Taenia Canis Lagopoclis Rudolphi
Pour ce Ténia, voir ci-dessus, p. 22.
Il est remarquable que, pendant qu’à Copenhague le T. elliptica est plus fréquent chez les chats que le T. cucumerina chez les chiens, et que ce dernier est au moins aussi commun en Islande qu’à Copenhague, je n’aie pu y découvrir une seule fois le T. elliptica chez les chats. Ce Ténia semble donc manquer en Islande, et cette circonstance rend fort probable qu’il appartient à une espèce différente du T. cucumerina , ce qui a été révoqué en doute (voir ci-dessus p. 12).
B. Nématoïdes.
Ascaris Mystax Rudolphi.
Tandis que l 'Ascaris marginata est plus rare chez le chien en Islande qu’en Danemark, X Ascaris Mystax y est à peu près aussi fréquent, et en nombre égal. Je l’ai trouvé chez plus de la moitié de mes chats; il y en avait ordinairement moins de 10, mais il n’était pas rare qu’il y en eût davantage, jusqu’à 24.
*) Ouvr. cit. n° 5. p. 565.
Maladie causée en Islande par les Ecliinocoques.
Ce n’est que- depuis une centaine d’années qu’il existe un corps médical en Islande, et notre connaissance de cette maladie n’est par conséquent pas bien ancienne; cependant il y a tout lieu de croire quelle a été endémique dans ce pays pendant plusieurs siècles comme aujourd’hui. Le premier médecin préposé au service sanitaire en Islande (1760), fut Bjarne Povelsen, l’un des auteurs de l’excellente description que nous possédons de cette île47). Quoiqu’on trouve mentionnées dans cet ouvrage les maladies les plus communes de chaque district ne renferme que de vagues indications sur celle qui nous occupe
et se borne à dire à propos du Malurn liypochondriacum : «Le mal hypochondriaque y est très-commun. Ne sachant pas comment caractériser cette maladie, ils (les Islandais) lui donnent le nom générique de BnostveiJce (Maladie de poitrine).» Un autre médecin islandais, John Petersen, a écrit dans sa propre langue un traité populaire sur les maladies48), dont divers passages indiquent clairement que celle qui est causée par les Echinocoques jouait alors un rôle important dans les affections chroniques; mais, à cette époque , on n’avait pas encore — ce qui n’a pu être fait que plus tard — discerné et rassemblé les divers symptômes propres à cette maladie. John S vend s en49), successeur de Bjarne Povelsen, dans un mémoire publié en 1794 sur les principales maladies de l’Islande, et où il mentionne les affections chroniques qui y sont endémiques, s’exprime ainsi : Hepatalgia omnis generis maxime fregvens.
Une circulaire ministérielle du 20 Décembre 1803 imposa aux médecins, tant en Islande qu’en Danemark, l’obligation de faire tous les ans des rapports sur l’état sanitaire de leurs districts, et, bien qu’à l’origine ces rapports fussent très imparfaits, et que, de nos jours même, il y en ait plusieurs qui laissent beaucoup à désirer, ce n’est que depuis lors qu’on possède des renseignements réguliers et suivis sur les maladies qui régnent en Islande. A cette époque, il y avait dans cette île 5 médecins de district, et deux autres médecins sans diplôme qui étaient admis à pratiquer, et ce nombre s’est maintenu à peu près le même. Dans leurs rapports* *) , ils parlent toujours de la maladie des
47) Voyage en Islande fait par ordre de S. M. Danoise. Traduit du danois par G au t hier- d e-L apeyronie. Tome 1. Paris 1802. p. 42. [Olafs ens og Povelsens Reise igiennem Island. Soroe 1772. p. 21.)
48) J 6ns Péturssonar Handlœknis Nordlendinga frd 1775 til 1801 Lœkninga-Bôh fyrlr almâga. Utgéfin af por.steini J onssyni. Kaupmannahofn 1834.
49) Pjelags-Rit. XV Bindi. Tilraun at upplelja Sjulcdôma etc.
*) Voir 1 Ugeskrift for Lœger 1862, 2den Rcekke. 37 te Bd. Nr. 16, et Virchows Archiv fur pathologische Anatomie u.s.w. Bd. XXVII. 1863. p. 225.
Echinocoques comme étant répandue dans toutes "les parties du pays,' et la placent au premier rang parmi les affections chroniques, mais ils la considèrent plutôt comme une maladie du foie, et l’appellent Hepatalgia , Hepatitis cJironïco , Infarctus ou Hypertrophia liepatis\ ce n’est que rarement qu’on y voit apparaître le nom d’Hydatides.
L’apparition si fréquente de cette maladie en Islande n’a, pendant les trente premières années de ce siècle, été que très peu connue hors de cette île.
Voici comment M. E. Fenger s’exprime à cet égard dans sa thèse de concours50): «Par une anomalie dont la cause est profondément cachée parmi les secrets de la nature, nous voyons qu’une maladie qui constitue l’une des affections les plus caractéristiques des pays chauds, et qui, dans les climats tempérés, devient de plus en plus rare à mesure qu’on s’avance vers le Nord, se manifeste de nouveau dans ces régions avec une violence peut-être même inconnue sous les tropiques. Je veux parler de l'hépatite chronique, une des maladies les plus communes des pays chauds, mais qu’on ne rencontre que rarement chez nous. Cette maladie règne en Islande avec une fréquence presque incroyable; on a voulu le nier, mais c’est un fait aujourd’hui hors de doute, et j’ai moi-même eu l’occasion de m’en assurer en examinant les rapports médicaux qui se trouvent dans les archives du Collège sanitaire. H y a aussi eu plusieurs fois des Islandais qui ont été traités pour cette maladie à l’hôpital royal de Copenhague.» Cette question devait bientôt être éclaircie.
Après avoir, en 1847—1848, parcouru l’Islande, où il constata de nombreux cas de cette maladie, et procéda lui-même à l’autopsie de plusieurs personnes qui y avaient succombé, M. Schleisner fit observer dans sa Nosographie de cette île51) que ce n’était pas à proprement parler une affection du foie, mais «une maladie causée par des Entozoaires qui se développent non seulement dans le foie mais dans tout l’organisme». Il dit «qu’en examinant plus attentivement la structure de ces hydatides, il a trouvé qu’elles étaient identiques avec celles que Rokitansky désigne d’après Laennec sous le nom d’Acéphalocystes du foie.» Bien que Rokitansky considérât les Acéphalocystes comme devant leur origine à- une coagulation de matières albuminoïdes, il résulte pourtant de plusieurs passages de l’écrit de M. Schleisner que ce dernier les regardait comme des parasites dont les germes devaient s’introduire dans l’organisme avec les aliments.
Après qu’on eut découvert la transformation des vers vésiculaires en Ténias, et que M. v. Siebold eut réussi à transformer les Echinocoques des animaux en Ténias chez les chiens, la question des hydatides islandaises prit un plus grand intérêt, ce qui porta Eschricht* *) à en faire une étude plus approfondie. En examinant les hydatides
50) Plan til en Forelœsnings-Cyclus over den almindelige Pathologie. Kjobenhavn 1843. p. 89.
51) Island, undersagt fra et lœgevidenslcabeligt Synspunkt. Kjabenhavn 1849. p. 12.
*) Ouvr. cit. n° 46. 1853. p. 211.
d’un Islandais conservées au musée d’anatomie pathologique de l’université, en même temps que quelques autres qui provenaient d’un second Islandais mort à l’hôpital de la commune, et en les comparant avec une hydatide du foie d’un Danois mort depuis peu au même hôpital, il constata que, dans les trois cas, c’étaient des Echinocoques, et que ceux des Islandais ressemblaient en tous points à ceux qu’on trouve en Danemark, et fit voir en même temps que les hydatides islandaises étaient des vers vésiculaires, et non des produits morbides, comme la dénomination d’Acéphalocystes pouvait facilement le faire supposer. M. Sclileisner lui ayant remis quelques hydatides d’Islande qui devaient se rapporter au cas décrit dans sa Nosographie (p. 5 — 7), il trouva à sa grande surprise, que c’étaient des Cysticercus tenuicollis^ mais il ajoute page 224 «qu’il n’a pu s’empêcher de soupçonner qu’une méprise a eu lieu», et page 213 «que ce fait a besoin d’être constaté par de nouvelles observations». Ce soupçon se trouve fortement confirmé lorsqu’on compare la relation d’Eschricht, où il est fait mention de 10 hydatides longues de 3k à IVa", avec la description que M. Schleisner donne de la maladie et de l’autopsie, description qui semble se rapporter entièrement à des Echinocoques. M. Schleisner dit en outre dans sa Nosographie, p. 142, «qu’en examinant plus attentivement les hydatides des moutons, il s’est assuré qu’elles différaient de celles de l’homme par leur cou allongé muni d’une bouche très distincte»; quelque superficielle qu’ait pu être sa connaissance de ces animaux, la différence très marquée qui existe entre le Cysticercus tenuicollis et X Echinococcus ne lui a donc pas échappé, et il n’aurait certes pas manqué de la relever si, dans une autopsie faite et décrite par lui, il avait trouvé des Cysticerques. Plus tard, Eschriclit m’a déclaré qu’il ne doutait pas que ces G . tenuicollis ne provinssent d’un mouton, et M. Schleisner m’a dit aussi qu’il partageait la même conviction. Dans le même mémoire, Eschriclit appelle l’attention sur l’histoire de la maladie d’un enfant de 4 ans rapportée par Thorstensen*), histoire où on lit: «il y avait dans le côté droit une tumeur fluctuante, grosse
comme une tête d’enfant, et, une fois ouverte, il en sortit une grande quantité d’un pus
infect, ainsi qu’un nombre considérable d’hydatides de la grosseur d’un œuf de pigeon. Elles étaient arrondies, et munies d’une queue sur l’un des côtés (?); dans l’eau tiède, elles faisaient des mouvements distincts, surtout en se contractant et en se dilatant (?) , à peu
près comme le stincus marinus se meut dans la mer» , et conclut de cette description,
ainsi que des mouvements observés par Thorstensen, que ces hydatides étaient des Cysticercus tenuicollis ; mais M. K üc lien meister **) remarque avec raison qu’on ne trouve pas le Cysticercus tenuicollis flottant ainsi en masse dans une seule cavité, et que, par conséquent, il ne peut être question de ce parasite dans le cas dont il s’agit. D’ailleurs,
') Ouvr. cit. n° 51. p. 9.
*‘) Ouvr. cit. n° 9. p. 133.
d’après ce que nous voyons en Islande, il n’est guère probable que le G. tenuicollis puisse se développer chez l’homme. En effet, le T. marginata est le Cestoïde le plus commun des chiens de ce pays, et le G. tenuicollis y est très fréquent chez les moutons; mais, tandis que X Echinococcus attaque fort souvent les Islandais, on n'a encore, chez aucun d’eux, constaté d’une manière certaine la présence du C. tenuicollis. Je me suis étendu avec quelque détail sur cette question, parceque plusieurs auteurs allemands (MM. Küchenmeister, II. Leuckart), s’en rapportant à Eschricht, ont cru pouvoir avec certitude ranger le T. marginata (C. tenuicollis) parmi les parasites de l’homme.
Les recherches d’Eschri ch t fixèrent à un haut degré l’attention des helminthologistes sur la fréquence des maladies causées en Islande par les vers vésiculaires; il en est fait mention dans les écrits de MM. Küchenm e ister, v. Siebold, Leuckart, etc.; mais, comme il était naturel en pareil cas, cette fréquence a été un peu exagérée.
M. Schleisner*) avait dit que «parmi les 2600 malades qui figurent dans les rapports médicaux, il y en avait 328, soit environ 1/e, et parmi les 327 soignés par lui, 57 ou plus de Ve, dont le foie était attaqué», et que «M. Thorstensen, qui a pratiqué en Islande pendant plus de 20 ans, suppose qu’un habitant sur 7 souffre de cette maladie, évaluation qui ne lui paraît pas exagérée».
Eschricht**) dit que «d’après les calculs de M. le docteur Schleisner, un septième de la population de l’Islande doit en être attaqué.»
M. v. Siebold***) s’exprime ainsi: «M. le professeur Eschricht de Copenhague m’a écrit dernièrement que le sixième de toute la population de l’Islande souffre de cette affection du foie, et y succombe en partie après de longues et atroces souffrances». Ce savant rapporte du reste à tort les hydatides des Islandais à celles qui proviennent du T. serrata , ver qu’il regarde comme identique avec le T. Solium.
M. R. Leuckartf) en parlant des Echinocoques , dit: «mais ils sont d’autant plus fréquents en Islande, où, d’après les relations concordantes de Schleisner, d’Esc h rie ht et de M. Guérault, ils emportent un cinquième ou un sixième de toute la population».
Relativement au récit de M. Schleisner, nous ferons d’abord remarquer que les listes dont il s’est servi, et qui se trouvent dans les rapports médicaux annuels, ne comprennent ordinairement que 70 — 100 malades, quelquefois même 40—50 seulement, et que, par conséquent, elles n’embrassent nullement tous les malades que les médecins ont soignés dans le courant d’une année (M. Fi ns en en a traité par an de 700 à 900). Puis, M. Schleisner a sans doute eu l’occasion d’observer un nombre de cas relativement
*) Ouvr. cit. il0 51. p. 15.
**) Ouvr. cit- n° 46. 1853. p. 212.
"") Ouvr. cit. n° 7. p. 112.
f) Ouvr. cit. n° 16. p. 381.
considérable de la maladie des hydatides, puisque, comme c’était fort naturel, il a surtout porté son attention sur les affections particulières à l’Islande. Mais, en tout cas, on ne peut du chiffre des malades qui ont été soumis à un traitement tirer des conclusions pour la population entière. La supposition de Thorstensen, que le septième des habitants souffrirait des hydatides, ne repose évidemment que sur une simple appréciation, et non sur des calculs exacts, et par suite, elle peut être sujette à de graves erreurs. Si le mal était réellement aussi répandu, il serait surprenant qu’après avoir séjourné 15 mois en Islande et parcouru une grande partie du pays, M. Schleisner n’eût rencontré que 57 personnes qui en fussent attaquées, et que moi-même, dans l’espace de 5 mois, je n’en eusse, malgré toutes mes recherches, observé que 20 à 30. MM. Skaptason et Finsen, médecins dans le Nord de l’Islande, regardaient la proportion de lh comme fort exagérée, et M. le docteur Hjaltelin de Reykjavik partage également cette opinion. Actuellement, il n’est pas possible d’indiquer avec quelque certitude le nombre des malades pour la population entière de l’Islande, mais, pour une partie de la région septentrionale, les observations que M. Finsen a recueillies pendant les années 1857 — 1862, nous fournissent des renseignements d’autant plus précieux qu’il a étudié cette maladie d’un manière toute spéciale.
Dans le district d’0fjord, où il demeure, et qui compte une population d’environ 4500 habitants, il a en moyenne traité par an 596 malades, dont 16, ou à peu près Væ, souffraient des Echinocoques. Il connaît dans ce district 77 individus vivants qui ont, ou ont eu cette maladie, soit Vss de la population.
Dans le district de Thingo, qui compte 5500 habitants, il a en moyenne soigné par an 170 malades, dont 8 ou 1ln avec des Echinocoques, et connaît 42 personnes, soit 1/i3 o de la population, qui les ont eus, ou les ont encore. Comme il visite assez rarement ce district, le nombre absolu des cas d’hydatides qui sont parvenus à sa connaissance est moins considérable, mais représente cependant une fraction plus forte de ses malades, sans doute parceque ce sont surtout des personnes atteintes de maladies graves et chroniques qui sont venues le consulter.
Tandis que les nombres relatifs qui précèdent seraient certainement trop grands si on voulait les appliquer à la population entière, puisqu’il n’est pas admissible que, parmi les habitants relativement bien portants, on trouve, proportion gardée, autant de cas d’Echinocoques que chez ceux qui, pour cause de maladie, s’adressent aux médecins, le nombre absolu doit en réalité être plus considérable que celui qui a été trouvé par M. Finsen, puisqu’il y a sans doute beaucoup de cas qui ne sont pas parvenus à sa connaissance. Par conséquent, il faut supposer que le nombre exact des personnes affectées d’Echinocoques à un assez haut degré pour que la maladie puisse être reconnue, se trouve compris entre ces limites, savoir, pour le district d’0fjord, entre Vas
et 1/58, pour celui de Thingo, entre Vii et Viso, et, pour les deux réunis (comptant environ 10000 habitants, c’est-à-dire plus de ’/r de la population de l'Islande), entre 1ko et b 50 de la population entière. Mais, à ces malades, il faut encore ajouter tous les individus chez lesquels les vers vésiculaires ne sont pas assez développés pour pouvoir être diagnostiqués, ainsi que ceux chez qui ils n’atteignent peut-être jamais ce degré de développement. Pour le moment, il est impossible de se faire une idée de l’importance de ces deux catégories, et il n’y a que de nombreuses autopsies qui puissent nous éclairer à cet égard. 11 n’y a aucune raison de croire que cette maladie soit devenue plus rare en Islande, depuis le voyage de M. S chie i suer, et rien n’indique non plus que, dans le reste du pays, elle se comporte autrement que dans la partie septentrionale. Dans quelques endroits, par exemple les districts de Skaptafell, que je n’ai pas visités, elle est peut-être un peu plus fréquente, et, dans d’autres, comme Reykjavik, un peu plus rare. Mais, en tout cas, il est incontestable que les Echinocoques se montrent bien plus souvent en Islande que dans la plupart des autres pays, et qu’ils y sont la cause d’une des maladies chroniques les plus dangereuses qui régnent dans cette île. D’après les chiffres ci-dessus, on peut compter qu’il y a toujours au moins 1500 Islandais chez lesquels elle est assez développée pour produire des désordres plus au moins graves. On n’a pas, que je sache, en Islande, trouvé chez l’homme d’autres vers vésiculaires que les Echinocoques, et il est également très rare que les Islandais aient des Ténias dans l’intestin; j’ignore même quelle peut en être l’espèce. Suivant M. Olrik, inspecteur au Groenland, Y Oxyuris vermicularis y incommode excessivement tant les Européens que les indigènes. D’après ce que m’a rapporté
M. Finsen, ce parasite se rencontre aussi assez souvent en Islande, mais sans que sa fréquence y présente rien d’extraordinaire. L 'Ascaris lumbricoides y est au contraire
excessivement rare, et il se rappelle seulement de l’avoir observé une fois: c’était chez un enfant de 3 ans, fils d’un fonctionnaire ( sÿsluma&ur ), et peut-être avait-il déjà contracté ce ver en Danemark avant son arrivée en Islande.
Les Echinocoques attaquent les Islandais à tout âge, et peuvent séjourner dans leur corps pendant bien des années — il n’est pas rare que les rapports des médecins parlent de 20 — 30 ans — mais c’est surtout vers l’âge de 40 ans que la maladie est soumise à un traitement. Toutefois, il arrive assez souvent qu’elle est déjà tellement développée pendant l’enfance quelle peut causer la mort, à moins qu’on ne réussisse, par une opération, à enlever les Echinocoques; les rapports ci-dessus mentionnent en effet plusieurs cas où cette affection a été constatée chez des enfants de 4 ans, et a abouti, au bout de 6 — 8 années, à l’un de ces deux résultats. M. Finsen a opéré en 1857 un garçon de 6 ans qui avait des hydatides depuis l’âge d’un an. Pendant mon séjour en Islande, j’ai souvent rencontré des enfants de 8—1 2 ans dont le ventre était distendu d’une manière énorme par ces parasites.
Les Echinocoques produisent en Islande les mêmes phénomènes morbides que partout ailleurs, et, si l’on faisait un plus grand nombre d'autopsies, on les découvrirait certainement aussi quelquefois dans des organes où ils échappent maintenant à l’attention. Comme à l’ordinaire, ils se logent le plus souvent dans les viscères de la cavité abdominale, et particulièrement dans le foie, et il n’est pas rare qu’ils passent de là dans le tube digestif et les voies urinaires, ou donnent lieu à une suppuration qui leur permet d’être évacués en traversant, soit les parois abdominales, soit le diaphragme, et, par cette voie, les poumons ou les espaces intercostaux. Les médecins islandais s’efforcent naturellement de les faire sortir par les téguments, et, dans ce but, ils opèrent ordinairement la ponction au moyen du trocart. M. Finsen a souvent appliqué avec succès la cautérisation par la méthode de Récamier. Un phénomène curieux qu’il a habituellement observé, c’est qu’en s’épanchant dans la cavité péritonéale, les hydatides provoquent presque toujours une urticaire passagère.
On a aussi trouvé plusieurs fois des Echinocoques dans le tissu cellulaire souscutané, et ils paraissent alors se développer de préférence dans la partie supérieure du thorax. Ces tumeurs ont pu souvent être opérées.
Les hydatides à Echinocoques se comportent surtout comme des corps étrangers, et provoquent par leur pression des désordres nombreux dans les fonctions. Elles ne causent pas d’ailleurs de cachexie proprement dite. Lorsqu’elles crèvent, ce qui arrive assez souvent à la suite de contusions, ou qu’il s’établit une suppuration à leur surface, elles peuvent facilement donner lieu à de graves accidents, mais il peut aussi en résulter une guérison spontanée.
On peut certainement, par un traitement rationnel, combattre jusqu’à un certain point les tumeurs produites par les Echinocoques, mais on est en général obligé de recourir à une opération pour les extirper, et il s’en faut de beaucoup que ce moyen, qui du reste n’est nullement sans danger, puisse toujours être appliqué. La nature du mal est connue; nous savons qu’il est causé par la présence d’un parasite qui est engendré par d’autres animaux de la même espèce, et qui, d’une manière ou d’une autre, pénètre du dehors dans l’organisme. Il était par conséquent d’une grande importance, pour en combattre le développement chez l’homme, de connaître avec certitude le Ténia dont les Echinocoques des Islandais tirent leur origine, et de savoir s’ils sont différents de ceux qu’on trouve chez les animaux domestiques. A cet égard, des expériences directes devaient être décisives. Celles de M. v. Siebold, répétées plus tard par d’autres helminthologistes, avaient suffisamment démontré que les Echinocoques des animaux domestiques se transforment dans le tube digestif du chien en T. Echinococcus , et M. Leuckart*) avait plu-
') Ouvr. cit. n° 16. p. 342.
sieurs fois réussi à obtenir des vers vésiculaires chez des cochons (mais non chez des moutons) auxquels il avait fait avaler des œufs du T. Ec/rinococcus. Mais les expériences qu’on avait faites avec les Echinocoques de l’homme, n’avaient donné aucun résultat positif.
M. Küc h enm ei s t er *) a annoncé qu’en 1853 il a fait deux fois sans succès (sans doute sur des chiens) des expériences avec des Echinocoques provenant d’un homme vivant, et que M. Zenker en a fait une semblable sans être plus heureux.
MM. Ercolani et Vella5-) ont également donné à quelques chiens des Echinocoques d’un homme, mais sans réussir à les transformer en Ténias.
M. Levison53) fit avaler à 2 chiens et à un chat des Echinocoques d’un homme, mais, lorsqu’il les tua un ou deux mois après, il n’obtint qu’un résultat négatif.
Le peu de succès de ces tentatives peut tenir, soit au choix peu convenable qu’on a fait des animaux qui ont servi aux expériences, soit à d’autres circonstances défavorables. De telles expériences ne réussissent pas toujours , même lorsqu’on opère sur les animaux qui s’y prêtent le mieux, et ce n’est pas très souvent qu’on a l’occasion de se procurer des Echinocoques vivants provenant de l’homme. Tout en admettant deux espèces d’Echinocoques, M. Küchenmeister supposait pourtant que le chien (il nommait en outre l’homme et le chat) devait être un des animaux qui logeaient le Ténia correspondant à l’Echinocoque de l’homme (son E. altricipariens ), et, après que M. Leuckart eut montré combien était peu fondée la distinction faite entre les E. scolicipariens et altricipariens , il n’y avait plus de raison de douter que les Echinocoques de l’homme n’appartinssent aussi au T. Echinococcus. Mais, vu l’importance de la question, ce fait avait besoin d’être confirmé par l'expérience, et tel est aussi le but principal que, d’accord avec M. le professeur Leuckart — dont les bons conseils, en cette occasion, m’ont été fort utiles — j’assignai à mes recherches en Islande, où il était à supposer que cette vérification pourrait se faire facilement. Toutefois, comme la maladie qui nous occupe, quelque répandue qu’elle soit dans ce pays, n’y est cependant pas aussi générale qu’on avait cru, les occasions de s’y procurer les matériaux convenables pour les expériences diminuent dans la même proportion, et il y a en outre d’autres circonstances qui viennent compliquer ces essais, et en rendent la réussite assez difficile. Le T. Echinococcus est si commun chez les chiens islandais qu’il faut bien prendre garde que ceux qui servent aux expériences ne renferment pas déjà ce Ténia; par suite, on ne peut employer des chiens âgés, et il est indispensable qu’on opère sur de tout jeunes sujets , en les surveillant avec le plus grand soin pour les empêcher de dévorer des Echinocoques provenant du bétail abattu, comme l’occasion
*) Ouvr. cit. n° 9. j>. 153.
52) Memorie delta società delle scienze biologiche in Torino. Tornata del 3 Giugno. 1855.
53) Disqyisitiones nonnullae de Echinococcis adjecta historia morbi. Diss. inaug. Gryphiae 18G2-
s’en offre si souvent, surtout au mois d’Octobre, pendant la saison de l’abattage. M. Finsen s’est parfaitement rendu compte de ces inconvénients, et, dans les expériences rapportées plus bas, que nous avons en grande partie entreprises ensemble, il a, autant que possible, tâché de les prévenir. Ce qui prouve jusqu’à un certain point qu’il y a réussi, c’est que chez aucun des chiens qui nous ont servi, je n’ai rencontré le T. marginata ou le T. Coenurus, parasites si communs en Islande chez ces animaux, et dont la présence ne m’aurait pas permis de compter sur mes résultats. Voici les expériences que j’ai pu entreprendre ou du moins contrôler en Islande, de même qu’une autre que j’ai faite à Copenhague.
1) Dans l’automne de 1862, M. Finsen m’envoya d’Ofjord un verre contenant des Ténias, trouvés par lui dans un jeune chien auquel il avait, quelques mois auparavant, fait avaler des Echinocoques provenant d’un malade qu’il avait opéré par la méthode deRécamier. Je reconnus que ces vers étaient des T. cucumerina, mais le même verre renfermait en outre un article mûr de T. Eclnnococcus. Comme M. Finsen ne connaissait pas alors ce petit Ténia, il n’y a probablement pas fait attention; mais il n’est guère douteux que l’article en question ne soit provenu du même chien, car, à cette époque, il n’en avait examiné aucun autre qui eût pu le fournir.
2) Le 26 Février 1863, mourut à l’hôpital de la commune une femme de 37 ans, qui, depuis un an, était atteinte d’une tuméfaction considérable du ventre. L’autopsie, dont la relation, ainsi que l’histoire de la maladie, a été publiée par M. St.orch54), second médecin à l’hôpital, fut faite le lendemain. On trouva dans le foie et la rate un grand nombre d’hydatides à Echinocoques de fraîche apparence, avec ou sans hydatides secondaires, et dont plusieurs renfermaient des têtes de Ténia. On en donna à manger le 28 Février à un chat et à un chien de 3 — 4 ans, et le 1er Mars, à un autre chien du même âge. Ces animaux furent placés à l'hôpital des chiens de l’Ecole vétérinaire. Le premier chien ayant été tué le 29 Mars, j’y trouvai 10 T. cucumerina. Le chat, que j’ai examiné le 11 Avril, avait dans l’intestin 10 T. elliptica et 2 Ascaris Mystax, et le second chien, qui fut abattu le 24 Avril, ne renfermait pas de vers intestinaux.
3) Le 2 Juillet de la même année, M. Hjaltelin opéra par la ponction, à Reykjavik, un homme de 26 ans, qui, depuis 13—14 ans, avait à l’hypochoudre droit une tumeur causée par les Echinocoques. Il s’en écoula 2J/4 litres de liquide, et les dernières portions renfermaient des têtes d’Echinocoques réunies en groupes, dont quelques unes adhéraient encore à la membrane germinale; en les examinant au microscope, j'ai observé des mouvements distincts quoique faibles. Une heure après l’opération, je ûs avaler dans du lait tiède la moitié de ces Echinocoques à un chien âgé de 10 jours, le seul dont je pusse alors disposer, et, dans l’après-midi du même jour, je donnai le reste à un chat de
54j Hospitalstidende. 6 Mai 1863.
2 ans. Le chien fut tué au bout de 17 jours, mais, en examinant avec soin au microscope le contenu de l’intestin, je n'y découvris aucun ver. Le chat, qui fut abattu le
17 Septembre, ne renfermait que 3 A. Mystax.
4) Le 8 Août, j’examinai à 0fjord deux chiens âgés de peu plus d’un an. M. Finsen
les avait tenus renfermés depuis qu’ils tétaient afin de pouvoir s’en servir pour des expériences. Depuis le mois d’ Avril, on les avait laissés se promener en liberté, mais sans jamais leur permettre de s’éloigner de la maison, et en les soumettant à une telle surveillance, que M. Finsen était certain qu'ils n’avaient pu manger des Echinocoques d’animaux domestiques. Le 2 Avril, il leur avait donné des Echinocoques retirés de
l’abdomen d’un homme de 66 ans, qui avait été opéré par la méthode de Récamier d’une tumeur qu’il avait portée pendant 30 ans. Ces hydatides, qui avaient bonne apparence , mais n’avaient pas été examinées au microscope, formaient une masse d’environ 14 litres. On en donna à chacun des chiens 2 cuillerées, soit avec du lait, soit à l’aide d’une pincette. Le 1er Mai, on leur fit encore avaler des fragments d’une
hydatide à Echinocoques, recueillie dans le bas -ventre d’une femme de 34 ans, qui avait gardé cette tumeur pendant 12 ans, et avait été opérée de la même manière. Lorsque les chiens furent examinés, 4 mois après la première ingestion, 3 mois après la seconde, l’un d’eux ne renfermait poini de vers intestinaux, tandis que je trouvai dans
l’autre 4 T. Canis Lagopodis et un assez grand nombre de T. Echinococcus. Ces derniers
étaient longs de 6 — 7mm, et avaient tous la base des crochets très développée; les grands crochets (fig. 40—41) mesuraient 0,083— 0,039mm, et les petits (fig. 42 — 43), 0,021— 0,O29mm. Quelques uns de ces vers avaient 3 articles, et, dans ce cas, le dernier article ne renfermait point d’œufs distincts, ou ceux qui s’y trouvaient n’étaient pas arrivés à maturité: d’autres en avaient 4, dont le dernier avec des œufs à enveloppe solide. Le 10 et le 11 Août, j’en donnai à manger à un agneau, et lorsqu’il fut tué le 23 Novembre, je recueillis çà et là dans le foie et le poumon de petites hydatides grosses comme une tète
d’épingle.
5) Le 12 du même mois, j’examinai à Ofjord un chien âgé d’environ 2 mois, et que
M. Finsen avait tenu tout le temps renfermé. Vers la mi Juillet, il lui avait fait manger à 4 reprises, avec des intervalles de quelques jours, des fragments d’hydatides nouvellement extraites d’un kyste hépatique dont il avait opéré une femme de 45 ans qui en avait souffert
pendant 5 ans. On avait conservé une partie de ces hydatides, mais je ne pus y découvrir
aucune tête d’Echinocoque, et ne trouvai dans l’intestin du chien qu’un Ascaris marginata.
6) Le 21 Septembre, à Ofjord , M. Finsen fit avaler à deux jeunes chiens qu’il
avait tenus renfermés depuis le 15 Août, et qui étaient âgés, l’un de 3—4 mois, et l’autre
de 6 mois environ, deux cuillerées d’hydatides , en partie entières, en partie rompues, et dans lesquelles il s’était assuré avec le microscope qu’il y avait des têtes d’Echinocoques.
Ces hydatides, qui renfermaient des vésicules secondaires, provenaient d'une tumeur située dans la région inguinale d’une fdle de 32 ans, tumeur qui datait de 14 ans, et qu’il avait opérée par la méthode de Récamier. Du 22 au 24 Septembre, on administra chaque jour aux deux chiens 3 cuillerées des mêmes hydatides, chaque fois avec des têtes. Le 27, ils furent embarqués à bord d’un navire, et envoyés à Copenhague, où ils arrivèrent le 25 Octobre, et furent placés dans l’hôpital des chiens, à l’Ecole vétérinaire. Le 29 Octobre, c’est-à-dire 35 — 38 jours après l’expérience, je fis abattre le plus jeune, et y trouvai, outre 400 exemplaires environ du T. Canis Lagopodis , 4 petits T. Echinococcus , longs de 3,5— 4mm, cachés dans les villosités de l’intestin. Ils n’étaient munis, outre la tête, que de deux articles distincts, dans lesquels je n’ai pu découvrir des œufs. Les crochets (fig. 28 — 35), dont les grands mesuraient seulement 0,023 — 0,025mm, et les petits, 0,015 — 0,oi9n’m, se rapprochaient beaucoup, tant par la forme que par les dimensions, de ceux qu’on observe à l’état cystique. La base n’en était pas aussi développée que chez les vers de la même espèce, âgés de 6 — 7 semaines, comme on pourra s’en assurer en les comparant avec les fig. 36—39, qui ont été dessinées d’après une préparation du T. Echinococcus que M. le professeur Leuckart a eu l’obligeance de mettre à ma disposition. Il avait obtenu ces vers en donnant à un chien des Echinocoques du bétail; les grands crochets en mesurent 0,030 — 0,03lmra , et les petits, 0,020— 0,O23ram. Quant au second chien, il fut examiné le 22 Novembre, mais ne renfermait pas de vers intestinaux.
Pour que de pareilles expériences puissent présenter quelques chances de réussite, il est indispensable que les hydatides dont on se sert renferment des têtes vivantes, puisque ce sont seulement ces dernières qui peuvent se transformer en Ténias. L’expérience n° 2 n’a sans doute été suivie d’un résultat négatif que parceque cette condition n’était pas remplie, les Echinocoques provenant d’un cadavre, et n’ayant pu être administrés aux chiens que 2 — 3 jours après la mort du malade. Quant à la 5me, les hydatides n’ont probablement pas contenu de têtes, et c’est pour ce motif quelle n’a pas réussi. Les expériences n° 1 et 4 n’ont malheureusement pas été précédées d’un examen des hydatides ; mais il est cependant à présumer que celles-ci ont renfermé des têtes, puisque, ainsi qu’il fallait s’y attendre d’après le temps écoulé depuis l’ingestion , on a trouvé chez les chiens des T. Echinococcus avec des œufs mûrs; il y a donc tout lieu de croire qne ces Ténias proviennent réellement de cette ingestion. L’expérience n° 4 serait certainement décisive si elle avait été faite partout ailleurs qu’en Islande; mais les chiens y contractent si facilement le T. Echinococcus , qu’on ne peut en adopter le résultat qu’avec réserve. Relativement au n° 3 , les Echinocoques dont on s’est servi ne laissaient rien à désirer bien qu’il n’y en eût pas en abondance; mais il n’était pas facile de les faire avaler au chien, qui tétait encore, et peut-être était-il trop jeune pour que son intestin se prêtât au développement de notre Ténia. La 6n,e expérience enfin a été faite avec toutes les précautions
nécessaires, et doit être regardée comme décisive. A la vérité, je n’ai trouvé des T. Echinococcus que chez l’un des chiens, et seulement en très petit nombre, mais, l’état de leur développement répondait très exactement au temps écoulé depuis le commencement de l’expérience.
M. Naunyn55) a fait à Berlin une expérience semblable, qui a eu exactement le même résultat que la précédente. Le 17 Février 1863, il donna à 2 chiens le contenu d’une hvdatide du foie, qui renfermait des têtes, et provenait d’une femme qu’on avait opérée par la ponction. L’un des chiens, qui fut tué 28 jours après, ne logeait pas de vers intestinaux; mais, dans le second, il trouva le 35me jour des T. Echinococcus , longs de 3 — 5mm, et dont le dernier article contenait des œufs à enveloppe encore membraneuse. M. Naunyn n’avait pas cru devoir retarder plus longtemps l’examen des chiens, craignant, comme l’avait supposé M. v. Siebold, que le T. Echinococcus ne quittât l’intestin au bout de 6 à 7 semaines. M. v. Siebold n’avait en effet pas trouvé de Ténias chez un chien qui fut abattu 53 jours après avoir mangé des Echinocoques , tandis qu’il en avait souvent rencontré chez des chiens tués à un moins grand intervalle, et il en avait conclu que ce Ténia ne devait pas dépasser l’âge de 2 mois. Il y a cependant lieu de croire qu’il peut vivre bien plus longtemps, car il est probable que l’article moyen, qui est pourvu d’organes génitaux plus jeunes , produit aussi des œufs après que l’article postérieur s’est détaché, et que, de même que chez d’autres espèces, il se fait chez ce Ténia une régénération continuelle d’articles, à mesure que ceux qui sont arrivés à maturité se détachent. Comme on devait s’y attendre, les figures que M. Naunyn a données des crochets sont conformes à celles qui sont relatives à ma 6me expérience, puisque, dans les deux cas, les chiens ont été examinés après le même intervalle; mais il est évident qu’ils n’ont pas encore acquis tout leur développement. Même les crochets que M. Leuckart a dessinés comme tels, n’ont pas leur base développée comme elle pourrait l’être.
On peut donc regarder maintenant comme suffisamment établi que les Echinocoques de l’homme, de même que ceux des animaux, se transforment en Taenia Echinococcus chez le chien, d’où résulte cette conséquence que les uns et les autres tirent leur origine des œufs de ce Ténia. M. Leuckart a réussi à obtenir des Echinocoques chez les porcs en leur donnant des œufs du T. Echinococcus , et il serait intéressant de répéter la même expérience avec des œufs de Ténias provenant de chiens auxquels on aurait fait manger des Echinocoques de l’homme. 11 faudrait naturellement pour cela prendre des Ténias à œufs complètement mûrs; mais cette expérience présente en Islande des difficultés bien plus grandes qu’avec les chiens, car les Echinocoques y sont si communs chez le gros
5S) R eichert s und Du Bois-Reymond s Archiv für Anatomie, Physiologie u. wissensch. Medicin. 1863. p. 412.
bétail, le mouton et le cochon, qu’il est presque impossible d’empêcher que ces animaux ne soient infectés par les œufs des Ténias des chiens, tandis qu’en tenant ces derniers renfermés, on peut éviter qu’ils ne mangent des hydatides. Par conséquent, on ne doit pas considérer comme décisive l’expérience mentionnée au n° 4, qui a été faite sur un agneau. Mais il y a encore d’autres circonstances qui confirment l’opinion que les Echinocoques de l’homme et des animaux appartiennent à une même espèce dérivant du T. Ecliinococcus du chien. Quant à la supposition que le Ténia correspondant à l’Echinocoque de l’homme se trouverait chez le chat, je n’ai pas eu l’occasion de la vérifier, et jusqu’ici, on ne l’a non plus rencontré dans l’intestin de l’homme.
De même que M. Leuckart, je n’ai pu découvrir, ni en Danemark ni en Islande, la moindre différence, soit entre les crochets des Echinocoques de l’homme et des animaux domestiques, soit entre les Ténias correspondants. La forme des crochets et surtout de la base est, il est vrai, très variable chez le T. Ecliinococcus , tant à l’état cystique que cestoïde (fig. 14 — 55); mais c’est ce qu’on observe également dans une couronne de crochets isolée, bien que, chez ce Ténia cystique comme chez d’autres espèces, les crochets d’un même individu aient tous un certain cachet spécial qui leur est commun. Les ramifications de la matrice dans les articles présentent chez chaque exemplaire des T. marginata , Coenurus et serrata une particularité analogue.
La grande fréquence des Echinocoques chez les Islandais est en corrélation avec l’apparition encore plus générale de ces vers vésiculaires chez les ruminants, ainsi que du T. Ecliinococcus chez les chiens, et c’est naturellement par suite des mêmes causes qu’on rencontre si souvent en Islande le Cysticercus tenuicollis et le Coenurus cereiralis , deux vers qui habitent les ruminants et proviennent également du chien. Il n’est pas sans intérêt de comparer la fréquence de ces 3 Ténias cystiques chez les chiens islandais, et chez ceux de Copenhague et des environs. Comme les 100 chiens que j’ai examinés en Islande avaient tous plus d’un an, je n’ai pris parmi les 500 chiens danois, que ceux qui étaient aussi âgés de plus d’un an, soit 817, parceque la fréquence de ces Ténias augmente avec l’àge des chiens.
Sur 317 chiens danois Sur 100 chiens islandais
j’ai trouvé le T. marginata chez 63 ou 20 p. C., chez 75
- Coenurus — 4-1 — — 18
- Ecliinococcus — 2 - 0,6 — — 28
On voit par ce tableau que les T. marginata , Coenurus et Ecliinococcus sont respectivement 4, 18 et 47 fois plus fréquents chez les chiens islandais que chez ceux de Copenhague, et quoiqu’on les rencontre plus souvent dans les campagnes qu’à Copenhague même, il est peu probable qu’ils y soient aussi répandus qu’en Islande. Ce n’est d’ailleurs
pas seulement le nombre des chiens infectés, mais aussi celui des Ténias qu’on trouve
dans chacun d’eux, qui est plus considérable en Islande.
Les maladies que l' Echinococcus et le Coenurus produisent chez le bétail en Islande, ont été mentionnées par plusieurs auteurs anciens, sans qu’on sût pourtant à cette époque que les liydatides fussent des êtres vivants.
Olafsen et Povelsen*) parlent des Echinocoques de la manière suivante: «Les affections du foie et des poumons sont très communes parmi les bêtes à cornes et les moutons, lorsqu’ils commencent à vieillir. Les Islandais disent des animaux malades qu’ils sont Sollid, c’est-à-dire qu’ils ont dans les poumons ou le foie des pierres ou des vomicas , dans la langue du pays, Sullir .» (Les Islandais donnent encore aujourd’hui le nom de sullaveihi à la maladie des hydatides chez l’homme). Relativement au tournis (Haufud-Sott), les mêmes auteurs s’expriment ainsi: «Les bêtes à cornes y sont aussi sujettes, mais il est encore plus répandu parmi les moutons', qui en sont surtout attaqués en hiver ou au commencement du printemps, à l'àge de un ou deux ans.»
Lorsque Magnus St ephens e n5fi) , à propos de la maladie des poumons chez le
bétail, dit «quelle attaque un grand nombre de bêtes, qui, pour cette raison, sont abattues
à l’àge de 8 — 14 ans, quelquefois même beaucoup plus tôt, et qu’on en trouve le foie et les poumons tuméfiés et remplis d’abcès», on ne peut douter qu’il ne s’agisse d’Echinocoques. Au sujet du tournis, il fait remarquer que «ce mal sévit souvent parmi les troupeaux, et cause aux propriétaires une perte de 10 moutons par an». Il le mentionne aussi en traitant des maladies du gros bétail: «le tournis», dit-il, «attaque non seulement les moutons, mais aussi, quoique rarement, les bœufs, dont il amène la mort.»
En traitant de l’étiologie des hydatides chez les Islandais, M. Schleisner parle aussi de l’hydatide des moutons ; mais, d’après la description qu’il en donne, on voit clairement qu’il n’a eu en vue que le Cysticercus tenuicollis.
Dans son rapport médical pour l’année 1858, M. Fin s en fait remarquer que les hydatides sont bien moins fréquentes chez l’homme que chez les moutons et le gros bétail, notamment les brebis et les vaches laitières, où il est rare qu’on ne les trouve pas.
Fendant mon séjour en Islande, j’ai presque journellement eu l’occasion de constater la grande fréquence des vers vésiculaires chez les ruminants.
Le Cysticercus tenuicollis y est très commun dans l’épiploon des moutons ; ordinairement, il n’y en a qu’un petit nombre, mais on m’apporta une fois, comme une rareté il est vrai, un épiploon qui en renfermait 50 exemplaires.
J’ai souvent observé le tournis chez les moutons. Le Coenurus avait une fois
*) Ouvr. cit. n° 47. Tome 1, p. 415 — 17 (Edition danoise p. 209 — 10).
5B) Veterinair-Selslcabets Slcrifter. 1 Deel. Kj0be.r1h.avn 1808. p. 245, 206 et 251.
déterminé un amincissement et une perforation du crâne, accident qui est bien connu des Islandais; en pareil cas, ils pratiquent une ponction à l’endroit ramolli, afin de faire écouler le liquide, et de prolonger la vie de l’animal jusqu’à la saison de l’çibattage, époque où il a la plus grande valeur. Un autre mouton avait perdu une de ses cornes, la base en ayant été ébranlée par la pression du Cénure. En général, le tournis ne fait que peu de victimes, mais il peut quelquefois aussi exercer d’assez grands ravages; le propriétaire de Reykjahlid, dans le district de Thingo, avait ainsi perdu l’année précédente 10 p. C. de son troupeau, composé de 2—300 moutons, et la perte subie par le prévôt de Reykholt, dans le district de Borgarfjord, s’est élevée une fois jusqu’à 25—30 p. C. Le gros bétail en est aussi attaqué, mais rarement. Quoique erronée, c’est une opinion généralement répandue en Islande que le tournis est héréditaire; M. Thorarensen, médecin dans le Sud de l’Islande, partageait même cette conviction à l’égard des Echinocoques de l’homme; mais, lorsqu’on étudie plus attentivement cette maladie, il est facile de voir que ce n’est pas possible.
Les poumons et le foie des moutons âgés et des bœufs renfermaient très souvent des hydatides à Echinocoques, et j’en ai aussi trouvé une fois chez un porc qui fut abattu à 0fjord. Les différences de forme et de grandeur que présentent ces hydatides chez l’homme et le bétail, doivent sans doute provenir, en partie de la diversité du milieu qui fournit les matériaux nécessaires à leur développement dans les différents animaux qu’ils habitent, en partie du plus ou moins de résistance que leur opposent les tissus qui les entourent. Chez les animaux, on les trouve ordinairement en nombre bien plus considérable que chez l’homme, disséminées dans le parenchyme du foie et des poumons, mais elles n’y deviennent pas aussi grandes, ne produisent que rarement des hydatides secondaires, et leur vie est plus courte à cause de leur plus grande tendance à se resserrer, et à subir la transformation athéromateuse et crétacée. Tel est surtout le cas chez le bœuf, et cela tient sans doute à ce que les produits morbides en général ont, chez ce ruminant, une disposition plus grande à se solidifier. Dans le foie du mouton, j’ai fréquemment rencontré des hydatides de forme très irrégulière, et, pour ainsi dire, ramifiées dans la parenchyme, tandis que dans les poumons, elles étaient ordinairement arrondies, probablement parceque, grâce à leur structure molle et flexible, ces organes opposent en tous sens moins d’obstacles au développement de ces parasites. On observe des différences analogues chez d’autres vers vésiculaires ; c’est ainsi que le Cysticercus cellulosae , lorsqu’il se développe dans le cerveau de l’homme, présente souvent une forme irrégulière avec des étranglements, tandis que dans les muscles il est régulièrement oblong.
Il n’est pas douteux que la fréquence des Echinocoques chez les Islandais ne soit en relation très étroite avec l’apparition encore bien plus fréquente de ce parasite comme ver vésiculaire chez le bétail, et comme Ténia chez le chien. Les œufs du T. Ecliinococcus du chien doivent, en Islande comme ailleurs, être regardés comme les germes des Echino-
coques de l’homme et des animaux domestiques phytophages. D’un autre côté, il faut admettre que c’est principalement des hydatides du bétail que ces Ténias des chiens tirent leur origine, ces derniers n’ayant que très rarement l’occasion d’avaler des Echinocoques de l’homme.
Parmi les causes qui exposent les habitants de l’Islande à être infectés par les Echinocoques, l’une des plus actives est sans contredit le nombre considérable, relativement à la population, de chiens et de ruminants qui se trouvent dans cette île.
Le chien islandais forme une race bien caractérisée, mais une seulement; car la distinction qu’on a souvent faite entre les fjdr-hundar, les dÿr-hundar et les dverg-hundar , comme constituant des variétés différentes, ne peut plus être admise aujourd’hui. Cette race est ordinairement assez pure, sauf à Reykjavik, à Ofjord et dans les autres places de commerce, où elle est un peu mêlée par suite de l’importation des chiens étrangers. Le chien islandais est de taille moyenne ou au-dessous; il a le museau effilé , les oreilles droites, la queue touffue et recourbée vers le haut. Quant à la robe, une des plus communes — avec laquelle il est ordinairement représenté, par exemple dans le voyage de Gaimard57) — est celle-ci: dos noir, poitrine, ventre, pattes, dessous et pointe de la queue blancs, et collier de la même couleur; un tel chien est nommé par les Islandais strutôttur , c’est-à-dire avec un collier. Mais on en rencontre aussi de tout-à-fait noirs, bruns ou blancs, ou à grandes taches irrégulières. Leur régime étant très frugal, ils sont en général assez maigres, mais fortement bâtis. Vis-à-vis de l’honnne, ils se montrent plutôt timides que farouches; ils ont une disposition naturelle à courir après le bétail, ce qui les rend très précieux pour les Islandais. On ne s’en sert pas pour garder la maison, car la propriété est si sûre en Islande que ce serait inutile; aussi les chiens d’attache sont-ils inconnus dans le pays. On ne les emploie non plus à surveiller les moutons, qui paissent en toute liberté, mais à les rassembler lorsqu’on veut les ramener à l’étable, et c’est ce qui a lieu tous les jours pour les brebis laitières, qu’on tient pour cette raison dans le voisinage des fermes, tandis que le reste du bétail est envoyé pendant l’été dans les montagnes, et ne rentre qu’à l’automne; les chiens sont alors d’une grande utilité pour faire descendre les moutons des lieux inaccessibles. Ils servent aussi à éloigner le bétail des champs qui entourent les habitations, et, en voyage, à rallier les chevaux. On comprend donc qu’ils soient indispensables aux Islandais, mais le nombre en est bien plus grand qu’il ne serait nécessaire. J’ai pris à ce sujet beaucoup d’informations, et constaté que chaque habitation compte ordinairement de 2 à 5 chiens, quelquefois même davantage; un pasteur des districts de l’Est m’a ainsi raconté qu’il y avait chez lui au moins 12 de ces animaux, dont la plupart avaient été amenés par des gens qui fréquentaient son église. On peut certainement évaluer en
57) Voyage en Islande et en Groenland. Paris 1838 — 43.
moyenne le nombre des chiens en Islande à 1 par 3 — 5 habitants, soit en tout à 15—20,000 pour une population d’environ 70,000 âmes. A Reykjavik, où ils sont parfaitement inutiles, on les trouve en grande abondance. Ce qui prouve encore combien ils sont nombreux dans ce pays, c’est que, pendant les 5 mois de mon séjour, j’ai pu sans difficulté m’en procurer plus de 120, en les payant par tête 0,50 ou au plus 1 fr., sans compter qu’on me les abandonnait souvent pour rien en considération du but de mes recherches. De même que les autres animaux domestiques, les chiens sont aussi exposés en Islande à des
épizooties meurtrières qui en diminuent le nombre pour un temps. C’est ainsi qu’à la
suite d’une «peste des chiens» qui, en 1855 — 56, sévit surtout dans le Nord du pays, ils étaient devenus si rares, qu’on donnait une vache ou deux moutons en échange d’un chien. Avant cette époque, ils étaient, dit-on, encore plus nombreux que maintenant.
La détermination du nombre des chiens dans les autres pays ne peut guère se faire que là où ces animaux sont soumis à une taxe, et encore est-il très difficile de l’obtenir exactement, car, en réalité, il est ordinairement plus élevé que ne l’indiquent les sources officielles. Le plus souvent, cet impôt a été établi en vue de prévenir la rage, et l’expérience a montré que c’est un bon moyen pour diminuer le nombre des chiens. Le
chiffre en est variable dans les divers pays, et il en est de même des règlements concernant les chiens qui sont exempts de la taxe. Le tableau ci-contre présente les renseignements que j’ai pu recueillir à cet égard *).
Parmi les animaux domestiques, le mouton est sans contredit celui qui occupe "la première place dans l’existence des Islandais. Les moutons du pays sont de petite taille, à queue courte, et généralement munis de cornes. Jusque dans ces derniers temps, c’a été une opinion communément répandue qu’ils avaient très souvent 4 — 6 cornes, et il est possible que jadis ils aient présenté celte particularité plus fréquemment qu’aujourd’hui. Cependant, déjà en 1808, M. Stephens en**) a dit à ce sujet: «II est non seulement peu commun, mais même très rare de rencontrer en Islande des moutons avec 3 — 6 cornes. Quoique je connaisse une grande partie du pays , et que , pendant près de 20 ans , j’y aie tenu des bergeries, qui renfermaient souvent 400 moutons, je n’en ai jamais vu un seul avec 6 cornes, mais seulement quelques uns avec 4, et n’en ai jamais possédé moi-même. Il y en a tout autant de non cornus que de cornus, peut-être même davantage, et ces derniers n’ont ordinairement que 2 cornes; on n’en trouve que très peu avec 3 ou 4 , et ils sont regardés comme rares.» Malgré toutes mes recherches, je n’ai rencontré en Islande qu'un seul mouton à 4 cornes, et s’ils sont plus fréquents en ce pays qu’ailleurs, ils y
’) Pour plus de détails, voir Tidsskrift for Veterinairer , udgivet af Bendz og Bagge. 13 de Bd. p. 191—204.
"’) Ouvr. cit. n° 56. p. ICI.
Taxe.
Nombre des chiens.
Nombre des habitants.
Proportion des chiens aux
habitants.
Remarques.
France 5S)
1— 10 Frcs.
Bruxelles \
22 Nov. 1837,
La taxe est en Belgique de
règlement modifié
2 Frcs. pour les chiens
Arrondi de Bruxelles, de \
2 — 35 Frcs. (
le2Sept. 1842,
ordinaires, et de 5-55
Louvain et de Nivelles /
le 1 1 Sept. 1848
Frcs. pour les chiens
(la ville de Bruxelles 1
et le
de chasse et de luxe.
non comprise) . . . /
24 Août 1862.
Grande Bretagne
12 sh.
Canton de Thurgau . . .
2 FJ.
27 Janv. 1812
3 Fl.
13 Févr. 1811
Grand-duché de^Bade59) <