‹ Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité, suivies de considérations sur ... les guérisons ... à l'aide des songes, et le magnétisme animal, et sur l'origine des hôpitauxChapitre 12 sur 19 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Introduction du culte d’Esculapeà Rome; on lui bâtit un temple dans l’ile du Tibre. Superstition des Romains. La médecine des songes était très en usage à Rome au temps de la république, et surtout à l’époque des Antonins. L’orateur Aristide, sa crédulité. Fin du culte d’Esculape et du paganisme.

Les Romains, qui ont appris des Grecs les sciences, les lettres et les arts, en ont aussi reçu le culte d’Esculape à une époque assez éloignée (en l’an de Rome 460, 294 ans avant J. -C. ). Voici', suivant Valère Maxime (1), comment il y fut introduit. Une peste ravageait la ville depuis trois ans ; on consulta les livres des Sibylles qui ordonnèrent d’amener à Rome

(1) Lib. I, c. 8.

Esculaped’Epidaure. Q. Ogulnius fut chargé de celte mission. Quand il fut arrivé au temple du dieu, à Epidaure, un des serpenls qu’on y élevait en sortit, entra dans le vaisseau romain, et se plaça tranquillement dans la chambre d’Ogulnius.

Lorsque le vaisseau fut parvenu à l'embouchure du Tibre, le serpent en sortit et alla dans une des îles du fleuve, où il se roula sur lui-même, ce qui indiqua que le dieu voulait être adoré en ce lieu. On y bâtit effectivement un temple qui devint très-célèbre dans la suite (i).

(1) Plusieurs écrivains latins autres que Valère Maxime font mention de l’introduction du culte d’Esculape à Rome. Ovide la rapporte en beaux vers dans le 15e livre des Métamorphoses . Tite-Live en parlait dans le XIe livre de son Histoire, qui est perdu. Il existe une médaille, frappée sous l’empereur Antonin, qui représente 1 arrivée d’Esculape à Rome. On y voit le dieu de la médecine, sous la figure d’un serpent, qui se lient sur la proue d’un vaisseau, et

Il est vraisemblable que des Asclépiades d’Epidaure suivirent Ogulnius, et enseignèrent aux Romains le culte d’Esculape.

L’on eut sans doute recours dans l’île du Tibre aux guérisons à l’aide de l’incubation et des songes, ainsi que dans les temples de la Grèce. Bœtliger pense que l’on y éleva des serpents apprivoisés, comme à Epidaure, pour y représenter Esculape et pour agir à leur aide sur les malades (1).

le dieu du Tibre sort de l’eau pour le recevoir. ( Recherches curieuses d’antiquités, par Spon , p. 531.) Peu de temps après l’introduction du culte d’Esculape à Rome, on y bâtit aussi un temple à la déesse Hygie, qui y fut adorée sous le nom de Dea Salus.

(1) Bœttiger s’appuie surtout sur le passage suivant de Pomponius Festus, qui l’a sans doute extrait d’un auteur plus ancien : In insulâ Æsculapio facta ædes fuit.... ejusdem dei esse tutelæ draconem , quod vigilantissimum sit animal , quæ res ad tuendam valetudinem œgroti maxime apta est. Canes adhibentur hujus templo quod is uberibus canis sit nutritus. Bœttiger a écrit une sa-

Cependant, comme pendant un assez long espace de temps les auteurs latins ne parlent pas de guérisons opérées daus l’île du Tibre, Bœttiger est d’avis que les Romains eurent d’abord peu de confiance dans ces pratiques superstitieuses venues de ltl ranger. Cette conclusion nous paraît peu fondée. En effet, le culte du dieu de la médecine ne devait pas etre entieiement étranger aux Romains , puisque avant l’ambassade d’Ogulnius , il V avait déjà, suivant Valère Maxime (i), un temple

vante dissertation sur le culte d’Esculape dans Vile du Tibre , et sur les jongleries médicales que l’on exerçait à l’aide des serpents. On la trouve dans l’ouvrage de Sprengel, intitulé : Beitrœge zur Cescliichte der Medicin. Halle, 1794. t. 2, p. 163.

(1) Lib. I, c. 8. Valère Maxime dit que le serpent qui était dans le vaisseau d’Ogulnius en sortit quand il fut arrivé devant Antium, et resta trois jours dans le temple d’Esculape qui était dans celle ville.

d’Esculape à Antiurn , ville ancienne du Latium, à quelques lieues de Rome, Varron (i) parle de remèdes conseillés en songe par Sérapis ou par Esculape. Piaule (2) introduit dans une de ses pièces un malade qui se livre à l’incubation dans le temple d’Epidaure. Cicéron (3) blâme ceux qui s’adressent plutôt à un interprète des songes qu’à un médecin, et qui pensent qu’Esculape ou Sérapis peuvent indiquer en songe les moyens de se guérir, ce qui fait présumer que cet usage existait à Rome, de son temps. Enfin, sous l’empereur Claude, Suétone (à) parle de nombreux esclaves malades qui allaient consulter Esculape dans l’île du Tibre.

Comme une grande superstition a tou-

(1) Farronis opéra. Amsterdam, 1623, tom. 2, p. 104. On y trouve plusieurs fragments sur ce sujet, conservés par Nonius Marcellus.

(2) In Curculione.

(3) De Divinatione, 1. 2, c. 59,

(4) In vitâ Claudii.

jours été la base du caractère dominant des Romains, il serait bien étonnant qu’ils n’aient pas eu confiance en la médecine des songes(i). M. Hecker(2) fait observer que l’introduction du culte d’Esculape ne contribua en rien au perfectionnement de la médecine à Rome. Il en attribue la cause au choix que les Romains avaient fait des Asclépiades d’Epidaure, qui étaient beaucoup moins instruits que ceux de Cos et de Cnide. On peut dire aussi que jamais les Romains ne montrèrent de goût

(1) Malgré la superstition des Romains, il faut cependant avouer qu'aucun auteur ancien ne s’est élevé autant que Cicéron contre la divination et les songes. « Nous rêvons, dit-il (de « Divinatione , lib. 2, c. 59), pendant des nuits « entières; nous étonnerons-nous d’après cela « que nos songes se vérifient quelquefois. On « pourrait, ajoute-t-il, tirer également d’innom- « brables présages des visions de la folie et de « l’ivresse »

(2) Geschichte der Heilkunde , t. I, p. 361.

pour la médecine, et que peu de temps après que le culte d’Esculape eut été introduit à Rome, des médecins grecs vinrent s’y établir, et dès-lors les prêtres d’Esculape ne pouvaient être que nuisibles à l’avancement de la science.

Outre Esculape , on adora encore à Rome un grand nombre de divinités médicales; entre autres, Apollon (i), Mercure (2), Minerve (3) , et l’on en recevait

(1) On éleva à Rome un temple à Apollon médecin, 450 ans avant J. C., pour obtenir sa protection contre une peste qui ravageait la ville. (Tili-Livii Histor., lib. IVr c. 25.)

(2) Il existe encore quelques inscriptions vo- .tives, datant de l’époque romaine, dédiées à Mercure, pour la guérison des maladies.

(3) On trouve tout ce qui a rapport à Minerve , adorée comme divinité médicale à Rome, dans une savante dissertation de Birger Tliorlacius , intitulée : Minerva Romanorum viedica. Copenhague, 1805. Elle a été imprimée dans les Prolusiones et opuscula philologica de cet auteur, tom. I, p. 139.

des conseils en songe. Com me le fait observer M.Hecker(i), les Romains surpassèrent encore les Grecs en superstition ; ils a lièrent jusqu’à adorer les maladies pour se préserver de leurs atteintes. La déesse Febris avait trois temples à Rome. Valère Maxime (2) dit qu’011 y déposait des médicaments qui avaient été appliqués sur le corps des malades ; c’était peut-être pour en conserver la mémoire, afin de les employer dans des cas semblables à ceux où ils avaient réussi (3). O11 adorait aussi à Rome la déesse Mephitis et la déesse Cloacina, pour se préserver des effluves des

(1) Geschichte der Heilkunde , 1. 1, p. 359.

(2) Lib. 2, c 5.

(3) De Mallheis a écrit une dissertation sur le culte que les Romains rendirent à la fièvre ; elle est intitulée : Sul culto reso degli antichi Romani alla dea Febbre. Rome, 1814, in-8. M. Greppo, grand-vicaire du diocèse de Belley, a donné des détails étendus sur le culte de la déesse Febris et de la déesse Cloacina. On les

marais et des égouts , et on leur avait élevé des temples dans la capitale du monde (i).

Quand Rome eut étendu ses conquêtes, elle ne se contenta pas des dieux qu’elle adorait auparavant; elle adopta encore le culte des dieux étrangers, et ceux d’Egypte y furent en grande vénération. On y gué-

Irouve à la suite de la traduction de YOctavius de Minucius Félix, par M. Pericaud, bibliothécaire de la ville de Lyon. 2e édition, 1843, p. 260-270.

(1) Les Romains adorèrent encore quelques autres divinités du même genre, telles que la déesse Ossipaga , qui présidait à la consolidation des os, la déesse Carna, qui présidait au développement des chairs. Saint Augustin (de civitate Dei, liv. 4, c. 21 ) fait mention de plusieurs autres divinités semblables qui étaient adorées par les Romains. Ils invoquaient surtout Lucine dans les accouchements. Cicéron (de N (dur â deorum, lib. 3, c. 25) se moque du culte que ses concitoyens rendaient à la fièvre.

vissait les malades à l’aide des songes, dans

Iles temples d’Isis (i) et d’Osiris, et surtout dans ceux de Serapis qui fut regardé, selon Creuzer(2), comme le dieu suprême I des Romains.

quelque difficulté que le culte du nouveau | dieu fut introduit, d’une manière définitive, dans la capitale du monde (3). Ses temples, ainsi que ceux d’Isis , y furent détruits par un décret du Sénat, 217 ans avant notre ère (ù) ; mais malgré quelques autres persécutions, ce culte reparut toujours triomphant. M. Guigniaut prétend

(1) Tibulle s’adresse à Isis dans ces vers ( Eleg 1. I, eleg. 3, v. 38 ) :

Nunc deu nunc sucurre mihi , nam passe mederi Picta docet templis mu > ta tube lia tuis.

(2) Les Religions de l’antiquité , tom. I, p. 414.

(3) Yarron, dans ses Euménides (cité par Nonius Marcellus, voce: Miras pro miraris ), se moque de ce que Sérapis traite les malades à I prix d’argent.

(4) Yalerii maximi, lib. I, c. 3.

Cependant ce ne fut pas sans

cependant qu’il ne fut admis publiquement à Rome que sous le règne des Antonins. Nous possédons encore plusieurs inscriptions romaines, en forme d ’ejc-voto, en l’honneur des divinités égyptiennes, pour des malades qu’elles avaient guéris (i).

Un savant écrivain danois, Birger- Thorlacius, prétend que les Romains qui adorèrent tant de divinités, n’eurent cependant, à l’exception d’Esculape d’Epidaure, que des idées confuses sur les dieux

(1) Voici quelques-unes de ces inscriptions:

« ISIDI ET SERAP SACRUM EX VOTO

PRO Ftl IOLI SAEUTE SUSCEPTO SAUR AN A FEC1T

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