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lure que celles que donnent aujourd'hui les somnambules magnétiques à ceux qui les consultent. Il ajoute encore qu’il y a tout lieu de croire que c’est aux prescriptions des premiers somnambules que la médecine a dû ses premières recettes et ses premiers dispensaires (i).
Enfin , comme c’était sous le voile du mystère que les prêtres des temples exerçaient la médecine , l’auteur prétend que le magnétisme animal faisait la principale base de ces mystères (2) ; il ajoute que les remèdes indiqués en songe étaient bien dévoilés ; mais que le principe d’impulsion qui procurait les songes ne l’était pas. Il était soustrait avec grand soin aux yeux du vulgaire ; ce secret n’était communiqué qu’à ceux qui étaient inities ;
(1) Annales du magnétisme animal , n° 23,
(2) Annales du magnétisme animal, n° 22, p 174.
voilà pourquoi dans les anciens auteurs nous ne trouvons pas une mention plus claire de la médecine magnétique.
Plusieurs autres auteurs dont nous ne donnerons pas ici l’énumération, avaient aussi soutenu que les sibylles , les Pytlionesses , les prêtres d’Esculape , d’Jsis et d’Osiris étaient des somnambules ou des magnétiseurs (1 ) . M. Aubin Gauthier vient de renouveler cette opinion dans deux ouvrages qui ont fixé l’attention du public , et il a étayé sa manière de voir sur des recherches qui prouvent son érudition (2). Selon lui le magnétisme est aussi
(1) Cette opinion a été surtout soutenue dans plusieurs articles qu’on trouve dans la Bibliothèque et les Archives du magnétisme animal.
(2) Introduction au magnétisme , examen de son existence depuis les Indiens jusqu’à l’époque actuelle, etc., par Aubin Gauthier. Paris, 1840, in-8. — Histoire du somnambulisme chez tous les peuples , sous les noms divers d’extases , songes , oracles et visions ; examen des doctûnes théoriques
ancien que le monde ; il a été connu et pratiqué dans tous les temps (i) ; la médecine est née du magnétisme , qui a été dans les temps anciens généralement et presque exclusivement pratiquée par les médecins (2). M Aubin Gauthier prétend que le sommeil médical des anciens et la vision en songe ne sont que le somnambulisme (3); il soutient que les prêtres des temples , qui employaient pour la guérison des maladies des frictions , des attouchements , des onctions , n’étaient que des somnambules ou des magnéti-
et philosophiques de l’antiquité et des temps modernes, sur ses causes, ses effets , ses abus, ses avantages , et l’utilité de son concours avec la médecine ; par A. Gauthier. Paris, 1842, 2 vol. in -8.
(1) Introduction au magnétisme, p. 11.
(2) Introduction au magnétisme , p. Il et 13.
(3) Introduction au magnétisme , p. 24. — Histoire du somnambulisme chez, tous les peuples , loin. 2, p. 227.
seurs. Enfin M. Ricard (i) avance aussi que toutes les personnes qui se sont occupées de recherches sur le magnétisme , sont convaincues que les anciens connaissaient mieux que nous sans doute les admirables facultés des somnambules lucides.
Ainsi l’on voit que plusieurs auteurs soutiennent aujourd’hui que les prêtres des temples guérissaient leurs malades par le somnambulisme et les pratiques du magnétisme. Us le font dans le but de défendre le magnétisme et de prouver qu’à son aide on a dans tous les temps obtenu des cures merveilleuses. D’autres, au contraire, au nombre desquels nous comptons Fréd.
Aug. Wolf, ont soutenu la même opinion dans un but tout différent : ils l’ont fait pour déprécier le magnétisme , en montrant qu’il n’a rien de nouveau. Selon Wolf, le drame du somnambulisme a déjà
(1) Traité théorique et pratique du magnétisme animal , p. 223.
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été joué dans le monde il y a plusieurs siècles; seulement les masques et les décorations ont changé avec la mode et le goût du temps (i). Cet auteur a écrit son livre parce qu’il pense que l’histoire des folies et des superstitions anciennes devient instructive pour les siècles éclairés quand ces folies deviennent de nouveau épidémiques (a). M. Amédée Dupau (3) , qui a combattu les prétentions exagérées du magnétisme , est également favorable à l’opinion qu’il était connu et employé par les anciens (h).
(1) Op. cit. , p. 391.
(2) Op. cil., p. 389. Je ne fais que traduire les expressions de Wolf.
(3) Lettres physiologiques et morales sur le magnétisme animal. Paris, 1826, p. 1-14.
(4) Avant la découverte du somnambulisme on avait déjà publié des ouvrages dans lesquels, pour combattre le magnétisme, on avait cherché à prouver qu’il avait été connu et employé dans tous les temps. Nous nous contenterons de citer les suivants : Traces du magnétisme.
Pour nous, nous ne cherchons ni à déprécier ni à défendre le magnétisme ; notre seul but est la recherche de la vérité. Notre manière de voir diffère de celle de Wolf et de celle des partisans du magnétisme. Nous allons discuter en peu de mots leurs opinions.
Les prêtres qui faisaient coucher les malades dans les temples , les mettaient-ils dans un état de somnambulisme magnétique comme on le pratique aujourd’hui ?
Pendant leur sommeil venaient-ils leur adresser des questions et recevaient - ils d’eux des réponses qui indiquaient des remèdes pour leur guérison ou pour celle d’autres malades , comme on le voit de
inos jours ? Les partisans du magnétisme prétendent que oui (i) ? et nous croyons
Lahaye, 1784, in-8. — Mémoire pour servir à l'histoire de la jonglerie , dans lequel on démontre les phénomènes du Mermèrisme. Paris, 1784, in-8
(1) Voici comment un auteur qui a fait (le
pouvoir répondre hardiment par la négative. Souvent, ainsi que nous le voyons par les discours d’Aristide , les prêtres n’étaient point présents pendant que les malades dormaient. Les malades ne parlaient point pendant leur sommeil et on
savantes recherches sur le magnétisme, s’exprime à ce sujet ( Bibliothèque du magnétisme animal , février 1819, p. 165): « Quand, dans « une crise somnambulique, un malade avait « déclaré le mal et indiqué le remède, les prê- « très, qui avaient soigneusement recueilli ses « paroles, ne manquaient pas de lui persuader « que tout était l’ouvrage d’Esculape, que c’é- « tait le dieu qui avait dicté la prescription « salutaire. » Nous aurions bien désiré que cet auteur eût indiqué dans quel ancien écrivain il avait trouvé que les prêtres interrogeaient ainsi les malades pendant le somnambulisme, et recueillaient leurs prescriptions. M. Aubin Gauthier est moins affirmatif ; il prétend bien que la vision en songe et le sommeil médical des anciens ne sont que le somnambulisme; mais il ne dit nulle part comment les choses se passaient entre les prêtres et les malades.
ne leur adressait point de questions.
Quand ils étaient réveillés ils se rappelaient leurs songes. Quand les remèdes indiqués leur paraissaient clairs , ils les exécutaient ; quand ils étaient obscurs ils les faisaient interpréter par les prêtres. Voilà en peu de mots comment les choses se pratiquaient ; nous ne voyons rien là d’analogue à ce qui se passe de nos jours dans les scènes de somnambulisme.
Les récits que fait Pausanias de ce qui se pratiquait quand on voulait descendre dans l’antre de Trophonius , afin d’y consulter l’oracle et d’y recevoir des songes , prouve évidemment , selon nous , que les prêtres n’interrogeaient pas les malades pendant leur sommeil et n’y recevaient point leurs prescriptions, ainsi que le prétendent les partisans du magnétisme. Pausanias (i) dit que les prêtres font boire à ceux qui veulent entrer dans l’antre ,
(1) Lib. IX, c. 39.
de 1 eau de la fontaine de Mnémosyne, afin qu’ils puissent conserverie souvenir de ce
qu’ils auront vu ou entendu. Quand ilssont
sortis , les prêtres les font asseoir sur ce qu’on appelait le trône de Mnémosyne et leur demandent ce qu’ils ont vu ou entendu pendant leur séjour dans l’antre (i). Il est
(1) Pausanias fait observer que les serpents sont consacrés àTrophonius comme à Esculape, ce qui fait voir qu’on allait recevoir des songes dans son antre, pour obtenir la guérison des maladies, comme dans les temples du dieu de la médecine. Aristide ( Oratio in Asclepiaclas , p. 45) compare Esculape avec Trophonius, et donne la préférence au premier, parce que Trophonius ne donne ses réponses qu’en Béolie, tandis qu’Esculape les rend partout. Schulz ( Histor . medicinœ , p. 128) fait observer que c’est en Béolie que l’on trouve le moins d’Asclépions ; il pense que c’est parce que les habitants de ce pays préféraient aller consulter Trophonius ou Hercule. Creuzer ( les Religmis de l’antiquité , tom. I, p. 97) considère l’oracle de Trophonius comme un oracle par les songes.
évident ici que les interrogations des prêtres ne se font pas pendant le sommeil , mais bien quand il est terminé et quand on est sorti de l’antre. Aujourd’hui attendon que le somnambule soit éveillé pour lui adresser des questions ? La manière de procéder est donc toute différente.
Nous soutenons aussi qu’il est évident que les malades qui dormaient dans les temples, y éprouvaient un sommeil naturel et n’étaient point dans un état de somnambulisme magnétique. La preuve , c’est que d’après l’aveu de presque tous ceux qui ont écrit sur le magnétisme , les somnambules , quand ils sont réveillés, ne se i appellent plus ce qu'ils ont vu dans leur état de somnambulisme. Deleuze , que M.
Aubin Gauthier a appelé l’Hippocrate du magnétisme (i) , dit que quand le somnambule rentre dans l’état naturel, il perd
(1) A. Gauthier, Introduction au magnétisme, p. 145.
absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu’il a eues dans l’état de somnambulisme (i) ; il ajoute que de tous les caractères du somnambulisme , celui de l’oubli au réveil est le seul constant et qu’on n’a pas encore vu une seule exception (2). Il ajoute encore que cette circonstance est d’autant plus importante qu’elle établit une ligne de démarcation bien prononcée entre le sommeil et le somnambulisme , entre les sensations des somnambules et les songes.
(1) Deleuze, Histoire critique du magnétisme animal , 2e édition, Paris, 1819. tom. I, p. I8ü et 187.
(2) Bertrand ( Traité du Somnambulisme. Paris, 1823, p. 317) regarde l’oubli au réveil comme bien moins constant que ne le pensait Deleuze. Cependant Deleuze, dans son Instruction pratique sur le magnétisme , qui a paru deux ans après l’ouvrage de Bertrand, soutient encore son ancienne opinion, et Deleuze avait observé bien des faits de somnambulisme.
Georgel(i), MM. Husson(2)elTesle(3) émettent absolument la même opinion. M. Aubin Gaulhier(4) fait remarquer que le premier somnambule observé par Mesmer ne se ressouvenait déjà plus du passé. Or, les malades qui allaient dormir dans les temples, se rappelaient fort bien leurs songes;
(1) Physiologie du système nerveux, tom. I, p. 285. Georget, qui avait magnétisé bien des personnes, fait observer qu’on se souvient encore des rêves, des actes de folie ou de délire, mais que dans le somnambulisme il n’y a aucune trace de souvenir ; les individus se réveillent comme s’ils sortaient d’une profonde lélhargie , croyant en elfet avoir dormi profondément. Georget dit même que, quand une attaque d’épilepsie arrive pendant le somnambulisme, on n’en conserve aucun souvenir.
(2) Rapport fait au nom de V Academie royale de médecine sur le magnétisme animal.
(3) Manuel pratique du Magnétisme animal. Paris, 1843, p. 171.
(4) Histoire du Somnambulisme chez tous les peuples , lorri. 2, p 244.
il est donc naturel d’en conclure qu’ils n’étaient point dans un état de somnambulisme magnétique.
L’objection que nous faisons ici a été prévue par l’auteur anonyme que nous avons déjà cité, et qui a écrit, dans \esJnnales du magnétisme , une série d’articles pour prouver l’existence du somnambulisme dans l’antiquité. En rapportant les songes d’Aristide , il a bien vu qu’on pouvait lui objecter que cet orateur se rappelait ses songes , tandis que les somnambules oublient au réveil ce qu’ils ont vu pendant le somnambulisme. Il répond que cette règle n’est pas exclusive , qu’il est des somnambules soit naturels soit magnétiques qui se rappellent avec exactitude ce qu’ils ont vu ou entendu. L’auteur est ici en contradiction manifeste avec Deleuze, qui cependant prétendait avoir bien observé; reste à décider lequel a raison.
L’auteur que nous citons cherche ce-
pendant à justifier son opinion : il prétend qu’il est possible qu’une volonté ferme puisse suffire pour conserver la trace de ce qui a lieu dans le somnambulisme : « Le malade qui allait consulter « Esculape avait , dit-il , le plus grand « intérêt à saisir et à retenir sa réponse , « et lorsqu’il était arrivé à celte période « du somnambulisme où l’âme par sa pers- « picacité découvre ce qui est nécessaire <f à ses maux , découverte qui alors était cc regardée comme une révélation du dieu, « d’une part l’imagination se figurait le « dieu lui-même et les ordonnances qui « en émanaient ; et de l’autre , la volonté « et l’attention gravaient le tout dans la cc mémoire. Et voilà comment au réveille « malade croyait avoir vu le dieu et rap- « portait , sans rien oublier , ce qui lui « avait été prescrit (i). »
Nous citons les propres expressions de
tl) Annules du Magnét. animal, n° 23, p. 229.
l’auteurquenouscombaltons ; on voitqu’il prétend qu’il est possible qu’une volonté ferme de lapartdu magnétisé puisse lui faire rappeler ce qu’il a vu pendant le somnambulisme. Mais en admettant la possibilité de ce fait pour Aristide et pour quelques autres malades, l’auteur ne dit pas si cela peut avoir lieu dans tous les cas. M. Teste, après avoir dit que l’oubli au réveil est le trait caractéristique du sommeil magnétique , ajoute qu’il dépend quelquefois du magnétiseur que cette circonstance capitale n’existe pas, et que le somnambule se rappelle exactement en s’éveillant tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit et tout ce qu’il a entendu pendant le sommeil.
Pour cela, il faut que le magnétiseur veuille énergiquement qu’il en soit ainsi,' et qu’il exprime tout haut cette volonté, afin qu’elle passe dans l’esprit du magnétisé (1). On voit que M. Teste est ici en
(1) Teste, Manuel prat. du Magnét anim . p 171.
contradiction manifeste avec l’auteur anonyme que nous avons cité plus haut ; en effet, ce dernier prétend que, pour que l’oubli au réveil n’ait pas lieu, il faut une volonté ferme de la part du magnétisé, et, suivant M. Teste, il faut que cette volonté vienne du magnétiseur, et qu’elle soit exprimée tout haut par lui. Cette
contradiction prouve que M. Teste, ou l’auteur anonyme, n’ont pas écrit d’après l’observation multipliée des faits.
M. Teste cite un cas où il parvint à faire conserver à une somnambule le souvenir de certaines confidences qu’il lui avait faites pendant son sommeil magnétique.
Il lui exprima pendant son somnambulisme le désir qu’il avait qu’elle pût se rappeler ce qu’il lui disait. Qu’à cela ne tienne, lui répondit-elle, vous le désirez trop vivement pour que le souvenir ne m’en reste pas. Elle parut effectivement se le rappeler. Ainsi, selon M. Teste, pour que l’oubli au réveil n’ait pas lieu, il faut
que le magnétiseur en témoigne le désir au magnétisé dans les entretiens qu’il a avec lui pendant le somnambulisme (i).
Or, nous venons de voir que les prêtres
(1) M. Billot ( Recherches psychologiques sur la cause des phénomènes extraordinaires observes chez les modernes voyants, improprement dits somnambules magnétiques, t. I, p. Iu9) cite l’observation d’une demoiselle qui, après son réveil, refusa obstinément d’exécuter les moyens de guérison qu’elle s’é lait prescrits pendant son somnambulisme. Pour parvenir à les lui faire exécuter, on la mit dans un état magnétique permanent. Il y eût eu, ce me semble, un moyen plus simple, c’eût été de lui prescrire le souvenir au réveil. M. Dupolet ( le Magnétisme opposé à la médecine , p. 299) parle aussi d’une dame portugaise qui ne voulut pas prendre, après son réveil, 3 grains de calomel et de' l’eau de rhubarbe , parce que personne ne pouvait la convaincre qu’elle s’était ordonné ces remèdes. Ce ne fut qu’au bout de plusieurs séances que l’on vînt à bout de les lui faire prendre. S’il est si facile d’ordonner aux somnambules de se rappeler ce qu’ils ont vu pendant leur
n’avaienl point de conversation avec les malades pendant qu’ils dormaient; ils ne les interrogeaient qn’après leur réveil.
Enfin, M. Teste dit aussi qu’il lui a paru que ces sortes de réminiscences, qui nécessairement confondent les événements de la veille avec ceux du sommeil, nuisent à la lucidité des somnambules. C’est aussi l’opinion de M. Ricard, qui assure que quand les somnambules se rappellent d’eux-mêmes tout ce qu’ils ont fait, dit et éprouvé pendant leur crise somnambulique, c’est un défaut que le magnétiseur doit s’attacher à détruire (i). Bien
somnambulisme, comment n’a-t-on pas cherché à le faire dans ce cas?
(1) Ricard , Traité théorique et pratique du Magnétisme animal. Paris, 1840, p. 263. M. Ricard parle d’un de ses somnambules qui, après ses premiers sommeils magnétiques, se rappelait tout ce qu’il avait dit ou fait. Au bout de cinq à six séances, M. Ricard parvint à lui faire perdre celle faculté qui nuit à la lucidité.
plus, tous les magnétiseurs ont recommandé et recommandent instamment de ne jamais dire aux somnambules, une fois éveillés, ce qui s’est passé relativement à eux durant leur somnambulisme. C’est une raison déplus pour penser que les prêtres des temples n’v avaient pas recours.
D’après cela, nous ne concevons pas comment l’oubli au réveil qui , selon Deleuze et plusieurs autres auteurs, est le caractère essentiel et le seul constant du somnambulisme magnétique , pourrait, au gré du magnétiseur, ne pas avoir lieu dans aucun cas. Nous concevrions bien quelques exceptions; mais nous ne pouvons croire que les anciens, qui se rappelaient presque toujours leurs songes, aient pu être dans le sommeil magnétique, autrement il faudrait admettre que le somnambulisme de l’antiquité était différent de celui d’aujourd’hui. Enfin, quand les prêtres n’étaient pas là pour ordonner le souvenir, quand les malades songeaient
cliez eux, et quand, malgré cela, ils se rappelaient leurs songes , peut-on dire qu’ils étaient en somnambulisme? Si les magnétiseurs peuvent à leur gré ordonner le souvenir au réveil, ils devraient bien le faire pour les somnambules spiritualistes qui, suivant les rapports de MM. Billot (i) et Ricard (2), conversent pendant leur somnambulisme avec leur ange gar-
(1) Billot , Recherches psychologiques sur la cause des phénomènes extraordinaires observes chez les modt rnes voyants , improprement dits somnambules magnétiques , ou correspondance sur le magnétisme vital , entre un solitaire et M. Deleuze. Paris, 1849, 2 vol. in-8. L’ouvrage de M. Billot est écrit dans le but de prouver que quand les somnambules disent des choses vraies, prédisent l’avenir, indiquent des remèdes salutaires, etc., ils sont inspirés par les esprits célestes; tandis que quand ils tombent dans l’erreur, quand ils ont des visions mensongères, ils sont sous l’influence de démons.
(2) Traité théorique et pratique du magnétisme animal, p. 274-303.
dien, avec la vierge Marie, avec Dieu luimême, voient le séjour des bienheureux, 1 enfer et le purgatoire (1). Il serait bien
(1) M. Billaud dît positivement que ses somnambules qui avaient ces belles visions oubliaient tout à leur réveil. M. Ricard garde le silence sur ceLte circonstance dans les deux histoires des somnambules spiritualistes qu’il rapporte. Le plus étonnant et le plus lucide de tous les somnambules dont il soit fait mention dans les fastes du magnétisme, est probablement le nommé Michel, dont parle M. Billot (tom. 2, p. 315), d’après le journal la Presse , du 22 septembre 1838. Cet individu s’endort, dit-on, à volonté, à toute heure du jour ou de la nuit; il suffît de le regarder fortement pour l’endormir. Son esprit se transporte, au gré des questionneurs, dans les astres, aux antipodes et jusque sous le globe terrestre. Il décrit avec une effrayante rectitude de jugement les lieux qu’on lui fait visiter. Il jouit même de la faculté de réLrospection ; il voit les événements depuis longtemps passés, et qu’il n’a pu connaître. Ainsi, on l’a fait descendre jusqu’en 1833, pour l’envoyer à la recherche de la cor-
curieux qu'à leur réveil ces somnambules pussent nous raconter les choses merveilleuses qu’ils ont vues pendant leur somnambulisme.
Ainsi donc nous pensons que les malades qui allaient passer la nuit dans les temples d’Esculape y éprouvaient un sommeil naturel, et non un somnambulisme magnétique. Ils se rendaient dans les temples principalement la nuit : c’est l’heure du sommeil naturel , tandis que le somnambulisme peut être provoqué à toute heure du jour. Comme leur imagination
vetle la Lilloise. Il a décrit, d’après ses visions, tout le voyage et le naufrage de ce navire. On l’a fait assister aussi au siège de Conslanline et à la mort du général Danremont. On raconte encore bien d’autres merveilles de ce nommé Michel. Eh bienl on dit qu’à son réveil il n’a le souvenir que d’un vaste tableau qui formait circulairement un vaste panorama, et auquel il empruntait les faits, les idées et les mots dont se composaient ses réponses
élait exallée par les sacrifices, les jeûnes et les autres pratiques auxquelles les prêtres les soumettaient, ils ne devaient pas tarder à avoir des rêves, et ils devaient naturellement songer surtout à l’objet qui faisait l’unique sujet de leurs occupations de la veille, et pour lequel ils venaient consulter le dieu.
On voit, par le Plutus d’Aristophane et par le Curculion de Piaule, que les malades passaient la nuit tout entière dans les temples d’Esculape. Le matin, selon Plaute, le gardien du temple en ouvrait les portes et faisait sortir les malades (i). Aristophane dit qu’après que
(f) Plaute, dans sa comédie inlilulée le Curculion , feint qu’un marchand d’esclaves, qui a la fièvre et les viscères du bas- ventre enflés, va passer la nuit dans le temple d’Esculape, à Epidaure, pour y recouvrer la santé. Pendant qu’il est dans le temple, un jeune homme s’entretient avec la plus belle de ses esclaves. Le matin, le gardien du temple en ouvre les por-
Plulus fut guéri de sa cécité par Esculape , ceux qui l’entouraient restèrent toute la nuit près de lui jusqu’au lever du soleil. Nous voyons là des nuits entières passées dans les temples pour y dormir d’un sommeil naturel, et rien qui ressemble à nos scènes de somnambulisme. Sans doute les malades restaient toute la nuit dans le temple pour que, si les songes n’arrivaient pas bientôt après qu’ils étaient couchés, ils survinssent plus tard. Nous avons déjà dit ( page 31) que les anciens avaient plus de confiance aux songes qui avaient lieu le matin. On sait d’ailleurs que ce sont presque toujours ceux dont on se rappelle le mieux. Au
tes ; le marchand en sort et se plaint amèrement d’Esculape, qui ne le guérit pas. Il raconte qu’il a rêvé pendant la nuit que le dieu se tenait loin de lui, ne voulait pas l’approcher, et paraissait faire peu de cas de sa personne ; il demande aux assistants qu’ils lui expliquent son rêve. ,
contraire, aujourd’hui les magnétiseurs recommandent expressément de ne pas trop prolonger le somnambulisme, sans quoi il en résulterait de graves inconvénients (i). Ils disent qu’il ne faut magnétiser un malade qu’autant de temps qu’il le juge utile, et aux jours et heures qu’il a indiqués lui-même pendant son sommeil magnétique. Tout cela n’a guère de rapport avec les nuits passées dans les temples.
Nous avons dit que les malades qui venaient coucher dans les temples , y .
dormaient d’un sommeil naturel. Nous avons ajouté que pendant leur sommeil les prêtres ne leur adressaient aucune interro-
(1) Peleuze, Instruction pratique sur le magnétisme animal , p. 136) dit que le somnambulisme, prolongé au-delà du temps necessairè, donne une susceptibilité nerveuse qui peut être très-nuisible. M. Billot (ouvrage cité, tom. 2, p. 36Q) dit aussi que, si l’on prolongeait trop le somnambulisme, il deviendrait habituel et dégénérerait en infirmité.
nation , et que les malades ne leur faisaient aucune réponse. Nous en avons donné plusieurs preuves ; mais on en peut tirer encore une preuve nouvelle des discours d’Aristide. Cet auteur parle sans cesse des songes multipliés qu’il a eus ; mais il ne fait nulle part mention d’interrogations qui lui aui aient été faites par les prêtres , pendant son sommeil. Il aurait dû cependant se les rappeler , puisque le souvenir de ses songes restait parfaitement gravé dans sa mémoire. Si les piètres n’adressaient aucune question aux malades pendant leur sommeil , que penser alors des préceptes que l’on donne aujourd’hui sur la direction des somnambules et sur- les questions qu’on doit leur faire pendant le somnambulisme (1) ? Deleuze dit cepen-
(1) Voici quelques-unes des questions que Deleuze ( Instruction pratique sur le magnétisme animal , p. 107) prescrit de faire aux somnambules : «Dormez-vous? vous trouvez-vous bien?
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dant que l’on ne saurait trop insister sur ce point, et que du genre de conversation que l’on a avec les somnambules dépend en grande partie la direction et le développement de leurs facultés (i). On doit
« les procédés que j’emploie vous conviennent- «ils? combien de temps faut-il vous laisser « dormir? comment faut - il vous réveiller ? «quand faut-il vous magnétiser de nouveau? « avez-vous quelques conseils à me donner? » Deleuze dit qu’à la seconde séance il faut demander au somnambule s’il voit son mal, ce qu’il pense de sa nature, de ses suites, des crises auxquelles ils s’attend, enfin, quels sont les remèdes qu’il faut joindre au magnétisme. Nous pensons que si les prêtres d’Esculape avaient usé de quelques procédés semblables envers Aristide, il n’aurait pas manqué d’en parler dans les longs détails qu’il nous donne sur sa maladie et sur ses songes dans ses six discours sacrés.
(1) Instruction pratique sur le magnétisme animal , p. 110. Deleuze dit encore, dans son Histoire critique du magnétisme , lom. I, p. 205,
convenir que les anciens, qui employaient un somnambulisme si différent du nôtre, ne devaient guère avoir de succès; et cependant il n’était bruit que des cures merveilleuses qu’ils opéraient.
Jamblique dit que les songes célestes arrivaient quand on était dans un état mitoyen entre le sommeil et la veille ou entre la veille et le sommeil. Il ajoute que l’on entendait souvent une voix entrecoupée qui ordonnait ce qu’il fallait faire. Nous pensons, d’après cela, que quand les malades ne dormaient pas réellement, ou qu’ils étaient à demi endormis, les prêtres faisaient entendre des voix dans le temple, et les malades avaient la simplicité de croire que c’étaient des songes ou des oracles du dieu. Plusieurs
que la direction des somnambules est une chose extrêmement importante; qu’elle exige de la part du magnétiseur de la prudence, du sangtioid, et meme une sorte d’instruction.
endroits des Discours sacrés d’Aristide semblent favorables à cette conjecture.
Celse , cité par Origène (i), dit qu’un grand nombre de Grecs et de Barbares assurent avoir vu et voient encore tous les jours Esculape , non pas sous une forme fantastique, mais dans sa personne elle-même, guérissant les malades, secourant les hommes et prédisant l’avenir.
Philostrate (2) rapporte que de temps en temps, dans le temple d’Égée, Esculape se montrait aux hommes. Cela prouve évidemment, comme nous le verrons plus loin, que les malades étaient souvent la dupe des artifices des prêtres qui se revêtaient du costume d’Esculape, et que l’on prenait pour le dieu lui-même. Enfin, Jamblique dit aussi que les songes célestes arrivaient quelquefois quand on était réellement éveillé. Nous croyons que
(1) Origenes contra Celsum, lib. 3, c. 24.
(2) Fita Jpollonii Thyanœi, lib. I, c. 7.
ces prétendus songes étaient des hallucinations, et les jeûnes ainsi que les autres pratiques auxquelles les prêtres soumettaient ceux qui allaient les consulter, étaient bien capables de les produire.