SON PERSONNEL
reur. Il devait soumettre à son Conseil toutes les questions administratives importantes et n'agir qu'après avoir pris son avis motivé. Nous verrons les abbés de Doue toujours fidèles à eette règle de prudence.
D'après les plus anciennes traditions de l'Ordre, c'est à l'abbé seul, à Doue comme ailleurs, que fut toujours dévolu le droit de nommer le prieur et le sous-prieur de son abbaye, comme à Tévêque seul est dévolu le droit de choisir ses vicaires-généraux. Il nommait aussi les autres officiers, le circateur, le maître des novices, le cellérier ou procureur, le chantre, le sous-chantre, le sacristain, le vestiaire, le bibliothécaire, le portier, l'infirmier et le réfectorier. On peut, au simple énoncé de leurs noms, se faire une idée suffisante de. chacun de ces emplois, sauf de celui de circateur. Le circateur (de clrcum ire, aller autour^ faire la ronde) prenait rang après le sousprieur; il était chargé de parcourir le monastère à certaines heures pour s'assurer si la règle était observée par tous les religieux ; il remplaçait les trois premiers dignitaires en leur absence.
A Doue, comme dans les autres maisons de l'Ordre de Prémontré, outre les emplois dont nous venons de parler, il y en avait encore d'autres, de sorte que chaque chanoine avait le sien, même lorsque le nombre minimum réglementaire, douze, requis pour former une abbaye, était un peu dépassé.
Après les chanoines, qui formaient la première catégorie des personnes composant l'abbaye, venaient les frères couver s et les ohlats ou donnés , qui formaient la seconde catégorie. Les convers étaient de pieux laïques vivant dans le monastère, suivant à peu près la même règle que les chanoines et prononçant des vœux. Le nom de convers leur venait de leur conversion du monde à Dieu par leur entrée dans un institut religieux ; c'étaient pour la plupart des gens illettrés qui ne pouvaient pas être appelés aux ordres sacrés . Ils portaient un habit spécial, suivaient des exercices particuliers et, au lieu de l'office canonial, récitaient certaines prières marquées dans les Constitutions. Les oblats ou donnés étaient de pieux laïques qui faisaient offrande ou donation de leurs personnes ou de leurs biens au monastère. En compensation, le monastère leur assurait la subsistance et leur fournissait les vêtements et les autres choses nécessaires à la vie.
Tel était le personnel de 'l'abbaye : il ne dépassa jamais le nombre de treize chanoines^ même dans les meilleurs jours ; il descendit jusqu'à deux ou trois aux époques de décadence. Comme la dignité abbatiale était la principale, nous allons donner la liste des abbés de Doue, en suivant l'ordre chronologique, nous rattacherons à chaque abbé les officiers inférieurs et les simples religieux qui furent ses contemporains ; nous relaterons fidèlement les principaux faits, concer-
LES ABBÉS : (50DEFR0I, ARMAÎ^D DUSSOYRE $ I
nant labbaye, qui se sont accomplis sous chacun d'eux.
Le premier abbé de Doue, dont les vieilles chartes nous aient conservé le norn, est Godefroi (II84- I2oo). Nous savons peu de chose sur lui : il est mentionné par les auteurs de la Gallia ChristianaU) et par Hugues Dutems dans Le Clergé de France (2), à la date de 1184. En 1200, il reçoit d'un seigneur de Châteauneuf, en Vivarais, la paroisse de Saint-Juliènd'Arice, située sur les bords de l'Ance, au nord du département de la Haute-Loire et comprise moitié dans le Velay et moitié dans le Forez (3).
V Le second abbé de Doue fut Armand Dussoyre (1215- 1233). Son gouvernement semble avoir été heureux pour le monastère : il fait l'acquisition de plusieurs maisons dans la ville du Puy ; il reçoit divers dons stipulés par testament et se trouve mêlé à quelques négociations; il s'honore surtout et honore son monastère en faisant à Robert de Mehun, évêque du Puy, bienfaiteur de Doue, des funérailles dignes de lui et en déposant dans l'église du couvent la dépouille mortelle du vénérable prélat lâchement assassiné.
Armand achète d'abord de Bonnet 7o Chapus des maisons que celui-ci possédait sur le territoire de
i) Tome II, col. 770. ■ 2 Tome III, p. 388.
(3) Gallia Christiana, II,. 770.
Saint-Vosy, au Puy, avec entrée et sortie jusqu'à la voie publique. Le prix est de quarante livres podienses. A la demande de Bonnet, W. (Guillaume) Bertrand, bailede O. (Odilon), abbé de Saint- Vosy î"^), dévestit Bonnet et investit l'abbé de Doue par la tradition d'une pierre, selon l'usage de ce lieu. — L'acte fut passé dans l'abbaye de Saint-Vosy, Tan de Tlncarnation 1215, le 8 des calendes de février en la conversion de saint PaulW. .
Au mois de novembre de la même année, Armand reçoit d'Odilon, abbé de Saint-Vosy, l'investiture de deux autres maisons situées au Puy. La première, qui avait appartenu à Etienne Montagne, Frère de Doue, avoisi-nait d'occident les maisons d'Etienne Chatas, de midi et de levant celles de Bonnet Chapus, et du nord celles de Guillaume Tami:(er. La seconde, qui avait appartenu à Guillaume Tamizer, joignait d'orient le jardin de Doue, du nord la voie publique, d'occi> dent la maison de Guillaume Avit et du midi la susdite maison de JDoue. L'abbé de Saint-Vosy permet ensuite aux religieux prémontrés de transformer à leur gré ces maisons et la place qui se trouve entre elles, comme aussi d'élever un mur entre la maison Chatas et la maison Avit, le tout
{!) Gallia Chrisiiana, 11, col. 759. .
(2) Archives dép. de la Hdute-Loîre. f. de Doue. — Tablettes historiques du VeJay, tome VII, p. 355.
moyennant la somme de six livres podienses pour une fois, plus un cens de quelques deniers et de quelques émines de vin. Frère Jarenton de Glavenas, qui souscrit l'acte, était sans doute religieux Prémontré de Doue (^).
La dernière acquisition faite par l'abbé Armand est du 2 février 1233. A cette date, il achète de Jean Benoît et de Covenens, sa femme, la moitié d'une maison appelée Crota Maureillia, contiguë aux autres maisons de Doue et à celle d'Auger Dufour (del Forn). Armand avait déjà acquis la première moitié de cette maison de l'Université des clercs du Puy. Il paye la seconde comptant quarante-cinq livres podienses. A l'acte de vente est annexé Tacte d'investiture de B. Aspasius, abbé de Saint-Vosy, qui reçoit pour ses droits sept livres podienses et se déclare satisfait. Ce double acte de vente et d'investiture nous offre encore cet intérêt, qu'il nous donne le nom de Pierre Benoît, père de Jean, tous deux ancêtres, sans doute, d'Etienne Benoît, futur abbé de Doue ; nous y voyons aussi mentionné parmi les témoins, Jarenton (de Glavenas), prieur actuellement et bientôt abbé du monastère >2). ^
L'acquisition de toutes ces maisons une fois faite, l'abbé de Doue les transforma de manière à en faire
(i) Ibidem. — Voir aux Pièces justificatives, N» 2. (2) Ibidem. — Voir aux Pièces justificatives. No 3..
une résidence convenable pour lui et ses successeurs, toutes les fois que les nécessités de leur charge devaient les appeler au Puy. Nous aurons souvent occasion de constater la présence des abbés de Doue dans cette maison. '
- Aux acquisitions d'Armand il faut ajouter, en 1222, la confirmation de la donation de l'église de Saint- Germain-Laprade etplus tard d'autres dons de moindre importance faits à son abbaye (^). Ces dons, qui paraissent bien minimes considérés en eux-mêmes, sont relativement importants pour l'époque reculée qui nous occupe. Par testament daté du 25 juin 1223, Guillaume de Chapteuil donne trente sous au monastère de Doue (2). Ponce Artaud, chanoine du Puy, lui fait un legs semblable, le 12 des calendes de février . 1232 (3).
Armand, abbé de Doue, a dû intervenir souvent, comme cela se pratiquait de son temps, dans des conventions étrangères à son abbaye, soit comme arbitre, soit comme témoin. Nous ne le trouvons cependant . qu'une fois jouant ce dernier rôle -4). Il figure comme témoin avec Ponce de Saint-Quentin,
(i) Inventaire de tj82^ folio 29 .
(2) Tablettes hist. du Velay, I, p. 196.
(3) 29 janvier 1232. — Tablettes hist. du Velay, Vil, p. 370 à 372.
(4) Tablettes, Ylll, 322. — A. Chassaing, Cart. des HospitaliefSf p, 41 . . - - . . ,
Frère de Doue, dans un bail emphitéotiqne consenti au nommé Corsac par Pons de Melgueil^ maître de l'hôpital Saint-Jean, du Puy, de la terre de Corsac sise en deçà et au-delà de la Loire (août 1215).
Le fait le plus important qui se soit passé à Doue sous l'abbé Armand est sans contredit rassassinat de Robert de Mehun^ évêqu® du Puy, tué par Bertrand de Cayres, seigneur de la ville de ce nom.
« Excommunié par l'évêque du Puy, dit l'historien « Arnaud (^}, pour les dommages qu'il avait causés « aux églises, Bertrand de Cayres conjura la perte du « prélat, et, s'étant associé avec une troupe de scélé- « rats, il l'assassina, le 21 décembre 1219, au village « de Saint-Germain-Laprade^ auprès de l'abbaye de « Doue W, où il fut inhumé. Cet attentat fit une peine « extrême aux habitants du Puy qui s'armèrent pour « en tirer vengeance et regrettèrent leur évêque éga- « lement recommandable par les qualités du corps, « par sa naissance et par ses moeurs. Ils firent la « guerre aux parents de Bertrand et détruisirent leurs « châteaux. Ce chevalier et ses complices obtinrent « toutefois leur absolution à Rome après s'être soute mis à une pénitence des plus rigoureuses. »
Nous connaissons la pénitence infligée à Bertrand- Ci) Histoire du Veîay, I, p. 155.
(2) D'après une tradition populaire, Robert de Mehun aurait été assassine sur un monticule dénudé, situé à égale distance du chef-lieu de la paroisse et de l'abbaye. - ^
de Cayres et à ses complices par une lettre du pape Honorius adressée le lo juin 1220 aux évêques de Viviers et de Saint-Paul-Trois-Châteaux {Trîcastrensi)^ chargés de veiller à l'exécution de la sentence. « Les complices de Bertrand, dit le Pape, feront une quarantaine dans la cité du Puy, s'ils le peuvent en sécurité, mendiant de porte en porte, vêtus de sacs et de cilices, les cheveux coupés et jeûneront au pain et à l'eau deux fois la semaine. Que s'ils ne peuvent pas en sécurité accomplir cette pénitence dans ladite cité, ils la feront dans l'une des cités voisines. Cette pénitence accomplie, ils passerontif la mer, resteront deux ans au service de la Terre-Sainte, jeûneront tous les vendredis le reste de leur vie au pain et à l'eau^ excepté en temps de maladie grave et quand la fête de Noël tombera le vendredi. Quanta Bertrand, dont le crime est plus exécrable, il fera trois quarantaines dans la ville du Puy ou dans une ville voisine, vêtu d'un sac, couvert de cendre, les cheveux coupés, pieds nus, mendiant de porte en porte, jeûnant au pain et à l'eau trois jours par semaine. De plus, tous les dimanches, il se présentera au clergé et au peuple, tenant à la main des verges pour se faire frapper. Après cela, il passera la mer et restera sept ans au service de la Terre-Sainte, et à son retour, il se présentera au Souverain Pontife avec des lettres du Patriarche qui témoignent de sa conduite pendant ces sept ans. Pendant le reste de sa vie, il fera deux
carêmes par an, jeûnant au pain et à T eau les vendredis et aux vigiles solennelles, excepté en cas de maladie grave et à Noël. Il s'abstiendra pendant sept ans du corps et du sang de Notre-Seigneur, à moins qu'il ne soit à l'article de la mort (^). »
Quelque temps après les funérailles de Robert de Mehun, disent les Annales de Prémontré (2), les chanoines de Doue exhumèrent ses restes vénérables de la tombe provisoire où ils les avaient déposés et les placèrent avec les plus grands honneurs près du maître-autel de leur église, du côté de l'évangile^ dans un beau sarcophage sur lequel ils firent graver, pour perpétuer le souvenir de cet insigne bienfaiteur de Doue, l'épitaphe suivante :
ET INCLYT^ MEMORISE BEATI ROBERT! DE MEHUN ANICIKNSIS EPISCOPi;, HIC AB IMPIIS INTERFECTI ET IN ISTO LOGO SEPULTI.
^niciensis eras prœsul, Roberte, paternîs Stemmatibus clarus, sed pieiate magis^ Jura tuendo sacrœ Cathedrce cadis ense cruento ; Te civem perhibent signa superna poli.
Obiit 21 décemb. anno Domini 12 19.
Ad Dieu très bon et très grand et à la glorieuse mémoire du bienheureux Robert de Mehun, évêque
(1) Voir cette lettre in-extenso dans les Historiens delà Gaule ^ êdit. Palmé, XIX, p. 703,
(2) Col. 614.
58 l'abbaye dé doue
du Puy, assassiné ici par des impies et enseveli en ce lieu.
Tu étais évêque d' Anis, ô Robert, illustre par ta noble origine, plus encore par ta piété. Pour avoir défendu les droits sacrés de ton Eglise, tu tombes sous un fer cruel, mais les astres qui brillent aux régions supérieures du ciel te proclament leur concis to^^en.
Il rnourut le 21 décembre, l'an du Seigneur 1219 i^).
Neuf aiis après l'assassinat de Robert de Mehun, mourut aussi à Doue Frère Robert de La Rochette^ religieux de grand mérite sans doute, puisque le monastère consacra son pieux souvenir par un petit monument qvii existe encore. On voit, en effet, encastrée dans le mur extérieur absidal de l'église une pierre tumulaire avec cette inscription : « AnnoDomini 1228 ohiit quintas nonas maii frater Robertus de Larochet, l'an du Seigneur 1228 le 5 des nones de mai mourut Frère Robert de La Rochette (2,'/»
Au temps de l'abbé Armand qui vécut jusqu'en 1239 d'après la Gallia Christiana, jusqu'en 1268, d'après une charte que nous reproduisons plus loin, on voyait à Doue, outre les deux tombeaux dont nous
(i) F. Mandet a reproduit cette inscription, d'après les i4wwales de Prémontré, au tome IV de son. Histoire du Veïay, p. 61. (2) ^Annales de la Société académique du Puy, XVIÎ, p. 207-.
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