SUR LA VÉNERIE
Charles le Téméraire, qui passa la majeure partie de sa vie à guerroyer et à dissiper les immenses richesses acquises par son père, faisait, à ce qu’il parait, plus de cas de la fauconnerie que de la vénerie. Voici comment Olivier de la Marche s’exprime sur la jeunesse de ce prince : « Son passe-temps estoit de voler à esmerillons, et chassoit moult volontiers quand il en pouvoil avoir le congé. Il jouoit aux échecs mieux qu’aullre de son temps. Il jouoit aux barres à la façon de Picardie, et en escouoil les autres par terre et loin de lui. > Comme nous n’aurons rien à dire sur ses chasses dans la forêt de Soigne ( ,0 ’),
auxquelles se prêtèrent cependant tant de fêles splendides données à Bruxelles, soit par lui, soit par le duc Philippe, nous donnerons ici textuellement les principales dispositions d’une ordonnance fort curieuse qu’il lit, en 1468 (" ,3 ), pour la vénerie de Brabant.
Après avoir établi dans le préambule les raisons qui le déterminaient à ôter l’administration des revenus de la vénerie au maître veneur Hinckaert, et à y commettre un receveur particulier, comme du temps passé, le duc statue :
« Il y aura pour ladicle vénerie ung maislre veneur à ung varie! et deux chevaulx. Item deux veneurs, chascunà cheval. Item cinq varlelz de lymiers à pied. Item ung veneur menant et allant devant la chasche. Item quatre- varlelz de chiens et quatre varlelz de leuvriers : sont quatre personnes à cheval et quatorze à pied.
« Item 26 coupples de grans chiens de cherf, item 22 leuvriers, item 4 lymiers pour les cherfs et 24 coupples de chiens pour les sanglcrs: sont six-vingt-quatre chiens.
« Il sera payé par chascun an en argent, par les mains du receveur de Boulsfort, et à termes raisonnables, au maistre veneur, pour les gaiges et despens de lui et des autres personnes, chevaulx et nombre de chiens cy-devanl déduirez, les parties et sommes qui s’ensuyvenl.
« Assavoir, pour les gaiges ei despens dudit maisire veneur, sou varlel el deux veneurs, tous à cheval, el quatorze serviteurs à pied, selon les ordonnances faicles du temps de feu le duc Àntlioiue, et qui fut ainsi entretenu au temps quant feu monseigneur le duc trespassé parvint à la seigneurie de Brabant, la somme de trois cens quatre vingt-une livres, de quarante gros de Flandre.
* Item, pour la despense du nombre de chiens cydevant, lesquels ledit maislre veneur sera tenu de entretenir à ses despens, toute l’année, pourveu aussi que tout le grain qu’il lui fauldra pour le pain qu’il fera cuire au lieu de Boulsforl, pour le gouvernement desdits chiens , il fera mouldre au moulin de Boulsforl ('“4), en payant de ce moulture duc el accouslumée, la somme de trois cens quarante livres.
«Item, pour le bûche (bois) et charbon pour les chiens, qui se payera en argent, cent livres.
« Item, pour le paslurage tant de vaches à donnier lel pour les lisses (chiennes ) , eayaulx et chiens malades, comme pour les vuides bestes pour la provision de l'hoslel de Boulsforl, la somme de vingt-quatre livres; et, moyennant ce, ledict maislre veneur ne pourra faire paslurer aucunes vaches ou bestail en la forest de Soigne, sinon en payant ès mains du rentmaistre de Brabant, en argent et avoine, autant que
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autres particulières personnes (pii feront pasturcr leurs besles and ici bois.
«Item, pour feurre (fourrage), estrain (paille), coliers, lesches (laisses), trompes, couroyesà pendre icelles, et autres menues choses servans pour iadicte vénerie, cinquante-cinq livres.
f Oullre et par dessus lesquelles parts d’argent, montant ensemble à la somme de neuf cens livres, de quarante gros de Flandre, ledict maistre veneur aura la maison de Boutsfort pour sa demeure et pour y logier les chiens, ensemble les estables pour ses chevaulx, en réservant à celui qui est ou sera commis à la receple de Boutsfort , une bonne chambre oudil hostel et eslable pour ses chevaulx.
tllem, pourra aussy ledict maistre veneur faire nourir ès abbayes de Brabant , qui de droit y sont lenuz, les cayaulx de Boutsfort, sans pour ce lesdicles abbayes cltargier ou traveiller plus avant qu’il n’est accousluiuc d’anchiennelé, du tems de feu le duc Anthoine et auparavant.
« Item, pourra aussy ledict maistre veneur et aultres ses gens de Iadicte vénerie, eux logier ès abbayes ou maisons d’églises, en Brabant, où d’anchien tems l'on est accoustumé de logier, quant besoing leur sera, en passant pays pour aller d’un lieu à autre, sans y dcmourer ou faire plus long séjour à une fois que d’un jour et une nuyt tant seulement, ainsi qu’il
l'usl ordonné et entrelenu en cas semblable, du teins dudicl feu le duc Anthoine.
* El moyennant les choses dessusdicles, le maislrc veneur sera tenu de entretenir ladicte vénerie du nombre des personnes, chevaulx et chiens dessusdicts, à sa charge et despens, et chassera les venaisons chascune en sa saison, en les délivrant et faisant mener ès lieux et places qui sur ce lui seront ordonnez, sans pour ce tenir aucun lardier audict hostel de Boutsforl. Ne ledict maistre veneur ne auscun des aultres veneurs ou varletz devantdicts auront auscunemenl droilz ( ,o5 ), quels qu’ils soyeul, en ladicte vénerie, mais tous lesdicts droietz, ensemble aussy l’argent qui viendra des quirs des besles rouges ( ,o6 ) prinses par lesdicts gens de la vénerie, et qui se vendront à nostre prouflit, se recevront par les mains dudicl receveur de Boulsfort, qui en fera rccepte en ses comptes comme des autres parties de domaines de ladicte receple de Boulsfort, cl des pelis chiens aux renars ( ,0 7). »
Charles le Téméraire confirma dans ses fonctions de maître veneur Philippe Hinckaert, qui était aussi un de ses chambellans. Les titres qui valurent cette faveur au veneur brabançon sont trop flatteurs pour <pie je les passe sous silence. Ainsi le duc le retint à son service * à cause que de sa jeunesse il a esté nourry au fait de la vénerie, sçait mieux l’estai cl
conduite dudicl office de maislre veneur, et comment on le doit gouverner et exercer au bien et prouflil de nous, que nuit res que y pourrions commettre de nouvel ( ,o8 ). » Mais ce prince n’était pas destiné à mettre souvent à l’épreuve le savoir-faire en vénerie de messire Hinckaert. Il ne fil, pendant son règne, que de courts séjours à Bruxelles, et ne larda pas à trouver le terme de sa carrière et de son ambition à la bataille de Nancy.