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médecins, et qu’ils les désignaient tous sous le nom d’Esculape. Il pense qu’ils donnèrent particulièrement ce nom à Sérapis égyptien. Voilà pourquoi ce dieu a sur beaucoup de monuments les attributs d’Esculape (i). Quelle qu’ait été la
{]) B. Tliorlacius a émis ces opinions clans I une dissertation intitulée : De somniis Serapicis I prœcipue ex Aristidis orationibus sucris delinea- I tis. Copenhague, 1813, in-4. On trouve une I analyse de cet opuscule dans le Magasin encyclopédique de Millin (année 1814, t. 5, p. 443.) Thorlacius appelle les songes d’Aristide, songea sérapiques , parce qu’il pense que souvent ce malade invoquait Sérapis, que l’on confondait avec Esculape. Il pense, d’après quelques passages des discours de cet orateur, qu’il est présumable qu’au temps des Anlonins, des médecins étaient attachés à certains temples par des liens intimes. Sprengel ( Histoire de la médecine , tom. I, p. 162) est aussi d’avis qu’il y avait alors, dans les avenues et les péristyles des temples, des orateurs, des sophistes et des philosophes avec lesquels les malades pouvaient s’ea?
la confusion qui ail régné à Rome sur les divinités que l’on y adorait, il n’en est pas moins certain que le culte du dieu de la médecine était en grande vénéi ation dans tous les pays soumis à la domination romaine au temps des empereurs. L’empereur Antonin-le-pieux lui accorda, entre autres, une protection toute spéciale. Il avait luimême une grande confiance dans les moyens de guérison conseillés en songe, ainsi que le prouvent plusieurs médailles et diverses inscriptions votives (i). Il fit faire de nouvelles constructions dans le
trelenir, et qui aidaient aux prêtres à expliquer les songes. Philostrate (Vita Apollonii Thyanœi ,J lib. I, c. 13 ) dit qu’Apollonius changea le temple d’Esculape, à Égée, en Lycée et en Académie, où l’on n’entendait que de la philosophie.
(1) Marc Aurèle nous apprend (de fiebus suis,
1. I, c. 16) que l’empereur Antonio, son père adoptif, n’avait recours que très-rarement à la médecine et aux remèdes. On voit qu’il n’en élaiL que plus superstitieux.
temple d’Epidaure. Nous voyons par une ancienne inscription (i) qu’il y avait «à Rome, sous le règne de ce prince, un college d’Esculape et de la santé, composé d’individus qui s’assemblaient à certains jours de l’année pour y faire des sacrifices et dps repas, et pour y recevoir de petits présents. Le nombre des membres île ce collège était fixé à soixante, et les lils y succédaient aux pères. C’est encore sous te règne d’Antonin que le faux-prophète Alexandre, qui avait la prétention de régénérer le culte d’Esculape, commençait à tromper le public à l’aide de ses jongleries grossières, ainsi que nous le verrons plus loin.
Pendant toute la durée de l’empire romain, le public ignorant continua, malgré les progrès qu’avait faits la médecine par
(1) Spon ( Recherches curieuses d’antiquité , p. 326) a publié celle inscription, et l’a enrichie d’un commentaire.
les écrits d’un grand nombre d’hommes célèbres, à avoir une prédilection marquée pour les guérisons opérées à l’aide des songes. Les souverains eux-mêmes montraient à leurs sujets l’exemple de la confiance dans ces pratiques superstitieuses. Hérodien (i) rapporte que l’empereur Caracalla alla lui-même se faire traiter par Esculape dans le temple de Pergame (2). L’empereur Julien dit aussi , dans ses œuvres, qu’Esculape l’a guéri très-souvent dans ses maladies , en lui indiquant des remèdes (3).
L’exemple le plus frappant de ce que peut faire la crédulité et la superstition sur un esprit malade, nous a été donné par l’orateur grec Aristide, qui vivait au second siècle de notre ère. Ayant été
(1) llislor lib. IY.
(2) Hérotlien dit que Caracalla partit de Pergame après y avoir reçu autant de songes qu’il en désira.
(3) S Cyrillusiu Julianum, lib. VII
atteint pendant treize ans d’une malaladie de langueur avec oppression , douleurs nerveuses , vomissement, gonflement du ventre, hydropisie, il eut le courage de se faire guérir par Esculape qui le soumit à une infinité de remèdes de tout genre, tels que lotions , bains , diète , vomitifs , saignées répétées, courses, voyages, déclamations, pratiques superstitieuses , etc. ; cet auteur rend compte dans six de ses discours qu’il appelle orationes sacrœ (i), de tous les traitements qu’on lui fit subir. On y admire autant la patience et la résignation que la crédulité aveugle d’un écrivain qui n’est cependant pas sans mérite. Ses amis, qui étaient les personnages les plus distingués de l’époque, voyant l’état déplorable auquel il était réduit, lui faisaient observer en vain qu’il avait une foi trop grande dans ses songes. Il continua de
(I) Arisliilis Opéra omnia , eclenle Jebb ,1.1, p. 272 3üo.
parcourir les lemples des diverses villes où il voyageait. Des médecins lui donnaient aussi quelquefois des avis; mais il préférait toujours ceux qu’il croyait avoir reçus du dieu dans ses rêves (1) .
On voit par un passage du poète Prudence^), qui vivait au 4e siècle, que, de
(1) L’oraleur Aristide vivait sous le règne d’Anlonin qui, comme nous venons de le voir, protégea fortement le culte d’Esculape el montra beaucoup de confiance dans la médecine des songes. L’exemple de l’empereur dut influer sur l’esprit d’Aristide : Regis ad exemptai' totas componitur orbis. Quelques savants ont écrit des dissertations sur la maladie d’Aristide et sur sa superstition. Nous citerons celle de Y. Malacarne, intitulée : la Malattia tredecenale di Aristide, Milan, 1799, in-4, et celle de Birger Thorlacius : de Somniis Serapicis prœcipuè ex Aristidis orationibus sacris delineatis. Copenhague, 1813, in-4. Enfin, le docteur C. A. Schmidt a aussi soutenu, à Iéna, en 1818, une thèse qui a pour titre : de Aristidis incubatione.
(2) In Hamertigeneiâ.
son temps , on exerçait encore clans les temples la médecine à l’aide des songes. Cet usage n’a fini cpi’avecle paganisme (i). Il y avait cependant alors des médecins recommandables dont nous possédons encore de bons ouvrages. Le vulgaire, ami du merveilleux, préférait ces cures obtenues par la jonglerie des prêtres; et, d’après ce que nous venons de rapporter, on voit que les empereurs et les hommes de la plus haute distinction y avaient également recours. Et de nos jours, malgré le progrès des lumières, ne sommes-nous pas fréquemment témoins d’un spectacle analogue? ne voyons -nous pas la confiance sans borne qu’inspirent trop sou-
(1) Eusèbe ( de Vitu Constantini , lib. III, c 56) dit que l’empereur Constantin fit détruire le temple d’Esculape, à Égée, dans lequel Apollonius de Thyane s’était fait initier pendant sa jeunesse. Suidas rapporte que, sous Théodosele-Grand, 1 archevêque Théophile fil renverser la statue de Sérapis, à Alexandrie.
vent les promesses fallacieuses d’un charlatanisme débonté ? Quand un malade guérit par des moyens connus, personne n’y fait attention; mais s’il revient à la santé après l’emploi de quelque remède secret ou de quelque poudre merveilleuse , les cent bouches de la renommée suffisent à peine pour prôner le succès ; et les revers, quand ils ont lieu, passent inaperçus. Les anciens avaient foi aux remèdes conseillés en songe dans les temples de leurs dieux; si l’on voulait ici rapporter bien des faits arrivés de nos jours , on y trouverait trop de rapports avec la crédulité des anciens.