LÈS ABBÉS : JOBERT DE MONTANHAG III
de Doue, avec Antoine de Queyrières. Celui-ci promet de lui laisser prendre tous les ans trois pitalophes de vin dans sa cuve (^L
Il reçoit, en 1444, une bulle du pape Eugène IV adressée en même temps qu'à lui, à l'évêque de Mende et à l'abbé du Monastier-Saint-ChafFre. Par cette bulle, le Souverain Pontife invite l'évêque et les deux abbés à contraindre les usurpateurs et détenteurs des biens du Chapitre du Puy à les lui rendre. La lettre apostolique est datée de Rome, le 7 des kalendes de mai 1444 et la quatorzième du Pontificat d'Eugène IV (2).
Jobert reçoit, en 1445, l'hommage du syndic de l'Université Saint-Mayol, du Puy /3^, mais avant la fin de l'année un nouveau prélat dirige l'abbaye.
Mathieu de Burianne, vingt-troisième abbé de Z)oîfe, appartenait à une famille noble du Puy, qui tirait probablement son nom d'une terre située dans la paroisse de Rosières. Cette terre, qui relevait au XII® siècle du monastère de Chamalières, est devenue plus tard le village de Bourianne r4).
La famille de Burianne a donné un prieur à Saint- Germain Laprade et quatre abbés à Doue.
(i) Inventaire de ijSz. .^
(2) Payrard^ Inventaire-Chartier de l'Eglise du Puy, p. 58.
{^) Gallia Christiana, 11, col. 771.
(4) Cartulaire de Chamalières, édition Fraisse, n°' 128 et
it2 l'àbbayé de doue
Mathieu de Burianne était déjà à la tête de Tabbaye en 1445. A cette date, il reçoit de Guillaume du Fieu, en plusieurs paiements, la somme de vingt livres tournois, en à-compte d'une somme plus importante constituée en dot à sa sœur Isabelle du Fieu, épouse de noble Jean de Montilhac, de la paroisse de Senolio, par leur père commun Guillaume de Beauzac, seigneur du Fieu. L'*abbé est chargé de remettre cette somme à Isabelle. L'acte est passé devant M® Raymond Montanhac, dans la maison abbatiale de Doue^ située en Posarot, dans la ville du Puy (^).
Mathieu de Burianne obtenait le 22 juin 1447? du juge de Velay une sentence qui donnait à l'évêque du Puy, comme seigneur d'Arzon, la justice du village de Champyert dans les. cas de mort, de mutilation des membres ou autres peines corporelles graves, mais qui en même temps reconnaissait à l'abbé de Doue le droit de l'exercer dans tous les autres cas C^),
Le 19 octobre 1447, Mathieu de Burianne fait un arrangement avec les habitants du village d'Orzilhac. Comme cet acte nous fait connaître, outre une propriété importante, les noms des religieux de Tabbaye, nous en reproduisons les parties principales :
(i) Theillière, Les Châteaux du Veïay, 4e livraison, p. 36. — Les rapports de Mathieu de Burianne avec les seigneurs du Fieu, paroisse de Saint-Julien-d'Ance, s'expliquent facilement par le fait que cette paroisse relevait de l'abbaye de Doue.
(2) Inventaire de iyS2.
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« L'an du Seigneur 1447 et le 19^ jour d'octobre, par devant discrètes personnes M^^ Benoît de Montanhac et Albespin, notaires royaux, furent présents R. P. en Dieu Mathieu de Burianne, abbé de Doue, avec les religieux, frères et chanoines dudit monastère, à savoir Mathieu Gilles, sacristain; Pierre Vinhal ; Jean Rodond, prieur de Saint-Germain-Laprade ; Vital Ranchet ; Pierre Crozet^ assemblés au son de la cloehe, à " la manière accoutumée, d'une part, et Guillaume Vallère, Vital et Jean Bertrand, Jacques Alhon, Durand Bonnet, etc., habitants d'Orzilhac, paroisse de Coubon, d'autre part ».
Par cette transaction, l'abbé et les religieux de Doue perniettent aux habitants d'Orzilhac de faire paître leurs bestiaux au terroir de la Vinhete^ limité par treize limites, ce pierres ou rochers en forme de croix, lequel terroir confronte d'une part avec le ruisseau de la Vialette et le chemin du pont de Brive^ allant à Lantriac, et d'autre part avec le garayt de Doue et le ribaige de noble Jean de Saint-Marcel^ eau de la rivière de Gagne entre deux, et d'autre part avec le fleuve de Loyre, et de là avec le pré de Vidal Bertrand, d'Orzilhac, d'autre part et en outre avec la terre de Pebelit, du côté du monastère de Doue faisant séparation des terroirs de Doue et de Pebelit^ et, en dernier lieu, avec les limites apposées le susdit jour dans ledit terroir.
c( De plus, lesdites parties, savoir lesdits sieurs abbé
et religieux et lesdits habitants ont convenu que dans les prés qui estoient au temps paSsé situés dans le mandement de Doue et dans lesquels les animaux de Doue avaient accoutumé de paistre, après avoir levé les premiers fruits excroissant danslesdites propriétés, il est permis auxdits habitants de faire dans lesdits prés xamhrium (^) jusques à la feste de saint André, apostre, pour lequel xambrium et permission cy-dessus il fut convenu que lesdits habitants payeraient pour une fois audit sieur abbé et religieux la somme de quatre livres dix sols et à perpétuité, savoir pour chacune boyre (2) un denier et pour chacun paire bœufs deux deniers, et pour chacun paire de vaches tenant lieu de boeufs deux deniers. '
De pluS;, à chaque changement d'abbé, les habitants d'Orzilhac porteront au monastère une livre de poivre ou sa valeur en argent pour faire ratifier la transaction susdite.
En confirmation des conventions précédentes, prêtent serment le R. P. Abbé en posant la main sur la poitrine, les religieux et les habitants d'Orzilhac en plaçant la main sur les saints Evangiles.
L'acte fut passé dans la=salle capitulaire de l'abbaye de Doue en présence, outre les parties, de Pierre
(1) Droit pour un particulier de faire paître son bétail dans les prairies d'autrui à l'arrière-saison.
(2) Paire de vaches.
LES ABBES : MATHIEU DE BURIANNE H5
Boucher, fermier du monastère, Jacques Bellerut, clerc, du mandement de Chapteuil, Pierre Dufourj fils de Jacques, originaires de Brives (^).
Mathieu de Burianne affermait, le 30 janvier 1448, à Jean Choussiol, certains champs. et vignes au terroir de Doue, moyennant chaque année dix-huit cartons; froment, huit huminals devin, cinq sols, une géline et une manœuvre (2). -
En vertu des lettres de sauvegarde, dont nous avons parlé, accordées à Tabbaye de Doue par Charles VII en 1439, Frère Pierre Vinhal, procureur de Mathieu Burianne et de tout le couvent, fait citer, le 15 juillet 1449, Michel Chatand, curé de Saint- Vidal, et Gabriel Frontalier, syndic de la vénérable Université des clercs de l'Eglise Cathédrale Sainte-Marie du Puy, à comparaître le lendemain, 16 juillet, à une heure de l'après-midi, dans un champ situé près de Chazelles, de Casalihus, et au terroir de la Sanhahade^ près de la Borne, pour s'entendre condamner à payer les dîmes de blé du champ en question, lesquelles appartenaient aux religieux de Doué de temps immémorial. Les délinquants se gardent bien de comparaître; ils sont condamnés par défaut, avec défense de refuser les dîmes à l'avenir sous peine d'une
(î^ Archives départementales de la Haute-Loire^ f. de Doue. Voir aux Pièces justificatives, n» 14. (2) Inventaire de 1^82.
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amende de vingt-cinq marcs d'argent qui sera versée au trésor public. Les armes royales aux fleurs de lys sont immédiatement dressées dans le champ. Enfin signification de Tarrêt est faite aux intéressés le 27 août suivant (^).
Mathieu de Burianne passe un nouveau bail à ferme, le 20 août 1450, à Jean Aufeuve, meunier du couvent, originaire de La Voûte, diocèse de Saint- Flour. L'Abbé, du consentement de ses religieux, Jean Razond, prieur de Saint-Germain-Laprade, Pierre de la Font, alias Vinhal, Thomas Durrian, Vital Rançhet et Jean Brun^ chanoines réguliers, laisse encore à Jean Aufeuve les moulins de Doue, situés sur la, Loire, aux conditions stipulées dans le bail du 29 novembre 1433. Le fermier s'engage à nouveau d'une manière spéciale à faire les réparations nécessaires aux digues qui protègent les propriétés et en particulier le pré de l'Abbé. Acte reçu, Raymond Montanhac (2).
L'abbé de Doue obtient, le 5 avril 1452, d'Anson Rossel la permission de prendre l'eau du Kihaige pour arroser le pré de la Sanhette, moyennant une rente annuelle de douze deniers (3).
Il assiste, le 22 août 1453, comme témoin, aux
(I) Archives départementales de la Haute-Loire, f. de Doue. \2) Archives de M. Bertrand de Doue.
{"i^) Inventaire de 1^82.
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fiançailles de Falcon de Glavenas, fils de Jean, seigneur de Lardeyrol, avec Antonie de la Tour Saint- Vidal, fille de feu Dragonnet et de vivante Dauphine de Saint-Priest. L'acte est passé dans la basse-cour du château de Saint-Vidal, en présence de nombreux parents et amis. Nous n'avons pas ici à nous occuper davantage de ce mariage. Il nous suffit d'avoir constaté que les religieux de Doue et les seigneurs de Lardeyrol continuaient d'entretenir de bons rapports commencés depuis deux cents ans (^).
Le 19 janvier 1455, Laurent Fournier, de Borne, promet à Mathieu de Burianne de payer la dîme à la gerbe d'un champ appelé Rochapy. L'abbé de Doue fait avec les habitants de Servissas le partage de l'eau des prés de Corbeyre, situés au terroir de la Vinhette, pour arroser le pré de l'Abbé (2).
Le 18 décembre 1456, Mathieu de, Burianne et Godefroy de Saint-Haon, abbé de Saint-Pierre-Latour, en vertu des lettres à eux adressées par Alain, cardinal du titre de Sainte-Praxède, légat apostolique en France^ mandent à tous les ecclésiastiques des diocèses de Lyon, Vienne, Lq. Puy et Clermont, d'ordonner, sous les peines de droit, la restitution à Artaud de Fay, à Blanche, sa femme, et à Marguerite de Vaugelas, mère de la dite Blanche, de tous les biens meubles
(1) Truchard du Molin, 'Baronnie de Lai-deyrol^ p. 169.
(2) Inventaire de 1J82.
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et immeubles qui leur reviennent sur l'héritage de Poncet de Gerlande, et qui leur sont injustement retenus (^).
L'abbé de Doue fait dresser, en 1457, par Pierre de Montanhac le terrier de l'abbaye, c'est-à-dire un registre contenant le dénombrement des personnes qui en relevaient et le détail des redevances qu'elles avaient à payer (2.'.
Le 25 février 1458, le légat apostolique Hilaire, cardinal du titre de Sainte-Praxède, le nomme commissaire spécial à l'effet d'unir neuf vicariats à la rnense capitulaire de Saint- Vosy, au Puy (3).
En la même année 1458, Tévêque de Mende contestait au monastère de la Chaise-Dieu le droit de collation à la vicairie perpétuelle de Saint-Privat, mais les religieux furent confirmés dans leur patronage suivant décision émanée de Mathieu de Burianne, délégué de Vital Irailh, natif du Puy, abbé de Saint- Chaffre et conservateur des privilèges de la Chaise- Dieu (4).
Mathieu de Burianne investit, le 19 février 1459» Pierre Avit, de Fay-la-Triouleyre, d'un champ appelé Malescot, au- terroir de Doue 'S). Il transige en 1461
• (i) Tablettes historiques du Veîay, II, p. 319. (2) Archives dép. de la Haute-Loire, f. de Doue. (■^) Gallia Christiana, II, col. 772.
(4) Tablettes hist. du Velay, V, p. 91.
(5) Inventaire de 1^82. ,
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avec Bellonde de Tournon, abbesse de la Séauve- Bénite (^). Il passe, le 15 février 1462, avec François Benoît, de Goudet, une transaction en vertu de laquelle celui-ci est obligé de payer et de porter auPu}^ dans le grenier de l'abbé de Doue un carton de froment pour la dîme d'un champ sis au terroir de Bonnefont, paroisse de Saint-Martin-de-Fugères (2) . Il transige encore^ le 17 avril 1469, avec noble Beraud, seigneur de Servissas.
« Considérant que le service du culte divin est assuré continuellement dans le monastère de Doue ; que les religieux prient pour ses ancêtres qui y sont ensevelis; que les anciens moulins de l'abbaye, ayant été détruits par une inondation de la Loire; que Mathieu de Burianne, abbé^ en a fait reconstruire d'autres sur le territoire de l'abbaye près du pont dd la Vinhete^ sur la rivière de la Gagne, indivis entre lui et le vicomte de Polignac, seigneur de Bouzols, et que ledit abbé a fait jeter une levée ou digue sur la Gagne, pour y amener feau de cette rivière, ledit seigneur de Servissas ratifie le tout, autant qu'il est en son pouvoir. — Acte reçu Raymond Montanhac, notaire royal du Puy (3). »
Le 29 mars 1470, Mathieu de Burianne, en qualité
{1) Gaîîia Christiana, 11, col. 'j'j 2.
.{2) Inventaire de' iy82.
. (^) tArchîves de M. Bertrand de. Doue . t^ Inventaire de -12.82 .
120 l'abbaye DE DOUE
de juge et commissaire du Saint-Siège^ donne des lettres portant la peine d'excommunication contre tout détenteur de titres ou documents appartenant à l'Université Saint-Mayol (^).
Le 4 octobre 147 1, il reçoit Thommage de Jean Razond, prieur de la paroisse de Saint-Germain-Laprade, dépendant de Doue^ pour le champ de Chouvet qu'il tient en ferme au lieu de Pebelit, au cens annuel d'un denier tournois, payable à Saint-Germain, en la fête de Saint-Michel iP-K
Il bénit, le 12 novembre 1472, la maison de Montanhac, dont nous avons parlé, située au pied du monastère. Nous empruntons à M. Truchard du Molin le compte-rendu de cette bénédiction (3).
(( Honorable homme Raymond,, bachelier ès-lois, notaire apostolique en la ville du Puy, qui, pour se préserver de la peste dont ladite ville était infectée, avait nouvellement fait construire une maison au mille a de sa vigne dans le territoire de l'abbaye de Doue, de l'Ordre des Prémontrés, ne voulant pas l'habiter sans qu'elle eût été bénie, pria le R. P. en Dieu Mathieu de Burrianne, pour lors abbé du monastère, de venir avec ses religieux accomplir cette cérémonie. Ils s'y rendirent, en effet, prêtres et profès,
(1) fArchivcs départementales de la Haute-Loire^ f. du Chapitre, G. 2 I I .
(2) Archives de la Fabrique de Saint-Germain-Laprade. . (j^) Baronnie de Boii:(pls , -ç . 56.
LES ABBES : MATHIEU DE BURIANNE 121
l'abbé revêtu des ornements de sa dignité, et l'acte, que nous analysons raconte tout au long les chants, les oremuSy tous les rites'célébrés pour qu'il plût à Dieu que tous ceux à qui apartiendrait cette demeure, de siècle en siècle, y fussent bénis et .y vécussent en santé, en vertu et en foi. En sa qualité de seigneur direct, l'abbé, par une sorte de baptême féodal donna à la maison, à Raymond et à ses successeurs le nom de Montanhac, pour qu'ils le portassent à perpétuité. Mais comme en cette circonstance mémorable, les intérêts de l'abbaye ne pouvaient pas être entièrement négligés, on convint que Raymond qui, en qualité de greffier dudit monastère, avait fait les avances d'un procès contre le duc de Nemours, seigneur de Bouzols, au sujet des eaux de la Loire, ne les réclamerait pas et remettrait à Tabbé les expéditions et autres instruments (^''. »
Mathieu de Burianne reçoit, en 1473, des lettres ou bulles apostoliques du pape Sixte III, qui lui permettent de conférer la cure de Saint-Georges, au Puy, à Pons Habauzie, prêtre de cette ville^ sur la présentation du Chapitre de Saint-Georges, et ce, malgré le refus du seigneur évêque (^). Il obtient, en 1479, du seigneur deServissas, pour le compte de
(i) Cet acte reçu par Jean Verdi er, notaire au Puy^ le 12 novembre 1472, est en possession de M. Vis sagu et, " propriétaire actuel de Montanhac. (Note de M. du Molin.)
(2) Archives dti' Grand-Séminaire du Puy.
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son abbaye,, rautorisation de prendre l'eau de la Gagne (i).
Parvenu à un âge avancé et après avoir gouverné pendant quarante ans le monastère, Mathieu de Burianne résigna sa charge entre les mains du pape Sixte IV en faveur de son neveu, Jean de Burianne, bien plus tôt que ne l'affirme la Gallia Christiana, certainement avant le 21 février 148 1, comme nous le verrons tout à l'heure. Il se réserva cependant l'usufruit et l'administration temporelle jusqu'à la fin de ses jours. Nous le voj^ons, à ce titre, faire l'acquisition d'une maison au Puy^ le 18 mars 1483 (2).
Il mourut peu de temps après, sans doute avant le 18 novembre, car nous verrons à cette date, Jean de Burianne prendre possession de la stalle réservée aux abbés de Doue dans l'église cathédrale du Puy.
(i; Inventaire de 1^82. Acte xeçu, Montanhac, notaire. (2) Gallia Christiana, II, col. 772,