BELGIQUE
Il existait dans les hospices de Belgique et de Brabant 3,800 enfants trouvés vers la moitié du siècle dernier , et nous avons vu précédemment que des documents officiels, présentés en 1828 aux états généraux du royaume, alors uni, il résultait que ces enfants, recueillis tant par les nombreuses institutions privées, pour secourir les pauvres, que par les hôpitaux del État, alors au nombre de 735, présentaient un total de 6,813; ajoutant à ce nombre les 1 ,827 existant dès lors dans les colonies agricoles, il en faut conclure que, peu avant l’époque où la Hollande et la Belgique opérèrent leur scission politique, le nombre de ces enfants, dans l’un et l’autre pays, dépassait 8,000. Malheureusement, rien ne nous indique combien il en appartenait à la Belgique ;
1 De Châteauneuf, p. 25.
nous savons seulement qu’une diminution notable dans la quantité moyenne se fit remarquer de 1812 à 1822. A cette époque, et suivant les renseignements recueillis par M. de Châteauneuf à Bruxelles, le rapport du nombre des enfants trouvés était à celui des naissances de 14,68 sur cent. Quant à la mortalité, elle était, de 1812 à 1817, de 79 sur cent. Mais rétablissement, qui alors était peu vaste et mal aéré , ayant été transporté dans un autre quartier de la ville, on remarqua dès lors un abaissement considérable dans le terme moyen des décès, qui, en 1838, n’était plus que de 52 sur cent.
Dès 1831 , dans quelques villes , le désir de ne point avoir à sa charge les enfants trouvés qu’on apportait du dehors, engagea à supprimer les tours ; mais, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la vie de plusieurs nouveaunés ayant été compromise, la clameur publique fit donner l’ordre par le gouvernement de les rétablir.
Cependant , dès cette époque , les provinces méridionales du Royaume-Uni (la Belgique), ne demeurèrenl pas étrangères au mouvement imprimé par le général Van-den-Bosch à la Hollande proprement dite. Une
société de bienfaisance se forma en 1822 à Bruxelles.
dans le même but et à peu près sur le même plan que celle de La Haye. Ue prince Frédéric, en fut même aussi proclamé président. Cette société procéda, aussitôt après sa formation, à l’acquisition dans la commune de Wortel. province d’Anvers, et non loin de la route de cette ville
à Breda , d’une bruyère de 745 hectares, qui furent partagés en 70 parcelles, sur 24 desquelles on établit sans aucun retard , un pareil nombre d’habitations , avec granges et étables. 11 fut arrêté que chaque famille ou ménage d’indigents, admis dans la colonie, aurait droit à la jouissance de cette petite ferme. L’on vit bientôt , en effet, se renouveler dans ces lieux, qui avant ne présentaient que des landes stériles , le spectacle de Frédérick’s-Oord, et une ordonnance détermina, le 6 novembre 1822, les conditions d’admission dans les établissements de la société, tant pour les indigents et mendiants, que pour les enfants trouvés , abandonnés ou orphelins.
« On pourra, porte cette ordonnance, contracter avec « la Société de bienfaisance des provinces méridionales, « pour les sommes suivantes, savoir :
« Pour un mendiant seul , à raison de 35 florins par « an (70 francs environ).
« Pour un enfant trouvé, abandonné ou orphelin, âgé « de plus de six ans , à raison de 45 florins par an , au- « quel cas, il sera reçu gratis, trois mendiants par cha- « que nombre de huit enfants.
« Pour un ménage à raison de 22 florins par an et par « tête.
« Pour un enfant abandonné, trouvé ou orphelin, âgé « de plus de deux ans et de moins de six, à raison de « 40 florins, lesquels enfants, aussitôt qu’ils auront at- « teint leur sixième année , seront classés dans la qua rt trième catégorie, etc.
Mais en fondant les colonies libres de Wortel , la société de Bruxelles dut s’occuper en même temps d’en former d’autres pour réprimer la mendicité , qui portèrent à i 4, celles établies dans les provinces septentrionales du royaume des Pays-Bas ; savoir : huit colonies libres, ayant en 1829 une population de 3.241 individus; six pour mendiants , orphelins et enfants trouvés, contenant 5,323. Total, 8,564.
A cette époque, la Société de La Haye comptait de souscripteurs, 23,949; celle de Bruxelles, 1 1,000, formant un total de 34,949.
Les revenus de l’une et l’autre société s’élevèrent à cette
même époque , à plus de 300,000 florins ou 648,000 fr. Mais la Hollande paraît avoir seule su profiter d’institutions qui semblent avoir résolu un important problème en faveur des classes indigentes en général, et de l’enfance abandonnée en particulier; car la séparation opérée en 1830, a porté un coup funeste aux colonies agricoles des provinces méridionales. Au rapport de M. Ducpétiaux , inspecteur général des prisons et établissements de bienfaisance de la Belgique , inséré dans la Revue encyclopédique du mois de décembre 1832 , les colonies agricoles de Wortel et autres de ce nouveau royaume sont à peu près abandonnées. Au 1er juillet 1 832, 56 fermes seulement sur 70 étaient occupées dans la colonie libre n° 1er, et 20 sur 55, dans la colonie n° 2. Ce dépôt agricole des mendiants était déjà devenu trèsonéreux au gouvernement, et ces institutions paraissent
l RECHERCHES HISTORIQUES
avoir été de plus en plus négligées. Leur origine hollandaise les a frappées de défaveur; l’esprit de parti n ayant vu dans cette création qu’un témoignage vivant de la sollicitude du roi Guillaume, et il est permis de présumer qu’au nombre des causes de décadence des colonies agricoles belges, celle-là n’a pas été la moins active.