‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 43 sur 49 · LUCERNE · texte numérisé non relu

LUCERNE

11 n’existe à Lucerne ni maison d’orphelins ni hospices d’enfants trouvés ; cependant ces petits êtres y sont , de la part de l’autorité locale , l’objet des soins les plus empressés, surtout depuis une nouvelle organisation donnée aux secours publics en général , par une résolution du petit conseil du 19 décembre 1819. D’après cet acte législatif , la direction des secours publics , à Lucerne, est confiée à un conseil dit de tutelle, composé de cinq membres tirés du 1er dans chaque cercle ; un conseil de tutelle local existe, spécialement chargé de protéger les orphelins et autres enfants qui ont besoin de l’intervention de la charité. Ces enfants sont confiés par chaque conseil de tutelle , et moyennant une indemnité aux contribuables , si ceux-ci sont en état de leur donner l’éducation. La commission fixe alors le prix de l’indemnité.

Si les contribuables ne veulent pas se charger de ce soin , la commission de tutelle y pourvoit à leurs frais , par suite du principe que nous avons déjà énoncé, que chaque localité doit subvenir aux besoins des indigents qui s’y trouvent.

Nous sommes loin d’avoir désigné toutes les villes de la Suisse, où l’autorité publique intervient en faveur des enfants privés des soins que leur refusent des parents dénaturés : mais à quoi servirait d’accroître cette nomenclature si , dans les autres localités où l’administration locale s’acquitte du même devoir , elle le fait de l’une des trois manières que nous venons de rapporter.

DES SECOURS ADMINISTRÉS, PAR LA CHARITÉ PRIVÉE, AUX ENFANTS ABANDONNÉS, A SCHAFFOUSE, A LAUSANNE, A SAINT - GALL, A GLARIS ET EN TURGOVIE.

Schaffouse , il existe un établissement connu sous le nom de Société de secours , qui ne dispose que des ressources obtenues par des contributions volontaires. Plusieurs établissements lui doivent l’existence, parmi lesquels un hospice appelé la maison des Enfants panures. Là, sont reçus les enfants indigents des deux sexes, orphelins ou non. Quand les garçons sont parvenus à un certain âge , on leur enseigne jusqu’aux éléments du dessin appliqué aux arts mécaniques , ceux de la géographie , de la géométrie , de l’histoire naturelle et de la langue française. On leur apprend aussi la gymnastique; quant aux filles, elles reçoivent aussi une éducation soignée et apprennent les ouvrages de leur sexe. Sept membres du comité exercent sur cette maison

une inspection active , et tout ce qui tient à l’ordre , à

la propreté , k renseignement , au matériel de l’entre” tien , ne laisse rien à désirer, suivant l’opinion qu’a exprimée sur ce point le professeur Chabannes, dans son Rapport sur les établissements de bienfaisance de la : Suisse allemande 1 . Cet hospice consacré à l’enfance est si digne d’éloge , il inspire une telle confiance , que l’hôpital bourgeois de Schaffouse contribue k ses dépenses , pour une somme considérable.

A Lausanne et dans tout le canton de Vaud , la recherche de la paternité se trouve admise ainsi qu’a Bâle; et chose remarquable , l’exposition des nouveau-nés y est si rare , qu’aucun établissement n’y a été fondé pour les recueillir et les élever. Lorsque par hasard un événement semblable a lieu , la charité publique s’empresse d’y subvenir ; elle n’a jamais manqué k l’accomplissement de ce devoir.

Il en est absolument de même k Saint-Gall , k Claris, en Thurgovie et en plusieurs autres parties de la Suisse. Quant k la proportion dans laquelle les enfants trouvés y meurent en général, le calcul en a été fait par Muret dans son Essai sur la population du canton de Vaud l, et il se trouve qu’elle est pour les enfants :

de 0 à 1 an, de 19,109 sur 100

de 0 à o ans, de 30 14G sur 100

de 0 à 10 ans, de 34,871 sur 4 00

En résumé, quoique la Suisse soit l’un des pays de

1 Feuille du canton de Vaud, nos 179 et 180, année 1827.

l’Europe où les indigents se trouvent en plus grand nombre, comparativement à la population générale, il est cependant incontestable qu’il est en même temps un de ceux où il existe moins d’enfants trouvés .

Le motif en est que là , comme en Angleterre , la charité publique et privée fait les plus grands efforts pour fournir aux parents de quoi nourrir et éduquer leurs enfants; c’est que sur toute la surface de la république, des hospices sont ouverts à ces derniers , le plus souvent sous la dénomination de Maisons d’orphelins, ou bien des Conseils de tutelle se chargent de les placer chez des particuliers, qui reçoivent des indemnités à cette occasion, se les disputent souvent par une sorte d’enchère au rabais , que de bons esprits signalent , il est vrai , comme un scandale ; c’est enfin parce que, partout où il n’existe ni maison d’orphelins, ni conseils de tutelle, des associations, telles que celles fondées par Isselin et Hirzel, ont pour but d’y suppléer.

Les choses étant ainsi , il est clair que les indigents , quel que soit leur nombre, n’éprouvent nul besoin d’exposer leurs enfants , puisque loin de devenir une charge pour eux, ils doivent au contraire leur donner des droits à des secours plus considérables. Mais il en résulte que , si les hospices d’enfants trouvés sont inutiles en Suisse, les maisons d’orphelins y sont multipliées outre mesure, car il faut élever les enfants dont on est parvenu à empêcher l’exposition. Après avoir engagé les parents à les nourrir par l’appât d’un surcroît de secours, qui alors

Page 1