristaux d'excrétine décrits par Marcet (1). Le spécimen fut traité de nouveau par une solution de potasse,
(1) Marcet, dans deux mémoires publiés dans les Philosophical trans^ actions, pour 185^ et 1857, décrit un nouvel élément des fèces quMl nomme excrétine. Il l'obtient de la manière suivante : il épuise les fèces par Palcool bouillant qui, en refroidissant, laisse déposer un sédiment. La solution alcoolique est acide : on y ajoute du lait de chaux qui produit un précipité d'un brun jaunâtre, et laisse un liquide limpide jaune paille. Le précipité est* recueilli sur un filtre, séché, agité avec de Péther et (jllré, ce qui donne une solution jaune limpide. De trois à cinq jours plus tard, des cristaux soyeux se rassemblent en masses ou en touffes sur les parois du vase, envoyant des ramifications en tous sens. Vus au microscope, ils oht la forme d^ prismes aciculaires à quatre pans. Cette substance, appelée par le docteur Marcet eœcrétine , ne se trouve que dans les matière» fécales. Elle est soluble dans Téther et dans Palcool chaud, très-peu soluble dans Talcool froid, et insoluble dans Peau chaude ou froide. Elle ne cristallise pas pendant le refroidissement de sa solution alcoolique, mais Pélher la laisse cristalliser. Mise en suspension dans Peau bouillante , elle fuse en masses résineuses et flotte à la sur^
78 RGCHEBCHSS EXPËUHIUtTAUm
et maintenu pendant trois heures quarapte-cinq minutes à peu près à la température de l'ébullition de l'eau. La plus grande partie de la matière grasse flottait à la surface en flocons blancs et ep gouttes jaunes ; mais une
Stircorïne extraite de Kces bumainei. Objectif: ,-, de pouce.
quantité considéruble fut saponifiée , ce qui se voyait à la couleur de la solution de potasse. Celle-ci fut séparée par
fece. Son point de fnsion est entre W et 96° centigrades. Elie nVst pu saponlfit^e par une ëbulliUon de plusieurs lieures avec la potasM.
Dans l'article puhHé en 1867, le declew Marcel doane pour ctMnpogliion de l'eicrétloe C»H"0*S'.
Il n'y a pas de rapport entre la «ubstance décrite par Marcel et t« ■tercorlne. D'ailleurs son point de fusion plus dievë, de 05° h SHi* ceaik grades et la cristallisation de m solution dtliârée la dlstingueut de li surcorlne qn tond à -f- 86' ceatigrades et dont la solution élh<r«e M dépose pas de cristani.
SUR uni nûhtilli fohctioh an foie. 79
fillration et le résidu dissous dans l'éther, puis repris par l'alcool comme auparavant.
Quatre jours après l'évaporation de l'alcool, un grand nombre de cristaux caractéristiques s'étaient formés. Ils n'offraient pas les extrémités et les bords fendus, comme les décrit Robin ; la pointe' était unique et les bords réguliers. Ces cristaux sont représentés figure â.
Au bout de quelques jours, toute la masse affectait la forme cristalline, et les eristaux présentaient les extrémités et les bords fendus dont parle Robin.
. SIercorine du mâme spiciinsa que celU de la ùgure S. — On l'a («ndue , placée Bur une lame de verre recouverte d'un verre mince et Iiisaé crii- UlliMr. ha criEtallisatioD fut très-lenle et dura plasieun Minaiaes.
Celte figure montre le clivage des bords et des pointes des cristaux, ainsi que les globules mentionnés à la
80 REGHERGHI.S EXPÉRIMENTALES
page 69 auxquels Robin et Verdeil attribuent Tapparenee perlée. Ces globules étaient de différentes grosseurs, et quelques-uns étaient disposés par rangs, de sorte que, vus au travers d'un instrument imparfait, on pouvait les prendre pour des varicosilés des aiguilles.
La quantité de stercorine était de 0^\&J^m
Expérience X. — On fit une autre analyse des matières fécales du même individu , mais malheureusement une grande partie se perdit pendant les expériences, et Ton ne put avoir de résultat quantitatif. La présence de stercorine fut établie.
Expérience XL — On examina les fèces d'un chien à qui l'on avait extrait, quinze jours auparavant, du sang de la carotide et de la jugulaire interne, et qui était entièrement rétabli; l'analyse ne fut pas quantitative. Les fèces furent traitées de la manière déjà décrite, et la présence de stercorine déterminée.
Expérience XIL — Une expérience de matières fécales provenant d'un chien bien portant, à jeun, fut examiné de la manière ordinaire, au point de vue de la stercorine. Quand r extrait final eut été évaporé^ H examen microscopique révéla , outre la stercorine , une çuaniité considérable de cholestérine cristallisée en belles tables. Ce cas est le seul où nous ayons trouvé de la cholestérine dans les fèces. La proportion de stercorine et de cholestérine était la suivante :
Quantité de matières fécales 88'',910
Stercorine et cholestérine Osï'jOIA
Ces essais de fèces montrent qu'à l'état sain elles con-
tiennent invariablement une substance grasse , non saponifiable, connue sous le nom de séroline^ mais que nous avons nommée stercorine. Dans une seule de ces analyses, la dernière, nous avons trouvé de la cholestérine , bien qu'elles aient été entreprises dans le but d'extraire cette substance.
La stercorine n'a jamais été reconnue dans les matières fécales, et d'après ce qu'on sait de ses propriétés physiologiques, elle peut être considérée comme une substance nouvelle, dont la découverte dans ces matières la range parmi les produits les plus importants de la désassimilation. Aussi, la question qui se présente maintenant est celle de son origine.
Origine de la stercorine. — En étudiant les propriétés chimiques de cette substance , nous avons déjà vu que c'est un des corps gras non saponifiables qui ont beaucoup de caractères communs ,avec la cholestérine. On l'a décrite sous le nom de séroline , comme existant dans le sang en très-petite quantité, mais elle ne se trouve dans aucun des liquides qui sont déversés dans lé canal alimentaire. Toutefois la cholestérine, qui lui ressemble de si près, est un des éléments de la bile. Le fait que la cholestérine est déversée dans, l'intestin grêle, et ne se retrouve pas d'ordinaire dans les matières évacuées, tandis que la stercorine y est abondante, suffirait pour faire immédiatement soupçonner un rapport entre ces deux substances. A l'état de santé, dans la grande majorité des cas, la cholestérine disparaît et l'on trouve la stercorine; mais dans quelques cas rares, comme dans l'unique
A. FLINT
82 RICBERGHBS EXPÉRIMENTALES
exemple présenté par des matières fécales de chien dan^ l'expérience XII, les deux substances coexistent dans les évacuation», et dans l'exemple cité^ la cbolestérine était de beaucoup la plus abondante. Ainsi on est amené à se poser cette question : la cbolestérine est-^lle susceptible de se convertir en stercorine et celle-ci provient-dle de la transformation de la cbolestérine de la bile? Avant de traiter expérimentalement cette question, examinons les faits que nous possédons déjà mv ce point. On n'a jamais étudié les fèces au point de vue de la stercorine^ mais dans quelques circonstances on a trouvé de la cholestérine évacuée par l'anus sans altération.
On a constaté la présence de la chole^érine dans le méconium, dans les fèces d'animaux bibernanti», et parfois dans tes matières fécales ordinaires, bien qtie nous ne puissions trouver sur ce dernier point d'autre obser^ vation que celle que nous venons d'enregistrer.
Méconium. — La cbolestérine existe en quantité considérable dans le méconium, où le microscope la fait voir en cristaux tubulaires^ et d'où l'on peut l'extraire abondamment avec une grande facilité. La gtercorinci ou séroline, n'a jamais été citée, comme existant dans cette matière. Dans la seule analyse de méconium que nous ayons faite , nous avons trouvé une grande quantité de cbolestérine : 6,425 parties pour 1000, mais pas de stercorine. Il n'est pas difficile d'expliquer l'origine de la cbolestérine dans le méconium. Bien avant l'introduction d'aliments dans le canal alimentaire^ et avant que les fluides exclusivement digestifs soient formés, la bih
SUR tJNte NOUVELLE FONCtlON tV FOIE. 88
est produite et déversée. Elle s'accumule dans Tinlestin avec les autres substances qui composent le méconium, et eniin est évacuée peu de temps après la naissance. De là. vient Tabondance de la cholestérine dans le méconium ; mais lorsque les liquides digestifs sont sécrétés et les aliments reçus dans le canal intestinal, là cholestérine disparaît et fait place à la stercorine.
Fèces des animaux hibernants, — De même que la fonction excrétante du foie commence avant que le canal digestif reçoive des aliments, elle continue pendant Tétat d'hibernation, aloriS queTanimal ne prend pas de nourriture pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois. Dans ces circonstances, on trouve la cholestérine sans altération dans les fèces, mais elle disparaît quand l'animal se réveille et que les organes digestifs reprennent leurs fonctions.
Fèces normales. — La cholestérine n'existe pas d'ordinaire dans les fèces normales, mais dans Texpérience XII on en trouve une petite quantité mêlée à la stercorine. L'animal était resté, certainement, vingt-quatre heures, et probablement même quarante-huit heures sans prendre de nourriture. Les fèces étaient de couleur et de consistance normales.
Ces faits semblent démontrer qu'avant l'établissement de la digestion^ comme dans le fœtus et pendant sa suspension, comme chez les animaux hibernants, et dans l'expérience XII, la cholestérine passe sans altération à travers le canal alimentaire. Mais aussitôt que la digestion commence, la cholestérine disparaît des fèces et y est
Si RECHERCHES EXPÉRIMENTàLES
remplacée par la stercorine. H paraît donc certain que pendant son passage dans le canal alimentaire, quelquesuns des fluides digestifs agissent sur la cholestérine de la bile et la changent en stercorine. Ce changement semble sous la dépendance de la digestion ; car avant qu'elle ne commence ou loi'squ'elle est suspendue, la cholestérine passe sans altération. Une expérience conclusive consisterait à dévier de Tintestin la bile, et par conséquent la cholestérine et à examiner l'effet produit sur la formation de la stercorine. Dans un cas de jaunisse causé par une duodénile (que nous décrirons plus en détail en traitant des relations pathologiques de la cholestérine), les conditions nécessaires pour une observation de ce genre semblèrent remplies. Le sujet souffrait d'une jaunisse intense due à Tobstruclion du canal cholédoque produite par une duodénile. Les fèces étaient couleur d'argile. Après quelque temps, le sujet fut guéri de la jaunisse, et les matières fécales reprirent leur couleur naturelle. A répoque où les fèces étaient décolorées et l'ictère le plus marqué, il est probable que la bile ne pouvait en aucune façon pénétrer dans le canal alimentaire. Cependant cette obstruction cessa quand les fèces reprirent leur couleur et que rictère disparut. Pour reconnaître l'effet de l'obstacle à l'écoulement de la bile et celui de son rétablissement sur la stercorine des fèces, les selles furent analysées pendant la jaunisse et après la guérison.
Analyse des fèces décolorées. — La quantité de matières examinées fut de 61 grammes. Après avoir évaporé, traité par l'éther, repris par l'alcool chaud le résidu de
révaporation de Téther, la matière grasse, qui était trèsabondante, fut complètement saponifiée par une ébullition d'un quart d'heure dans une solution de potasse caustique, ce qui démontra l'absence de cholestérine et de slercorine.
Analyse des fèces du même malade revenues à leur couleur normale. — Celte analyse fut faite dix-neuf jours après la précédente. La quantité de matières était peu considérable. Elles furent traitées par la méthode ordinaire, et donnèrent la proportion suivante de stercorine :
Quantité de matières fécales 32k',590
Quantité de stercorine 0k%022
Rapprochée des faits déjà cités par rapport à Tévacuation de la cholestérine par l'anus quand la digestion n'a pas lieu, celle observation établit l'origine de la stercorine. Elle est produite par une transformation de la cholestérine de la bile qui dépend de la digestion. Lorsque la cholestérine ne peut pas pénétrer dans le canal alimentaire, comme cela avait eu lieu dans le premier cas d'analyse des fèces, on ne trouve pas de stercorine dans les déjections , et elle y apparaît de nouveau quand la cholestérine reprend son cours.
Comparaison de la quantité de cholestérine évacuée chaque jour^ avec la quantité de cholestérine produite par le foie. — La quantité de stercorine que nous avons . extraite d'une selle quotidienne normale d'un adulte en bonne santé fut de 0^^675. Comme les déjections ne contiennent pas de cholestérine, la stercorine doit repré-
86 MGHBRGHES EXPÉRDfElf TALES
senter toute la cholestérine excrétée dans les vingt-quatre heures. On voit qu'il en est ainsi , si l'on compare le chiffre obtenu avec la quantité de cholestérine produite en un jour.
GraipmeB.
Quantité de bile en vingt-quatre heures (Dalton) (1). 1,0975
Quantité de cholestérine à raison de 0,618 parties pour 1000
(A. Flint flis) 0,678
Quantité de stercorine évacuée (A. Flint iils) 0,675
Différence 0^003
Cette différence insignifiante de 0^%003 prouve en même temps l'exactitude de l'estimation de la quantité de bile excrétée en un jour, l'exactitude de l'estimation de la proportion de cholestérine qui se trouve dans la bile , ainsi que de l'analyse quantitative au point de vue de la cholestérine, et comme ces observations ont été faites tout à fait isolément, leur résultat apporte le dernier anneau à la chaîne de preuves à l'appui de cette opinion : que la cholestérine , en traversant le canal alimentaire^ se trouve transformée en stercorine, forme sous laquelle elle est évacuée dans les fèces.
Nous pouvons donc résumer ainsi l'histoire de la cholestérine ;
V La cholestérine est une matière excrémentiûelle produite par la désassimilation de la substance nerveuse ^ et ' absorbée par le sang.
2° Elle est séparée du sang lors de son passage dans le
(i) Dalton's Treatiseon Human Physiology^ 2« édit., p. 171.
SUR UNB MOUYBLLS FONGTIOM DU FOIE. 87
foie^ entre dam la composition de la bile à laquelle elle donne son caractère excrémentitiel.
â° Elle est déversée avec la bile à la partie supérieure de ^intestin grêle, où tacte de la digestion cause son changement en stercorine , forme sous laquelle elle est évacuée dans les fèces.
4° La stercorine^ qui constitue le grand élément excré'menHtiel des fèces ^ est un des excréments les plus impor^ tants produits par î usure de {économie.