CHAPITRE VIII
Réfutation des opinions émises par les partisans du magnétisme, qui soutiennent que les prêtres des temples exerçaient la médecine à l’aide du magnétisme et du somnambulisme. Les malades qui allaient dormir dans les temples n’étaient pas des somnambules.
Je viens de tracer l’exposé rapide de ce cjue nous savons de plus certain sur l’exercice de la médecine à l’aide des songes dans les temples des anciens. Je suis loin, sans doute, d’avoir approfondi ce sujet obscur, sur lequel nous possédons malheureusement des documents bien incomplets(i).
(1) Selon Leclerc ( Hist . de la médecine , liv. 2, c. 2), plusieurs anciens auteurs avaient fait 1 histoire des Asclépiades. Il cite parmi eux Apollodore, Eratoslhène, Phérécide, Arius de
On trouve des détails sur tout ce qui y a rapport dans les histoires delà médecine de Leclerc, de Schulz, de Sprengel et de M. Hecker; dans l’histoire de la chirurgie de Dujardin etPeyrilhe, et dans quelques autres ouvrages ou dissertations ( 1). Il est
Tarse et Polyanlhus de Cyrène. C’est probablement à ces sources que Galien a puisé le peu de documents qu’il nous a transmis. Il parait, par l’analyse du 12e livre de Y Histoire Pliilippique de Théopompe, qui nous a été conservé par Pholius, que cet historien parlait assez au long des médecins de Cos et de Cnkle, qu’il appelle Asclépiades. Enfin, Artemon de Milet, Démétrius de Phalère, Antipater , Nicostrate d’Ephèse, Geminus de Tyr, et plusieurs autres, avaient aussi, suivant Wolf, composé des ouvrages sur les songes. Si tous ces écrits nous étaient parvenus, nous ne manquerions pas de détails sur l’exercice de la médecine dans les
temples des anciens.
fn Voici les titres de quelques-unes de ces dissertations : Herm. Corning ( Respondente Henr. Meibomio) Disputatio de incu balume «« /«nis ieorum médicinal camâ olim faclà. Helmstaed,
bien à regretter que les anciens ne nous aient pas transmis de documents plus circonstanciés sur ce sujet important , qui acquiert encore plus d’intérêt aujourd’hui, à raison des rapports que l’on a cru trouver entre les guérisons obtenues par les prêtres dans leurs temples à l’aide des songes, et le magnétisme animal.
On sait que le marquis de Puységur signala, en 178^, l'existence d’un étal singulier qu’il était parvenu à produire chez
1657, in-4. — Major, Epistula de orucalis medicinœ ergo quœsitis et votivis convalescentium ta bulis. Yittemberg, 1663 , in-4. — Brendel, de Incubatione. Yittemberg, 1701, in-4. — Hunder- Imark, de Incrementis artis medicce per expositionem œgrotorum apud veteres in vins public as , et templa. Leipzig, 1739, in-4. — Frey, de more diis simulacra membrorum consecrandi. Altorf, 1746, in-4. — On trouve aussi des détails sur le sujet que nous traitons, dans un ouvrage de D. Yink, intitulé : Amœnitatcs philologico-medicœ, trajecti ad Rhenum, 1730, in-8.
quelques personnes qu’il avait magnétisées. Par les pratiques du magnétisme, il avait pu endormir ces personnes, et, pendant leur sommeil, elles offraient les phénomènes les plus bizarres; elles parlaient, s’occupaient de leurs affaires, répondaient au magnétiseur qui les interrogeait, prédisaient ce qui devait arriver, et prescrivaient des remèdes, soit pour elles, soit pour d’autres malades avec lesquels on les mettait en rapport (i). On a prétendu que Mesmer avait déjà connu cet état auquel on a donné le nom de somnambulisme magnétique, mais qu’il n’avait pas voulu en parler. Quoi qu’il en soit, le public s’en occupa vivement. De tout côté on fil des essais; on voulut magnétiser des itialades et produire le somnambulisme. Je n’entrerai pas dans le détail de
(1) Puységur, Mémoires pour servir à V histoire et à l'établissement du magnétisme animal. Paris, 1784, in-8.
tout ce qui a été, à cette époque, publié à ce sujet. C’est en 1784 que le marquis de Puységur avait fait connaître les résultats de ses premières expériences; on ne tarda pas à trouver des rapports entre les faits qu’il publiait et les guérisons opérées dans les temples d’Esculape à l’aide des songes; et déjà, en 1788, Kinderling, écrivain allemand, fit paraître une dissertation intitulée : le Somnambulisme de nos jours , comparé avec V incubation (i). A peu près à la même époque, le célèbre éditeur d’Homère, Fréd.-Aug. Wolf, s’occupa de rechercher l’existence du somnambulisme dans l’antiquité (2) .
(1) Kinderling, der Somnambulismus nnserer Zeit mit der Incubation der A Iten in Vergleicliung gestellt. Dresde, 1788, in-8.
(2) La dissertation de AVolf a été composée en 1787; elle a pour litre : Beitrœge zur Gcschichte der Somnambulismus aus dem Alterthum . On la trouve dans ses Vermischte Scriften und Aufsatze. Halle, 1802, in-8.
Un écrivain anonyme a publié en 1815, dans les Annales du magnétisme animal , une série d’arlicles i) pour prouver que les anciens avaient connu l’exislence du magnétisme et du somnambulisme. Selon lui , la médecine des peuples sauvages est toute magnétique , celle des anciens l’était aussi. «Dans tous les temps , dit-il , « il y a eu des êtres privilégiés ou réputés « tels, qui par tel ou tel procédé ou même « spontanément entraient , les uns dans « une espèce de crise convulsive , les au-
(1) Celte série d’arlicles qui ont paru dans les Annales du magnétisme ont pour titre : Lettre à messieurs les Rédacteurs , sur les notions que les anciens avaient du somnambulisme. Il paraît que M. Aubin Gauthier regarde M. le comte Abrial comme l’auteur de ces articles ; car il cite ( Histoire du somnambulisme , tom. 1, p. 254 et tom. 2, p. 78 ) plusieurs passages tirés des discours d’Aristide, qu’il dit traduits par M. Abrial, et ces passages se trouvent dans les articles dont nous parlons.
« très dans une espèce de sommeil , et « dans cet état indiquaient les choses fu- « tures et principalement les remèdes qui « convenaient à leurs maladies ou à celles « des personnes qui les consultaient. »
Ainsi donc cet auteur soutient que le magnétisme était exercé en grand et avec solennité dans les temples d’Égypte (i) et qu’il l’était également dans les temples de la Grèce. Il s’appuie surtout , pour le prouver , sur les songes obtenus par l’orateur Aristide , dont nous avons parlé plus haut. Il prétend que les discours sacrés de cet orateur prouvent que les consultations par les songes aux temples d’Esculape et autres divinités n’étaient que des scènes de somnambulisme (2) , et que les révélations des remèdes indiqués étaient de même na-
(1) Annales du magnétisme animal, 1815, n°22, p. 163.
(2) Annales du magnétisme animal , n° 22, p. 175.