KKCIIFRCHKS
du tcmj)s de César, ce travail était devenu presque inutile, soit par défaut d'entretien , soit par hi nature même des lieux; les assassins de ce grand homme arrêtèrent ses projets de restauration et de reconstruction d'une chaussée viable. Sous le règne cfAuguste on creusa le canal parallèle à la voie Appienne et voisin de cette route \ Ce canal servit à la navigation. T.es poètes I^ucain et Horace en parlent. Trajan lit de nouveaux ouvrages pour assurer le dessèchement de ces marais, v rétablit la voie publique ^. Mais environ l^oo ans après, Théodoric, roi des Coths, provoqua, près du sénat romain , les dispositions nécessaires pour exécuter d'autres travaux. Ce canal avait lo milles de Iongueur, ce qui le fit appeler par les T.atins Decemiiovium^. Divers papes se sont occupés des mêmes travaux, notamment Sixte V et Pie YI. T.es effets du dessèchement sont presque nuls; la voie AppieniK* (route directe de liome à Naples) est le résultat le plus utile de ces travaux successifs. La force et la persévérance dans le gouvernement deviendraient à peine capables d'un succès réel.
Sous le rèirne de Tibère et le consulat de Drusus-César, on forma le projet de joindre le Clauis (laChiana) à lArno pour diminuer à Kome
' Strxbon, (i'M)L:ra|)liir , li\. v, ' Dion, liv. i.xviii, p. 777.
• I*i\or.(n>. , (luth. rcr. lih. 1.
HISTOKICO-MONUMBNTALBS. a37
les inondations du Tibre^ dont le Glanis était un affluent '.Les réclan^ationsdesFlorentinset Tavis de Pison empêchèrent. d'y donner suite. Ce projet n aurait guère atteint le but préservatif que les Romains s'en proposaient. Les Toscans modernes ont forcé et régularisé le cours de la Chiana vers l'Arno en sens contraire k sa direction primitive; d'une contrée stérile ils ont ainsi fait une province fertile «
La mort tragique de César l'avait empêché de donner un écoulement au lac Fucin (Celano) dans l'Abruzze-Ultérieure '.L'empereur Claude y employa 3o,ooo hommes pendant onze années consécutives ^. Il fallut percer des montagaeasur un trajet de plusieurs milles; ce grand ouvrage fut terminé l'an Sa de notre ère, et l'ouverture du canal d'écoulement fut célébrée avec pompe par un combat naval donné, sur le lac, entre plusieurs milliers d'hommes condamnés à mort , spectacle auquel assistèrent Claude, Néron son fils y et Agrippine ^..Ges travaux durent êtreim*
' Tacit. , Annal., liy. i.
* StJEY. , In Cœs,, cap. 44-
^ Pliuk, liv. XXXVI, chap. i6. — Tacit., Annal., liv. xii, chapitres 56 et 57.
* SuBT., In Ciaud.y cap. ao et 3a. — Tacit. (loco eiiaio). ' — Dion, liv. lx.
a 38 REGHBRCHES
parfaits y ou bien négligés dans la snite ^ car le lac Fucin subsiste de nos jours '.
Néron entreprit d'ouvrir un canal , à partir du lac Averne et communiquant d'un bout avec le lac Lucrin ou Portus'JuUus dans le golfe de Baja , de l'autre avec Rome par l'embouchure du Tibre, conséquemment par les marais Pontins : ce canal , d'environ i6o milles de longueur, devait avoir assez de largeur pour le passage de deux trirèmes de front. Il eût fait éviter les naufragés du cap Mysène ; c'eût été l'embellissement complémentaire d'un lieu de délices renommé dans Faiitiquité. Cet ouvrage fut ébauché sous la direction des architectes Célère et Sévère ^. Les restes qu'on voit près du littoral , au nord- de La Racca-^di^Cuma ^ sont connus dans le pays sous le nom de Fossa-di^
' La France a déjà ses galeries souterraines, qui ne le cèdent ni aux travaux du lac Fucin, quels qu'ils furent, ni aux grottes du Pausilippe et du Furlo dltalie. Les galeries actuelles des canaux de St^Quentin, de St-Maur, dé Bourgogne, etc., peuvent bien rivaliser avec les précédentes ; et bientôt , par le développement actif du système de navigation intérieure en France , les galeries de ce genre y seront multipliées aodelà de toute comparaison : car le percement d'une montagne sur plusieurs kilomètres de longueur, pour faire communiquer deux rivières , n'est plus l'obstacle d'un projet utile ; ce travail est au contraire considéré comme une économie de dépenses, et ses avantages deviennent permanents en ce que la navigation doit être plus célère £t plus facile.
' Tacit., Annal., liv. xv. — «Subt., In Iferone^ cap. 3.
filSTORtCO-MOH UMENTALES. •l39
Nérone ou Lago-di licola. Suétone, Pline et Ta» cite en font mention : c'est d'eux que Tacite disait : Manenique vestigia irritas spei.
Je ne parlerai point des canaux entrepris par les Romains dans les Gaules, tels que ceux de MariuSy vers l'embouchure du Rhône; de Dru^ sus^ du Rhin à Tlssel; de Corbulon^ aux embouchures de la Meuse et du Rhin , etc. J'ai cité des preuves suffisantes de leurs connaissances appliquées aux travaux hydrauUques , et des grandes vues qui dirigeaient leurs entreprises dans ce genre.
Aucune célébrité scientifique n'égalait celle d'Àrchimède \ il fut mathématicien, astronome et physicien. On connaît le mot profond qu'il dit au roi dé Syracuse (Hiéron), pour lui donner une idée de la puissance du levier , et qu'on a poéti'^ quement traduit de la sorte :
Die ubi consistam^ cœlum terramque movebo;
c'est-à-dire que, s'il trouvait un autre monde, comme point d'appui pour y placer un levier^ il pourrait, à l'aide de cette machine, soulever notre globe et son atmosphère. On a parlé d'une sphère de verre, dont les cercles retraçaient les mouvements célestes; ce fait est au moins don-
Q^/lO RECITERCHES
teux. Mais on n'élève aucun cloute sur la belle solution qu'il donna du problème fameux de la couronne d'Hièron^ |)our reconnaître, par les principes de Tliydrostatique, ralliage frauduleusement employé à cet ouvrage ; et Ton dit qu'au moment de sa découverte Archimède sortit vivement du bain, sans s'apercevoir de sa nudité, en s'écriant : Je Vai trouvé \ Je Vai Irouvél.,
C'est par les lessources de son génie qu'Archimède prolongea la défense de Syracuse, assiégée par l'armée deMarcellus. On a beaucoup cité le miroir dont il se servit pendant le siège pour brûler les vaisseaux romauis. Malgré le jugement négatif de Descartes, Buffon ^ admet la probabilité de cette autre invention, et pense, conformément aux descriptions de Tzetzès, auteur grec du douzième siècle, que ce miroir pouvait être hexagonal et flanqué d'autres miroirs plus petits, sous des angles calculés, dont Teusemble réunissait et réfléchissait les rayons brûlants du soleil, au passa£[e du méridien. Archimède les dirisrea sur les vaisseaux rangés à la simple portée du trait, qui comprend , d'après les usages anciens , une dislance de î5o pieds français, c'est-à-dire à laquelle un homme lançait, à la main, un trait ou un javelot. Cependant Tite-l.ive, Plutarqueet Polybe
' BiFFON, Histoire naliirellt'. Intiotliirtion aux niinf-raiix, ^>'"' mémoire sur la himièrr v\ la chaleur.
HlST0RIC0*M01f UMENTALES. 2l4 1
surtout qui .décrit soigneusement les moindres circonstances du siège de Syracuse /gardent le silence'au sujet des miroirs d'Axchimède, dont l'effet si nouveau et si remarquable ne devait point échapper à de tels historiens.
On sait qu'Archimède fut tué 208 ans avant Tère chrétienne, à la prise de Syracuse , par un soldat qui ne le connaissait point , tandis que ce grand homme était profondément occupé d'études scientifiques. Cicéron , étant questeur en Sicile, découvrit son tombeau ^ sur lequel op voyait un cylindre et une sphère.
La balance dite romaine est une modification ingénieuse et très-titile de la balance simple; elle est antérieure au célèbre architecte Yitruve , qui en donne la description.
Les douze tablés romaines ne faisaient mention que du lever et du coucher du soleil. Quelques années après , on y ajouta le midi, dont l'huissier consulaire fai^it l'annonce, au moment où , de la salle du sénat, il voyait le disque du soleil entre les Bostres et le Grécostase '. J'ai dit, au sujet des Grecs, que l'horloge solaire d'Anaxi-
mènç fut apportée de I^cédémone à Rome par
' Les Bostres étaient la tribune aux harangues, sur la place
publiqiïe, ornée des rostres de navires pris sur rcnncmi. Le
Grécostase servait à la réception des ambassadeurs de la
Grèce et des autres nations.
I^. Papiiius-Cairsor, \'i ans avant la guerre contre Pyrrhus. Clette horloge fut placée au temple de Quirinus; elle servit ensuite de modèle. Suivant Varron , relaté par Pline, 1(î premier cadran solaire à Rome lut placé sur une colonne , auprès des Rostres, par M. Valerius-Messala, qui le fît apporter de Catane (en Sicile), après la prise de cette ville, Tan de Rome 491. Ce cadran n'était pas d'une exactitude parfaite. Scipion-Nasica fut le premier qui marqua les heures du jour et de la luiit au moyen d'une clepsydre. Tan de Rome 5()5, ou i58 ans avant J.-(]. '.
3ules-César réforma le calendrier romain, d'une manière imparfaite il est vrai, mais qui supposait des connaissances astronomiques aussi positives qu'étendues dans ceux qui lurent chargés de ce travail scientifique'. Auguste fit, au Champ-de-
' Horl()i;(* hydraulique, mesurant la durée du siuiple écou- Icmrnt de IVau dont un vase était rempli. Celte clepsvdre ne valait pas, pour l'exactitude, V Horoscoj^c liydraulique déjà mentionné au sujet des JJabylonieus ipi«i;e '28J.
' Le calendrier Julien é(ait (lefectueux : on y su[)posait que Tannée solaire était de 'U)5 jours i\ hcines, tandis qu'elle n'est que de "^Gj jours, 5 Inuires, /|8 minutes, /i8 secondes. Ii\LA>DF., ^Mémoires de lAcademie, année 175.A. — Id. — Abrégé d'astronomie, art. 8v» et m»5. Elle <'\cédait donc d'environ 11 minutes ; la révolution pr<'ei>e. On v supposait encore qu'au bout de 19 ans, (]ui lonl le nonth/r (/'nr, les lunaisons revenaient au même temps, au même point et au même lieu; maiî» il s'en faut do 1 heure, 2j minutes et près de >'2 secondes.
HISTORIGQ^MairUlIVlfTALES. a4^
Mars, cet admirable gnomon d'unç pyramide égyp<> lienùe, dont les ombres «e projetaient sur une va$te surface plane où l'on avait Xracé des divisions en cuivre*
Les calendriers romains que l'antiquité nous a transmis contenaient, pour chaque mois, les fêtes qu^on y célébrait, et dont qu marquait le^ jours ou Tordre de succession; les jeux publics, les courses de chevaux, les époques de la mort des personnages célèbres, les temps propres aux tra* vaux de l'agriculture, etc.
Sous. César et Auguste, on inventa l'art de faire mouvoir les moulins par l'eau; mais on n'en tira aucun profit avant le règne de Constantin - le *
Par une suite nécessaire de ces deux comfûnaisoas, il s'introduisit une anticipation considérable dans les temps : en con*iéquence de la première i les saisons auraient été absolument dérangées; en conséquence de la secondé, les nouvelles lunes anraien t précédé leur coïncidence réeiïe; ainsi, en i58a, l'équi* noxe du printemp)^, fixé par lé concile de "Nîcée (de l'an 3a5) au ai mars, arrivait le 1 1 et se trouvait avancé de xo jours ; les nouvelles lunes arrivaient 4 jours plust6t i|Ue le calendrier ne les annonçait.
Pour remédier à ce désordre croissant , Grégoire XIII ayant consulté les astronomes de l'époque, il fut résolu : i^ que l'on retrancherait 10 jours de l'année coui'ante; %^ que l'on substitufîrait au nombre d'or le cycle des épactes, qui est de 3o ans 9 lequel révolu, les lunaisons reviennent assea exactement an même point. Cette réformation, opérée pn x58a, a pris le nom de Calendrier grégorien ; il est actuellement presque gé* néralisé , même dans TËurope protestante.
Grand. k\ors on commença par bâtir des moulins ])rès des sources des fleuves et dans le voisinage des fontaijies. Bélisaire, général de Justinien, en fit coustruirc dans le milieu des rivières*.
Pline l'ancien fut un des plus savants de l'ancienne Rome, sous Vespasien et Titus. On sait qu'ayant voulu observer de trop près Téruption du Vésuve, Tan 79 de notre ère, il périt victime de son zèle pour la science. Il ne reste de lui que son Histoire Naturelle^ en XXXVII livres, ouvrage (|ni renferme une érudition immense, et luie infinité de rensei^rnements très-curieux sur l'histoire en général , la géogra[)hie, les arts, etc.^. Cependant on y voit quelques taches de crédulité ou du moins de tolérance blâmable de la part d'un savant et d'un philosophe,
Celse et Galien, dans le T^ et le ir siècle de rère chrétienne, ont illustré la science médicale.
PKOGRKS I:T VICISSITIDFS DES ARTS.
L'art (le la fonderie fut probablement importé de Grèce en Ttalie. Néanmoins il est fort antique dans cette dernière contrée, si Ton en juge par la
' Ptj>f. K<lili<)n tlo Parickouckr', liv. vu, cliap. 57 ; note do M. Ajns^on (io Oran(lsni;iie.
' L'etlitir)!! du P. llardoiiiu (Breton d'orii^iiic , en 2 vol. in fol . Paris, i7'>'>, passe pour la j)lus esliinee.
H1STOR1GO-MOI9UAIENTALES. a^S
Statué dlIercule,^dont le roi Évahdre fit la dédicace, et qui, du temps de Pline, était encore au Ccunpo^Faccino ; par la statue de> Janus-^^roTi^ que Nunoa fit ériger en TJionneur de ce dieu , dotit le temple se fermait durant la paix , ce qui détermina la formule si connue : Jamim clausit; par les tables en bronze des lois romaines, etc. La Sicile d'ailleurs fournit un trop fameux exemple d'application de cet art de la fonderie dans le taureau d'airain de Phalaris, tyran d*Âgrigente (de Tan de Rome 56i à Tan 571), et dont l'histoire est devenue vulgaire : on sait que Perillus , 1 auteur de ce cruel instrument de supplice, ayant demandé sa récompense, Phalàris le fil brûler le premier dans le ventre d\i taureau , et que le ty^ ran y fut lui-même brûlé par les Agrigentains ré^ voltés.
L'airain était proprement comme la base et le type des finances romaines. Le collège des monnoyeui*s, fondé par Numa, se nommait œrarionunfabrorutn institution les mandats pourla solde de l'armée s'appelaient ^ra miliium; les receveurs de la finance étaient nommés tribuni œrarii; le trésor publié s'appelait cerarium; enfin les débiteurs insolvables ou ruinés étaient surnommés obofratij d'où nous vient le terme obéré*
Les Romains, sensibles aux beautés des productions de la Grèce, en devinrent par la. suite les protecteurs, tant k Rome que dans Athènes et
aii6 &ECUSRCHt8
à Syracuse. Cicéron fut au nombre des bienfaâ* teurs de l'art'. Le luxe et la magnificence des empereurs contribuèrent à l'eiicouragement des artistes. Les jeux solennels de la Grèce furent transférés en Italie ; ies^ lettres y furent cultivées. Paul-Émile donna l'exemple en chargeant un sculpteur et un peintre d'instruire ses fils, au nombre desquels se trouvait le jeune Scipioa. Sylla lui-métne, le grand destructeur des arts dans la Grèce, devint, peut-être sans le savoir^ leur protecteur dans lltalie, par la somptuosité des édifices qu'il fit constmireet décorer : témoin le temple de la Fortune à Préneste , dont les vestiges nâême annoncent l'ancienne magnifi** cence. A l'exemple de' Sylla , César employa sa puissance à protéger et nourrir les arts, non senlement dans les villes d'Italie, mais encore dans les Gaulés , l'Espagne et la Grèce. II ne se borna point à réparer les désastres antérieurs; partout il restaura , et fit ex^écuter des monuments nouveaux : que n'eût«il pas fait si la carrière de l'empereur eût égalé celle du général ?
Des artistes des pays conquis furent envoyés à Rome^ et réciproquement Rome sut concourir à l'embellissement de ses colonies. Dans ce temps enfin, les arts propagés s'alimentèrent par échange.
Lorsque Rome fut le chef-lieu du vaste em-
' CicER. ad AtîîCy iib, i, Episi, 4» 6» ^> 9-
HlSTORKKï-MûaimSNTALES. tk/^^
pire , les meilleurs artistes vinrent s y établir de la Grèce ménie où ils-n'étaient pkis que faiblement protégés; Rome devint' te nouvelle et dernière Athènes. Là commenç» le beau siècle d'Auguste; Horace dît de 6e prince : veteres reuôcavU artes (il fit refleurir les arts) *.
Il ne faut pas trop prendre à la lettre le texte d'Horace, car le style antique ne se reproduisit point; le bon goût commença ntéme à dégénérer sôus Auguste,' pour faire place à rafféterie, au géilre efFéminé. L'architecte d*Auguste, Vitruve*, confirme ' cette décadence, applicable à la sculpture et à la peinture plus qu'à farchitecture du temps : rar le Panthéon d'Agrippa, gendre et favori d'Auguste, démentirait évidemment cette assertion absolue.
Tibère, le successeur d'Auguste, ne protégea guère les arts; Caligula, Claude et Néron encore moins. Cependant ce dernier empereur fevorisa indirectement les arts dans 1-Occident par un nouvel enlèvement ordonné dans la Grèce au profit de i'ttàlie. C'est probablement à cette spoliation qu'on doit le célèbre ApoMon du Belvédère ^ , qui fut découvert avec le prétendu gla- -: \ \ 1- : 1-
« HoRAcc, liv. rVj'Ode i5, vers i».
» ViTmovE, Ut, vu, idifip. .5.
' Winkelmann m'a paru sublime dans la description qu'il fait de ee chef-d'œuvre. (Histoire de Tart, etc., tom. III, liv. 6,. chap. 6, p. 196.)
a48 RECBEftCHfS
diateur de.fiorghèsç, modèle ODatomique par •Agasias d'Épbèse, à Anthium, lieu de la naissance deNéron^ qqe ce'.pririce avait embelli avec profusion. Ce temps a produit, de la. part des Romains, le Germanicus de Versailles, et TAgrippine- Farnesia. On peut rattacher au règne de Néron le bel antique VÉmçi^leur, transporté de Rome à Çlorence, sous, le grand-duc Cosme III. Cet émouleur, accroupi, est la statue d'un certain Milichus, affr£(nchi du sénateur Scevinus, qui lui avait coufié le soin d'aiguiser le poignard dont il voulait frapper Néron, lors de la grande conjuration à la tête djp laquelle se trouvait C. Pisôn , Tun des principaux personnages de TÉtat. Milichus fut surnommé c0/ijen'â^or; Néron |e combla de biens, et vraisemblablement lui fit élever la statue dont il s'agit, pour consacrer Faction de cet affranchi ^ Cependant quelques antiquaires prétendent que cette statue représente un Scythe qui aiguise Tinstrument du supplice de Marsias.; cet instrument, il est vrai, ne .ressemble point à un poignard, mais à une espèce de couteau. Suivant la dernière version, r^/7iO£^ei/r pourrait bien ^tre un ouvrage grec.
FI. Yespasien fit quelque chose pour Tart , on pourrait dire beaucoup : il assigna des pensions aux maîtres de l'éloquence grecque et latine; il
* ' I i I » I i<. .p - . , Il ■ ..1 ■ , ^
• Tacit. AnnaLIiv. xv.
UISTORICO-MQirUMElfTALES. ^49
encouragea par des gratifications les poètes et les artistes \ érigea le temple de la Paix et ie décora des statues ^ue Néron avait fait venir de la Grèce, et. des tableaux des plus célèbres peiiitres de tous les temps. Il commença le- &n|^ux Colyséé, qui fui terminé par son successeur. Ce temps doit être,' à peu près^ celui d'Acrogas, dont Pline fait mention comme d'un artiste renommé pour- le dessin des Centaures et des symboles, relatifs à fiacchus, et pour la ciselure poljrchtôme des métaux/*,
Titus , dans son règne trop court , fit pluîs pour les arts qu^ son prédécesseur. On cite parmi. les maîtres de ce temps le graveur en pierres fines Evodus ^i auteur de la belle Julie (fille de Titus), sur une aigue-roarine , conservée dans les collections de Fancien trésor de Saint-Denis en France. L'arc-de-triomphe élevé à ce bon prince est un monument distingué par le style de son architecture véritablement romaine, d'ordre composite, et par la pureté des bas-reliefs qui le décorent. Titus, amateur des belles-lettres et des sciences, qu'il cultivait lui-même avec succès , ne pouvait qu'encourager les talents , et jouissait le premier de ses nombreux bienfaits.
' SuiTOHEy- Vie de Yespasien, chap. 18. ' Pline, Hist. nat., liv. xxxiii, chap. 55. ^ Cet Evodus fut précédé, sous Octavieu, par Dîoscoride de SamoSy autre graveur céièbre dans le même genre.
Le règoe de Titus nous rappelle la catastrophe d'HerculaiHim et de Ponipéia, dont les découvertes instructives attestent irrécusablement les progrès antérieurs des arts dans cette contrée d'Italie pourtant éloignée de Roine. La sculpture et la peinture y figuraient déjà par un raérite national : dans le Forum de la première ville on a trouvé des statues en marbré de Vespasien, de Néron, de Germanicus, etc., et la statue équestre de Noniu&^Bâlbus le fils (qui se voit maintenant à droite sous le vestibule du palais royal de Portict). Les peintures de ce- temps n'annottcent point un talent marqué pour la perspective , les groupes, les raccourcis^ le clair-obscur; mais les figures isolées sont en général les meilleures. On voit, au musée de Portici , divers morceaux des plus rétaarquables de fresques détachées avec adresse des murs de Tanttque cité; par exemple : un Hercule nu, de grandeur naturelle, un satyre pressant une nymphe dans ses bras , Thésée vainqueur du Minotaure, Chiron instruisant Achille à jouer de la lyre, ^c. On sait enfin que ce musée spécial renferme une collection magnifique d'objets d*art précieux et très-variés , recueillis tant à Herculanum et Pompéia que dans les autres cités voisines de la Campanie.
Sous Trajan , Fart reçut une nouvelle vie. Outre les encouragements de tout genre qui mirent les artistes en grande activité , son règne fut une oc-
HISTORIC(>*irOin7ttfiirT ALES. a 5 1
casioD presque continue d'eirercér leur$ laleMs et leur génie. N'a-t-on point la superbe colonne Trajane ? Ce monument était au centre d'un Forum que ce prince atait fait bâtir par Âpollodore de Damas. Quelques débris de Tarchitecture de ce Forum , ^ retirés des fouilles éventuelles qui furent' opérées en cet endroit, annoncent la magnificence et le goût. L'inscription suivante de la base de la colonne prouve, par sa finale, l'immensité du travail qu'exigea non seulement la construction du Forum de Trajanr, mais encore la formation de ce vaste emplacement conquis en. partie sur le mont Capitolin; il semble même que la hauteur de cette colonne serve de repère ou de témoin relatif à la hauteur des déblais.
SEir ATVS . MPVLVSQVS . ROMANVS
IMP . C AES ARI . m VI . ir ER V AE . F . NER V AE
TRAIAirO . AVG .CERlf . DACICO . PONTIF
MAXIMO . TRIB . POT . XVlf . IMP . VI . COS . VI . PP
AD • DECLAR AN DVH « QVAITTAE . AI^TITVUINIS
MONS . ET . liOCVS . T ANTIS . OPERIBVS . SIT . EGESTVS
Le bel arc-de-triomphe d'Ancône offre des restes étonnants. On nous a transmis la mémoire du fameux pont deTrajan^ $ur le Danube '. Les
' Ce pont fut construit par le célèbre Apoliodore de Damas, Tan 102 de notre ère; j'en reparlerai plus loin.
'2^)1 UFCin-RCIIFS
ports d'Ostie et (VAiicone, les marais Pontins, etc., attestent pareillement la grandeur et l'iitilité de ses entreprises en laveur des arts et de Tindustrie. Les médailles de cet empereur sont belles, mèni<* en bronze. Enfin la correspondance, si connue, de Trajan avec Pline le jeune prouve combien cet empereur était sincèrement zélé pour fa gloire et le bien de son empire. Si donc Trajan n'eut |)oint aussi son siècle, ce fut la faute de ses successeurs.
Cependant Hadrien, artiste lui-même, étendit sa protection pour les arts jusqu'à la Grèce; il acheva et consacra dans Athènes le temple de Jupiter-Olympien, qui était resté imparfait Tespace de 700 ans depuis Pisistrate. Hérode-Atticus, célèbre par son éloquence et ses richesses, y contiiHia les bienfaits d'iladrien par l'érection d'un grand îiombn* d'édifices publics... INIais je borne actuellcMnent nies observatioiis à l'Italie.
Qui n'a entendu |)arler du château Saint-Ange à Rome, élevé sur les grandes l)ases circulaires et conservées du mausolée (flladrien, dont on a fait des descriptions ])rcs(jue incroyal)les ? On rapporte (pie dans la guerre des (iothsce monument servait déjà de citadelle, et que les llomains y étant assiégés s'y d<''fendirent aussi, comme au Capitole, avec des statues qu'ils jetèrent sur les enncnnis.
Mais nn monument plus considéral.de encore «st la \illa-Hadriani , construite non loin de ïi-
HiSTomco-MOiruMcirTALEs. a53
voit, et dont les débris embrassent un circuit de plusieurs milles. Cet immense ensemble contenait des palais, des temples, des théâtres, des casernes, et jus^^u'à des sites imités de la Grèce , le tout d'un luxe sans exemple de genre et de matériaux. J'y ai trouvé, en 1808, un fragment de rouge-antique (marbre) travaillé en moulure de «cimaise, du serpentin* et d'autres marbres , épars dans les champs actuels,£ommedes cailloux ordinaires. Les statues en tout genre, les mosaïques, les peintures les plus variées étaient innombrables dans la Vilia- Hadriani; elles ont enrichi les principaux édifices de Rome moderne, et tous les cabinets de TEurope: ia^ figure d'Antinous, le favori d'Hâdrien , est reproduite j^isque dans les imitations égyptiennes provenant de ce vaste sanctuaire des arts. La tête colossale d'Antinoiis, trouvée dans la Yilla- Mandragbne, au-dessus de Frascati, est, suivant Wmkelmann , un chef-d'œuvt*e qu'il ne craint pas de classer après i'ApollQu et le Laocoon du Bel^
védère. \
Les Antonins et Marc-^Aurèle ne purent soutenir ce bel élan ; bientôt le talent et le génie trouvèrent des détracteurs dans les sophistes du temps; le discrédit prépara la décadence des arts, qui se manifesta par l'abandon des figures entières, pour se restreindre aux bustes, trop remarquables en général par la médiocrité de leur exécution , parmi lesquels on distingue néanmoins ceux de Lucius
354 BECHERGHES
Yerus, MarcnAuFèle « Macrîuus, Septime-SéTère et Caracalla, dout le mérite consiste dans le soin du travail , et ne; prouve pas que leurs auteurs fussent capables d'une exécution plus difficile. Cependant on peut citer des exceptions bien remarquables: on cannait, par exemple, la belle statue équestre , en bronze doré , de Marc*Aurèle trouvée au Campo-f^accino, On connaît également la colonne Antonîne, érigée par ordre du sénat en rbonn^eur de Marc-Aurèle , et dédiée par ce der* nier prinoe à Antonin-le-Pieux, son beau-père.
Mais ce période florissant ne touche pas moins à. celui de la décadence de Fart, qui commence à Septime-Sévère , ou du moins avant Constantin^ à Tépoque des grands troubles • excités par les trente usurpateurs ( Tjrranni) qui s'élevèrent su^ cessivement, sous Gallien , vers le milieu du HV^ siècle de Tère chrétienne* Cependant il ne faut strictement appliquer la décadence de ce temps qu'à la sculpture , la peinture et le dessin icn g^ néral; l'architecture florissaît encore: la preuve s'en trouvât dans les beaux édifiées du temps; par exemple, les thermes de Caracalla , ceux de Dio* clétien, SQU magnifique palais de Spalatro en Dalmatie , etc.
L'an 3o6 de notre ère, finit la grande mon^r^ chie romaine par l'élévation de Constantin an trône unique de l'empire d'Orient et d'Occident. Constantin s'attacha à faire fleurir les lettres dans
HISTOBICO*MONCMENTALES. a55
rorienty au profit de la religion naissante; aux Platon, aux Démostbènes succédèrent avec celé* brité les pères de l'église et de l'éloquence, saint Grégoire de Na^iance, saint Grégoire de Nysse^ saint Basile, et saint Jean-€brysost6oie (la boucbe d'or ). Mais alors on commençait à briser lea star tues des dieux, on adaptait dès fragcnents anti-* ques à des. ouvrages modernes , à des sujets diffé* rents de leur destination primitive; on confondait^ on dénaturait, on mutilait les objets d'art. ,Un zèle nouveau, ignorant, indiscret et fssmatiqne, dégradait, pillait» détruisait les monuments du paganispie. Les armées barbares vinrent ajouter leurs dévastations à celles des partisans du culte nouveau. Athènes, Ck>rintbe et Rome essuyèrent plusieurs irruptions et pillages; l'aveugle fureur des Romains mêmes anéantit des chefs*d'œuvre qui ne se. reproduiront jamais. Plus tard, Constantiuople ne fut point épargnée dans ce désordre de plusieurs siècles. Que sont maintenant, sous le rapport des arts> toutes ces fameuses diés du grand empire romain, et les peuples fjégénérés qui les habitent!....
La guerre fut peut - être moins^ nuisible aux arts que l'ignorance et le fanatisme. C'est à la guerre que les anciens Romains durent les beaux et nombreux monurkients qui formèrent leur goût et servirent de modèles à l'Europe. Les premiers ouvrages furent apportés à Rome parClau-