‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 20 sur 49 · R EC H K RC H E S III S TO R T Q ! E S · texte numérisé non relu

R EC H K RC H E S III S TO R T Q ! E S

compare dans son Esprit des lois, aux républiques Suisses et à celles qui , de son temps, existaient en Hollande et en Allemagne, sous le nom de villes libres.

Plusieurs d’entre elles avaient des constitutions singulières : les peuples vaincus étaient obligés de fournir la nourriture aux citoyens des républiques victorieuses. L’est ainsi que les Lacédémoniens devaient être nourris parles Ilotes, les Cretois par les Périciens,les Thessaliens par les Pênes très.

Dès lors, il y avait aux veux du législateur, nécessité qu’il n’y eut qu’un certain nombre d’hommes libres , pour que les esclaves pussent leur fournir la nourriture : et , de même que dans les Etats modernes on sent la nécessité de borner les troupes réglées , de même à Lacédémone, qui était une armée entretenue par des paysans, il fallait borner les hommes libres : autrement, les citoyens proprement dits, qui avaient tous les avantages de la société, se seraient multipliés sans nombre et auraient par suite écrasé les laboureurs.

Voilà pourquoi les politiques grecs s’attachaient à borner, par l’infanticide, le nombre des citoyens. Voilà pourquoi Platon, lui-même, non-seulement condamnait impitoyablement à la mort tous les enfants qui, dès leur naissance, n’étaient pas parfaitement conformés ; mais encore, bornait le nombre des mariages et allait jusqu’à fixer le nombre des citovens de son Etat modèle, au chiffre précis de 5,040,

Voilà pourquoi Lycurgue, qui avait en outre la prêt en-

tion de former, non pas des iils de famille, mais des citoyens tels qu’il en fallait pour larépublique qu’il fondait, ne laissait point aux pères la propriété de leurs enfants, mais les faisait visiter aussitôt leur naissance, par des anciens, dans un bâtiment à portique ouvert, et avait prescrit que les mal conformés fussent aussitôt précipités dans le gouffre des Apothètes, près le mont Taygètes b

Voilà pourquoi, trois cents ans après Lycurgue, Solon permit au père, par une loi positive 1 2, de condamner ses enfants à mort, et pourquoi on les étendait en conséquence à ses pieds, dès qu'un nouveau-né était advenu. S’il le prenait entre ses bras, il était sauvé. Quand il ne voulait pas l’élever, il détournait les yeux et ce signe était sa condamnation.

Plus tard, en Grèce, lorsque les mœurs devenues plus douces, répugnèrent à b exécution stricte et directe de laloi civile : de même qu’on avait auparavant renoncé aux atroces pratiques des prescriptions théocratiques dont nous avons parlé plus haut , on se contenta d ’ exposer les enfants; et cette exposition avait lieu à Athènes, principalement sous les portiques du Cynosarque 3 qui était un lieu très-fréquenté, chauffé en hiver. L’enfant était ordinairement déposé nu dans un vase de terre4 : on y joignait quelquefois des objets précieux, pour engager quel'

1 Plutarque, in vit. Licurg.

2 Secti emp. hypostyp. lib . 3, cap. 24.

3 Aristoph. Ran. acte 5.

1 Eurip. Phœniss. 25. Aristoph. in Nub,

KECHKRCHES HISTORIQUES

qu un à l’élever ou à fournir aux frais de sa sépulture.

Les motifs qui déterminèrent Lycurgue et Solon, furent sans aucun doute ceux qui tirent qu a Cathéa >, on soumettait, a 1 âge de deux mois, les enfants à l’inspection d’un magistrat qui choisissait les plus robustes et condamnait les autres à la mort.

Nul doute enfin, que ce n’ait été aussi dans la vue « i arrêter le développement de la population que . dans 1 île 1 ormose , la religion défendit aux femmes de mettre des enfants au monde avant trente-cinq ans, et qu’avant cet âge, la prêtresse dut leur fouler le ventre pour les faire avorter.

i outelois, il faut s’empresser de le dire , ces pratiques n ont point été admises d’une manière tellement générale par les peuples de f antiquité , qu’on ne puisse y trouver quelques consolantes exceptions. En Perse, par exemple, la divinité n y avait point été désignée comme avide du sang des enfants des citoyens, et le peuple croyait, au contraire, qu’avoir une nombreuse famille, était- 1 un des moyens d’éviter les peines de l’autre vie -. Chaque année, le roi proposait même un prix pour ceux qui avaient le plus d’enfants3. Malheureusement dépareillés lois n’existent plus dans ce pays : maintenant lorsque le Schali a trop d’enfants, il fait étrangler le nouveau-né. Ses sœurs sont mariées la plupart à des prêtres

' Strabon, cité par Montesquieu, Esp. des Lois, 1 . 27, e. 17.

2 Strab. tome 5, liv. 15, page 13o.

3 Leni avest. Ionie f , pages 102 et 230.

et les enfants qui naissent de ces mariages éprouvent ordinairement le même sort L

Moïse défendit l’infanticide à l’égal de tout autre meurtre; et Joseph, en reprochant aux nations païennes, leur inhumanité à l’égard des nouveau-nés, dit positivement que la loi juive ordonne de les élever tous.

Enfin Tacite nous apprend qu’il en était ainsi chez les Germains 2. « On ne leur voit point , dit-il , limiter le nombre de leurs enfants ou tuer leurs surnuméraires qui naissent. Ils regardent ces coutumes comme infâmes: et les bonnes mœurs font plus chez eux qu’ ailleurs les bonnes lois. »

Dans la Grèce même, il se trouvait un peuple qui, loin de suivre le funeste exemple si généralement donné alors avait, au contraire, prescrit au père trop malheureux pour élever son enfant, de porter le nouveau-né chez le magistrat qui avait mission de chercher quelqu’un qui voulût l’acheter pour le prix le plus modique. Devenu grand , l’enfant se consacrait à son père adoptif pour le rembourser de tout ce qu’il lui avait coûté. Ce peuple était celui de Thèbes.

. Quant aux Romains, Voltaire a avancé dans son Dictionnaire philosophique, que personne parmi eux n’exposait ses enfants, mais c’est une erreur facile à démontrer.

Les Romains sortirent pour la plupart des villes La-

1 Tableau de la Perse oec., par Heidenstmann, dans les Xouv. Annales des voyages.

2 Tarit, de mor. Germ. S ta.

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