RELATIONS PATHOLOGIQUES DE LA GH0LB8TÉRINE
Avec les données limitées que nous possédons sur les variations dans la quantité de cholestérine pendant la santé et la maladie , il est impossible de faire plus que d'ouvrir la grande question de ses relations pathologie ques. Toutes les questions de physiologie ont pour fin, dans une certaine mesure, Télucidation de quelques questions pathologiques. Le médecin praticien demandera naturellement si les connaissances plus précises que nous possédons maintenant sur la fonction de la bile lui sont de quelque utilité dans Tétude et le traitement des maladies. Il est certain que toute addition à nos connais^ sances sur les fonctions du corps à Tétat sain, a une liaison plus ou moins directe avec la maladie. Ce qui peut paraître un simple objet d'intérêt pour celui qui s'adonne spécialement à la physiologie, et dépourvu de toute conséquence pratique apparente, arrivera certainement, après d'autres progrès, à se relier aux connaissances acquises
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de manière à devenir utile au praticien. Mais l'intérêt n'est pas si éloigné en ce qui touche les relations pathologiques d'une excrétion importante, surtout quand cette fonction se rapporte au foie. Depuis un temps presque immémorial , on attribue à un dérangement du foie un grand nombre de maladies dans le traitement desquelles on a cru qu'il importait avant tout de favoriser la sécrétion de la bile. Une classe de remèdes supposés capables de régulariser les fonctions de la bile a toujours été employée par les médecins. De nos jours, ces idées ont perdu de leur crédit, car le médecin instruit est maintenant habitué à baser ses idées pathologiques sur un certain fonds des connaissances définies, et l'on a trouvé que la physiologie et la pathologie de la bile avaient été trèspeu comprises. Les anciens praticiens avaient , comme nous, une classe de cas marqués par un malaise général, et accompagnés de symptômes mal défmis que l'on attribuait à rétat bilieux^ pour lesquels ils avaient l'habitude d'employer les cholagogues , el à leur tête le mercure, avec un succès incontestable. 11 est vrai que nos progrès dans les connaissances de la maladie nous ont fait rapporter à d'autres désordres les conditions qui étaient supposées indiquer l'état bilieux^ mais on a peu appris sur la pathologie du foie, et il y a beaucoup d'états pathologiques que Ton peut traiter avec succès, — bien que d'une façon empirique, — et dont le vrai caractère est inconnu. C'est sur ce sujet obscur que les recherches physiologiques qui précèdent jetteront , nous l'espérons, quelque lumière.
Pour répéter une expression dont nous avons déjà fait usage , la connaissance du rôle de 4a cholestérine et son histoire dans l'organisme sain doivent servir à la pathologie des maladies qui dépendent du dérangement de cette fonction, autant que la connaissance du rôle de Turée a servi à la pathologie de maladies qu'on sait maintenant être sous la dépendance de Turémie.
CHOLESTÉRÉMIE.
Pour la cholestérine comme pour d'autres substances excrémentitielles qui existent invariablement dans le sang à rétat sain, il y a accumulation dans ce Hquide si les fonctions de Torgane éliminateur sont troublées. Ce fait a déjà été incidemment mentionné en traitant des propriétés de la cholestérine qui la relient aux substances excrémentitielles. Cela a lieu pour Turée; mais il y a eu des cas d'empoisonnement urémique et des malades sont morts dans le coma urémique bien avant que la cause en fût connue. Il en est ainsi de la bile. Les cas ordinaires de jaunisse, nommés par Piorry cholémie^ ne sont pas d'un caractère dangereux ; mais il y a des cas où la jaunisse, bien que moins caractérisée par la couleur, constitue une condition toute différente. Ici, nous avons évidemment l'action d'un poison dans le sang, dont les effets sur le cerveau amènent le coma et la mort, comme dans la rétention de l'urée. Les pathologistes demandent d'où
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provient la différence de gravité des cas d'ictère. Les chimistes ont analysé le sang, dans l'espoir de l'expliquer par la présence, dans les cas graves, des glyco^-cholates et des tauro-cholates de soude, qu'ils regardaient comme les seuls éléments importants de la bile. Mais ils n'ont pu découvrir dans le sang ces substances, et la question est demeurée sans réponse.
Dans les cas simples de jaunisse^ la bile dont la matière colorante est résorbée provient des canaux exa^éteurs et de la vésicule du fiel.
Dans les cas graves de jaunisse , qui ont presque toujours une terminaison fatale j il y a rétention de la cholestérine dans le sang, ou cholestérémie .
Nous avons été forcé de nous servir exclusivement de cas pathologiques pour étudier la cholestérémie, car en opérant sur de grands animaux, personne n'a encore réussi à extraire le foie (comme nous extrayons les reins) pour noter les symptômes d'empoisonnement et démon* trer l'accumulation de la cholestérine dans le sang. Nous n'avons pas pu, par suite de l'insolubilité de la cholestérine, faire des expériences en l'injectant dans les vais^ seaux sanguins. Toutefois nous avons eu l'occasion de faire l'examen du sang d'un malade dans la dernière période d'une cirrhose du foie accompagnée de jaunisse, et de la comparer avec celui d'un malade affecté d'un simple ictère. Chez ces deux malades , les fèces étaient décolo* rées; mais chez l'un l'ictère était un symptôme grave, accompagnant les dernières périodes de la désorganisation du foie ; tandis que dans le dernier, elle dépendait sim-
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plement d'une duodénite, le pronostic avait été favorable et fut confirmé par le résultat. Comme la cirrhose accompagnée d'ictère est fort rare, nous nous sommes trouvé très-heureux d'avoir l'occasion de comparer ces deux cas.
Premier cas. — Jaunisse provenant d'une obstruction causée par une duodénite. — Marie Bishop, âgée de quarante-deux ans, Irlandaise, veuve, domestique, fut admise à l'hôpital de Blackweirs Islande le 12 juin 1862, avec les symptômes suivants : léger mouvement fébrile, accompagné de douleur intense dans la région duodénale ; surface du corps légèrement ictérosée; selles couleur d'argile ; urine très-colorée, — non examinée au point de vue de la bile; poumons et foie sains; appétit assez faible; pas d'ascite. L'ictère existait environ depuis le 23 mai 1862. La malade fut consignée au lit.
Le docteur Flint, médecin de service, diagnostiqua un ictère produit par une duodénite.
Traitement. — Laxatifs chaque jour, bonne nourriture, avec une légère quantité de stimulants.
21 ;wm.-^Une petite quantité de sang fut tirée du bras pour en faire l'examen, et le 23, les selles furent gardées dans le même but.
27 juin. — La malade demeure à peu près dans le même état.
11 juillet. — La douleur et la sensibilité dans la région duodénale ont entièrement disparu. L'amélioration a été constante depuis la dernière observation. Les selles sont naturelles depuis plusieurs jours. Bien que la ma-
lade garde presque constamment le lit, elle peut se lever deux ou trois heures par jour. La jaunisse a diminué graduellement, elle s'est dissipée depuis trois ou quatre jours, et est totalement absente aujourd'hui.
12 juillet. — Un autre spécimen des selles, dont l'apparence est normale, a été gardé pour en faire l'analyse.
Analyse du sang au point de vue de la cholestéritie. — Le sang fut analysé environ seize heures après avoir été tiré du bras. Il était complètement divisé en sérum et en caillpt. Le sérum était d'un jaune brillant, — plus décidément bilieux que dans le cas qui va suivre. Il fut évaporé, pulvérisé, et l'analyse quantitative, au point de vue de la cholestérine, donna les résultats suivants :
Grammes.
OuanUlé de sang 13,764
Quantité de cholestérine 0,007
Proportion de cholestérine pour 1000 parties de sang . 0,508
Deuxième cas. — Jaunisse avec cirrhose. — Anne Thompson, âgée de trente-neuf ans, née en Irlande, domestique, fut admise à l'hôpital de BlackweWs Islande le 16 juin 1862, et donna de sa maladie l'historique suivant : Il y a trois ans, elle contracta un fort rhume, accompagné d'enflure de la main et des deux jambes, qui continua pendant huit à neuf semaines. Ce temps écoulé, elle s'aperçut que l'abdomen augmentait de volume. La malade se sentait très-faible , l'urine était rare , et les selles furent régulières jusqu'à son entrée à l'hôpital.
Elle nia qu'elle eût l'habitude des alcooliques, nnais avoua qu'elle buvait de la bière.
18 juin. — La surface du corps était très-iclérosée ; la couleur était fort marquée sous la langue et à la conjonctive. L'abdomen était rempli de liquide; pouls, 90, petit et faible; diarrhée, déjections couleur d'argile ; urine abondante et fortement colorée par la bile ; appétit trèsfaible. La paracentèse fut pratiquée, et il s'écoula environ huit litres de sérum clair, couleur de paille. La malade fut consignée au lit.
Le docteur Flint, médecin de service, diagnostiqua une cirrhose.
Le traitement consista en un régime fortifiant et stimulant, avec l'usage de la teinture de muriate de fer.
21 juin. — Une petite quantité de sang fut tirée du bras pour être analysée, et le 23, un spécimen des selles fut conservé dans le même but.
La malade mourut le 27 juin. H n'y eut pas de convulsions, et, bien que dans un état de stupeur, elle avait encore sa connaissance, vingt minutes avant la terminaison fatale. La stupeur exista pendant trois ou quatre jours avant la mort, et deux jours avant, elle se plaignit de diplopie. L'ictère fut extrêmement intense jusqu'au moment de la mort.
Autopsie. — L'abdomen contenait environ douze litres de liquide. Le foie pesait 1715 grammes. Il était de couleur claire et offrait en partie l'aspect mamelonné; en un mol, cet organe présentait l'apparence générale de la cirrhose. La vésicule biliaire était très -rétractée et contenait environ 8 grammes de bile. A l'examen microscopique , les cellules apparurent contractées. La substance
fibreuse avait augmenté, et l'on voyait une grande quantité de globules gras un peu anguleux.
Analyse du sang au point de vue de la cholestérine * — Le sang fut examiné environ seize heures après avoir été recueilli. 11 était entièrement divisé en caillot et en sérum; celui-ci était d'une couleur jaune verdâlre. Le caillot et le sérum furent évaporés, pulvérisés, et l'analyse quantitative, au point de vue de la cholestérine, faite comme nous l'avons indiqué plus haut , donna les résultats suivants :
Grammes.
Quantité de sang 3,290
Quantité de cholestérine. 0,006
Proportion de cholestérine pour 1000 parties.. . 1,850
Le tableau suivant donne le résultat comparatif de cetle expérience et celui des analyses de trois spécimens du sang du bras à l'état sain , examinés en même temps ; tous les spécimens ayant été soumis à des manipulations identiques.
Tableau de la quantité de cholestérine trouvée dam le sang normal^ le sang provenant d'un cas simple de jaunisse^ et celui jmmnant d'un cas de jaunisse avec cirrhose.
SANG JEIORMAL.
Cbolestérloe
pour 1000 parties.
Hommes. — 35 ans 0,/i45