‹ Recherches historiques de la maison de chasse des Ducs de Brabant et de l'ancienne cour de Bruxelles; précédées d'un aperçu sur l'ancien droit de chasse en BrabantChapitre 18 sur 24 · L’EMPEREUR MAXIMILIEN ET DE PHILIPPE LE BEAU · texte numérisé non relu

L’EMPEREUR MAXIMILIEN ET DE PHILIPPE LE BEAU

Lorsque la fille de Charles le Téméraire parvint à la souveraineté des États de la maison de Bourgogne, elle trouva la vénerie commise aux soins de messire Jean de Berghes, chevalier de la Toison d’or, seigneur de Berg-op-Zoom, comte de Walhain, etc., que son père avait institué maître veneur de Brabant ( ,0 9), en remplacement de Philippe Hinckaert, décédé le 6 octobre 1472. Marie de Bourgogne nonseulement maintint ce puissant seigneur dans l’honorable charge qu’il occupait, mais, en considération des services qu’il avait rendus en tout temps à son père comme chambellan et plus encore comme soldat, elle lui céda la pleine jouissance des revenus de la

vénerie, ainsi que cela s’élail fait jadis en faveur de Jean Hinckaert. On sait que la riche héritière de la maison de Bourgogne aimait extrêmement la chasse, et qu’elle trouva même la mort en se livrant à ce plaisir. Elle avait, sous ce rapport, un mari digne d’elle. Olivier de la Marche, en faisant l’éloge de Maximilien d’Autriche, nous le dépeint comme un grand chasseur. Il dit que < ce fusl un jeune prince qui volontiers et moult bien jousloit et tourrioyoil , et aimoil le déduit des chiens et d’oiseaux sur tous

autres princes du monde. » Un autre auteur nous rappelle ses chasses en France. * Les environs de Blois, dit Lacurne de Sainle-Palaye, le Plessis-lezTours et Pont-le-Roi, éloienl les endroits où Louis XII aimoil à prendre le divertissement de la chasse. C’est dans ces mêmes lieux qu'il donna plusieurs fois le plaisir de la chasse à l’archiduc Maximilien lorsqu’il passa en France, et, afin qu’il pût s’amuser sur sa route, il lui ût présent d’oiseaux de toute espèce propres à chasser au vol, soit dans les champs, soit dans les rivières. » La forêt de Soigne, elle aussi, fut souvent le théâtre des chasses de Maximilien, lors des différents séjours qu’il fil à Bruxelles, comme archiduc et comme empereur. Sans parler d’un trophée de chasse dont il sera question plus loin, nous ne pouvons guère en donner une meilleure preuve que la lettre suivante, qu’il écrit du château de Tervueren à sa fille Margue-

rite, gouvernante générale des Pays-Bas : «Très-chière et très-amée fille, nous vous envoyons présentement le sommyer du serf que avons ce aujourd’huy prins à force, et vous prions de icelluy faire aprester et en fesleyer, à quelque disné ou souppé, noz petites et très-chières filles. En quoy faisant, vous nous ferez chose bien agréable; ce scet Noslre-Seigneur, qu’il, très-chière et très-amée fille, soit garde de vous. Escript en nostre chasleaul de laVueren.Ie 22® jour de juing, l’an 1512. » Une autre fois étant à Fribourg, l’Empereur vante à sa fille ses chasses brillantes où il prenait jusqu’à quatre cerfs en une matinée, et force canards et hérons dans l’après-dîner. La Bibliothèque de Bourgogne possède encore un traité de vénerie qui a servi à ce grand chasseur. Il fut composé expressément pour Maximilien par Cari von Spaur, grand forestier de l’Autriche supérieure. Il traite particulièrement de la chasse au chamois que ce monarque aimait passionnément. Un jour même, en poursuivant un de ces jolis animaux, il s’aventura à lu cime d’un rocher, d’où il ne serait jamais descendu sans l’aide de quelques montagnards qui étaient accourus à son secours. Celte aventure faisait le sujet d’un tableau qui ornait le château de Tervueren. Le manuscrit ou traité dont nous parlons, pour lequel, comme il l’annonce dans la préface, Cari von Spaur a prodigué son zèle et ses talents, ne peut être com-

paré, quant à la beauté et à l’exécution, au traité du Boy Modus que Philippe le Bon avait dans sa bibliothèque.

Un auteur ( ,l0 ) raconte que Philippe le Beau, fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne, fit son entrée solennelle à Bruxelles, le 22 juillet 1495, en compagnie de plusieurs grands seigneurs du pays, que le magistrat alla le recevoir à la porte de Malines (aujourd’hui de Schaerbeek), et qu’à cette occasion «les bouchers habitués comme braconniers, aians cors, trompes, chiens en laisse par coupples, avoienl mené un cherf, lequel Tut chassé honeslement hors la dicte porte. » A part les bonnes intentions qui avaient donné lieu à cet acte de courtoisie, je suppose que Philippe le Beau dut être fort étonné de se trouver dans un pays où les bouchers se livraient à la chasse noble, sous les yeux de leur prince, ce qui était si rigidement interdit partout ailleurs à des gens de leur condition. Tel était néanmoins le privilège que les bouchers de Bruxelles prétendaient avoir, en dépit des lois sur la chasse.

Les Bruxellois aiment encore aujourd’hui à visiter les ruines de l’ancien prieuré de Groenendael, situées au sein de la forêt de Soigne, dans la silencieuse vallée de ce nom. Jadis on voyait fixé aux murs de l’église de ce prieuré, le bois d’un cerf qui avait trouvé la mort de la main même de Philippe le Beau.

Cet exploit élait rappelé à la postérité dans une strophe de vers latins qu’on lisait au-dessous de la dépouille du noble animal. A part le style, un poète ancien n’eût pas chanté dans des vers plus pompeux le triomphe de Méléagre sur le fameux sanglier de Calydon. Que le lecteur en juge :

Maxitniliani proies generosa, Philippus,

Me morli sine morte dédit : fatoque superstes Eternam retuli tali de funere vitam.

Ilium Belgiacæ moderantem gentis habcnas,

Post curas dubiosque metus, alterna vocabat In silvas properarc quies, qua plurimus una Errabat meeum per lustra latentia cervus.

Jamque propinquabat voces hominumquc canumque Venantumquc cavas volitabant tela per umbras.

Hue illuc socii discurrere, quo timor illos Urgebat : pedibus celeres timor addidit alas.

Me super incubuit subito lætbalis arundo (Incertum quæ fata viam casusnc Deusne Prebuerint) sequilur non vilis gloria fatum.

Scilicet eripuit felix mihi dexlera vitam Magnanimi herois, qui longa in sæcula struclo Patris ad exemplum fixit mca cornua muro,

Gornua felicem nunquam tacitura triumphum.

Cette t irade rappelle, comme on voit, un exploit du môme genre accompli par le père de Philippe le Beau, qui, lui aussi, orna les murs de l’église du prieuré de

Groenendael du bois d’un cerf loiubé sous ses coups. Nous verrons plus loin Charles-Quinl inscrire son nom à eôlé de ceux de son père el de son aïeul, et laisser un autre souvenir de citasse au prieuré de Groenendael.

Durant le règne si court de Philippe le Beau * la vénerie de Brabant resta toujours confiée à messire Jean de Berghes, sans que nous sachions sur quel pied elle était tenue. Il paraît que ce grand veneur en disposait d’une manière aussi absolue que le souverain lui-même, car souvent il emmenait veneurs, chevaux et meules à sou château de Walhain, antique forteresse dont on voit encore les ruines festonnées de lierre ('"), ou bien, il s’en allait chasser avec eux dans sa terre de Berg-op-Zoom. Jean de Berghes, que nous avons vu instituer graud veneur par Charles le Téméraire et confirmer par Marie de Bourgogne, vécut assez longtemps pour voir les plus beaux jours du règne de Charles-Quinl. 11 cessa néanmoins d’occuper sa charge pendant les années 1506 et 1507, qu’il fut remplacé par un seigneur du nom de Deville, dit Luxembourg ('**), qui était comme lui chambellan de Philippe le Beau, et avec lequel il avait eu des contestations pour la charge même de grand veneur. Mais Philippe le Beau le renomma, en 1508 ( ,l3 ); el deux fois, en 1515 ( , " i ) el en 1525 ( ,l5 ), eommearchiducel commeempereur, Charles-Quinl lui

délivra de nouvelles lettres patentes qui rattachaient à sa personne en la même qualité. Messire de Berghes peut doncêlre nommé à juste litre le Nestor des grands veneurs de Brabant, puisqu'il servit comme tel, pendant plus d’un demi-siècle, quatre souverains différents. il mourut le 20 janvier 1531. Son successeur fut Henri, comte de Nassau et de Vianden, chevalierde la Toison d’or, premier chambellan et généralissime des armées de l’Empereur. Voici les titres qui lui valurent l’emploi de grand veneur; ils sont assez remarquables pour être reproduits ici, et témoignent d’ailleurs de la considération qui était attachée à celte charge. Ainsi le comte de Nassau l’obtint * pour ses grands et agréables services faicts à lenlour de noslre personne, dit rEmpereur(“ 6 ), en plusieurs nos voyaiges par mer comme par terre, en nos royaulmes d’Espaigne, en Italie, à noslre coronacion ès Allemaines, et eraparavant en estât de capitaine général, en diverses nos guerres et armées, le tout à grand soing, travail et diligences, et sans y avoir espargnié sa personne ni ses biens. » Henri de Nassau, qui était l’oncle de Guillaume le Taciturne, le fondateur des Provinces-Unies, resta grand veneur de Brabant jusqu’à sa mort, survenue eu 1538. Il avait possédé la vénerie avec les mêmes avantages que messire de Berghes, et ce fut aux mêmes conditions que l’obtint, après lui, Philippe de Lannoy, chevalier de la Toison d’or, sei-

gneur de Molembais, Solre-Ie-Châleau, etc., conseiller el chambellan de l'Empereur, chef de ses finances aux Pays-Bas el grand maître d’hôlel de la reine Marie de Hongrie ("7). Mais à vrai dire ce seigneur s’occupa plus de ses finances que de la vénerie; un ! plus haut personnage y consacrai! lotis ses loisirs. Ce personnage n’élait autre que la propre sœur de Charles-Quinl. J’ai déjà nommé Marie, veuve de Louis II, roi de Hongrie, et gouvernante générale des Pays-Bas. Nous lui consacrerons le chapitre suivant.

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