‹ Recherches historico-monumentales concernant les sciences, les arts de l'antiquité: concernanChapitre 53 sur 90 · ÇRA.VURE SUR PIERRES FINES · texte numérisé non relu

ÇRA.VURE SUR PIERRES FINES

L'art du graveur, ou plutôt du sculpteur en miniature sur pierres fines , devait être provenu de la Grèce. Il s'est développé grandement : 1^ dans l'agate dite de la Sainte-Chapelle de Paris, apportée, dit*on, par Baudouin II, qui la vendit à saint Louis, lorsqu'il vint, l'an ia449 'ui demander secours ainsi qu'aux princes chrétiens, pour . recouvrer l'empire d'Orient : cette agate, de forme à peu prè&j>vale, a o mètre 3i centimètres de longueur sur o mètre a 5 centimètres environ de largeur , et représente principalement une apothéose d'Auguste» cpmposée d'un très-grand nombre de figures en relief; a^ dans une autre agate dite de i'Empereur, aussi relative à Auguste, à Tibère et Germauicus, de forme irréguiière , semblablement travaillée , ayant environ o mètre a4 centimètres de longueur sur o mètre 19 centimètres de hauteur; 3^ dans une troisième agate du cabinet du roi de France y apportée de Constantinople , et représentant l'apothéose de

Giermanieus'. Sylla^ dictateur, avait sur son cachet ta figure de Jugurtha vaincu par lui. Pompée fit hôiumage au Capitole de la collection de pierres gravées (dactyhothecam ou annahntm tlepO' sitorium) du roi Mithridate. César dédia pareille^ ment une collection de ce genre au temple de Vénus-Genitrix. Marcellus, fils d'Octavie, en dédia une au temple d'Apollon du mont Palatin, kvt* guste eut d'abord un sphinx pour cachet, dont il scellait ses arrêts et ses mandats ; mais dans la suite il le remplaça par un Alexandre-le-Grasd. Mécènes , intendant des finances de cet empereur, avait une grenonifle sur son cachet, -etc. *.

Tai déjà cité Dioscoride de Samos, graveur en pierres fines; Acrogas , renommé pour ses dessins bachiques et pour la ciselure polychrome des métaux; Evodus, auteur de la belle Julie (fille deTitos) sur line aigue-marine qui faisait partie du trésor

de Saint-Denis en France. Pline et Martial mentionnent encore Ledus-Stéatiate comme graveur de combats et de gens armés. Si plusieurs de ces

artistes étaient Grecs , leurs ouvrages furent du moins commandés par des Romains. Du temps de

> Montfaucon a reproduit le dessin et TexpUcatioii des deux premières agates (Àntiq. expl., t. v, i** partie » liv. iv, pL 17a et ia8); il a pareillement donné la troisième ^ aa même volume /pi. 49.

* PUN., Hisi^ nat.^ &>. zxxvii, c. i.

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Pline, ks lapidaires se servaient du diamant pour tailler et travailler les pierres fines ^

mosaïques RT fRESQUES.

C^t art distingué devait être postérieur àut ftoosaîques, aux fresques, où les Romains etcellèrent et dont on voit des restes si remarquables adhérents encore aux emplacements de leurs destinations primitives , surtout à Rome , à Pompéia, Herculanum, etc. L'art des fresque^ était déjà fisimUier au temp& de la splendeur die Pompéia, puisque dès lors od y appliquait le sciage pour obtenir la conservation de parties qui sans doute étaient d'un mérite extraordinaire; en effet, dans les édifices découverts à Pompéia on voit que des figure^ entières (fresques), des têtes ou autres fragments de peinture, ont été détachés des murailles. Winkelmann pense que le Sciage ou Tenlèveil^ent de ces pièces a pu se faire à Tépoque de Téruption vésuviennede 79, soit que lés habitants épou* vantés aient eu le temps, avant de prendre la fuite , de sauver ime partie de ces objets précieux, Soit qu'après la catastrophe, retournant à leurs maisons abandonnées, ils aient pu se frayer quelques passages , pour essayer d'emporter une partie de leurs meubles , conjecture que semblent

* Plin, HisL nat,y iib. xxxtii , r. 4.

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appuyer des piédestaux dégarnis , des chambrer dépouillées, des ouvertures de portes dégondées- On a même trouvé dans les temps modernes, à Herculanum , quatre tableaux ou sujets placés et adossés deux à deux , au bas de la muraille dont ils avaient été séparés. X^e fond des sujets était circonscrit par un ençadreipent peint de plusieurs filets parallèles de différentes couleurs.

Cependant Tart des. fresques, suivant Pline \ a été introduit en Italie par Ludius, peintre romain, sous le règne d'Aiiguste , dont la mort ne précéda que d'enviroD 63 îins 1^ ruine d'HercuIanum et de Ppmpéia. L'art des mosaïques et des fresques est devenu comme un privilège national attribué par continuation aux artistes de Rome moderne.

On ne voit rien de plus curieux en ce genre qu'une mosaïque découverte au pavé de l'ancien temple de la Fortune à Préneste ? maintenant Paiestrin#. Cette ancienne ville du L^atium, à m milles de Rome, était renommée dans l'histoire romaine et fut subjuguée par Sylla durant les guerres civiles où succomba Marins. C'est au dictateur trop fameux par ses proscriptions et ses cruautés que l'on rapporte l'exécution de la belle mosaïque dont il s'agit, Pline dit clairement que ces pavés, qu'on appelait lithostrata^ composés dç petits fragments {j^arvulis crustis)^ commencèrent à être mis en

' Plin, Hist, nat.y lib, i^xv, c« 19.

HlSTOKlOO^lfOllDMSirTALES. 355

usage sous Sylla ; et qu'on voyait , de son temps , celui que Sylla fit faire au temple de la Fortune à Préneste '.

Ce morceau précieux fut recueilli par le cardinal Barberini ;' pour le conserver il en orna ^son palais de Paleftsine. Le P. Kireher et Montfaucon en ont donné des dessins et des descriptions. Les couleurs de cette mosaïque sont si vives ^t si bien nuancées, qu'elles sont comparables aux plus belles peintures. L'ouvrage est considérable ; la composition en est vraiment capricieuse : on y voit quelques animaux fantastiques. Il parait qu'on y a représenté l'Egypte par groupes variés^ sans liaisons , mais avec une espèce de succession caractéristique du sol , plus stérile et sauvage vers l'Étbiopie, plus fertile, plus agréable et même voluptueux vers la Méditerranée. On voit dans leurs positions respectives, à droite et à gauche du Nil, les deux principales villes de l'ancienne Egypte , Héliopolis et Memphis.

Un moderne interprète de cet ensemble compliqué y trouve l'explication du voyage d'Alexandre traversant l'Egypte pour aller consulter l'oracle de Jupiter * Âmmon , voyage décrit par Quinte^ Curce^, et dont plusieurs groupes de la mosaïque semblent confirmer la description. En effet,

, pLiN, Hist. nat.y lib, xxxvi , r. 5 » Quiht. CuaT., iib. iv, c<y. 7.

r. aS.

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Sylla s(î flattant d'avoir im empire aussi étendu que celui d'Alexandre , on peut l>ien croire (|u il ait voulu reproduire iH)e circonstance remarquable de la puissance et de la fortune du grand homme dont il se croyait l'émule. Montfaucon ne partage point cette opinion; il reconnaît pourtant dans la mosaï([ue un<» représentation générale et prescpie (emblématique de l'Egypte.

On a découvert à Nîmes plusieurs pavés de mosaïques (en cubes de marbres variés) par compartiments, ou représentant des figures, des animaux, etc., bien dessinés. Ces ouvrages doivent sans doute être attribués aux anciens Romains, dont les aits ont embelli cette contrée.

On sait (pie les grandes mosaïques se composent soit de petits cailloux roulés par les rivières et soigneusement échantillonnés; soit de fragmenis ou cubes plus petits encore de [)ierres et marbresde difïérentes couleurs; soit enfin d émaux cubiques nuancés artiliciellenjc^it avant la fusion. L'ensemble de chacune de ces esj>èces est lié par un ciment ou mastic susceptible de durcir et mén)e de se polir à la smface du dessin. L'art des mosaïques est poussé jusqu'à la n)iniature. (le genre est h» (essellatum dont j'ai déjà parlé pag<^ v.()8 .

Il est un autre genre de mosaïque dite de pierre dure, d(Mit les l'Iorentins entretiennent une fii- Iriqiie royale, it dont ils ont fait une grande et ijrillante application à la chapelle sépulcrale des

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Mëdtcis. CeluÎKri se compose de pierres fines ^ agates, jaspes, cornalines, marbres, etc., ^ui présentent naturellement des teintes soit plates, soit fondues ou graduées; ces dernières sont plus précieuses. Les petits blocs d'approvisionnements sont sciés et débités en lames très-minces, dans Tattente de leur forme éventuelle et définitive. Par le choix intelligent des pièces de rapport, leur adroite combinaison, leur taille, et leur union exacte sur un fond de stuc , à l'imitation d'un dessin modèle , on obtient des ouvrages aussi solides qu'agréables, et d'un mérite supérieur à celui des mosaïques ordinaires, car ici le goût de l'artiste s'exerce* en permanence. Ce genre est le sectile , dont j'ai fait mention (page a68).

FABRICATION DU VERKE.

Lesanciens Romains connaissaient l'art defabriquer le verre et de le colorera l'imitation des pierres précieuses. Pline parle de la manière de fabriquer, de travailler et de ciseler le verre. De son temps, à Rome, on tirait le sablon propre à cette fabrication sur le bord du Yolturne, à 6 milles de son embouchure. Pline rapporte que de son temps on extrayait le cristal dans les Alpes, mais avec beaucoup de difficulté (j'en ai moimême trouvé au mont Cenis). On connaissait le prisme {yiirum trigonum) qui réfléchissait les cou-

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leurs (le* l'iris vi\ décomy)osant le rayon de lumière ^ Le même auteur nous apprend que ^éron, qui élait miope, se servait d'une lunette pour regarder les combats des gladiateurs (sic JSero princeps , glaJiatorum pugnas spectabai smaragdo^), A Pompéia, lorsqu'on découvrit en 1824 d'anciens bains, on trouva en place, à une fenêtre d'assez grande dimension et dont le châssis était en bronze, de grandes pièces de vitraux coulés dans le genre de nos glaces. Ces vitraux dataient au moins du commencement du V^ siècle de notre ère. Ce fut vers le même temps qu'on inventa la manière de fermer les fenêtres et d'éclairer les appartements avec des tahletti\s de pierre sj)éculaire ^. Pline le jeune en faisait usage à sa uiaison de campagne, ce qui n\'mj)èchait pas qu'r)n connut déjà le verre employé en vases, tasses, etc. {Lib. n, Epist. J7, (ïaHo. ; Ces piern^s spéculaires venaient de l'Espagne citérieure, de Cliypn», de Cappadoce, d'Afiique et de Sicile

' y<i<(itii} r.idri^nmc/Uo Jris : nàfit snh tcrfo percussu ynb spfiii's et colores an us civlesiis in prtKrimoa parietes rjncuîalur, s uhi //<{(• îRiitans ^ mdL^nthpic varie ta te admirationem ^tii aui^cns. I Plin, Hist, naf.^ lib. wxvii, c. 9.)

^ Cot jnt li<^nt à la science pliysique. Les 0|iticietis modernes en France se qnalilient crini^énieurs

' (^iration, d'après Sénèqiie, par Montfauron, Antiq. e\pl. . l. iii, i" partie, liv. m, p w)»

HISTOKKX>]|fOirUVEIITALES. SSg

Nota. Le plupart dès verres artiûciels trouTés clans les ruines d'Herculaiium ont perdu leur poli par Taction de la cfaaleur ou celle des acides, qui en ont, à la longue, décomposé la surface; d autres ^ devenus laiiielleax par altération, réfléchissent diverses couleurs prismatiques, suivant la dénoté dés parties.

Outre les vases de verre pour des usages ordinaires, dont on voit un atssez grand nombre au musée de Portiti et provenant d'Herculanum , les anciens avaient encore des espèces ^ d'urnes en verre , pour conserver les cendres des morts déposées dans les tonùbeaux^des lacrymatoires, etc. Le verre, ou plutôt l'émail a aussi été eniployépar les anciens aux pavés intérieurs des édifices, en forme de carreaux de briques , et diversement coloré i l'instar des mosaïques; on a trouvé de ces derniers et d'autres dans File Farnése, entre Rome et Yitel-bè \

Du temps de Pline, l'étain s'employait à étaraer les vases de cuivre ou d'airain , à faire des miroirs : la fabrication de Brundusium ( Brindes ) était fort estimée ; mais les miroirs d argent discréditèrent les premiers. On employait encore l'étain mêlé au plomb, pour les soudures des tuyaux et

WiHK^ELMANN, Hîst. de Tart, etc., i. i, liv i, di. 2.

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conduits des fontaines qui se faisaient en plomb laminé ^

Du temps d'Auguste, on se servait à Rome dv papyrus, auquel on donna même, par flatterie, le nom de cet empereur. Fanntus, grammairieu romain, établit une manufacture à Rome, où Ton perfectionnait le papyrus en le rendant plus poli et plus propre à l'écriture ; ces feuilles étaient appe- \ée^ohartafanniana^. On en fit usage jusqu'au Vi^ siècle inclusivement, même dans les Gaules; et pour conserveries manuscrits en livres, par exemple , on y intercalait ,' après quatre , cinq , ou six feuilles de papyrus, deux feuilles de vélin , sur lesquelles on continuait l'écriture. En Orient, l'usage du papyrus fut en grande partie remplacé par celui du papier de coton ou de matière à soie ychartû bombycina des Latins^ chartes bombacinas on bambacinos des Grecs ^); on le nommait aussi charia damascena (de Damas). Ce changement eut lieu du IX^ au X^ siècle ; c'est probablement l'époque de l'invention' du papier moderne de chiffon. .

' PLIH, HisL nat.y iéb. xxxiv, c. 17.

* MoHTFAUcov, A.ntiq. expl. , suppl., t. ht, Wv. ix, p. 3o5.

' MoHTFAOÇov, Antiq. expl., $iippl.> t. m, tiv. ix, p. ai 4.

HISTORlCO-MONUlll^If TALES. 3Ql

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