‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 37 sur 49 · SIR LUS ISJSFAINTS TROUVÉS · texte numérisé non relu

SIR LUS ISJSFAINTS TROUVÉS

l’intérieur aux états généraux , trouve qu’il devait y avoir , dans tout le royaume , 30,008 pauvres pour inconduite et 290,000 pour avoir eu trop d’enfants. 11 ne serait donc pas étonnant que, même sous ce rapport spécial, le gouvernement d’un pays, où la fécondité a cessé d’être un bienfait de la nature , ait eu à s’occuper plus promptement que tout autre, de porter remède à l’exposition des nouveau-nés.

Quoiqu’il en soit, nous ignorons le nombre des hospices consacrés, en Hollande, à soulager cette partie des misères humaines, et tout ce que nous savons, c’est qu’en 1788 le nombre des enfants trouvés à Amsterdam était de 1 ,200 , mais que ce nombre est tellement augmenté que Mary, qui les visita peu de temps avant leur translation dans les colonies agricoles dont nous allons parler, dit dans son Voyage aux colonies d'indigents , qu’ils étaient entassés au nombre de 4,000 clans le bel et vaste édifice qui leur était consacré au centre de la capitale; qu’ils y étaient vêtus d’un costume mi-partie rouge et noir, d’un effet singulier; qu ils y recevaient une éducation primaire, mais pas assez industrielle pour que ceux qui sortaient de cette maison, ne vinssent pas à retomber à la charge de la société, et qu’ il était, d’ailleurs, difficile de maintenir, parmi ce grand nombre d’enfants, en bas âge, cette exacte propreté essentielle à la santé.

Quant à la mortalité qui règne parmi ces enfants , elle était, terme moyen, d’après la table de Kerboom, insé— -

rée par Deparcieux, en son Essai sur la probabilité de la vie humaine :

(le 0 à 1 an, de 19,(542 sur 100.

de 0 à 5 ans, de 31,142 sur 100.

de 0 à 10 ans, de 36,214 sur 100.

Nous regrettons peu toutefois l’absence de documents statistiques qui n’auraient pour tout mérite que de flatter une stérile curiosité. L’ancien état de chose , relatif aux enfants trouvés, était défectueux en Hollande, puisqu’il a été changé, puisqu’il a été incontestablement amélioré.

Or, ce que nous recherchons ici , ce que nos efforts tendent à découvrir, ce sont précisément des mesures qui, passées dans les pays étrangers au creuset de l’expérience, puissent être signalées par nous, comme de nature a contribuer en France à l’atténuation d’un mal dont tous les bons citoyens cherchent en ce moment le remède. Négligeant donc ce qui existait autrefois, nous allons décrire le régime qui lui a succédé en Hollande.

En 1818, le royaume des Pays-Bas possédait 1 2 , ! 99 institutions de bienfaisance j, et cependant la misère des

classes indigentes était encore si grande, que le moment vint où il fallut qu’un arrêté royal déclarât que les individus, hors d’état de pourvoir à leur subsistance, pourraient demander leur admission dans un dépôt de mendicité.

Tel était l’état des choses, lorsqu’un excellent citoven, éclairé par une longue expérience et doué d’une volonté

! Bullet. de Sa Société des établisscm. charitables, t. 2 p. 12.

puissante, parvint à réunir toutes les opinions, encore vagues, sur les moyens qu’il convenait d’employer. Cet homme est le général 1 7 an- Dm- Bosch. Attaché à la carrière militaire, sans cesser d’être voué par goût aux connaissances agricoles, il avait été envoyé dans Vile

de Java, en qualité de colonel du génie, et y avait acquis une propriété pour se livrer à son amour pour l’agriculture. On assure 1 que l’exemple et les conseils d’un mandarin chinois exilé , qui possédait à un rare degré la science de la culture, lui acquirent les notions les plus étendues sur toutes les parties de l’industrie agricole. Rappelé dans sa patrie , ses idées se perfectionnèrent encore par l’observation des magnifiques résultats obtenus dans le défrichement des bruyères de la Campine et du pays de Yaës qui, jadis couvert de landes stériles , présente aujourd’hui, sur une étendue de dix lieues, le spectacle du plus haut degré de prospérité.

Sachant qu’il existait encore en Hollande et en Belgique, près d’un million d’hectares de terres incultes, susceptibles d’être rendues fertiles, il conçut le projet d’y porter l’excédant de la population du royaume et d’opérer par là une grande réforme morale et sociale.

Il commença par préparer l’opinion par quelques écrits, communiqua ses plans au prince Frédéric , alors second fils du roi régnant , et trouva le gouvernement occupé d’un vaste plan pour mettre en culture toutes

1 De Villeneuve. Economie polit, chrét. t. 3. p. 400

tâf> RECHERCHES HBTORIQUES

les landes qui, sur une étendue immense, existent entre Maëstricht et Breda, de façon qu’il ne lui fut pas difficile d’obtenir sa protection en faveur de ses projets L

Alors une assemblée publique fut convoquée à La Haye en 1818, et tous les boni mes marquants du pays s’y réunirent. Le projet qui y fut développé, ayant .été accueilli avec empressement, il se forma immédiatement une association de bienfaisance, dans le but d’améliorer le sort des classes souffrantes, par l’exploitation des terres incultes, reconnues pour ne pas être rebelles au travail raisonné et persévérant qu’on pourrait leur consacrer, telles que celles qui se trouveraient sur les contins des provinces de Dreuthe, d’Over-Yssel et de Gueldre.

Le règlement soumis , en quelque sorte , à la nation entière , devint un appel à la bienfaisance de tous les amis de l'humanité, dont il fut universellement entendu. D’après ses statuts, tout habitant des Pays-Bas, jouissant de ses droits et de son honneur, peut faire partie de la société, moyennant la rétribution annuelle de 52 sols de Hollande ou 5 francs 61 centimes sans préjudice des autres dons que la charité pourrait engager à consacrer au but de la société , et des souscriptions facultatives, pour une certaine quantité de toiles fabriquées par les indigents.

1 Voir ie recueil publié à Bruxelles sous le titre de Philanthrope et celui qui, publié h Amsterdam, a pour titre : DeVreend des Vaderlands .

L’emploi des fonds de toute espèce, recueillis par la société, fut déclaré avoir pour but la fondation de colonies agricoles , où l’indigence pourrait trouver un abri contre la misère au moyen du travail; et il fut dit que chaque commune qui confierait des fonds à la société, y conserverait des droits assurés; ces fonds devant être employés en faveur des indigents de cette commune, et les bâtiments construits du produit de ces libéralités devenant dès lors la propriété de ces établissements de bienfaisance.

Enfin , l’administration des intérêts généraux de la société fut confiée à deux commissions, l’une dite (Y Entretien, qui eut pour président le prince Frédéric, et l’autre de Surveillance , à la tête de laquelle figura le prince d’Orange, aujourd’hui roi de Hollande.

Ce règlement ayant été publié dans l’année , les souscriptions se trouvèrent être , de prime abord , de 192,500 fr., indépendamment du placement à bénéfice de soixante mille aunes de toiles, et alors la société

acheta, moyennant 108,000 francs , la terre de Wester- Beck-Sloot, près la ville de Stemvick, et contenant 852 hectares d’un terrain de bruyères et de tourbes.

On lui donna le nom de Frederiks-Oord , champ de Frédéric.

La petite rivière de Y Ua fut rendue navigable; on bâtit un magasin, une école, des locaux destinés à une filature, et 52 habitations; puis, les principales communes du royaume furent appelées à y envoyer des fa-

H EC If E RC HES H I STO R TQ U E S

milles indigentes dont V entretien cessa

dès ce moment

d’être à leur charge.

Les colons étant entrés, le 18 novembre 1818, dans leurs nouveaux domiciles , le premier compte qui fut

rendu par l’ administration de toute la colonie constata que le produit total du travail agricole et industriel de chaque ménage de colons, s’était élevé à 735 francs.

La société ayant accru ses ressources par un système d’emprunt, conçu avec une rare sagesse, offrit de se

charger, moyennant 25 florins ou 52 francs 52 cent, par an, de tous les indigents chèrement entretenus par les hospices aux frais des communes; et, comme les enfants trouvés et abandonnés coûtaient annuellement aux hospices 120 florins, la société s’engagea à les recevoir pour moitié de cette somme. Elle lit plus encore, elle offrit aux établissements de charité ou aux personnes

qui voudraient souscrire pour le placement de six enfants, ayant dépassé l’âge de six ans , de se charger en même temps, et sans aucune augmentation de prix, nonseulement de F entret ien de deux personnes à qui la garde et la surveillance de ces enfants seraient confiées, mais encore de deux ménages d’indigents composés chacun de six individus, de telle sorte que vingt indi-

gents pouvaient trouver leur subsistance au moyen d’une somme qui jusqu’alors n’avait pu suffire aux besoins de quatre orphelins.

Une masse considérable d’engagements de cette nature avant été aussitôt contractés pour seize ans. la so-

ciété emprunta pour un même nombre d’années les fonds qui lui étaient nécessaires, en donnant pour garantie aux prêteurs le montant des redevances souscrites en bonne forme par le gouvernement, les communes, les administrations charitables et les particuliers, et l’on affecta à chacun de ces emprunts un fond d’amortissement du capital, calculé de manière à compléter le remboursement à l’ expiration des seize années; de telle sorte qu’à cette époque, le gouvernement , les communes , ou tous autres contractants deviendraient propriétaires de la partie des colonies pour laquelle ils auraient souscrit , et , par conséquent , maîtres d’y placer à toujours telles personnes qu’ils jugeraient convenables, en un mot, d’en disposer à leur gré.

Des enfants, qu’une charité éclairée s’empressait d’adresser à la société, ayant bientôt afflué par centaines au milieu des villages nouveaux qui s’élevaient comme par enchantement , la société , après avoir fondé à Ommerchans une colonie de répression pour y réunir les làmilles d’indignes, dont l’état moral et les habitudes vicieuses exigeaient une discipline sévère , s’occupa à fonder, à environ dix lieues de Frederick’ s-Oord, dans la province d’Over-Yssel et dans le lieu appelé Veen- Huissen, trois autres établissements, dont deux formant des hospices agricoles pour les orphelins et les enfants trouvés , et le troisième destiné à des adultes capables d’effectuer les travaux de la colonie, naturellement audessus des forces des enfants plus ou moins avancés en

âge qui s’y trouvent agglomérés : le tout sur une étendue de 1,330 hectares de terre, dont la plus grande partie est aujourd’hui en pleine culture. Dès le 1er janvier 1829 , on y comptait 1,872 enfants trouvés seulement, et voici en quels termes M. Édouard Mary en parle dans la relation du voyage, qu’il y fit :

« Les soins les plus attentifs sont donnés à ces

« enfants. A leur arrivée dans la colonie agricole, on leur « enlève leurs anciens vêtements pour leur en donner de « neufs. Ceux qui se trouvent atteints de maladies de peau « sont séquestrés de leurs camarades jusqu’à ce qu’un traiu tentent en ait fait disparaître les traces, et ne laisse pas « craindre qu’ils puissent propager un mal contagieux. t< Des ministres de divers cultes soignent leur instruc- « tion religieuse, des maîtres particuliers leur donnent i< les connaissances élémentaires utiles à leur situation « future. Pendant le beau temps, les enfants sont appli- « qués à des travaux légers d’agriculture. Pendant 1 in- « tempérie des saisons, à des travaux d’ateliers. On di- « rige aussi vers un travail productif leurs mains et leurs « jeunes intelligences. On cherche cependant à varier « leurs occupations, afin de ne pas fatiguer leur atten- « tion, et on les réunit dans des écoles d instruction « primaire , le matin avant les travaux champêtres et le « soir quand ils sont terminés. C’est sans doute à l’air c( pur qu’ils respirent, à la propreté qui règne parmi eux, c< à la frugale abondance de leurs repas , à l’heureuse « division de leurs occupations qu'on peut attribuer la

« bonne constitution dont ils jouissent. J’ai trouvé les « infirmeries presque désertes..... »

M. de Villeneuve aussi a visité cette colonie en 1829, et il dit absolument la même chose en des termes différents.

Outre les trois colonies de Frederick' s-Oord, d 'Ornerchans et de Veen-Huyssen , il existe un quatrième établissement à Walteren, où l’on a fondé, pour compléter les avantages des colonies d’enfants trouvés, une institution destinée à perfectionner , tant pour Y agriculture que pour l’industrie, l’instruction des jeunes gens choisis parmi les meilleurs sujets de ces enfants. Cent hectares environ ont été attachés à cette colonie , dont partie en champs de petite culture, partie en prairies artificielles, et partie en pépinières variées et très-remarquables par la manière dont elles sont soignées. « Cette colonie, « dit M. Huern de Pommeuse 1 , qui a publié sur ce sujet « un ouvrage du plus haut intérêt, cette colonie conque « un certain nombre de jeunes gens choisis , comme « nous venons de le dire, et c’est parmi eux qu’on doit « prendre en grande partie les chefs d’exploitation. Elle « est dirigée par un élève de M. de Fellenberg, à fins- « tar de son bel établissement d’Hofwil. »

Aussi, grâce à ces admirables combinaisons, les enfants trouvés, recueillis par les colonies agricoles, ren-

1 Mém. sur les colon, agric. de bienfaisance de la Belgique et de la Hollande 1832.

UECHERC HES HISTORIQUES

dent même à celles-ci les bienfaits qu’ils en reçoivent, en leur fournissant notamment des surveillants actifs et intelligents des divers travaux qui s’y opèrent. Quant au gouvernement et aux hospices, ils trouvent dans ces établissements, en ne les considérant que sous le rapport pécuniaire, l’avantage de faire élever les enfants dus à. un excès de prolifïcation , mieux et à un prix moindre de moitié.

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