CORINTHE
Corinthe, peu après la guerre de Troie, devint célèbre par ses richesses et ses forces marîtimes. Cortnthe avait deux ports, l'un sur la mer Egée, l'autre sur la mer Ionienne. Cette double position, qui lui assurait le commerce de TOrient et de rOccident, rendit Corinthe si importante, qu'elle fut appelée par le roi Philippe la chaîne de la Grèce.
Périandre conçut le projet de percer Tisthme, 576 ans avant l'ère chrétienne*. Trois siècles plus tard , Démétrius Poliorcète , roi de Macédoine , essaya cette entreprise •; l'amour et la mollesse l'en détournèrent. Jules-César forma le même projet^; mais il eut assez d'autres affaires sur les bras. Caîus-Caligula eut aussi la même idée; il se borna à faire lever le plan de l'isthme*. Néron, pendant son voyage en Achaîe, parut déterminé à l'exécution de ce grand projet , auquel il employa jusqu'aux soldats de sa garde prétorienne, qu'il excita par ses paroles et son exemple^. Après deux
■ D106ÈFE Labace , liv. I, ch. vji, vP 6.
* Plutaech., inDemetr, — STEABON,Géogr., Ht. 1, pag. 54- ^ SuKTOir., in Cœsar,^ cap, xliv.
* SuiroN. , in Calig.^ cap, xxi. — Plink, liv. iv, ch. iv.
* SuÉTON. , in Néron. , cap, xix
HISTORICQrMOHUMBNTALES. ao5
mois el demi de travail, il abandonna Tentreprise, soit par crainte d'événements, soit par d'autres motifs qu'on ignore. Enfin , Hérode-Atticus voulut aussi tenter la même entreprise. Il fut rebuté par des difficultés d'excavation , ce qui donna lieu au proverbe connu : Isthmum /odere^ .
Les Corinthiens méritaient la sollicitude des empereurs romains. Ce peuple industrieux avait pressenti sa destination , et su profiter <ies avantages de sa belle position. Déjà , du temps d'Homère^ Corinthe était surnommée Vopulente*. Elle aurait pu devenir encore la puissante , si lé bon génie et l'inclination des Corinthiens ne les avaient portés vers le commerce plutôt que vers les en», treprised militaires. Corinthe ne fut donc qu'une cité des plus magnifiques de l'antiquité. Elle était remplie de teiDples^ de théâtres ^ de portiques,
* Lucixir^ trad: d'Ablai^court. — Flav. JosiPHB, de BeUo Jud.^ lib, lu, cap, 3(xxvi.
Il y avait aaiiirês pfoveflxes relatifs à ConDthe .* celte ville était renommée (Sar ses dérèglements et lé nombre dé ses courtbanes, au point qu'on appelait Corinthia une fille de mauvaise vie; qu'on disait Corinthian, c'est-à-dire hanter des lieux de débauche. C'est la fameuse courtisane Laïs qui a donné lieu au proverbe : Non omnibus licet adiré Corin^ thtun ^ tant elle avait é\^ifé le prix dé ses faveurs. ( DaIckt., DtcL lai, 9 verèo Corinihus. )
Cependant quelques-uns donnent pour origine de ce dernier proverbe les difficultés d'arrivage aux ports de Corinthe.
' HoM. y llîad.y liv. ii, vers 77.
lOO . RECHCnCBES
inoiiiens, jusqu'à leur pesante monnaie de fer, rejetée par les autres peuples de la Grèce. Les conséquences d'une telle politique ne sont que de la rudesse, une bravoure stérile et funeste. Les Spartiates n'étaient, d'après leurs lois, que des esclaves ^natiqties et vicieux; Plutarque en multiplie.les preuves à l'infini '.
Il ne faut point omettre les Rhodiens parmi les commerçants industrieux de l'ancienne Grèce ; ils ont eu le premier code maritime '. Il est à remarquer que les nations commerçantes ont été florissantes et prospères, et que c'est au luxe qui en est la conséquence que les arts doivent leur développement et leur éclat.
La ville de Rhodes date d'environ 8 siècles avant J.-C Son port est célèbre à juste titre, tant par sa position , sa forme et la grandeur de ses ouvrages, que par les sièges glorieux que i» ville a soutenus. Qui n'a entendu parler du fameux colosse de Rhodes, l'une des sept nlerveilles du monde? C'était une statue d'Apollon, en bronae, élevée sur le goulet d'entrée du port 4 et d'ime
' Plut*bch., ùi L/citrgo.
■ CiCEB. , pm Irgr Manil. — SrkâB., Gé<^. , Hv. «itr, 1»S- »ÛV
H1STORIGO-MONI7MKNTALES. aÇQ
telle hauteur (}ue les vaisseaux, passaient à la voile^ elntre Si^s jambes appuyées sur l'un et l'autre bord. Ce colosse avait ^ dit-on^ ia6 pieds de haut , tenait un sceptre d'une main, et dis l'autre une espèc^ de^ trépied ou pQt à^feu, qui servait à éclairer pendant la nuit Faccès et rintérleur du port. On croît que cet ojjvrage merveilleux é^ail d'un ,nomroé Charès, élève de Lysippe.. On lEiss^riQ que les Sarrasins ^'étant emparés. de Rl)ad$$, eq 653 de nptre ^e, trQuyèr^nt.leicolosse reQyers|6 près du port) elle ven^irwtiàun juif quienjtira 7^00 quintfiux de. métal.
Protogènç., peint|>e l^bile de Rhodes, qui vi-r vait au temps d'Apelle^^ fit ^ aU dire de Çline , une immense quantité d'ouvrages estimés, auxquels il sut appliquer un vernis conservateur et d!uQ effet remarquable.
HALICA^RNASS^.
Halicarnasi^é , immortel berceau d'Hérodote ^ nous rappelle la patrie et le surnom du fameux historien Denys , qui se rendît à Rome , soûs le règne d'Auguste , après la bataille d'Activm, et y demeura un ans. Cette capitale de l'ancienne Carie est encore célèbre par la reine Artémîse; épouse de Mausole dont le tombeau, classé parmi les sept merveilles du monde, est l'étymologie de tous les
ouvrages de cette nature. Pline et Aulu-Gelle ont
UtfO AffGHBACHES
fait la désetiptioti de dd grand mausùlée; ta gravure nous en a trapsmis le tjrpe cônjecturaL Vitrûve nomme Satyrus et Phyteu» coifame archi* tecres de ce dief^d'()eiivre , . k rornement duquel Scopâs, Briuxès, TinMthée et liéocharès travaillèi^enV à Tenvi : Scopas se chèargea du côté de IWient, Briaxès de celui du septentrion, Timo« thée de - celui du midi^ et Léôcharès de celui de IVyccident ^ Tout le pourtour du monument était de 4i* pieds, dont 03irefs le septentrion et le Midi, i4a vers Torient et l'occident; sa hauteur était de !25 coudées ou 87 pieds t(% et de i4o pieds compHs la pyramide supérieure \ Artémîse mouinit avant soii achèvement. MausOle mourut Fan 1 de la centième olympiade , 3^8 ans avant
' Plih., Hisî. natur,, lib. zxxvi, cap. 5.
Scopâs, célèbre sculpteur, 'était aussi un habile architecte. Vitruve nomme Praxitèle au lieu de Timothée; mais Pmzitele vivait-il Am% le temps de Sopas? il y aw^aii ué antre Tin^othée^ natif de Milet, célèbre musicien du temps dXuripide ; il ajouta des cordes à la cithare, et inventa , dit- on, le genre chromatique : c*e$t pour cela qU'îl fut condamné par qn décret des LaréMmiiàien^.
9 On renra plus lob ( aup Me^qr^s dus aooiefiA ) ^e le pied de Pline ^ les yj du pied çrec, éqi^ivaut à o mètre 2771, un peu inférieurs au pied romain.
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HlSTORieO^MCMTiriffKirTALES. % 1 1
ARGBlTEdTDftE.
L'architecture grecque s'est d'abord formée dans les ool^nks de TAsie^-Mineure. La dénomî* natîott seule des deux premiers ordres , le ihrique et Vùmiguej le prouve suffisaomieDt. L'ordre eo^ rintkwn n'a paru que long^temps après; ce dei^ nier est f orckre grec par excell:ence«
Quoique l'époque originaire de ces ordres ne soit pas bien déterminée, on sait du 'moins que le temple de Jupiter à Oiympie, d'ordre dorique^ doit avoir été coii|struit vers l'aD; 63o avant4'ère chrétieniie * ; que le ttaiple de Diane à^ Éphè^e , d'ordre ionique/ fvt oômaMncé vers fan S6o avant la même ère, pendant le règne de Servius TuUius , sixième roi de Rome ' ; que vers la même époque, Pisistrate avait jeté, à Athènes, les fondements du «lagnifique HeneipU de Jupiter- Olympien» d'oiïdreooridtbiAni que le tempk de Thésée fut b^ti environ lo ans après la bataille d^ Marathon, ou 480 ans avant J.-C.
De si beaux ouvrages ne pouvaient être le début de l'art architectural.
liC temple de Alinerve à Athènes » bâti sous.Pé* riclès, et celui d'Apolk>n , èi Milet, sont aussi
' PàOSAir., lit. V, ch. 10.
» TiTE-Livx, liv. 1, n® 45.
a la RBCHERCHKS
d'ordre ionique. Enfin, suivant Vitruve,des quatre plus fameux temples de la Grèce, les deux plus anciens étaient d'ordre ionique, le troisième était d'ordre dorique, et le quatrième d'ordre co-' rinthien; edcore cedernier (le temphs de Jupiter* Olympien à Athènes) jiefiitHl achevé que du temps des Romains ^. Mais ces divers, ordres grecs «ne furent point d'abord ce qu'op les yoit daus les ruines de l'ancienne Kome.et dans les édifices modernes , où ils ont subi des* modifications ; les types primitifs, étaient les plus simples, et les moins chargés d'ornements superflus, au nombre desquels il Êiut se garder de comprendre les' beaux feuillages du chapiteau corinthien, qu'iaventa ie triple génie de Callimaque, architecte, ^ sculpteur et peintre.