‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 25 sur 49 · A SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

A SAINT VINCENT DE PAUL

La maison de la couche et les horreurs qui avaient fini par la souiller , n’existaient plus depuis longtemps. L’expérience avait prouvé aussi, que l’édit qui ordonnait aux tilles de déclarer leur grossesse , loin de produire l’effet salutaire que Ton en attendait , n’aboutissait qu’à porter les victimes de la séduction ou de la débauche, à couvrir l’exposition de leurs enfants de ténèbres homicides. A la campagne , à la ville , rien enfin n’était plus commun ; lorsqu’un berger des Landes , le plus vertueux des hommes, Vincent de Paul en un mot, que l’Église a si légitimement placé au nombre de ses saints, parvint, vers 1636, à apporter un remède efficace à tant de maux et à faire cesser pour ainsi dire, l’énorme scandale qui, sous ce rapport, affligeait tous les bons citoyens. Ce père des malheureux , ayant rencontré un jour , sous les murs de Paris, un enfant exposé entre les mains d’un mendiant qui lui déformait les membres , courut sur lui , enleva l’enfant de cette autorité que la

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vertu donne sur le crime, remporta dans ses bras , traversa Paris , assembla la foule , appela sur cet enfant la pitié des âmes sensibles ; et peu de jours après , aidé principalement des secours généreux de Mme de Marcillac, femme du chancelier d’alors, et de Mme Legras, nièce de ce dernier, il fonda près de Saint-Landry, une espèce d’hospice , qu’il se garda bien, instruit par l’expérience , de confier à des mains mercenaires. Il s’agissait de remplacer le cœur et le soin des mères : Vincent ht choix des Sœurs de la Charité dont il avait fondé l’ordre en 1625 : pieuses filles qui, liées seulement par des vœux annuels , ne devaient se livrer que volontairement aux soins vraiment maternels auxquels la plupart se complaisent effectivement à consacrer leur existence, n’admettant en ce monde , pour une vie remplie de bonnes œuvres, que la douce satisfaction que procure le témoignage d’une bonne conscience.

Cet hospice improvisé, paraît même n’avoir été, dans le principe, que la maison même de Mme Legras , qui se privait du nécessaire , aussi bien que ses compagnes , pour subvenir aux besoins de plus en plus multipliés d’un pareil établissement. Les charges mêmes devinrent si excessives, comparativement aux précaires ressources que la charité parvenait à réunir , qu’il y eut un instant de découragement et que les dames de charité manifestèrent la résolution de renoncer à leur œuvre. Ce fut alors que saint Vincent de Paul , étant parvenu à réunir un grand nombre de dames charitables , même parmi les

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plus notables de la cour , acquit de nombreuses patronesses à son établissement en prononçant ce discours si célèbre dans les annales de la charité où il dit notamment avec une touchante et naïve éloquence : « Mes- « dames, vous servez de mères à ces infortunés, mais çle « ce moment, je vous considère aussi comme leurs juges. « Les abandonner, c’est les condamner à la mort : pour- « rez-vous vous v résoudre? »

D’abondantes aumônes furent le fruit d’aussi ingénieux efforts, et un savant pinceau a récemment reproduit cette scène touchante, sur le mur de l’une des chapelles de Saint -Sulpice de Paris.

Saint Vincent de Paul, ayant ainsi assuré des ressources à son institution, en transféra le siège en 1638, dans un local plus vaste, près de Saint- Victor. Puis le gouvernement de Louis XIII qui, dès cette époque, était le plus habilement conduit de l’Europe , voulant à la fois contribuer au maintien d’un établissement dont l’invincible nécessité se faisait enfin sentir, et cependant persister à ne pas en faire un asile public dans le sens purement administratif, adopta une sorte de moyen terme, propre à donner une impulsion favorable , tout en laissant à l’œuvre son caractère privé.

Leroi donc intervint, non comme chef de l’État, mais comme seigneur haut justicier de quelques faibles parties du territoire de la capitale ; fournit à rétablissement 4,000 francs de rente sur les domaines de Gonesse et lui abandonna le château de Bicêtre pour lui servir

de résidence ; mais le tout à titre de contribution volontaire , et dans le sens de ce qui avait été ordonné par l’arrêt de 1517. au profit de la maison de couche, alors entretenue dans la cité aux frais du chapitre de Notre- Dame, comme on fa vu plus haut. C’est ce qui résulte, notamment des lettres-patentes relatives à ce don, que citent textuellement MM. Duméril et Coquebert de Monbret, dans le rapport qu’ils ont fait, en 1825, à l’Académie des sciences, d’un mémoire de M. Benoiston de Châteauneuf, ayant pour titre : Considérations sur (es enfants trouvés dans (es différents Etats de ('Europe. Quant à la translation de l'établissement à Bicêtre, nécessitée par l’insuffisance des bâtiments de la rue Saint- Victor, cette mesure parut être peu favorable aux enfants qui y moururent en plus grand nombre qu’à Paris. On se persuada que l’air y était trop vif pour ces frêles existences, et rétablissement fut de nouveau transféré , à Paris, mais dans le faubourg Saint-Lazare.

Louis XIII étant mort, Anne d’Autriche, devenue régente, et qui s’était toujours montrée favorable à cette œuvre de charité, ajouta 8,000 fr. de rentes 1 aux 4,000 de don annuel; ce qui porta la somme à 12,000 fr., el on lit dans les lettres-patentes qui furent délivrées à cette occasion , au nom de Louis XIV « .... qu’imitant la « piété et la charité du feu roi , qui sont vertus vrai-

! Bulletin de la société des établissements charitables, tome 3.

(< ment royales , il ajoutait au premier don , autre don anci nuel de 8,000 fr. , en observant que, grâce aux secours « donnés jusqu’alors et aux aumônes particulières , la « plus grande partie des enfants trouvés ont été depuis « élevés, et qu’il y en aurait alors plus de 400 vivants. . .,»

Ces lettres-patentes sont de 1641, et cette année-là, le nombre des enfants trouvés qui furent recueillis s’éleva à deux cent vingt-neuf.

Voici leur nombre pour les onze années suivantes :

En 1642 à 239.

En 1658 à 338.

Le nombre allant toujours en augmentant , il fallut songer à accroître aussi les ressources, et il intervint, le 13 août 1652, au parlement de Paris, sur les conclusions du procureur général , un arrêt qui, imitant ce qui avait été fait près de cent ans auparavant, au profit de la maison de couche, condamna les seigneurs hauts justiciers de Paris, et de leur consentement, à payer la somme de 1 ,200 fr. pour la nourriture et Y entretien des enfants trouvés exposés dans la ville1. Mais cette nouvelle allocation ne portait le revenu fixe de l’établisse-

‘ Mémoires sur l hospice de la Maternité, publiés en 1808, par Aucherard Jausseret et Giraud, p. 42.

ment qu’à 13, $00 francs; or, il fut constaté, en 1663, que 40 2 enfants qui se trouvaient dans l’établissement, avaient coûté 20,445 fr.

L’année suivante cette dépense fut de 32,305 pour 547 enfants et elle s’éleva à 37,503 francs en 1666.

Alors, il fut démontré qu’il fallait, ou renoncer à maintenir rétablissement , ou accroître ses ressources , et quoiqu’il ne fût pas, à proprement parler , d’institution publique, cependant, la force des choses entraînant, le procureur général près le parlement de Paris prit l’initiative, le 30 mars 1667, et exposa, dans un réquisitoire très-dé veloppé, notamment « que, depuis l’arrêt de 1642, « le nombre des enfants exposés dans Paris s’était accru « jusque-là, qu’il y en avait eu, en diverses années, jus-

« qu’à 5 à 6,000 que la somme de 1,200 avec celle

« de 12,000 que le roi, qui avait la moindre étendue « de haute justice en la ville , payait tous les ans, pour « l’entretien et nourriture desdits enfants , n’était un « secours suffisant, lesdits entretien et nourriture mon- « tant de trente à quarante mille livres par an , et « qu’ainsi il y aurait lieu de faire assigner à ladite cour « tous lesdits seigneurs hauts justiciers , pour aviser et « fegler entre eux, à proportion de leurs seigneuries, « quelques sommes plus considérables 1 . »

Sur ce réquisitoire, la cour ayant nommé pour rapporteur le conseiller de Brilhac,avec charge de constater le

5 Voir au Journal des Audiences, par Laguessière , le texte d’un arrêt de 1667, dans lequel celui de 1652 est rappelé.

chiffre des dépenses et l’insuffisance des recettes, rendit, le 3 mai 1 667 , un arrêt qui ordonna aux seigneurs hauts justiciers de la ville et des faubourgs de Paris, parmi lesquels figure Y abbesse de Montmartre , de payer 15,000 fr. au lieu de 1,200, prescrits par l’arrêt de 1652 L

Le pouvoir administratif ayant cru devoir confirmer cet arrêt, par une décision prise en conseil, le 20 novembre 1668 2, il n’y avait plus qu’un faible pas à faire, pour attribuer à Y institution des enfants trouvés le titre d’établissement public , et il fut effectivement franchi deux ans après, c’est-à-dire en 1670. Cette année-là, Louis XIV déclara cet établissement l’un des hôpitaux de Paris, par édit du mois de juin, qui, entre autres prescriptions curieuses, ordonna, art. 6, que des dames seraient choisies parmi celles de la charité , pour prendre part à l' administration du nouvel hôpital, diriger les sœurs de charité , passer les marchés relatifs à l’habillement des enfants, etc.

Le local delà rue Saint-Lazare se trouvait déjà insuffisant, On acheta donc, en 1672, au centre de la Cité, près du parvis de Notre-Dame, une vaste maison que l’on nommait alors la Marguerite ; puis, deux ans après, une seconde, au faubourg Saint- Antoine, pour les entants plus avancés en âge, et qui, à cause de son heureuse situation, prit plus tard le surnom de Bel-air; puis enfin, la subvention royale fut portée de douze mille à

1 Voir aux notes, lettre L.

- Voir aux notes, lettre M.

quarante mille francs , et c’est parce que MM. de Villeneuve et cle Ghâteauneuf ignoraient la série des prescriptions successives qui précèdent, qu’ils ont attribué à Louis XIII cette dernière allocation de 40,000 francs.

Ce serait ici, sans doute, le lieu de décrire avec détail les moyens que l’on employait dès lors, et que l’on perfectionna depuis, pour atteindre le but si emminemment charitable que l'on s’était proposé. Il nous serait facile de le faire, puisqu’ils se trouvent exposés, avec beaucoup de méthode , dans un article de l’Encyclopédie, rédigé par l’abbé Dubois de Rochefort, curé de Saint-André-des-Arts, à Paris, au mot Enfant trouvé; mais entreprendre ici cette tâche intéressante, serait nous exposer à être fort long; ne voulant pas copier l'abbé Dubois , nous renverrons le lecteur à son article, et nous nous bornerons à dire succinctement ;

1° Que des nourrices de la Normandie, de la Picardie et de la Bourgogne furent attirées dans cet hôpital, sous la conduite d’hommes dont la probité fut cautionnée, et que l’on nomma Meneurs ;

2° Que les enfants furent confiés à ces nourrices, qui les emmenaient, pour les allaiter, dans les campagnes ; • 3° Que des règlements organisèrent ce service avec une grande régularité, fixèrent les mois de nourrice, le mode de payement et la délivrance des layettes ;

4° Que les enfants étaient inspectés par des sœurs de charité ;

Que ces mêmes enfants étaient élevés dans les cane

pagnes jusqu’à l'âge de six ans , et qu’à cette époque, beaucoup d’entre eux étaient ramenés à Paris, où ils trouvaient dans la maison de Bel-air les premiers soins de l’éducation ;

6° Qu’arrivés à l’âge de dix ans environ, ils étaient placés, soit chez des cultivateurs, soit en apprentissage chez des artisans, et que Louis XY, dans la vue de favoriser ces sortes de marchés, y attacha le privilège suivant : si l’enfant trouvé, en apprentissage, tirait au sort pour la milice au lieu et place du fils , du frère ou du neveu de la personne avec qui le marché avait été conclu, et s’il tirait le billet noir, l’engagement se trouvait rompu de droit, et l’on ne devait fournir à l’enfant trouvé , par forme de gratification, outre les gages échus, qu’un équipage de milicien, en cas que cet équipage ne fût pas une charge de la paroisse ;

7° Au moyen de diverses fondations, l’hospice donnait chaque année à douze apprentis ayant seize ans, et pour dernier secours, une somme d’argent qui les mettait à même de commencer l’exercice de leurs professions ;

8° Deux filles aussi, recevaient chaque année, une dot lorsqu’elles se mariaient ; et lorsqu’un enfant indiquait des dispositions supérieures, une bourse fondée dans un des collèges de Paris, donnait les moyens de lui procurer les avantages si précieux , d’une éducation soignée.

Tel était le régime intérieur que la révolution de 1790, trouva à l’hospice de Paris et qui, suivi pendant 153 ans, avait régi l’admission de 405, 474 enfants trouvés.

Mais cet établissement n’avait pas eu besoin de jouir de tous ces avantages ? pour se voir envahi. Aussitôt qu’il avait été connu dans les provinces , qu’il y avait à Paris un hôpital où les enfants abandonnés étaient reçus sans aucune difficulté, on en avait envoyé de toutes parts, porter à cette maison. Il résulte en effet d’un tableau publié en 1808, qu’en l’année 1670, pendant laquelle l’hospice fut érigé en hôpital de Paris, les enfants, qui y furent reçus n’excédèrent pas le nombre de 312 , tandis que dès l’année suivante il fut de 738, que six ans après, c’est-à-dire

1678 il

fut de 1 ,006.

En 1741 il

fut de 3,388.

Dans les dix premiers mois de cette année 1772, parmi les enfants reçus à l’hospice de Paris, il s’en trouvait arrivés notamment :

De Rouen 156

De Dijon 167

D’Artois et du Cambrésis ...... 178

De Flandre et du Hainaut 105

De Metz, Toul et Verdun 344

Et même de Liège 1 2 75

11 en était ainsi, parce que non-seulement les parents dénaturés et les seigneurs justiciers des provinces , se

1 Encyclopédie méthod. V° Enfant trouvé.

- Voir aux notes, lettre N.

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débarrassaient de cette manière de l’obligation de nourrir ces enfants, mais parce que les hôpitaux eux-mêmes, qui, dans quelques-unes de nos villes, recevaient ces petits êtres , se soulageaient d'autant en les envoyant dans la capitale.

Ces pauvres enfants, que les soins les plus empressés pourraient à peine sauver de la mort en pareil cas, étaient remis en toute saison, à des voituriers qui étaient longtemps en route, et qui recevaient un égal salaire pour ceux qu’ils déposaient morts ou vivants. Aussi presque tous ceux que, par exemple, on transportait de Lorraine par A itry-le-Français, expiraient-ils dans cette ville, et en général les neuf dixièmes périssaient avant l’age de trois mois.

En vain s’efforça-t-on, dès 17 22, de combattre ces abus par des dispositions répressives ; en vain cinquante ans plus tard l’administration de l’hospice s’adressa-telle, dans une délibération spéciale, au gouvernement, pour obtenir en 1772, des ordres spéciaux défendant expressément ces transports meurtriers ; des instructions ministérielles prescrivirent bien des mesures d’une grande sévérité, le parlement même, dans un arrêt de règlement, rappela les anciennes lois, ordonna que les seigneurs justiciers du dehors de Paris, seraient tenus de satisfaire aux dépenses des enfants de père et mère inconnus trouvés sur leurs terres, et fit défense à tout voiturier par terre et par eau, d’amener aucun enfant à Paris, sans avoir fait écrire les noms, surnoms et de-

meure clés personnes entre les mains desquelles les entants devaient être remis, à peine de punition corporelle et de 100 francs d’amende b Les hôpitaux et les villes trouvaient un avantage trop certain, trop immédiat, a se débarrasser des enfants exposés dans leur voisinage , pour ne pas favoriser secrètement leur transport à Paris, et ce transport continua en effet, d’une manière si abusive que, sur 33,222 enfants qui furent amenés du 1er juin 1773 au 31 décembre 1776, il fut constaté que 10,068 avaient été amenés des provinces. Aussi Necker, alors si bien en position de connaître toute la grandeur du mal, écrivait-il dans son ouvrage intitulé, De ï administration des finances :

« A Paris, 2,000 de ces enfants étaient expédiés,

« comme une marchandise, des différents lieux où il ne « se trouvait pas d’établissements autorisés à les rece- « voir. Ges enfants, dans la proportion de 9 sur 10, pé- « rissaient pendant la route ou peu de jours après leur « arrivée. Il n’était pas possible de prendre connaissance « d’une pareille violation des droits de Fhumanité, sans « chercher à y porter remède : aussi le roi, sur le compte « qu’on lui rendit, défendit-il ces transports cruels par « un arrêté du conseil, et Sa Majesté prit en même temps « des précautions pour faire recevoir ces enfants dans u les maisons de charité voisines du lieu où ils seraient « surpris entre les mains des voituriers. »

1 De Villeneuve. Économ. polit, chrétienne, l. 2, p 504.

Cet arrêt du conseil est celui du 10 janvier 1779; et comme il éleva à 1,000 fr. F amende qui, d’abord n’était que de 100, le nombre des enfants que l’on apportait des provinces, diminua d’abord de moitié ; mais le transport recommença bientôt, parce que le défaut de la loi nouvelle était de n’avoir pas suffisamment pourvu aux lieux où l’on recevait les enfants.

Alors Necker, écrivit en 1784, ces paroles prophétiques : « L’abus grossit de jour en jour et ses progrès em- « barrasseront un jour le gouvernement, car le remède est « difficile en n’employant que des palliatifs, et les partis ex- « trêmesne seraient approuvés qu’au moment où le désor- « dre arriverait à un excès qui frapperait tous les esprits. »

Tel était l’état des choses, tel était surtout l’état de la législation qui pourvoyait, en France, aux besoins si nombreux des pauvres enfants trouvés, lorsque notre révolution, éclatant, vint apporter, là aussi, les plus notables changements.

Le 27 novembre 1790, parut un décret de l’Assemblée constituante qui, déchargeant les ci-devant seigneurs de leurs obligations envers les enfants trouvés, déclara ceuxci à la charge de l’hôpital le plus voisin, à dater du jour où leur existence leur serait signalée par écrit, par les parties intéressées L

En 1793, les enfants trouvés reçurent le titre d 'enfants de la Patrie , en même temps que des secours publics fu-

1 Voir aux notes, lettre O.

rent affectés aux filles-mères ; mais, à cette époque, le discrédit du papier-monnaie ne permettant plus aux nourrices de trouver des moyens d’existence dans leur salaire, elles cessèrent de venir à Paris. Vainement alors voulut-on y suppléer par un régime artificiel ; l’hôpital des enfants trouvés devint tout à coup un vaste tombeau, où périssaient les malheureuses créatures que l’on conti-

nuait à y porter.

Le remède à un pareil mal était d’autant plus difficile que les événements qui avaient occasionné Y absence des nourrices, avaient aussi éloigné ces administrateurs gratuits, dont le zèle, l’expérience paternelle, eussent pu être d’un aussi grand secours. Heureusement qu’un employé, nommé Hombron, qui y cumulait les fonctions de greffier, de receveur et d’économe, ne désespéra jamais de l’avenir de l’établissement menacé, non par le gouvernement qui, au contraire, le protégea toujours ardemment, mais par les faits que nous venons de signaler. Une longue expérience lui ayant suggéré des pensées d’amélioration, il ne se borna point à la conservation de ce qui existait, il adressa un mémoire resté manuscri l . « Combien, y lit-on, eut été plus grand, le vertueux Vincccent de Paul, si, en concevant, en réalisant l’idée « bienfaisante d’ouvrir un asile aux enfants trouvés, il « lui fut aussi venu dans la pensée de faire concourir les « mères elles-mêmes au succès de son entreprise! Si, au « lieu de partir de l’idée de l’abandon irrévocable et de « ne s’occuper que des moyens de réparer le tort, il

(( avait fait tous ses efforts vers les mères, pour les engage ger à les reprendre, dût-on même les secourir pour les « aider à remplir les devoirs de la maternité V»

Le fait qui suggérait cette pensée à l’auteur du mémoire, était que jusque-là les mères indigentes étaient admises à faire leurs couches, non pas dans l’établissement où étaient fplacés leurs enfants, qu’elles abandonnaient le plus souvent, mais à l’Hôtel-Dieu, séjour de maladie de tout genre, où ces mères ne pouvaient parconséquent utiliser leur lait, soit en faveur de leurs propres enfants, lorsqu'elles exprimaient la volonté de ne point les nourrir, soit en faveur de l’établissement luimême, qui avait un besoin si essentiel de nourrices sédentaires. L’observation était juste, et le mémoire qui en contenait le développement, présenté en temps opportun, atteignit son but, et en effet :

Le 7 ventôse, an II, la Convention nationale rendit un décret portant que le couvent du Val-de-Grâce, destiné à un hôpital militaire, servirait à l’établissement de l'hospice de la maternité , dont ce même décret consacrait l’institution. La mise en activité eut lieu le 25 messidor an III, et les bâtiments de l’ancien hôpital des enfants trouvés, sur le Parvis-Notre-Dame, ayant été abandonnés furent occupés quelque temps après par la pharmacie centrale des hospices et hôpitaux civils de Paris, qui depuis a été transférée rue des Miramionnes.

1 Mémoire sur f hospice de la Maternité par MM. Hucherard , Sausseret et Girault, p. il.

Mais à peine l’hospice de la Maternité avait-il quelques mois d’existence, dans son nouveau local, qu’un autre décret du 10 vendémiaire an IV, en fit, comme il en avait été question précédemment, un hôpital militaire pour la légion de police, et ordonna la translation de l’hospice de la Maternité dans deux maisons c’est-à-dire dans l’ ancien couvent du Port-Royal , rue de la Bourbe, et dans /’ institution de l’Oratoire , rue d’ Enfer.

Cet hospice ayant été quinze jours après mis en possession de ces bâtiments, commença, dès le 14 thermidor de la même année, à recevoir des femmes enceintes dans la maison de Port-Royal, et l’on s’occupa à faire à l’institution de V Oratoire, les dispositions de bâtiments convenables ; mais ce ne put être que le 19 brumaire an VI, que les accouchements, qui s’étaient faits jusqu’alors, partie à l’Hôtel-Dieu et partie à la maison de Port-Royal, s’opérèrent dans cette dernière maison en totalité.

Il eut été bien désirable, il est vrai, que l’on eut pu renfermer dans un seul et même établissement , tous les éléments de cette institution charitable ; mais Paris, à cette époque, n’offrait de disponible, rien d’assez vaste pour que le développement des divers services put se faire convenablement; en conséquence, la maison de Port-Royal se nomma la section de l’allaitement , et celle de l’Oratoire, la section de l’accouchement.

On reçoit dans cette dernière maison, les femmes enceintes de huit mois, et même avant ce terme, si elles sont en péril éminent d’accoucher. Elles peuvent dé-

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