LES ABBÉS : DE RACHAT-DESGRÂHGES
triste dénouement. Mille fois il avait exprimé le désir de ne pas lui survivre; mais tels n'étaient pas les desseins.de Dieu ; il eut le douloureux honneur de lui fermer les yeux.
. L'abbé Desgranges fut le confident et rexécutèur des suprêmes volontés du prélat; il mit à les remplir, quanta la lettre et quant à l'esprit^ là plus scrupuleuse exactitude, et il ne consentit à quitter Ratisbonne qu'après s'être acquitté complètement de son mandat.
Dans cette circonstance l'abbé Desgrange donna à la paroisse de Monistrol une preuve de l'attachement sincère qu'il lui avait voué. Il détacha de la modeste chapelle du prélat un ornement brodé, violet et noir, pour en faire don à l'église qui avait été sa première et son uniq^ue épouse.
Enfin le moment était venu pour l'abbé Desgranges de prendre une détermination. On s'attendait générament à ce que la mort de Mgr de Galard le ramènerait dans le diocèse; mais elle ne fit qu'augmenter son indécision. Vainement sa famille et ses amis redoublaient leurs instances pour l'attirer au milieu d'eux ; rien ne pouvait triompher de ses répugnances.
L'abbé Dorcine, qui avait été son compagnon d'exil à Saint-Maurice, offre de se démettre en sa faveur de la cure de la Cathédrale ; son frère, M. de Rachat, s'estime très heureux de lui céder la cure de Tence et de devenir son vicaire; Mgr de Belmont lui fait
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proposer la cure de Bas, alors Tune des plus. importantes du diocèse. A. toutes ces offres. si avantageuses l'ancien vicaire général répond par les refus les plus formels, alléguant chaque fois son âge, ses infirmités,, son peu d'aptitude à renfiplir des fonctions dont il est resté éloigné depuis plus de vingt ans. Il se décide a mourir loin du sol natal et à demander à des mains étrangères de lui ferrner les yeux.
- Tout, du reste, était de nature à le retenir à Rastibonne, « où. il avait hérité des- connaissances et des amitiés "du vertueux évêque », où la protectioii de Son Altesse Electorale elle-même lui était assurée. Mais « cette ville grande et habitée par la multitude d'excellences qui y affluaient, était devenue pourrabbé Desgranges un vrai désert depuis la mort de son immortel bienfaiteur ». Tout lui en rappelait le. triste souvenir et il lui tardait de s'éloigner d'un lieu où rien ne pouvait combler le vide ouvert dans son cœur par la perte cruelle qu'il avait faite.
Aussi le vit-on, dès que les affaires de la succession de Mgr de Galard furent terrninées, « se retirer du tourment de l'inaction », aller demander un asile au séminaire de la Walsau près Rothenbourg.
Il fut reçu dans ce séminaire, fondé pour les jeunes émigrés qui se destinaient à l'état ecclésiastique, par M. Morel avec l'approbation de M. Emery, supérieur général de Saint-Sulpice. M. -Morel lui confia la classe de dogme. « C'était un homme, disait son supérieur,