ITALIE
LTtalie est la partie de l’Europe où les enfants trouvés sont devenus le plus promptement l’objet de la charité publique. Nous avons déjà dit que le premier hospice qui y fut consacré à l’enfance abandonnée, le fut à Milan, en 787, par l’archiprêtre Dathéus : cette fondation, qui tomba plus tard dans le domaine des secours publics, est complètement disparue , mais elle se trouve être plus que remplacée par l’hospice qui est actuellement ouvert aux enfants trouvés dans la même ville, et que l’on distingue des autres par le nom de S ana-C atténua. On peut même dire que cet hospice, avec le Grand Hôpital , riche de 23,000,000 de francs, et ceux de Sainte-Couronne et de Sanavra , forment ensemble un svstème d’é-
tablissements charitables qui ue le cèdent , sous aucun rapport, à aucun de ceux qui existent ailleurs.
Scma-Catterina , à qui le gouvernement autrichien accorde un subside annuel de 200,000 livres, peut recevoir aujourd’hui 500 enfants trouvés. Le terrain de ce local, qui est fort vaste, sert pour les femmes enceintes, pour les accouchées et pour l’école des élèves sagesfemmes, qui s’y trouvent au nombre de soixante-dix, toutes logées dans le local même 1 .
Le nombre des femmes enceintes que l’on y reçoit chaque année est de 400 environ, celui des enfants à la mamelle est d’environ 2,600, et celui des enfants sevrés de 1,600, terme moyen. Il y a habituellement dans l’hospice même 80 enfants à la mamelle et près de 200 qui sont sevrés. Chaque nourrice ne peut allaiter plus de deux enfants à la fois.
On ne donne le lait artificiellement qu’aux enfants infectés de mal vénérien, ou à ceux qui se trouvent dans un très-mauvais état de santé, ou enfin dans le cas d’affluence extraordinaire .
La mortalité des enfants à la mamelle est calculée dans cet hospice à 15 sur cent, et celle des enfants sevrés à 5 sur cent.
L’établissement a un chirurgien-accoucheur, qui est en même temps le professeur des élèves sages-femmes ; un premier médecin, un chirurgien-adjoint, une pre-
* Bulletin des établissements charitables, tome 1, p. 308.
REC HE RC H ES HISTORIQUES
mière accoucheuse et une adjointe (on accorde des pensions aux enfants placés à la campagne, jusqu’à F âge de sept ans), et l’habileté des sages-femmes est proverbiale.
Les établissements charitables de Naples ne le cèdent en rien à ceux de Milan. Là, en effet , ce Réal-Albergo dé Poveri , plus connu sous le nom de Reclusori, fondé par Charles III de Bourbon, et formant un vaste carré destiné à contenir, dans son immense enceinte, 2,000 individus de F un et de F autre sexe. C’est, suivant M. cleChâteauneuf, dans cet établissement que sont reçus les enfants trouvés; mais nous pensons, qu’à cet égard, il a commis une erreur, et que celui consacré dans cette capitale à l’enfance abandonnée , se nomme la Real casa del l’Annunziata , où , dès les temps les plus reculés , la munificence de plusieurs princes, et, entre autres, de Charles d’Anjou, des reines Sanches, Marguerite et Jeanne II, sans compter les legs des particuliers, concoururent au soulagement de l’humanité.
Pontanus 1 donne des détails intéressants sur cet hospice : il dit y avoir vu 900 filles et admiré l’éducation libérale qu’elles y recevaient, aussi bien que le soin que mettaient les administrateurs à les doter et à les marier convenablement. On y reçoit à toute heure les enfants dans un tour à peu près semblable à ceux des cloîtres 2.
Les garçons, après six ans, vont dans les hospices
1 Jiovani Pontani opéra, tome 1, p. 317.
2 Bulletin de la société des établissements charitables, tome 2, p. 271.
d’éducation, et les filles dans un conservatoire ou dans un pensionnat spécial , existant l’un et l’autre dans le même édifice.
L’instruction dans les arts mécaniques est commune à toutes les femmes renfermées, comme premier anneau de leur institution. Il y a en outre pour elles des écoles où l’on apprend à lire et à écrire, l’arithmétique, le cathéchisme, les vertus sociales, et enfin la musique. Des sœurs oblates et converses sont chargées de veiller à la discipline, à l’instruction, à l’économie intérieure.
On donne encore, de même que du temps de Pon tamis, qui écrivait au XVe siècle , une dot en argent aux filles qui vont se marier. Quant aux garçons, on leur apprend aussi à lire, à écrire, ainsi que les premiers principes du dessin et de F arithmét ique .
Dans le royaume de Naples il y a, dans presque toutes les provinces, une maison succursale établie pour les enfants trouvés, que les maladies ou la grande distance empêchent d’amener à l’établissement central de la capitale.
A Rome, c’est toujours dans cet hôpital du Saint- Esprit, fondé au commencement du XIIIe siècle, par Innocent III, que sont reçus les enfants trouvés. Dans la seconde moitié du siècle dernier, ils n’v étaient annuelle/ment portés qu’au nombre de 6 à 700 1 ; mais on en recevait, dès 1810, 1,000 à 1,200.
1 Mémoire manuscrit de Tennon, à la Bibliothèque royale.
Mouvement imprimé de l’hôpital du Saint-Esprit à Home, de 1771 à 1775.
Rome contient en outre un magnifique hospice des femmes indigentes en couches ; enfin, N ami et Viterbe possèdent aussi de beaux hospices d’enfants trouvés, où l’on en reçoit par an 2,000 environ, terme moyen.
Le gouvernement pontifical a même donné un exemple que, depuis, divers États ont cherché à imiter, et qui, en effet, est une heureuse amélioration.
11 existait à Gornetto, sur la route de Rome à Viterbe, un vaste terrain qui n’était qu’une solitude marécageuse, insalubre et sans valeur. Pie VI y envoya une colonie d’enfants trouvés, qui la défricha, la cultiva, la peupla, de telle manière, qu’en ce moment, elle est habitée par 870 individus, qui y passent l’année entière et y ont introduit un foyer d’activité et d’industrie, qui en ont fait une colonie florissante, nommée Monte Romano L A Florence, une résolution du Conseil, prise le 25 octobre 1421, y décida la fondation d’un hospice d’enfants trouvés, qui, toutefois, ne put être ouvert qu’en 1444. U fut, et est encore établi dans le magnifique hôpital des Innocents, construit en 1316 par Celini. Tenon nous apprend qu’en 1788 il y mourait 40 enfants sur 100. Malheureusement, il ne nous a pas été possible de nous procurer d’autres renseignements sur cet établissement, non plus que sur celui du même genre, fondé à Venise en 1380 1 2.
1 De Villeneuve. Econom. polit, chrét, tome 3, p. 387.
- De Châteauneuf.
Quant aux hospices d’enfants trouvés de Toscane, tout ce que nous en avons appris se borne à savoir qu’ils sont au nombre de douze ; que l’on y prodigue aux infortunés qui y sont recueillis les soins les plus touchants , et que , dans la deuxième moitié du siècle dernier , le nombre total des enfants trouvés était de 4,800 b
A la même époque , le nombre de ces enfants était, dans le duché de Parme et Plaisance, de 98 seulement, et Fodéré nous apprend, dans son Voyage dans les Alpes maritimes, en 1802, qu’il y avait dans ce duché et dans le comté de Nice, 200 enfants trouvés sur 3,300 naissances, ce qui ferait un peu plus de 6 sur 100.
Enfin, il existe à Gènes un hospice d’enfants trouvés, où l’on en comptait, en 1831, neuf cent soixante. Malheureusement, c’est tout ce que nous apprend une notice sur la généralité des secours publics en cette ville, insérée au Bulletin des établissements charitables, tome 1er, p. 230.