‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 45 sur 49 · AUTRICHE · texte numérisé non relu

AUTRICHE

En 1780, Vienne n’avait point encore de maison pour les enfants trouvés, quand Joseph II leur destina, ainsi qu’aux femmes enceintes, un asile particulier dans le Grand hôpital qu’il faisait construire alors, un local immense, composé de pavillons nombreux, renfermés dans sept grandes cours et contenant cent onze salles, dont 40 pour les femmes. De vastes promenades, une situation avantageuse sur les bords d'une rivière, tout se réunit, pour rendre cet hôpital l’un des plus beaux de l’Europe. Il s’y trouve 72 lits de nourrices et 150 lits d’enfants. v

L’entrée du pavillon, pour les femmes, s’ouvre sur la campagne à toute heure du jour ou de la nuit, quelle que soit celle qui se présente, femme, fille, riche ou pauvre, elle est admise sur-le-champ, sous tel nom qui lui convient de prendre. Seulement on exige que le véritable nom soit inscrit dans un billet cacheté qu’elle dépose en entrant. Quand elle sort, on lui rend ce billet dont le cachet est resté intact. Ce n’est jamais qu’en cas de mort, que l'on se permet et qu’il devient même nécessaire de l’ouvrir. Plusieurs femmes joignent à ces précautions, de venir à l’hospice, couvertes d'un voile qu’elles gardent pendant tout le temps de leur séjour

dans la maison; et cette faible barrière, que la honte oppose à la curiosité, toujours respectée par elle, suffit pour conserver l’honneur de la mère et peut-être de l’enfant.

A Vienne comme à Paris, l’hospice des femmes en couches est séparé de celui des enfants. On les y transporte, aussitôt après leur naissance. Au bout de quelques jours, ils sont mis en pension dans la campagne.

L’hospice reçoit gratis’: 1° les enfants dont les mères ont accouché dans la maison d’accouchement, et qui consentent à servir de nourrice pendant quatre mois dans celle des en fants trouvés ;

2° Les enfants qui ont été exposés à la porte des maisons ou dans les rues, pourvu que ce soit dans l’enceinte de Vienne ;

3° Ceux dont les mères, non mariées, accouchent subitement et apportent les attestations nécessaires d’indigence absolue.

11 y a, pour les enfants non reçus gratuitement, trois taxes différentes. La première, de 120 florins pour un enfant né d’une mère qui demeure hors de la Basse-Autriche. La deuxième de 60 florins, pour un enfant dont la mère a payé la taxe dans la maison d’accouchement, ou d’une mère qui a accouché hors de ladite maison ; mais à Vienne ou dans la Basse- Autriche. La troisième de 30 florins, pour un enfant dont la mère a payé la seconde ou la troisième taxe, à la maison d’accouchement. (Ces derniers documents, peu clairs, sont textuel-

lement extraits de ceux qu’un attaché à l’ambassade de Vienne a procuré à M. Remacle qui les rapporte p. 96).

Aussitôt que l’ enfant est porté à l’hospice, le jour de sa réception, le nom de baptême et les autres déclarations dont la présentation est accompagnée, sont consignés sur un registre. Le porteur reçoit en même temps un billet sur lequel est inscrit le nom de baptême de l’enfant, le numéro du registre, le jour de l’entrée et la taxe payée par lui. Au cas où Pon désire reprendre l’enfant, on montre le billet, et il est rendu.

La maison des enfants trouvés n’est, proprement, que pour la réception des enfants, car ils n’y restent pas. Tous, sans exception, sont mis, les uns plutôt, les autres plus tard, en pension, pour prix fixe, à la campagne ou dans les faubourgs, et la plupart d’entre eux nourris à la mamelle. v

L’entretien des enfants mis en pension est réglé comme il suit : pour un enfant à la mamelle, jusqu’à la fin de la première année, la maison paye dix florins par mois , jusqu’à la lin de la seconde, 9 florins ; jusqu’à la fin de la troisième, 8 florins ; de la troisième jusqu’ à la sixième, 7 florins, et de la sixième, jusqu’à la douzième, 5 florins. Après cette époque, la maison ne pave plus. A l’âge de ans, les élèves de l’hospice sont abandonnés à euxmêmes.

Il y a des établissements analogues à Brunn, Gratz, Milan, Prague et Venise. Dans les autres villes, les maisons d’orphelins et les hôpitaux se chargent des enfants

trouvés, et de même qu’en France, avant 1789, chaque

seigneur paye 12 florins à l’hôpital qui reçoit les enfants abandonnés sur l’étendue du sol qui lui appartient, tant il est vrai, comme l’observe M. de Châteauneuf, qui rapporte cette circonstance, que les mœurs du moyen âge ont été partout les mêmes.

On ignore ce que coûte au gouvernement autrichien l’entretien des enfants trouvés : mais nous savons que dans les provinces vénitiennes ce service, et celui des aliénés, mettent à sa charge une dépense annuelle de 870,000 florins suivant ce qu’on lit dans F Encyclopédie nationale , au mot E n faut trouvé. C’est la moitié moins qu’à

Paris, où le seul service des enfants trouvés a coûté, en 1835, 1 ,648,307 fr., quoique la population soit inférieure de moitié à celle du gouvernement de Venise, qui, en effet, et d’après le recensement publié par Friedthielen, était, en 1825, de 1 ,953,000 habitants.

A Vienne, le nombre des enfants trouvés était en 1806

de 3,000. De 1815 à 1821, la proportion moyenne de ces enfants aux naissances générales se trouve avoir été de 23,43 sur cent, c’est-à-dire de 3,000 sur 12,800.

Quant à la proportion des décès, la voici, telle qu’elle résulte d’un recueil allemand intitulé Wolkmenge , cahier de 1810 :

de 0 à 1 an, 45,594 sur 100.

de 0 à 5 ans, 52,929 sur 100.

de O a 10 ans, 55,578 sur 100.

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