‹ Recherches historico-monumentales concernant les sciences, les arts de l'antiquité: concernanChapitre 12 sur 90 · ASTRONOMIE · texte numérisé non relu

ASTRONOMIE

On attribue généralement aux Chaldéens la priorité pour leurs connaissances astronomiques et même pour l'antiquité de leur langue. La ChaK

fll6T01iI€P*VOI!fVilB9TAUS. !|3

dée, aitoé» Mitre rfiupbrate ^t; le galfe Peraique, ▼en le troisîèmf degré de latitude , présente de$ plaines immenses et sablonneuses où les voies s'efiaceot; et son olimat brûlant force k voyager de nait , ee qui rendait plus népesssiire Tobservatioi^ des étoiles. Aristote ' fait remputev à cent quinze ans après 1^ déluge les premières observa* tions astronomiques des Chaldé^ns. On nous a conservé le nom de leurs trois fameuses périodes ; le Sarasy le Néros. et le Sos^Sj dont la durée reste encore indéterminée» On leur fait honneur de la période luni-solaire , c'est«à-dipe de I9 période de dîx-neuf années, qui ramené les nouvelles et pleines lunes , aux mêmes jours^ heures et minute^ de Tannée soleîre. Us /connurent aussi k révolution exacte du soleil dans TédiptiqMe, ou la durée précise de l'année, qu'ils comptèrent de trois cent Mixantecinq jours fk environ six heuresb

Les astronomes chaldéens avaient des notions assex justes sur la grandeur de la terre; ils étaient parvenus à déterminer qu'un homme pourrait suivre le soleil autour de là terre et arriver en même temps que cet astre au point équinoxial * ;

" AaisT. de Coelo^ fol. ia3, Un. 18.

> Oiig» des lois, des arts et des se.» t. III , 1. 3, page 96. —* B^iLLTy Astron. ançieDDe, p. 146. — Cassiki, Mém. de Taead. des m:., aunée 170a, pag. a6.

'j/\ RFCHF.HCIIKS

c'est-à-dire que dans l'espace d'une aiuiée solaire, qu'ils savaient être de trois cent soixante-cin(j jours et quelques heures, un lionmae, s'il était capable de marcher et de soutenir son ]>as saiis interruption, pourrait faire le tour de la terre: en effet, un homme pouvant faire communément une lieue [)ar lieure , s'il marchait toujoui*s sans s'arrêter, il en feiait vingt-quatre par jour et huit nulle sept cent soixante en trois cent soixante-cinq jours. On sait que la circonférence fie Téquateur du globe terrestre est d'environ neuf mille lieues.

Au reste, la Chaldée a fourni la preniière dvnastie des Bab\ Ioniens, et Tliistoire confond, pour ainsi dire, les peuples contigus qui s'incorporèrent dans le glorieux royaume de Ikd^ylone.

Il était réservé à la plaine de Scnnaar, où se forma le premier établissement hunjain a])res le délue^e * , et où Rab^lone fut ensuite bâtie, di* devenir le l)ercean de rastronomi(\ Cette plaine était vaste, son horizon irnmens<', dans un climat superbe, sous le ciel le plus |)ur, (*t se prétait naturellement aux observations astronoïîiiques.

' Il n'fst |).'is invr.iiscmhLiblr que l«' ♦Iclii^r, dil inii\rrs(l, nit < te ncrasioïK; pai nue Icmtr cxliadidiii-ii» c dt -^ n«i^<'s «les inontiJi^iK's (.l'Arnu'nie , et proIonj^M^ p.ii le n'Ioulrintiil «le l.i nier an l;o1(V PersiqfU'. La saison liistoricuic «Ir la «atasiroplM appnit' crtft- i<)n)«Mtmr. \oi» l.i Nol<;;^> niafivc aux Ur bri n\ , pag. i ■».;

HISTQRICO-HONDMBNT AL£S. a D

Celles desr Babyloniens remontent certainement bien au-delà du règne de Nabonassar^dont* l'ère spéciale est consacrée par les chronologistes et compte de sept cent quarante^sept an^ ayant l'ère chrétienne.

OPUR DE PABEL.

La tour de Babel, qui fut élevée peu après le déluge y était une véritable construction en briques '. Ce grand ouvrage est aussi le premier exemple d'un point central de ralliement , d'un repère indicateur du lieu d'agglomération des hommes , comme le sont encore nos tours et nos clochers.

BABTLONK.

Diodore de Sicile dit positivement qu'au rapport de Clitarque et de quelques autres qui passèrent en Asie à la suite d'Alexandre^ on avait donné au circuit des murs de Babylone autant de stades qu'il y avait de jours dans l'année ^. Plusieurs historiens donnent à cette enceinte uh rapport déterminé avec la circonférence du globe ',

* Genèse, ch. xi, ]^ 3. — Orig. des lois, des art», etc. , t. ii, liv. % , pag. laQ.

* DiOD.'Sic, £ibl,hist,f lib. Uypag,6S. — Quinte-Curce dit aussi que renceinle murée de Babylone avait 32 pieds d'épaisseur, loo poudées de hauteur et 368 stades de pourtour. { liv. V , ch. I , n. 4. )

' HxEODOTE, Gtésias , DiODOEE, Plime, elc.

28 KFCllERCUKS

dans la mer Caspionne. C'est, dit ce grand naturaliste, c'est dans la Haute- Asie qne dut être la première souche et la tige des connaissances humaines.

Ainsi les connaissances astronomiques des Indiens, des Cliinois, des Perses, des Chaldéens , des Egyptiens et des (irecs,ne seraient que des brandies extrêmes de cette tige première. Buifon cite, à ce sujet, le passage suivant d'un habile observateur : «Les cultures, les arts, les bourgs « épars dans cette région sont les restes encon» (c vivants d'un empire ou d'iuje société (lorissante, « dont rhistoire ujéme est ensevelie avec ses cités, « ses temples, ses armes, ses monuments, dont « on déterre à chaque pas d'énormes débris : ces « peuplades sont les meujbres d'une énorme na- « tion, à laquelle il manque un(^ tète. »

(Pallas, Voyage dans la partie méridioîiale d<' la Russie et la partie septentrionale de l'Asie ,

On attribue généralement aux babyloniens la clepsydre, nonunée par des auteurs grecs Xhoroscope hydraulique. C'était un vase rcMiipli d'eau jusqu'aux l)ords, laquelle s'écoulait uniforménjent j)ar un orifice, à mesure que le mém(* vase se remplissait ])ar Técoidement d'un autre, llipparque et Ptolémé(» s'en servii'ent ])enilaut leurs observations astronomiques.

niSTORICOHONUMEIlTALES. 39

TRAYAUX HYDRAULIQUES.

Les Babyloniens nous ont laissé les souvenirs des plus grandes entreprises : Hérodote, Diodore» Strabon, Flav. Josèphe, Pline et Quinte-Curce ' font mention des travaux prodigieux qui furent exécutés aux environs de Babylone j sur les rives de TEuphraté. Les neiges des montagnes d'Arménie, fondant aux approches de l'été , déterminent des crues qui font sortir le fleuve dd son lit. Ces crues inondaient périodiquement la plaine de Babylone pendant les mois de juin , juillet et août. Afin d'y remédier, on ouvrit, au-dessus de cette ville fameuse , plusieurs canaux qui faisaient déboucher dans le Tigre les eaux débordées de l'Euphrate; et pour mieux contenir ce dernier fleuve dans son lit^ on construisit sur ses deux rives des digues très-élevées, revêtues en maçonnerie de briques. Outre ces canaux de dérivation, et autres dont l'ouverture fut déterminée par des circonstances politiques , on avait creusé un bassin ou réservoir immense, comme celui du lac Mceris en Egypte, pour recevoir une partie des cmes et les conserver , afin de les employer aux

» HiROD., Hist î. I, n. 186. — Id., n. 193.— Diod. Sic.,JBibL hut^ L ii..^St&ab., Géogr., 1. xvi, pag. loyS. — Idem, p. 1084. «•Flav. Joséphe, Aatiq. jud., 1. x, ch. it. — Pliite, Hist nat., I. v,secl. ai. — QuiH TE-CuRCE , 1. V, n. i.

3o REGHEECHÈS

irrigations nécessaires dans le temps de la séctie-' resse. Le canal émissaire était nommé Pallacopa. Son embouchure étant sujette à se combler par le lirooq , Alexandre en fit creuser iine autre éloi'» gnée de la première de trente stades , sur un terrain plus solide ; y fit bâtir une ville où il établit une colonie de Grecs. On exécuta postérieure* ment d'autres canaux, dont on voit encore de9 traces, notamment le long du Ut commun du Tigre et de l'Euphrate. Ce grand souverain fit ^ussi rétablir la navigation du Tigre jusqu'à Séleucie, et de l'Euphrate jusqu'à Babylone '.

Nabuchodonosor exécuta de plusgrandes choses, suivant Bérose et Flav. Josèphe '. C'est à lui qu'on attribue les digues de l'Euphrate , les canaux et le lac artificiel destinés à décharger le fleuve àp% eaux surabondantes, dans le temps de ses crues, les verser dans le Tigre , et garantir de leurs ravages la cité de Babylone ^. Le principal de ces canaux était celui nommé Nakar-Malcha (le fleuve royal), susceptible d^une grande navigation; il débouchait vis^à-vis de Ctésiphon ^, Ce

* Lalahdb y Canaux de Navig. , chap. xxii , pag. 546.

> Flat. Josinix , Antiquités jod. , liv. x, chap. il, j^. 8t.

^ Lal^hdx y Canaux de Navig,, chap. xXu, pag. S46.

4 D'AirviLLBy Recherdies sur les bouches de l'Euphrate el du Tigre. ( MénKm*cs de l'Acad. des Inscript , tom. XXX ^ pag. 186.)

HISTORlCO^MOiytJMlUrTALES. 3 1

canal fut abandonné, ou plutôt se combla. Il fut, dans la suite , rétabli par les empereurs romains Trajan et Sévère; ce dernier , dans son expédition de Perse, réussit à y faire passer ses vaisseaux , de TEuphrate au Tigre. Une opération à peu près semblable et dans le même but s'effectua sous l'empereur Julien '.

Le réservoir ou lac artificiel a été le sujet dea descriptions les plusr exagérées, par Hérodote, Diodofe et Strabon. Le lac de Babylone, <^ettBé de main d'homme, avait, dit-on, douase cents stades (environ cinquante lieues) de pourtour, et une profondeur de cent vingt pieds grecs (environ cent quatoree pieds de Franee); il était entièrement revêtu de maçonnerie. On pourrait citer bien d'autres sujets d'exagération concernant les* antiquités de Babylone, et généralement dans les descriptions que les anciens nous ont laissées des monuments de rA3le; par exemple :

Sam p^u^ier des jardins suspendus de Sémiramm ^ , et de la hauteur impossible des murailles

> LAi.Ân>K, 'Caotiix ée Navig., ch. xxit > pag. 54? . Clitatioii d'aptéft JUnsàu , Hiat. du Bas-Binpive.

* Cette exptiessîaa ne doit être catisidérée que cemew uae nélâpkore du "style orieulol. Il est prcèMiUe que ces jardins fonnaîent des terrasses soutenues par des murs; ou hien.

i'2 HF.CHJ JlCflKS

de Habylone ( deux cent quatre-vingt-quatre pieds de hauteur sur soixante-quatorze pieds d'épaisseur, dans un circuit d'environ douze lieues) *, ne diton pas du temple de Bel ^ , que Xerxès ayant fait démolir entièrement cet ouvrage, Alexandre entreprit de le reconstruire ; mais que quand il fallut en écarter les ruines et déblayer la place, dix mille ouvriers, employés pendant deux mois, ne purent y parvenir; et que le calcul des richesses contenues dans ce temple s'élevait à deux cent vrngt millions et demi de notre monnaie ^:^ Que penser encore des sept enceintes de muraillc^s

conimo dil Qnintt'-Clnrrc ; liv. \, rhap. i ), qu'ils i-taicnt supporU'S par des pilicis de maçonnorn^ vt dos platc-forFiu's de grosses j>iorres ( super pilas tdfjidc qiiadrato solum stratuin est ;.

* Hérodote Ilisl. , liv. i, cji. 178 ^ donne 200 coudées de haut, lesquelles, à raison de o mètre [^f)i s<udemcut, mesure ordinaire d'Hérodote , feraient [p. mètres /lO ( 28 « j)ieds Iranrais ). Strabon el Quintc-Curee sont, il est vrai, ninins exaj^érès pour le nomhie des coudées; mais ils entendaient peut-<''tre (l(^s c(>u<]ees bahvloniennes, dont la valeur est diflérente el supérieure.

' Le dieu oriental Bel o\\ Banl est pris pour .Tu|)iler, pour Saturn*', pour le Soleil. Quelques-UFis croient (pu» c'est \\\\ nom î^énéii(pu' , coFume Tcos , Dnis ^ ainsi qu'on le voit joint à d'autns noms ; par exeu)ple , cpie Evrlplu-gor et Malachhelus si<.juifienl le dieu Phr^v)r des Svrieus et le dieu M/f/ath ou Moloch des Palnîvr<Mii(^ns. [ Montfaucon , Anti(|. ♦ 'Xplicpices, (om. JI, ?,'' paitie, liv. n, pn^. '^83. ]

'Strvi'.ox, (K'Oiiiaphie, liv. \\ i , pa*;. iot^. — AruuvNt '/'(■ h.rprd Jicjr. y lil». \ii, pai:. ^So.

HISTORICO-MONUMBICTALES. 33

qui entouraient Ecbatane, capitale de laMédie, et qui, suivant Hérodote^ s'élevaient successivement et se (Jîstingufiient par les couleurs différentes de leurs créneauiç supérieurs , savoir : la première en^ bjanc , la deuxième en noir , la troisième eu pourpre, la quatrième en bleu, la cinquième en orange i la sixième argentée, et la septième dorée ' ?

Il est sans doute bien difficile , sans aucun, re père monumental , de démêler la vérité entre les rapports variés des anciens , que d'siilleurs l'entUoosiasme , le goût du- merveilleux et l'esprit national ont si souvent dominés. Il en ressort néanmoins une attestation irrécusable des faits décrits, de leur réalité sommaire , et conséquemment des connaissances de leur époque. On sera plus heureux et pluç coqfîapt dans les détails lorsqu'il s'aura dps. Égyptiens, des precs et des Romains.

PONT DE BABTLONlEà

Le pont de Babylone, sur TEuphrate, nous fournit un exemple bien ancien de l'emploi des crampons de fer aux ouvrages hydrauliques. Hérodote, qui avait vu cette fameuse citédansun temps où elle n'était point entièrement déchue de son ancienne splendeur , dit * que Ton avait

' HiftODOTE, histoire, Hv. i, n^ 98. * HinoDOTE, histoire, liv. i, n^ 186.

) 1 RI'ClTFHrflFS

i)ri«i h(Mnc()n|) de ])ft( antions poiii* ;issiir(»r' Ir-^ piles (le ce pont; que les pierres en étaient liee^ et altacliées les unes aux autres par des clefs dr fer, et les joints remplis de plomb fondu. ]j< piles n'étaient espacées que» d'environ onze p'wds et demi, suivant Diodore S et ie pont n'était point voûté : l'art de construire les voûtes paraît avoir été incoimu à tous les |K^upIes de la haut*' antiquité. Les descriptions de Iîal)ylone, doni parle aussi Quinte-Clurce \ n'offrent rien (ft^xai^éré; on peut y adhérer.

Les restes de l'antique Bahylonesont moins des ruines que des montagnes de décond3res. I^a plupart des édifices étaient construits en briques; et ces matériaux, transportés sur dautres emplacenients, ont servi à élever des villes modernes, t\cs bourgs, des villages et des bâtiments particuliers.

On employait aux constructions babvioniennes du bitume, substance très -conunun<^ dans le pays^. On a constaté, dans les ancieiujes macon-

' DiODOHE Sir., r?ilîli()tlj. Iiisloi-., li\ . v, |),m. i>i.

' (^UlNTK-CrRTK, li\. \, <1);|[). i.

^ L'asphalte on t»itnnir de JikIim* (»^t un urodnit supetlicirl fin lac .isf)halùu\\ ^ dit Mer-Morf»-. L'bisU)ire sainte lum^ apprend qne e'etJit .nilielnis le lenitoire d( s tlenx \il]e> eriniinelles Sodùnie et (i(»nn>i ihe , tpii finent « n^tlotuies san< donte, noii par le (Vu «!ii i ifl , mai^ |>.n- fle> feux ^onUrrain-i , par des e\pin i-ris \ oie. nH<pî( s, <lnnt Taliinenl snl>n^te tMni..!i»s, pMi^qn.- r.ispli.die of rneore jnodnit ,y (., 5'.! f-ire v\ «tn irs hcnds de rr !;u'.

HISTOftlCO-rXONUMEJITALES. 35

kieries de Babylone , des briques mar^quées d'empreintes différentes, en di^fférents lieux. Non-» obstant l'opinion de Piine, ce ne sont probable* ment, oonime certaines «briques romaines, que des caractères indicatifs de l'espèce de briques , da lieu de la fabrication y du nom ou de la marque particulière du potier.

Entre TEuphrate et TOronte, n'oublions pas Fantique Palmyre , où régna* Zéoobie-la-Grande , qui méritait une fin plus digne de sa vie glorieuse. Les arts nous ont transmis les typ^s su^ perbes d'architecture,, recueillis dan^ les l'uines de cette fameuse cité , dqnt Ja domination fut si puissante et la destruction si prompte.

MOirUMSITTS PB rA.LMTAE BT DE BALBSK.

Palmyre , l'anciejnbe Tadmow, ôst s,ituée dans

le désert Arabique , sur la route de Damas à Akp.

On y parvient à travers une plaine sablonneuse

d'environ ^ttois .lieues et demie de largeur , sans

arbres , sans eau , et bornée par des ebainas de

montagnes stéi^iles qui se rapprochant et semblent

se rejoindre vers l'emplacement de l'antique cité.

Là elles forment une vallée, dans laquelle on

voit encore les ruines d'un aqueduc qui portait

autrefois les eaux à Palmyre. On voit aussi, sur la

droite et sur la gauche, des tours considérables de

forme carrée; c'étaient d'anciens sépulcres des

Paimyrénîens. La perspective s'élargit et s'étend bientôt vers l'Euphrate, mais pour découvrir au milieu d'une plaine à perte de vue, une im^ mensité de ruines qu'on ne pourrait, s'imaginer. «Dans cet espace, dit Voliley^ c'est tantôt un <c palais , dont il ne reste qîie les cours et les « murailles, tantôt un teiliple, dont le péristylf ce est à moitié renversé; tantôt un portique, une <c galerie, un arcde triomphe; ici les colonnes for-' « ment des groupes dont la symétrie est détruite «par la chute de plusieurs d'entre elles; là elles «sent rangées en files tellement prolongées,, que^ tf seiçblables à des rangs d'arbres, elles fuient <c sous l'œil dans le. lointain et ne paraissent plus «que des lignes accolées. Si de cette scène mou- « vante la vue s'abaisse sur le sol ^ die en rencontre « une autre presque aussi variée : ce ne sont de « toutes parts que fûts renversés, les uns entiers, les «autres en pièces, ou seulement disloqués dans « leurs articulatioYis ; de toutes parts ia terre est « hérissée de vastes pierres à demi enterrées , « d'entablements brisés , de chapiteaux écornés, «défrises mutilées, de reliefs défigurés, de seul* « ptures effacées , de tombeaux violés et d'autels « souillés de poussière. » Pour bien concevoir l'effet de ces ruines étonnantes , il faut encore ,

■ I I ■ Il » , * ... m I II I I . I. I . ^ I I I ■ I ■■ ■ I ■ 1 ■ ■ I

* VoLlTET , Voyage eh Égjpte et en Syrie. État poKfique de la Syne, chap. ix.

HISTORICO'MONUMSiyTALKS. 3'J

dit le ineme voyageur, se figurer des colonnes dont la seule base surpasse la hauteur d'un 'homme; il faut se représenter une file de colonnes debout occupant une étendue de plus de treize cents toises (deux mille cinq cent trentequatre mètres ), et masquant une foule d'autres édifices cachés derrière elles; l'imagination restera peut-être au-dessous des proportions.

L'architecture et la sculpture avaient déployé toute leur magnificence dans le grand temple du Soleil, divinité de Palmy re. L'enceinte carrée qui l'enferme a six cent soixante-dix-neuf pieds ( deux cent vingt mètres cinquante c"**^) sur chaque face; au pourtour intérieur sç développait une double colonnadç* Le ^emple se trouve au milieu de cet çspace^ présentant une f^^çade de quarante-sept pieds (vingt-cinq mètres vingt-cinq c"**"^) sur cent vingt-quatre pieds (quarante mètres trente c°***'**) de côté y avec, un péristyle général. Le soffite de la porte jd'entrée; maintenant renversé, offrait un zodiaque et l'aigle oriental sur un fqnd semé d'étoiles^ , On remarque le même symbole sur le soffite de la porte du temple de Balbek, où la façade du portique a pareillement douze colonnes. .

Les restes superbes de ce monument, qui prime sur tous ceux de la Grèce, étonnent moins encore par la grandeur du module que par la richesse et le goût des ornements, la précision et

38 REGHERCHKS

le fini du travail. On cite un triple portique en colonnade, correspoodant ans trois ouvertures d'un bel arc de triomphe, '«t décoré d'un grand nombre de statues. Il ne reste plus d^out que cent Viagt^neuf des colonnes de cet admirable pottiqne. Il y avait "deux coloûties triomphales de soixante pieds (dix-fieuf mètres, soixante-dix c****^) de hauteur. •

Dans cette enceinte, jadis si magnifique /sur ces raines sacrées, on voit maintenant une trentaine de hottes, habitées par des famiibs de misérables paysans : yùiïk toute la population moderne de Palmyre! • '

On ne peut s'expliquer l'antique splendeur de Palmyre qu'en réfléchissant que, située à trois journées de l'Euphrate, elle se trouvait sut l'une ées lignes principales du grand commence entre l*Jnde et TÈurope par le golfe Persi^fue, avant le passage du cap de Bonne-Espérance. Mais, devenue dans la suite des temps une bai'riète entre les Romains et les Pàrthes, elle dut , insAgté sa prudente politique, s'attirer le ressentiment des premiers et subir l'épreuve de leurs armes puissantes, comme elle avait précédemment fixé l'attention de Salomon , qui , suivant l'historien Flav. Josèphe % y construisit cle bonnes murailles

* Flav. JosàpHE, Antiquités jud., liy. viti, ch. 6.

HISTORICO*tfOi!VUM^NTAL£S. 3^

|>our6'eii assurer ta possession.. Cette explication e^ couforme aux idées de Wood et de Volaey ' , Lediteur anglais a distingué effectivement dans lés ruines de Paloiyre deux genres, dont l'un appartient à des temps fort reculés et présente des débris informes, loutre appartenant à .des siècles bien fiostérîeurs , époque ceipendant aoté* rieure à {)ioclétiea^ celle où l'ordre corinthien fiftt préféré à tous les autres. Au dernier période de 6a prospérité ,. sons Odénat et Zénobie , Palwyre, assiégé^e, prise et dévastée par l'empereur Aiirélieo^ perdit sou éclat et sa liberté; les guei nes^Ja tyranniç, rabsmdon et la misère de ces peuples modernes put Êiit Le teste.

On sait que ZénobÂe, l'une des plus illustres reines de l'antiquité, se disant issue Aes Ptdlémées et desCléopàtres, fut instruite dans les sciences, dans ks langues étrangères et dans l'histoire des peuples d'Oi*ient; qu'elfe prol^eait les savants et les artistes. Elle s'était emparée de i'Égypte, qua^nl l'empereur Aurélîen lui fit la guerre , gagna deux batailles eo la poursuivant, et l'assiégea dans Palmyre, où elle se défendit courageusement. Lit reine voyant la ville coutraiute à se rendre , voulut tpar la £uite se soustraire au vainqueur; mais

* Wood, éditeur de loiivragc intitulé : Les Ruines de Palmyro. — Voi.irsv ^ Voyage en Egypte et en Syrie. État polit, do U Svri«.

/|0 HKCHEIiriIFS

elle fut prise, an passage de FEiiplirate, l'an 9^/ «le noire ère. Aiirélien la eondnisit à Rome, l'v lit servir à son triomphe, et cette reine décliur y passa tranquillement, avec ses fils, le reste de ses jours.

Balbek, antre Héliopolis (ville du Soleil\ célèbre chez les Grecs et les Latins sons ce dernier nom, est située an pied et sur la croupe extrême de Tanti-Liban. Son aspect moderne est encore |)ittoresqne et des plus agréables. En y arrivant vers le sud, on voit en face des restes de sa vieille enceinte. Sur la gauche se présente im édifice majestueux, qui, par ses hautes murailles et ses belles colonnes, offre à l'admiration un des j)lus étonnants ouvrages d(* Tantiquité et des monuments les mieux conservés de TAsie. On peut recourir à la description sommaire quVn donne Volney ', pour se faire une idée de la grandeur, de la magnificence, du goût pur, des formes élégantes et du travail précieux qui se développent dans l'ensemble et les parties de ci* |)alais merveilleux. On v remarque surtout un groupe de six colonnes (Tordre corinthien, dont lefiita vingt et un pieds huit [)ouces ( se|)t mètres ) de circonférence, sur cinquante-huit j)ieds f dix-liuit uu'tres ipiatre-viugtcinq c'"''"' de longueuï' ; en sorte que la hauteur to

u ! ; Svi U' , «Il ij' ^ I II

HISTORlOO-MOmMIf fiJNTALES. 4 >

lale,y compris Fentablement^estd^environsoixaDtedouze pieds (vingt-trois «lèfres). Cest le re^te probable du péristyle d'iin grand temple , dont la base en parallélogramme lavait deux cent soixantehuit pieds €ur cent quaretnte-six pieds (quatrevingt-sept 9 sur quaràht^-sept «mètres quarantedeux c^**^), €ft présentait dix côlotmes de face sur dix-neuf de flanc, eu total cinquante^qaatre. On y remarque encore les ruines d'un' autre temple , dont la frise est ornée de guirlandes soutenues et relevées par des têtes de satyre , de cheval , de taureau , etc. La voûte, élevée sur des murs dVnvîron dix mètres'de haut, sans aucune ouverture latérale, avait cinquante -sept pieds (dix-huit mètres cinquante 6''**^)de large , sur cent dix pieds (trente-cinq métrés soixènt^*dix c°'**^)de long; elle était riche d'ornements, de même i\ne celle de la galerie du péristyle , dbnt les encadreraeiits à losange représentaient en relief différentes scènes : de Jupiter assis sur Son aigle , de Lédâ caressée par le cygne , de Diane chasseresse , etc.

J^s pierres'de ces édifices, même des colonnes, sont taillées et jointes sans* aucun ciment , avec une précision étonnante; il est vrai que les fûts, composés de plusieurs tronçons, sont tellement liés par des axes en fer, que J)lusieurs colonnes ne se sont pas disloqucM\s dans leur chute. On est pareillement étonné de la grosseur des blocs qui entrent dans ces constructions: la seconde assise d'un

/|!2 lll£CiII KCliFS

mur, a l'ouest, est formée de pierres qui ont (le[>ui.s neuf mètres jïisqu'à onze mètres cinquante c" '"' (le loJigueur sur environ trois mètres de hauteur; et [)ar-dessus cette assise, à l'angle nord-ouest, il y a trois pierres qui , à elles seules, occupent un espace de cin(]uante-sept mètres trente c'"'"^*%surune épaisseur de quatre mètres. Ces pierres sont d'un granit I)lancliàtre à facettes luisantes, dont les carrières gisent sous la ville et dans la montagne adjacente. On y voit encore* un bloc taillé sur trois faces, ayantsoixante-neuf pieds dt^ux [)ouces ^ vingttrois mètres cinquante c'"*^"\) de long, sur douze pieds dix pouces [ cpiatre ïnèlres quinze c""^"\i di» large, et de treize |)ieds trois pouces (quatre mètri^s trente c"'*'"*"^ ) d'éj)aisseur '. De telles masses excédent en poids le doubledu j)lus fort obélisque d'Ilgy [)te ; quels moyens la mécanique a-t-elle em|)lo\ es |)our les mouvoir et surtout pour les élever?

On s'accorde à dire que le grand temple de Halbek était consacré au soleil, comme celui de Palmyre, comme celui de THéliopolis d'Kgvpte; ce que confirm(» Tétymologie du nom moderne de Bal-bek cpii , suivant Wood, déjà cité, signifie en langue persane vi//e de Bal, traduit par les Grecs en Hcliopolls. (.et te Héiiopolis, [)lacée sur la route de Tyr à l^dmvre, devait nécessairement

' V«»i.>FV, \ ovii^c ri) l'i;vph' «t cfi Svric. Kliil polilujiu il< In Svric. «h.ij). vin.

HISTOBIOO-MOliUMEJNTALES. 4^

participer de l'opulence de ces deut Êuaeuses cités. Elle . Borissait encore <$ou9 les Romain^ au temps d'Auguste, et même sous Âiiiouia4e-Pieu^. Lei Arabes et' les Musulmans sont venus succasspimeDtooi£fer les antiques maraiUes de créneaux et d'autres travaux provocateurs de ia destmictioa. Enfin, les tsemblements de terre- ont accéléré la ruine des parties que la guerre s'était réservées'. Les AssyrÎMis ^ les Mèdes et les Perses s'éti^nt fait UB devoir religieux de conduire des eaux daas le désert, afin d'y multiplier, selon le préçe|>te de Zoroastre, lesprincpes de la vie ^t de Vabori'^ danctr. Aussi voit-on , dans lc$5 contrées de leqr domination^ des restes d'aqueducs et de canauic souterrains qui amenaient les eaux des montaga0s et des fleuves à de grandcis distances.

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