POMPES ET FÊTES PUBLIQUES DES ANCIENS
Les Orientaux attachaient la plus grande importance au luxe de leurs pompes ou cérémonies extraordinaires , qu'ils célébraient à l'occasion de quelque événement majeur, et quand le roi, à la tête de son armée, se mettait en marche contre l'ennemi. Ce luxe consistait dans le nombre des hommes,' des chevaux, des animaux, même étrïingers, des chars, des richesses d'ornement et des objets précieux, dont ils faisaient alors un orgueilleux étalage. Voici, d'après Quinte-Curce , le récit de la pompe de Darius, roi de Perse, dans sa marche contre Alexandre, avant la bataille disse en Ciiicie ' :
' QmvTB-cuBGR ,liv. III, ch. 3 , p. 17, 19 et ai . (Trad. de Beauzëe.)
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POBIPfe Dfe DARIUS.
« C'était un usage national chez les Perses , de « ne se mettre en marche qu'après le lever du «soleil : le jour étant déjà grand, la trompette « donnait le signal de la tente du roi ; au haut de « cette tente , pour être à la portée de tous les « yeux, brillait l'image du Soleil, enchâssée dans « dn cristal. Or voici dans quel ordre ils marcc chaient : Le feu, qu'ils appelaient éternel et a sacré, était porté à la tête de l'armée sur des a autels d'argent ; des mages étaient derrière, a chantant des hymnes à la ùçon du pays; ik « étaient suivis par 365 jeunes hommes revêtus « de manteaux de pourpre , pour égaler le nomic bre des jours de l'année ; -car les Perses donnent « aussi à leur année ce nombre de jours. Un char « consacré à Jupiter venait ensuite , tiré par des « chevaux blancs; puis un coursier d'une grana deur extraordinaire, qu'ils appelaient le cheval « du Soleil ; des hoùssines d'or et des habîls a blancs étaient la parure des conducteurs des ce chevaux. Non loin de là roulaient lo chariots « richement incrustés d'or et d argent. Après cela a marchait un corps de cavalerie, composé de « douze nations différentes d'armes et de mœurs; <c elle était suivie de celle que les P.erses appellent « immortels, au nombre de 1 0,000; c'étaient les
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« plus somptueux des Barbares; ils portaient des (4 QoUiers d'or, des robes éclatantes de dorures, « et des tuniques à manches, ornées même de « pierreries. A peu de distance paraissaient, au « nombre de i5,ooo^ ceux qu'on nomme les « cousins du roi, troupe dont la parure appro-* « chait de celle- des femmes, et plus remarquable « par la somptuosité que par l'éclat des armes, c Ils étaient suivis immédiatement par ceux qu'on «f appelait doryphores f , chargés ordinairement « du manteau royal ; ils précédaient le char sur « lequel le roi était élevé. Les deux côtés de ce « char étaient ornés d'images des die\i% en or et « en argent ; des pierreries éclataient sur le joug, « d'où s'élevaient deux statues d'or, hautes d'une « coudée, l'une représentant Ninus, et l'autre « Bélus; entre deux était un aigle d'or, éployé, a consacré par la religion.
a La parure du roi surpassait tout le reste en « magnificence : sa tunique de pourpre était rayée « de blanc au milieu ; son manteau, broché d'or, ec était enrichi d'éperviers d'or qui semblaient a s'attaquer à coups de bec ; il portait, à la manière « des femmes, une ceinture d'or ^ d'où pendait son « cimeterre dans un fourreau £siit d'une pierre f précieuse : les Perses appelaient cidaris Tome-
' Ce mot signifie liuéralement porte-lances ; il vient de dory [hasta) et de phero [porto ow/ero).
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a ment de tête qui distillait le roi : c'était une fc tiare ceinte d'un diadème bleu mêlé de blanc. <K Le char était suivi de 10,000 ptquiers; leurs « piques étaient enrichies d'argent et garnies de « pointes d*or. A droite et à gauche , le roi était « accompagné par environ aoo de ses parents les cK plus distingués. Cette escorte était terminée par « 3o,ooo hommes de pied , qui étaient suivis par « les chevaux du roi au nombre de 4oo; à la a dbtance d'un stade, venait ensuite, sur un char, a Sysigambis^ mère de Darius, et sur un autre son ce épouse ; les femmes attachées aux reines étaient a à cheval. Elles étaient suivies de 1 5 chariots ou « litières, que les Perses appellent armamaxes^ où « étaient les enfants du roi avec leurs instituteurs, « et une troupe d'eunuques, espèce d'hommes « que ces peuples sont fort loin de mépriser. Puis a suivaient, sur des chars, les concubines du roi, a au nombre de 36o , vêtues et parées comme les «r reines ; et derrière elles , le trésor du roi était a porté par 600 mulets et 3op chameaux sous une c escorte d'archers. Sur leurs pas venaient les ce femmes des parents et des ministres du roi, et <c les différents corps de goujats et gens de baga* « ges tous montés sur des voitures. La marche était « fermée par des compagnies armées à la légère , (c ayant chacune leurs chefs , pour empêcher qu'on « ne s'écartât. >»
Cet usage, qui fait ressortir brillamment les arts
HISTORICO-MONUMEKTALES. /fi^
deTépoque, cet usage, peut-être superstitieux, était une haute imprudence devant l'ennemi, auquel il servait d'appât^ en -embarrasisant l'armée des Perses. Aussi l'armée d'Alexandre, qui ne brillait que p9r ses armes, son ordre et sa discipline, toujours prête à faire halte, à marcher et à combattre, fut-elle victorieuse aux batailles d'Isse, d'Arbelles, etc..
POMPES d'aNTXOGHUS ET DE PTOLlÉMÉE.
Les Grecs et les Romains avaient aussi des pompes, espèces de marches ou de processions publiques, en mémoire d'événements, remarquables dans leur histoire , et bien supérieures à tout ce qu'offrent les temps modernes. Celles des Grecs étaient les plus magnifiques. Morflfaucon, d'après Athénée , donne la description de deux pompes grecques ' :
1? La pompe d'Antiochus, surnommé Épiphanès ou Épimanès. Le cortège passait 62,000 hommes à pied ou à cheval; il y avait i4o chars à six et quatre chevaux, 3o éléphants, 1000 bœufs, des statues, des trépieds, des vases, des parfums, et une inBnité d'objets du plus grand prix, portés par 1600 jeunes garçons et 800 femmes, portant chacun une partie de ces objets précieux. *
^ MovTFAiœoHy Aniiq. expl., t m, ft* partie, ch. 10.
'>/* T/i poin|^c (loPlolémée-lMiiladelpIio, roi d'Kgypte. C<tte pompe, qui niarclia par Xg stddion ^ cirque irAlexandrie, commença à la pointe du jour (par Lucijer). J Jle était formée de trois parties : en riionneur de Bacclius, de Jupiter et d'Alexandre. L'escorte militaire était de 57,600 fantassins, et a3,uoo cavaliers montés. Le cortège était immense; le chœur se composait de 600 musiciens; il v avait i>.,oo() Ixïufson taureaux, des éléphants, des lions, etc. Quant à la richesse des statues et autres représentations, des trépieds, vases, couronnes, etc., en or, argent massifs, et autres matières j)récieuses , en doutant même de la vérité d'une description aussi merveilleuse que celle de la pompe de Ptolémée, on y trouve Tapj)lication bien certriine des arts les plus variés.
Ab^rt. Je parlerai plus loin delà pompe funèbre ou du convoi d'Alexandre-le-Cirand.
POMPKS KOMAINFS.
J^es pompes romaines, quoique loin d'égaler la som|)tuosité des orientales, étaient néanmoins trèsriches et tres-nond)reuses. La |)rincipal(», d'abord consacréeà Jupiter, à Junon et^Iinerve, devint plus solennelhs et fut célébrée en l'hoiuieur de presque tous les dieux. Son é|M)(pie était le mois de septembre. l'Jle commençait au temple d(* .Tupit(M-
HISTORlGO*aiO)rOMEirTAL£à. 4^^
Capitolin , passait au Forum ^ au Yélabre , et se terminait au grand cirque par des courses et des exercices gyràniques. La pompe était dirigée par les premiers magistrats de Rome, les pontifes, les augures, les quindécemi^irs et les septemvirs^ épulonsy auxquels on ajoute les augustales. Le dictateur, ou le consul, ou l'empereur, celui qui gouvernait alors , présidait la cérémonie.