Taenia Echinococcus v. Siebold
Cette espèce a depuis longtemps été connue à l’état de ver vésiculaire.
Goeze range les vers cystiques parmi les vers cestoïdes, dont il forme un seul genre qu’il divise en Ténias viscéraux ou vésiculaires et en Ténias intestinaux, et place dans la première section le Taenia visceralis socialis granulosa **), ver qu’il a. trouvé dans le foie des moutons, et chez lequel il a observé des têtes munies d’un double rang de crochets.
Rudolphi18) se sert le premier du nom d 'Echinococcus pour désigner ce ver cystique, mais range dans le même genre le Goenurus.
Zeder19) suit en cela Rudolphi, mais emploie le nom de Polyceplialus. Il distingue le P. yranulosus des moutons du P. Echinococcus , qui, selon lui, doit se trouver chez l’homme, et, séparant les vers cestoïdes des vers cystiques, fait de ces derniers une famille à part.
Rudolphi***) sépara plus tard le Goenurus du genre Echinococcus. 11 y rangea les 3 espèces E. liominis , Simiae et veterinorum (chez le bœuf, le mouton et le cochon), mais fit observer qu'il lui était impossible d’en indiquer les caractères distinctifs, parceque la forme de leur corps était trop variable, et leur nature trop peu étudiée. Il attribua aux deux premières espèces une couronne de crochets simple et à la troisième un double rang de crochets.
Laennec20) avait fait remarquer qu’on trouvait souvent des hydatides semblables qui ne contenaient pas de têtes, et en fit un genre à part auquel il donna le nom d’Aceplialocystis. Rudolphi, n’admettant pas que les Acéphalocystes fussent des êtres vivants, n’adopta pas ce genre dans son système, de sorte qu’on resta longtemps dans l'incertitude sur la vraie nature de ces hydatides. Fr. Leuckart-1) les prit pour des Infusoires agrandis se rapprochant du genre Volvox , tandis que d’autres auteurs les regardèrent comme des produits morbides. Dans ces derniers temps, on s’est assuré que ce sont simplement des
*) Ouvr. cit. n° 10. Tab. 1.
”) Ouvr. cit. n° 2. p. 258.
ls) Wiedemanns Archiv fiir Zoologie und Zootomie. Bd. 2. St. 1. 1801. p. 52.
t9) Anleitung zur Naturgeschiclite der Eingeweidewürmer. Bamberg 1803.
"") Ouvr. cit. n° 4. Vol. II. P. II. p. 247 — 253.
20) Mémoire sur les vers vésiculaires. 1804.
21) Versuch einer naturgemassen Æntheilung der Helminthen. Heidelb. u. Lei/pz. 1827. p. 14.
hydatides-Echinocoques dans lesquelles il ne s’est pas développé de têtes, mais qui , d’ailleurs, présentent tout-à-fait la même structure que ces dernières.
Fr. Leuckart*) ne reconnaît qu'une seule espèce d 'Eclnnococcus (qu’il appelle E. Infusorium), et cette opinion a prévalu pendant longtemps.
Livois22) fait remarquer que les Echinocoques , tant chez l’homme que chez les animaux, sont munis de deux rangs de crochets.
Dujardin**) conserve le nom de E. veterinorum pour la seule espèce admise
par lui.
M. Diesing***) l’appelle E. polymorphus. On l’aurait, suivant lui, trouvé chez l’homme, chez plusieurs espèces de singes et de ruminants (le mouton, la chèvre, le bœuf, le chameau, le dromadaire et la girafe) et chez le cochon. M. Huxley23) l’a observé chez un zèbre. Selon M. Macgregor24) , on l’aurait aussi rencontré dans le foie du cheval; mais la remarque faite ensuite, que ces hydatides ne sont pas rares dans les viscères du cheval et du bétail, fait naître des doutes sur cette assertion, car autrement on devrait certainement en connaître plusieurs exemples dans les écoles vétérinaires. M. Spencer Cobbold25) le cite de même comme se trouvant chez le cheval, l’âne et diverses espèces de chats, ce qui ne peut toutefois être accepté qu’avec réserve.
M. v. Siebold26) découvrit en 1852 que les Echinocoques des animaux domestiques phytophages se transforment dans l'intestin du chien en un petit Ténia dont il indiqua les caractères, et auquel il donna le nom de Taenia Eclnnococcus. Il admit que les œufs de ce Ténia donnaient naissance aux Echinocoques de l'homme et des animaux, qu’il considérait comme ne formant qu'une seule espèce. Cette découverte ramena l’attention sur quelques petits Ténias qu’on avait déjà signalés auparavant, et qui furent alors rangés avec plus ou moins de certitude sous le T. Eclnnococcus. C’est ainsi que Rudolphif) avait trouvé dans la partie antérieure du canal intestinal d’un chien de petits vers cestoïdes qu’il prit pour des têtes de T. cateniformis [T. cucumerina) en train de se développer par génération spontanée des villosités de l’intestin. M. Rôll27) avait également, en 1851, découvert dans un couple de chiens un grand nombre de petits Ténias qu’il considéra comme de
*) Ouvr. cit. n° 21. p. 15.
22) Recherches sur les Echinocoques chez l'homme et chez les animaux. Paris 18 43.
") Ouvr. cit- n° 5. p. 636.
■") Ouvr. cit. n° 6. p. 482.
23| Proceedings of the zoological society of London. 1852. p. 110.
2i) Edinburgh veterinary review. n° 8. August 1862. p. 503.
25| Iintozoa. London 1864. p. 261.
26) Zeitschrift fur wissenschaftliche Zoologie. Bd. IV. 1853. p. 409. f) Ouvr. cit. n° 4. Vol. I. p. 411.
27 ) Verhandlungen der physicalisch-medicinischen Gesellschaft in Würzburg. Bd. 111. 1852. p. 55.
jeunes T. serrata, mais, à en juger par ses dessins, à la vérité assez incomplets, c’étaient bien certainement des T. Echinococcus. M. van Beneden*) les trouva en 1852 chez un chien, et, sans connaître encore les travaux de M. v. Siebold, supposa qu'ils devaient provenir d’Echinocoques à l’état cystique que l’animal avait mangés. Il en donna un dessin, et les décrivit sous le nom de T. nana , nom que, d’après Bilharz et v. Siebold, on emploie aujourd’hui pour désigner une autre espèce de Ténia.
Après que les recherches de M. v. Siebold et de M. Küchen meis t e r eurent fait connaître les relations qui lient les vers cystiques aux vers cestoïdes, les premiers durent cesser de former une famille ou un ordre indépendant, et il fallut, comme l’avait déjà fait Goeze, les ranger sous les Cestoïdes, mais en les considérant comme une génération intermédiaire dans le développement de ces derniers.
On en était arrivé successivement à réunir sous une seule espèce les 3 Echinocoques de Rudolphi et les Acéphaloeystes de Laennee, mais la découverte du T. Echinococcus donna lieu à une nouvelle division en 2 espèces. En effet, M. I( ü chen meis te r ayant réussi, à peu près en même temps que M. v. Siebold, à transformer les Echinocoques des animaux domestiques en Ténias chez le chien, il considéra l’Echinoeoque ordinaire de l’homme comme une espèce à part**), et donna à la première, la seule qui, selon lui, appartînt au T. Echinococcus , le nom de E. scolicipariens ; dans ses idées, elle répondait à l 'E. veterinorum , mais, outre les animaux phytophages, se rencontrait aussi parfois chez l’homme. Suivant lui, la vésicule produirait directement à sa surface interne des têtes de Ténias à couronnes de 28 — 36 crochets disposés sur deux rangs, et mesurant 0,025mm et 0,O2l6min, longueur qu’il porte à 0,034 et 0,021 — 0,028mm dans le Ténia développé. Chez le E. altricip arien s , répondant à VE. hominis , la vésicule, beaucoup plus grande, donnerait naissance à des générations de vésicules secondaires, et c’est dans celles-ci seulement qu’il se formerait des têtes à couronnes de 46 — 52 crochets, plus petits que les précédents, et ne dépassant pas 0,021 et 0,oi8mm. Cette espèce se trouverait non seulement chez l’homme, mais aussi chez le bétail, et proviendrait des œufs d’un autre Ténia encore inconnu qu’il supposait devoir exister chez l’homme, le chien et le chat. Toutefois les caractères des crochets dans ces deux espèces n’ont pas été distingués bien clairement par M. Iiüchenmeister. D’après l’explication de sa pl. IV, les tig. 2 — 8 représentent les crochets du Taenia Echinococcus scolicipariens , la tig. 10, ceux de Y Echinococcus altricipariens , la fi g. VIII, ceux du Taenia Echinococcus scolicipariens , et (ce qui est inexact) du même ver à l’état cystique, et la fig. IX, ceux de Y Echinococcus altricipariens à l’état cystique et (avec un point d’interrogation) comme ver cestoïde. On voit donc que, bien que la différence des
*) Ouvr. eit. n° 13. p. 158 et pl. XXI.
") Ouvr. cit. n° 9.
crochets chez le ver cystique et le Ténia développé n’ait pas échappé à son attention , il a pourtant, comme le montrent les flg. VIII et IX, donné à son E. altricipariens les crochets du ver vésiculaire, et à I E. scolicipariens ceux du ver cestoïde développé.
M. II. Leuckart admit d’abord*) la division de M. Küchen m eis ter, mais, en 1862**), il fit remarquer, ce qui avait échappé à ce dernier, que les crochets du T. Ecliinococcus subissent une transformation pendant son développement de l’état cyslique à l’état cestoïde, car la base, en s’accroissant, prend une forme toute différente, et le crochet entier devient plus grand. A l’état cystique, les 2 espèces établies par M. Küchen m eis ter n’offrent, selon lui, aucune différence relativement aux çrocbels, dont le nombre, du reste, est très variable chez ce Ténia; aussi les réunit-il de nouveau en une seule espèce, celle du T. Echinococcus.
Je n’ai trouvé ce Ténia que chez 2 chiens, en Janvier 1862. L’un d’eux, un chien du village de Valby, d’assez petite taille, et âgé de 11 ans, en renfermait une soixantaine, et l’autre, un grand chien de 6 à 8 ans du faubourg de Vesterbro, 20 à 30. Chez la plupart, l’article postérieur était rempli d’œufs où l’on pouvait distinguer très clairement des embryons à 6 crochets. Deux d’entre eux seulement conservaient encore quelques crochets — on sait en effet qu’ils sont très caducs chez cette espèce — dont la base était un peu plus grande et plus grossière que ne l’indiquent les dessins de M. Leuckart***), ce qui prouvait leur âge plus avancé.