‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 27 sur 49 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

DE L'INFLUENCE DE LA LÉGISLATION DE 1811 , SUR l’aCCROIS- SEMENT DU NOMBRE DES ENFANTS TROUVÉS EN FRANCE.

Nous l’avons déjà dit, d’après Necker, en 1784, c’està-dire 146 ans après la fondation de saint Vincent de Paul, la France ne contenait encore que 40,000 enfants trouvés ; mais lorsqu’on leur eut donné le nom d’ Enfants de la Patrie, et qu’on leur eut ouvert tous les hôpitaux de France , leur nombre se trouva plus que doublé quatre années seulement après le décret de 1811. Il était, en effet, de 84,500 en 1815, et depuis lors, il s’est accru dans une proportion que le tableau ofliciel suivant fera connaître 1 .

D’après lui, le nombre des enfants trouvés était

En 1816 de 87,800.

1817 de 92,000.

1818 de 98.000.

1819 de 99,300.

En 1820 de 102,100.

1821 de 106,480.

1822 de 109,300.

1823 de 111,800.

1 Documents statistiques de la France, publiés par le Ministre du commerce. Paris 1833.

REC HERCHES H ISTORIQLES

1824 de 116,787.

1825 de 117,005.

1826 de 116,277.

1827 de 114,384.

1828 de 114,307.

1829 de 115,472.

1830 de 118,072.

1831 de 123,869.

1832 de 127,982.

1833 de 127,507.

Au moment où nous écrivons, l’administration n’a pas, que nous sachions, publié de documents d’une date plus récente. D’ailleurs, tout ce que l'on pourrait espérer d’y trouver de plus favorable, serait une modification plus ou moins légère dans le chiffre des enfants dont il s’agit ; ôr , une simple modification ne saurait changer la nature des conclusions que l’on peut déduire des développements qui précèdent ici. Continuons donc. On commettrait une grave erreur, si l’on partait des chiffres ci-dessus, pour en conclure que le nombre des entants trouvés a toujours été en France plus grand l’année suivante que pendant celle qui l’a précédée, il n’en est rien, et le tableau qui suit, dressé également sur les états officiels , ne laissera aucun doute à cet égard 1 .

Enfants recueillis :

En Î824 33,792.

En 1829 33,141.

1 Documents statistiques de la France, publiés par le Ministre du commerce en 1835.

Ainsi, le nombre des enfants exposés a été moins grand en 1825, 1826, 1827, 1828, 1830 et 1833, qu’en 1824 ; et dans le cours de la période décennale dont nous venons de présenter le tableau, il se trouve que, pendant deux années seulement, en 1831 et 1832,1e nombre s’est trouvé dépasser le point de départ.

Il existe à ce sujet des rapprochements curieux dus à M. de Gérando, et qu’il a communiqués à la Société des établissements charitables , qui les a fait imprimer » p. 61 du 3e vol. du bulletin qu’elle publie.

« En 1818, y lit-on, M. Lainé, alors ministre de l’ inté-

rieur et aujourd’hui membre de notre Société, publia un rapport au roi et une suite de tableaux sur la situation générale des hospices des enfants trouvés, des aliénés, de la mendicité et des prisons. Cet intéressant travail méritait d’être reproduit : il eut offert une suite de renseignements précieux sur les établissements d’humanité. . . depuis cette époque, j’ai obtenu de la complaisance de M. le ministre du commerce, un tableau présentant le mouvement de la population et de la dépense des enfants trouvés en 1826. J’ai l’honneur de le mettre sous les veux de la Société.

KJ

• il est digne de remarque que le nombre des enfants trouvés et abandonnés, existant dans les départements, s’était pendant les neuf années écoulées de 1818 à 1826, accru à peu près de moitié en sus, terme moyen ; mais loin

1 Bulletins des établissements charitables, t. 3, p. 01,

que cette augmentation ait été la même dans tous les départements, on aperçoit une singulière diversité et quelquefois un extrême contraste entre les départements : ainsi pendant que le nombre s’est accru

Dans l’Ariége. ......

. de

L’Aisne

de

L Allier

. de

Basses-Alpes. . .

. de

Hautes-Alpes . .

. de

Aveyron

Côte-d’Or

. de

Dordogne. .....

. de

Gironde

. de

Hérault .......

Landes

. de

Lozères

, de

Nièvre

. de

Rhône

. de

Et qu’ ainsi, dans deux départements, il a plus que doublé, et dans douze, à peu près doublé, il est descendu :

Dans l’Eure

Lot

Haute-Marne. . .

Seine-Inférieure.

de

de

de

de

Somme de 1,370 à 1,339.

Il s’est réduit dans une proportion plus forte dans la

Corse, où il s’est abaissé d’un dixième

en descendant

‘ De.,. 230 à 202.

Dans le Cantal, de près d’un tiers.. 1,060 à 791

Doubs, de près de moitié. . . . 1,000 à 563

Gard , d’un 8me 947 à 883

Ille-et-Vilaine, d’un 15mc. . . 1,747 à 1,629

Manche, d’un 5mc 1,684 à 1,360

Puy-de-Dôme, près d’un 5mc . 2,300 à 1,880

Bas- Rhin, l/9me 937 à 873

Haute-Saône , l/8me 85 à 74

Var, près du 5me 1,700 à 1,346

Yonne,. l/7me 968 à 824

Enfin, le nombre des enfants trouvés est resté à peu près stationnaire, dans les Bouches-du-Rhône où il ne s’est élevé

Que de '.

Dans la Meuse de. . .

Seine-et-Oise de Haut-Rhin de . .

Parmi les départements* qui renferment le plus de ces infortunés, continuent à figurer en 1826, comme en 1818, après le département de la Seine, qui est sous ce rapport hors ligne, ceux du Rhône, du Nord, de la Gironde, des Bouches-du-Rhône, de l’Aveyron, de la Dordogne, du Calvados, de la Seine-Inférieure, de Maineet-Loire, de l’Ailier, du Gers et du Puy-de-Dôme.

Parmi les départements qui en renferment le moins,

se signalent , dans l’ordre suivant, ceux que voici ;

Haute-Saône. T.’.". 74

Les Vosges. . 102

Seine-et-Oise 108

llaut-Rhin 230

Seine-et-Marne 308

Jura 427

Eure t>05

Meuse 528

Pyrcnées-Orientales 529

Doubs 553

Ardennes 587

Tarn-et-Garonne 590

Ardèche 591

Mais Seine-et-Oise et Seine-et-Marne doivent être retranchés, parce que les enfants trouvés y sont envoyés pour la plupart, à l’hospice de Paris.

« En appelant l’attention sur la progression rapide du « nombre des enfants trouvés, ajoute M. de Gérando, « nous ne devons pas méconnaître l’influence qu’a dû « exercer sur l’ élévation de ce nombre, la diminution de « la mortalité parmi ces infortunés, résultat salutaire dû « à la dissémination au sein des campagnes, et aux amé- « liorations du service. »

Malheureusement ce fait se trouve formellement dénié par M. Remacle qui établit qu’en 1821 , d’après un tableau publié par M. Benoiston de Châteauneuf dans ses Considérations sur les enfants trouvés , ceux-ci périssent dans toute la France, la première année de leur exis-

Q o Oo

tence, dans la proportion de 57,63 sur 100. « Or, ajoute « cet auteur, ce rapport n’a pas baissé depuis 4821. Le u total des admissions annuelles de 1 824 à 1 833 ayant

« été de 336,281, et celui des décès dans la même pé- « riode de 198,505, le rapport entre ces quantités est « de 59,03 sur 100. »

L’oliyrage de M. de Châteauneuf ayant été l’objet, à l’Académie, d’un rapport particulier par M. Duméril et Coquebert de Montbret, on y trouve sur les causes de la multiplication des enfants trouvés parmi nous, les considérations suivantes que l’on ne lira pas non plus sans intérêt :

« Pour ajouter quelque chose, disent les auteurs

a du rapport, aux détails donnés par M. de Châteauneuf, « nous avons extrait de nos notes ce qui concerne la pro- « portion des enfants naturels, avec le nombre total des « naissances de 1817 à 4818, dans les 15 départements « suivants, dont les uns sont frontières, les autres mari- « times ou manufacturiers, ou l’un et l’autre, et dont les « autres sont placés dans l’intérieur et sans aucune inet clustrie remarquable, savoir :

« Nord, Indre-et-Loire , Bouches-du-Rhône , Pas-clecc Calais, Loiret, Rhône, Seine-Inférieure, Haute-Vienne, «Isère, Ille-et-Vilaine, Gironde, Bas-Rhin, Loire-Infé- « rieure, Vienne, Moselle.

« Nous trouvons que sur 435,368 naissances, il y en a « eu dans ces 15 départements, 37,036 d’illégitimes, ce « qui fait un sur 11 1/2 environ. Puis en prenant d’abord

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