ART MUSICAL
La musique , dont on a fait un art d'imitatioil plein de charmes , était cultivée chez les Grecs , qui sont les inventeurs de l'échelle diatonique. On connaît les merveilleux effets de la lyre d'Orphée, laquelle, suivant Virgile, avait sept cordes. La lyre ou le trépied de Pythagore*Zacynthien (de Zanthe) avait trois modes : le dorien, le lydien et le phiygien'. Ces difiBèrents modes, touchés avec adresse, quoique alternativement, imitaient un concert de plusieurs instruments ou musiciens* La harpe triangulaire, celle du roi David, ne devait point être inconnue dans l'Asie. La trompette
* Athénée, liv. xiv, chap. i5, page 6*37.
'^aS RECHKRCPfES
droite, sans doute la plus ancienne après la Irompp ou corne naturelle, était en usage chez les Juifs; on la voit parmi les dépouilles de ce peuple, sur Tare de Titus à Rome; les Romains s'en servaient aussi, comme de la trompe courbe, instrunjent (Korigine tyrrliéuienne, et dont la musique était nommée le cliant t\rrliénien. Enfin Tart musical des (îrecs utilisait encore la flûte double et simple, le sistre, les crotales et autres instruments propres à marquer la cadence, etc.
PUVSKS niVF.RSFS OF L \KT.
L'accroissement de Tart sous Périclés peut être comparé à sa renaissance sous Jules II et Léon X; la Grèce était alors ce que l'Italien devint dans la suite.
Au commencement de la 87^ olympiade ( environ 43'Jt ans avant J.-d. ), on vit éclater la funeste guerre du Pélo])onese, qui finit au commencement de la 94^ olympiade '. La poésie n'en dut pas moins sa prospérité au goiit dominant des Grecs pour les spectacles, qui ne furent jamais suspendus; on pourrait dire aux génies d'Eurijiide , de Sophocle, d'Aristophane, etc. Mais Tépoque de celle guerre de\int préjudiciable aux arts, dont le destin fut toujours lié à celui dW-
' CcUe i^iieiTc filtre Ailleurs vt Sp.iitc dura 27 aiint-es.
HISTORICO-BrON U MENTALES. a tlQ
ibènes ; leur mère^patrie éprouva de fréquentes alternatives de trouble et de tranquillité. . Après la loa^ olytnpiade commence la dernière époque des grands hommes de la Grèce, de leurs héros, de leurs philosophes, de leurs poètes et de leurs orateurs ; le siècle d'Alexandre-le-Grand ' termine cette époque non moins glorieuse pour le souverain que ses immenses conquêtes; car depuis la lao* olympiade l'art, en général, ne fit que déchoir et languir jusque vers la iSS^'. L'art découragé s'expatria lui-même. Il fut accueilli enJÉgypte par les successeurs d'Alexandre, les Ptolémées, et en Asie par les Séleucides. Alexandrie fut une nouvelle Athènes : Démétrius de Phalère,'ancien gouverneur del'Attique, Apelle, £udide, Théocrite, Callimaque, etc., y portèrent leurs génies. La Sicile eut aussi sa part des gé* nies de la Grèce , et Tart fleurit brillamment , on pourrait dire magnifiquement à Syracuse, bien avant Archimède, sous les rois Gélon, Hiéron l^**, et les deux Denys; mais ce dernier âge de l'art ne produisit rien de comparable aux deux premiers, c'est-à-dire aux temps de Phidias et de Praxitèle, si l'on excepte peut-être le fameux
' Alexandre- le-Grand mourut, à la fleur de l'âge, au oommencement de la ii4^ olympiade.
* Cetsani dêindè , et rursàs olympiade centesimâ quinquargesimd revixit, (Plike, lib. xxxiv, chap. 19, S i.)
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torse (lu Belvtulere (d'Hercule en repos;, qu'où peut attribuer à Appolloiiius, et rHercule-Farnésien (le Cilicon, ruii et l'autre (VAthènes ^ Ces (\eu\ morceaux paraissent être des derniers chefsd'd'uvre de Tart statuairtï avant la perte de la lil)erl(3 des Grecs , je veux dire avant que ce pays liil réduit en province romaine, révolution arrivée dans la i j;*)*^ olympiade, ainsi que la prise de Cartilage, et d'où datent les j)rincipales richesses de l'Italie dans le genre hellénique. Le pillage général de cette époque était bien fait d'ailleurs pour décourager les artistes et les villes de la (îrece. I^'extréme période du beau style de l'antiquité grecque remplit à peine le siècle postérieur au temps crAlexandrole-Grand. I/art des Grecs ne survécut pas long-temps à son émigration; il avait changé de patrie et d'inspiration.
Les chefs-d'œuvre de la sculpture peuvent à peine être imités par la sculpture elle-même; la gravure ne saurait l(\s reproduire. Cet art a plus d'action sur rarchitecture; aussi les types-modèles de la Grèce sont-ils devenus classiques dans TEurope. Nous pouvons, à ce4: égard , limiter notre reconnaissance* aux artistes français, en distinguant
' l.c Journal (ks Sa\niils < (i.iiiLicrs, <lii mois de m;û 17610, a fait iiiK' l)i('ii belle dcsc? ipliuii «le ce témoin atlmirable de l'ait aîititjne; \\ inkclmano l'a i<'|)roiluitc clans son III^ volume, !i\. (», th.ip. ',, «le rHislufr'- tie l'ait ch*'/ les anciens.
HlSTORICOrMOirUMENTALES. l3 f
toutefoia le superbe ouvrage de M. de Choîseul* Gouffîer >. On doit à M. Pouqueville quelques bon^ renseignements qu'il a recueillis durant son séjour diplomatique en Grèce; il est permis d'en attendre de plus importants et de plus étendu$ coocernant l'Attique , de la part de M. Bory-de>- St.-Vincent et de» autres savants qui lui furent adjoints lors de notre glorieuse expédition de Morée.
oes ROMAnrs-, )>eS éTRUSQues, et des onutois.
Des Romains. — La Sicile correspondait , sous bien des rapports , aux célébrités grecques, lorsqu'elle passa sous la domination romaine, pour subir les concussions de Verres^ éloquemment dénoncées par Cicéron. Cependant , atinexe naturelle de l'Italie , on peut du moins confondre son antiquité avec celle de l'empire romain; je parlerai, plus loin, de Syracuse et d'Archimède.
ORDRE PGBSTUM. .
Dans la partie du continent italique surnommée la Grande-Grèce^ l'ancienne Liicanie offre les restes malheureusement trop ruinés des temples de
* Voyag« pîUorctque de la Grèce, en 1776.
i^A RECIXKKCHIS
Pœstu/n ou Possidonia ^ dont le type particulieruou^ a été transmis, d'un coté par Thomas Major, i^raveur de sa majesté britannique , de l'autre par rarchilecte français Dumont, d'après les dessins de M. Soufflot; les dessins de ces ruines font encore partie des œuvres de Piranesi. Le temple de Neptune, dit le grand Temple , bâti par les Dorietjs, est un amf?/iiprostyle'/u\ras/j'/e^ cest-kdire ayant deux façades S(»mblables, chacune de six colonnes. Il a 6'à mètres 48 centimètres ( 102 pieds 4 pouces français ,. de longueur, sur ^8 mètres 69 centimètres ( 86 pieds 2 pouces ) de largeur. L'architecte Le Doux , dans les cin- (pjante-six barrières, toutes différentes, dont il a orné Tt^nceinte de Paris, a fait, près de Monceaux, l'application complète d'un périptère d'ordre pœstutn '.
NAVIGATIOJV ET TRAVAUX HYDR AL LIQIES.
Il paraît que les Romains ne s'appliquèrent à la navigation qu'au temps de la première guerre Punique ; la politique de ces peuples et la rivahté de Carthage leur en démontrèrent la nécessité. N'ayant point de ports pour étendre leur marine, ils s'en procurèrent par la force en sVmparantde ceux (le Tarente, Re^<^io et Messine. Ancus-Mar-
É(iificc entoure, à rextéricur, H'un rang de (olonno.
HISTORlCO-BrONUMEITTALES. a33
tius, quatrième roi de Rome, fonda la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre. Jules-César voulut y construire un port; la brièveté de son règne l'en empêcha. Les empereurs Claude et Trajaii ont dans la suite exécuté les projets de César.
Le Serlio a donné un plan de ce port , qui for* mait un hexagone régulier dont chacun des côtés avait , suivant cet architecte, i i6o palmes (grands palmes sans doute , ce qui ferait environ 260 mè^ très ) de longueur. Le bassin était entouré d'arcades et d'édifices à l'usage de la marine et du ^ commerce. Il était précédé d'un chenal artificidi entre deux môles flanqués de tours, et l'on y construisit un phare analogue à celui d'Alexandrie, pour éclairer la navigation nocturne. On voit cette même forme hexagone du port sur une médaille de Trajan avec l'inscription : PORT. OST. Un pape (Grégoire X) détruisit ce beau port, dans la crainte qu'il ne favorisât les incursions des Sarrasins.
C'est pour fonder la partie antérieure du port d*Ostie que fut coulé l'énorme navire ou radeau qui , par l'ordre de C. Caligula , transporta l'obé*lisqiie élevé sur la place du Vatican à Rome, avec > les quatre blocs destinés à lui servir de piédestal. Ce navire , dit Pline , avait pour lest 1 ao^ooo boisseaux de lentilles '. Sa longueur occupait en
' Le boisseau romain étant 0,77 de celui de Paris ^ si l'on suppose an premier un poids d'enviroo 10 kilog., le poids di« lest serait de 1 200 tonneaux^
u34 KliCHKKCHKS
e^rande partie le coté gauche <iii port, où l'empereur Claude le fit ensuite couler à fond , par le moyen de trois massifs de maçonnerie chacun de la hauteur d'une totn%qui avaient été construits à Pouzzole sur le navire même. Le mât de ce navire avait quatre l)rasses de tour '.
On attribue a l'empereur Auguste rétablissement, sous la conduite d'Agrippa, du port de Mysène, et les travaux de jonction du golfe de Baja aux lacs Lucrin et Averne ; la construction du port de Ravenne, avec un phare magnifique. II ne reste aujourd'hui aucuns vestiges de ce dernier port, dont l'emplacement est deveiui continental par les immenses et rapides atterrissenienls formés aux environs des bouches du Pô et du Montone. 1/antique Ravenne se trouve maintenant à plusieurs milles du nouveau littoral. Un jour sans doute, Venise, exreine de l'Adriatique, sera, par des causes semblables, une annexe du continent ; mais sa dépop?ilation aura précédé une telle métamorphose, dont les symptômes se nianifestent graduellement. Il reste aux modernes le poit d'\ncone exécuté par Trajan.
Les préfectures maritimes des Romams étaient à jMysène sur la Méditerranée , à Ravenne sur lAdrialique. J'aurai occasion de parler des vais-
' ^f ho ris ('JUS rrnssitiido quatuor hominum uhias attiplvrtctitum imptrhdt. Pi in., Hist. natur.^ lib. \vi, cap. 76."
niSTOBIGO-MOIfUMENTALES. !i5&
seaux ou galères des Grecs et des Roipains, au sujet des usages militaires de.ces nations célèbres.
Les bouches du Pô ont quelques rapports avec celles du Nil ; les unes et les autres sont coropo^ sées partie de lits naturels, partie de lits artificiels, susceptibles d'atterrissements et dont l'effet s'est montré bien plus rapide sur les bords de l'Adriatique; mais l'état moderae.de ce littoral est bien loin de valoir celui du Delta d'Egypte. Le$ marais du P.ô s'étendaient fort avant dans la Gaule Cispadane; on sait combien Annibal trouva d^ difficultés lorsqu'il y pénétra pour aller en Étrurie. Le consul ^milius-Scaurus les dessécha 1 1 5 ans avant J.-C., par le moyen de canaux entre Plaisance et Parme. Ces marais n'étaient et ne sont encore qu'une faible partie de ceux qui forment la zone presque continue du littoral italien , tant sur la Méditerranée que sur l'Adriatique, et parmi lesquels on a, tant de fois,. nommé les marais Pontins. C'est pourquoi les travaux de dessèchement, qui se lient fréquemment à ceux de la.na*vigation intérieure^ ont beaucoup . occupé. le$ anciens Romains.
\jà république romaine sentant le besoin et les avantages du dessèchement des marais Pontins, chai^ea le consul M. Cornelius-Cethegus, gouverneur de cette province, de les dessécher; il parait qu'il y réussit environ 16^2 ans avant J.-C '. Déjà
' Ptiirx, iiv. IV, chap. 4-