‹ Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité, suivies de considérations sur ... les guérisons ... à l'aide des songes, et le magnétisme animal, et sur l'origine des hôpitauxChapitre 16 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Suite de la réfutation des partisans du magnétisme. Les prêtres des temples qui recevaient des songes pour les malades n’étaient pas des somnambules. Histoire du faux prophète Alexandre. Aristide n’était pas un somnambule. L’art de mettre les hommes en somnambulisme ne faisait point partie des mystères des temples, comme on l’a soutenu. Les prêtres des églises chrétiennes n’ont point employé le somnambulisme lors de l'établissement du christianisme, ainsi qu’on a voulu le prétendre.

Nous venons de soutenir que les malades qui allaient dormir dans les temples d’Esculape et des autres divinités , n’étaient point des somnambules ; nous croyons que les prêtres qui se livraient aux songes en place des malades ne l’étaient pas davantage : ils se rappelaient très-bien leurs rêves et les racontaient à ceux qui les

consultaient. Or , nous avons vu précédemment (i) que les partisans du magnétisme pensent eux-mêmes que quand les somnambules se rappellent au réveil ce qu’ils ont vu ou entendu pendant leur somnambulisme ( ce qui arrive très -rarement') , c’est un défaut qu’il est essentiel de corriger, parce que cela nuit à la lucidité. Ces prêtres auraient donc été de mauvais songeurs et cependant ils faisaient métier de songer pour tout le monde.

Si les prêtres avaient été des somnambules , on les aurait interrogés pendant leur sommeil en présence des malades avec lesquels on les aurait mis en rapport ; on aurait cherché à obtenir d’eux des lumières sur ce qu’il fallait faire à ceux qui venaient les consulter , on aurait transcrit leurs réponses et l’on aurait exécuté leurs ordonnances. C’est cepen-

(1) Voyez plus haut, pag. 157.

dant ce que l’on ne voit nulle paî t. On lit, au contraire , dans divers endroits des discours sacrés d’Aristide , que les prêtres et les autres gardiens des temples lui racontaient eux-mêmes les songes qu’ils avaient faits à son égard. Il paraît d’ailleurs, d’après un passage d’Artémidore (i), que souvent les prêtres trompaient les malades et leur rapportaient non ce qu’ils avaient vu réellement en songe , mais ce qu’ils feignaient avoir vu.

Il existe un document curieux sur la manière dont la médecine était exercée dans les temples d’Esculape , c’est l’histoire d’Alexandre ou le faux prophète , que l’on trouve dans les OEuvres de Lucien. M. Aubin Gauthier et ceux qui ont

(1) Oneirocritic ., lib. IY, c. 24.

(2) Lucien fait le portrait d’Alexandre : il avait une taille élevée, un port majestueux, un air de grandeur et de dignité, une voix agréable et sonore, il était plein de ruse et d intelligence et avait une mémoire prodigieuse ; en

soutenu l’antiquité du magnétisme n’en ont point fait mention. Cette histoire nous fait voir combien était grande la crédulité des anciens , et elle nous montre que les prêtres d’Esculape n’étaient point des somnambules.

Le faux prophète Alexandre, au rapport de Lucieu, pour faire une brillante fortune en exploitant la crédulité publique , entreprit d’établir un oracle. Etant dans la ville d’Abonoteiclios en Paphlagonie, il enferma dans un œuf d’oie un très-petit serpent. Il avait eu le soin de s’en procurer un autre très-grand , de l’espèce de ceux qu’on élevait autrefois à Epidaure. Il déposa secrè-

un mot, il possédait tous les dons de l’esprit et du corps. C’était bien ce qu’il fallait pour agir sur les masses populaires dans un temps de crédulité. Lucien ajoute encore qu’Alexandre avait eu pour maître, dans l’art détromper les hommes, un disciple et ami du fameux Apollonius de Thyane.

(1) Lucien dit que ce serpent était très-grand

tement cet œuf dans de l’eau qui l emplissait les fondations d’un temple qu’on élevait àEsculape. Il retira cet œuf devant le peuple assemblé , en fit sortir le petit serpent et dit à cette multitude qu’il possédait Esculape , le dieu de la médecine. On le crut , et bientôt une foule immense accourut afin de le consulter pour les maladies et pour toutes sortes d’autres affaires. Il montrait le serpent d’Epidaure et faisait croire que c’était le même qu’il avait trouvé dans l’œuf d’oie qui avait acquis ainsi une taille prodigieuse en peu de jours.

On peut lire dans Lucien le récit de toutesles ruses qu’employait cetimposteur pour tromper des gens crédules. Il donna à son serpent le nom de Glycon ; il le roulait autour de son corps , lui avait adapté une tête factice qui avait de la ressemblance avec une figure humaine, qui s’ou-

et très-privé, et qu’Alexandre l’avait tiré de Pella, en Macédoine.

vrait et se fermait à volonté , et le montrait au peuple. Sa réputation alla toujours en croissant : on venait le consulter de tous les points de l’empire romain. Quand le temple qu’on bâtissait à Esculape fut achevé , il s’y établit et y rendit des oracles au nom du dieu de la médecine. Le plus souvent on envoyait à Alexandre des billets cachetés contenant des demandes.

Il se couchait dessus pendant la nuit et le lendemain ou plusieurs jours après il envoyait sa réponse , qui était fréquemment en vers et qu’il assurait lui avoir été inspirée en songe par Esculape.

Si Alexandre eût ressemblé aux somnambules de nos jours , on serait venu le consulter pendant son sommeil, et c’est alors qu’il aurait rendu ses réponses que l’on aurait transcrites, ce qui aurait bien encore été un autre prestige pour celte multitude crédule. Au reste, Lucien a soin de nous avertir qu’Alexandre décachetait adroitement pendant la nuit les billets

qu’on lui adressait. 11 indique même plusieurs des procédés que cet imposteur employait pour cela. Quand ces billets étaient bien cachetés , ses réponses étaient obscures ou à double sens et souvent entièrement étrangères aux demandes. Il avait établi auprès de lui des interprètes qui gagnaient beaucoup d’argent en les expliquant. Souvent aussi, ajoute Lucien , il mettait un long intervalle entre les demandes et les réponses, afin d’avoir mieux le temps de décacheter les billets et de prendre par ses émissaires des informations sur les demandes qui lui étaient faites. Lucien rapporte diverses ruses qu’il employa pour mettie cet imposteur en défaut , et il y réussit complètement.

Quand on lit dans Lucien l’histoire du faux prophète Alexandre , on est surpris que de nombreuses populations aient pu, au second siècle de notre ère , être la dupe de ruses aussi grossières; on serait tenté de croire que ce spirituel et satyrique

auteur nous raconte une de ses fictions. Il n’en est rien cependant : Lucien dit qu’on fit frapper des médailles en l’honneur d’Alexandre ; quelques-unes de ces médailles existent encore aujourd’hui , ce qui atteste la vérité des faits rapportés par l’écrivain grec(i). Alexandre eut une si grande vogue , que les plus illustres Romains venaient prendre ses avis ; il avait même accès à la cour impériale. Il obtint de Marc Aurèle la permission de changer

(1) On trouve ces médailles dans les Recherches curieuses cl’ antiquité , par Spon, p. 525. Dans l’une, qui est d’Antonin-le-Pieux, on voit un grand serpent à figure humaine, dont la queue fait plusieurs replis. Sur les côtés on lit le nom de Glycon et celui de la ville d’Abonoteichos. Dans l’autre médaille, qui est de Lucius Verus, qui régna avec Marc Aurèle, on voit aussi un serpent à figure humaine, avec le nom de Glycon et de la ville d’Ionopolis. Lucien rapporte qu’Alexandre avait obtenu que la ville d’Abonoleichos prendrait ce nom.

le nom de la ville d’Abonoteichos , où il faisait sa résidence , en celui d’Ionopolis, Pendant l’expédition de cet empereur contre les Marcomans , il lui envoya un oracle en vers qui promettait la victoire aux Romains, si l’on offrait un grand sacrifice, et si l’on jetait dans Pister deux lions vivants et une quantité d’aromates. On le fit, et cependant les Romains furent vaincus. C’est ainsi que la plupart des oracles rendus dans l’antiquité ont été ensuite démentis par l’événement. On continuait cependant à les croire et & les consulter; et encore aujourd’hui M. Aubin Gauthier (i) veut soutenir la véracité des anciens oracles , parce que, selon lui, ceux qui les rendaient étaient dessomnambules ou des extatiques et étaient doués de la faculté de prévision. Il considère les ain ciens auteurs qui croyaient à la divination,

(1) Histoire du Somnambulisme chez tous les peuples , tom. I, p. 101 et 102.

aux oracles et aux songes , comme des sages, et il déverse le blâme sur Cicéron , qui a su s’élever au-dessus de son siècle en regardant la divination comme une superstition et un mensonge.

Nous nous sommes étendu sur l’histoire du faux prophète Alexandre , parce qu’elle est de nature à jeter quelque lumière sur le sujet qui nous occupe. C’est dans un temple d’Esculape qu’ Alexandre rendait ses oracles. Le nouveau dieu qu’il montrait au public était , disait-il , Esculape revenu au monde. Il exerçait ses jongleries à l’époque où l’empereur Antonin avait cherché à remettre en honneur le culte du dieu de la médecine. Il est probable qu’il devait y avoir des rapports entre la manière dont il traitaiL les malades et celle qu’employaient les prêtres des autres temples. Or, d’après les détails que donne Lucien , on voit qu’il ne mettait en usage ni le somnambulisme tel qu’on 1 observe de nos jours , ni les pratiques

du magnétisme. Il répondait à des billets cachetés comme cela se pratiquait dans plusieurs anciens oracles (i). Il décachetait adroitement les billets , ainsi que le rapporte Lucien , ou bien les nombreux émissaires qu’il avait partout savaient bien découvrir ce qu’on lui demandait.

Dans les maladies il prescrivait le régime ou divers remèdes intérieurs ou extérieurs sur lesquels Lucien ne nous donne pas de détails. Pour en imposer à la multitude et donner plus de prestige à ses fourberies , il avait institué des mystères qui duraient trois jours et dont il était l’hiérophante. On y voyait des danses mystérieuses et des processions au flambeau comme dans les fêtes d’Esculape àEpidaure(a). On voit

(1) Van Dale, de Oraculis veterum etlinicorum , c. 6.

(2) Lucien donne des détails assez étendus sur la manière dont ces mystères étaient célébrés.

que, de même que les prêtres d’Esculape , Alexandre savait bien employer tous les moyens propres à agir sur l’imagination et à en imposer à la multitude.

C’est surtout dans les discours sacres de l’orateur Aristide, que l’on a cru trouver des preuves que les prêtres des temples employaient le somnambulisme. ïl n’est pas étonnant qu’au milieu* d’une multitude de songes , rapportés par un malade crédule qui passa trois années de sa vie à parcourir les temples pour y rêver , on en trouve quelques-uns qui offrent des rapports avec ceux qu’on dit observer aujourd’hui chez nos somnambules. Ainsi , il songea un jour qu’il était dans un bain et que ses viscères inférieurs de l’abdomen n’étaient pas situés à leur place ordinaire (i). On a cru trouver là de la similitude avec les somnambules

(1) Aristidis Opcra, cclente Jebb. Oratio sacra prima, p. 275.

qui disent voir l’intérieur de leur corps ; mais un malade qui rêve ne peut-il pas croire qu’il voit les objets les plus bizarres?

Aristide s’est quelquefois trouvé dans un état extatique (i) ; d’autres fois il a eu de véritables hallucinations ; ainsi il assure avoir eu des conversations avec Sophocle qui était au pied de son lit. Une autre fois , étant couché et éveillé , il crut voir Minerve avec son égide , aussi grande et aussi belle que celle qui a été sculptée à Athènes par Phidias. Il la montra à deux de ses amis qui étaient au pied de son lit et qui le crurent en délire (2). Enfin , à l’époque de la terminaison de sa maladie , étant près d’un temple de Jupi-

(1) Aristide tomba dans lin état d’extase après s’être baigné, par ordre d‘Esculape, dans un fleuve qui chariait des glaçons ( Oratio sacra secuncla , p. 295).

(2) Aristidis Oratio sacra secunda , p. 300.

ter Olympien , il affirme qu’un spectre s’approcha de lui et lui dit qu’il avait eu la même maladie que lui , et que s’étant rendu , par ordre d’Esculape , après dix ans de souffrance , dans le lieu où son mal avait commencé, il avait été guéri(i). Certainement ce sont là des hallucinations, et il n’est pas étonnant qu’il en ait éprouvé , puisqu’il était atteint d’hypochondrie (2). En outre Aristide a été sou-

(1) Aristidis O ratio sacra quarta, p. 321.

(2) Le docteur Charles -Adolphe Kœnig a soutenu, en 1818, à l’Université d’Iéna , une thèse qui a pour titre : de Aristidis incubatione. Il pense que la principale maladie d’Aristide était rhypochondrie. Il eut, en outre, un abcès à l’aine qui fournit une suppuration abondante, plus un catarrhe pulmonaire, une angine, et divers autres symptômes morbides qu’il est difficile de caractériser d’après les descriptions obscures et incomplètes qu’il en donne. Aristide fut encore atteint d’une fièvre tierce dont il fut guéri par l’apparition en songe de l’orateur Lysias.

vent la dupe des artifices des prêtres qui s’approchaient de lui pendant qu’il était couché , et qu’il prenait pour Esculape ou pour divers personnages. C’est ainsi qu’on peut expliquer plusieurs de ses prétendus songes. Il semble même dans un de ses discours distinguer très-bien ses songes des apparitions réelles du dieu (i\

(1) Aristide dit ( Oratio secunda , p. 274) que chacun de ses jours et chacune de ses nuits contiennent quelque chose de digne d’être rapporté, tantôt par les apparitions du dieu en personne ( £x tou cpavepôu ovapwv ) , tantôt par les songes qu’il lui envoyait. Il ajoute que ses songes étaient rares, parce qu’il dormait peu, à cause de son état maladif. On voit bien par là qu’Aristide avait des hallucinations, dans lesquelles il croyait voir Esculape en personne, ou bien, comme nous l’avons dit, qu’il était la dupe des artifices des prêtres. Ainsi, dans un de ses discours {Oratio sacra secunda, p. 298 ) il dit qu’étant entre le sommeil et la veille, il croyait toucher le dieu, qu’il sentait son arrivée, qu’il approchait ses oreilles de lui, qu’il

ce qui prouve bien qu’il était réellement halluciné. Outre ses discours sacrés, Aristide avait encore écrit des descriptions détaillées de ses songes , et il dit que c’est Esculape qui lui avait ordonné de le faire (i).

Comme les prêtres d’Esculape exerçaient la médecine sous le voile du mystère , on a prétendu que la partie de leur science qu’ils ne découvraient qu’aux initiés , était l’art de mettre les malades en somnambulisme. Voici comment s’exprime à cet égard un écrivain anonyme que nous avons déjà cité et qui a publié dans les Annales du magnétisme animal de savantes recherches sur les notions

l'écoutait, craignant qu’il ne s’en allât trop tôt. Le docLeur Kœnig ( de Jristidis incubatione , p. 35), quoique regardant Aristide comme un somnambule magnétique , pense cependant qu’Esculape qui lui apparaissait d’une manière semblable, n’était qu’un simple mortel.

(1) Arislidis Oratio sacra secunda1 p. 291.

que les anciens avaient du somnambulisme (1). « Le magnétisme animal, n’en « douions pas, faisait la base de tous les « mystères. On y avait ajouté les formes « imposantes de la superstition, et les « ruses du charlatanisme..... Ces mys- « tères, ce secret, ce silence, nous ex- « pliquent pourquoi , dans les anciens « auteurs , nous ne trouvons pas une « mention plus claire de la médecine « magnétique. Ses principes et ses pro- « cédés étaient dérobés avec le plus grand « soin au commun des hommes, et for- « maient pour les prêtres une mine ca- « chée dont ils se réservaient seuls Texte ploitation. » Le même auteur dit encore que, dans les temples, les remèdes salutaires étaient seuls dévoilés, mais que le principe d’impulsion qui procurait les songes indicateurs de ces remèdes ne

(1) Annales du Magnétisme animal , u() 22 ,

l’élait pas; il était soustrait avec grand soin aux yeux du vulgaire (i).

Telle est l’opinion émise par les partisans du magnétisme. 11 devrait être inutile de la réfuter si, comme nous le pensons , il est prouvé , par les raisons que nous avons exposées , que les anciens prêtres n’employaient pas le somnambulisme. Cependant nous nous permettrons encore quelques réflexions. Nous pourrions croire que , dans la mystérieuse Egypte, l’art de produire le somnambulisme magnétique aurait pu rester enseveli dans les temples , sans être jamais connu au-dehors (2) ; mais en Grèce, ce pays de liberté et d’indépendance, le se-

(1) Annales du Magnétisme animal , n° 22 , p. 173.

(2) Les prêtres d’Égypte avaient pour conserver le secret de leurs sciences occultes et de leurs mystères un moyen que n’avaient pas les prêtres grecs, c’était leur langue sacrée et leurs caractères hiéroglyphiques.

cret aurait été beaucoup plus difficilement gardé. Il est vrai que ceux qui dévoilaient les mystères d’Éleusis étaient punis de mort. Mais dans le serment qui nous a été conservé parmi les œuvres attribuées à Hippocrate, on ne voit pas que des peines semblables aient été infligées aux initiés qui étaient infidèles à ce qu’ils avaient juré. Quand l’ordre des Pythagoriciens fut détruit , leurs doctrines secrètes furent dévoilées (i). Croit- on que celles des Asclépiades auraient été mieux gardées quand la pratique de la médecine cessa d’être leur apanage exclusif? Les prêtres d’Esculape n’étaient pas les seuls qui exerçassent la médecine à l’aide des songes.

On allait encore songer dans les temples de plusieurs autres divinités, non seulement pour obtenir la guérison des maladies, mais encore pour avoir des conseils

(1) Yoyez plus haut, pag. 82

sur la manière de se diriger dans les affaires domestiques et dans les affaires d’état. Les prêtres de ces divers temples devaient donc être en possession des mêmes procédés; un secret qui aurait été entre tant de mains, aurait été difficilement gardé.

On retrouve l’usage d’aller dormir sur les tombeaux et dans les temples jusque chez des sauvages de l’Afrique et de l’Asie. Dira-t-on que tous ces peuples possédaient le secret de produire le somnambulisme? En voulant trouver le magnétisme partout, on est tombé dans une étrange contradiction : en effet, on veut que l’art de mettre les hommes en somnambulisme ait été un secret soigneusement gardé par les prêtres païens, et cependant on a prétendu que des hérésiarques du 2e siècle employaient le somnambulisme, et qu’on le mettait aussi en pratique dans les églises chrétiennes et au tombeau des martyrs, lors de la chute du paga-

nisme(i). Or, que penser d’un secret qui sérail connu des plus mortels ennemis de ceux qui l’exploitent?

Hippocrate, qui appartenait à la famille des Asclépiades, devait bien être en possession de tous les secrets des temples (2) ; cependant, dans les ouvrages que l’on

(1) Nous prouverons plus loin que cette opinion est erronée.

(2) Nous avons émis précédemment (p. 66), d’après le professeur Choulant, l’opinion qu’Hippocrate n’avait plus de doctrines secrètes, et que le serment dans lequel on jurait de n’enseigner la science qu’aux enfants de ceux desquels on tiendrait l’instruction, ou aux initiés, était d’une époque antérieure au père de la médecine. La loi qu’on trouve également dans la collection de ses œuvres, et dans laquelle il est fait des prescriptions analogues , ne lui appartient pas non plus. M. Choulant (Handbuch der Bücherunde fur die œltere Medicin , p. 14) pense que l’auteur de cet opuscule avait sous les yeux un écrit plus ancien dans lequel il a puisé.

regarde comme lui appartenant réelle-1 2 3ment, on trouve à peine quelques mots sur les songes (i). Cela prouve qu’il regardait comme une pratique superstitieuse la coutume d’aller dormir dans les temples pour y songer.

Galien a écrit un petit traité(ci) dans lequel il soutient que l’on peut tirer des pronostics des songes , et qu’ils peuvent quelquefois indiquer les dispositions intérieures des corps. Ainsi , dit-il , un homme ayant rêvé qu’une de ses jambes était de pierre , il fut atteint de paralysie de ce membre (3). Galien s’est quelque-

(1) Le Traité des songes que l’on trouve dans la collection hippocratique n’est pas regardé, par les meilleurs critiques, comme étant du père de la médecine.

(2) Galeni de Dignotione ex insonmiis libellus.

(3) Plusieurs médecins modernes ont reconnu, ainsi que Galien, que l’on pouvait retirer de l’observation des songes des signes qui peuvent quelquefois servir au diagnostic et au

fois dirigé d’après des songes dans le traitement des maladies ; mais il ne l’a fait que rarement et il blâme très-fortement les médecins empiriques qui , sans avoir considéré la nature du mal , osaient administrer à leurs malades des remèdes prescrits en songe (i) ; et cependant Ga-

pronoslic des maladies. Double a écrit sur ce sujet un chapitre important dans sa Séméiologie (tom. 2, p. 574-596). Mais il y a loin de là à la confiance aveugle dans des moyens de traitement, parce qu’ils ont été l’objet de nos rêves.

(1) Galeni de Theriacâ ad Pisonem, c. 3. Nous allons citer les paroles de Galien, d’après la version latine, parce qu’elles sont importantes et font voir ce que ce médecin pensait des remèdes prescrits en songe. « INon enim sic et <( nos medicinarum notitiam assequimur quem- « admodum qui se impiricos à solâ experientiâ « cognominant. Illi omissâ disciplina quæ re- « rum naturam investigat quoties oblatos ægros « nulla ratione curant, turpiter profitentar se « remedia partim ab insomniis partim à fortunâ « suscipere. Nos aulem auxilia quoe ratio et

lien qui parlait ainsi était de Pergame où il y avait un temple d'Esculape; c’est sans

« prima et sola excogitare potest sumraâ con- « sideratione diligenliàque scrutantes magno « studio reperimus. Quæ aulein ratio non valet « invenire ea sensuum judicio propendimus, « plerumque tune uni non confidentes plu- « rium censuram adhibemus. » Galien, dans ce passage, se sert du mot ôvîî para pour exprimer les songes d’après lesquels se guidaient les empiriques. M. Aubin Gauthier prétend ( Histoire du Somnambulisme, tom. 1, p. 50) que Galien et d’autres auteurs n’emploient les mots ova? et ovEipoç que pour exprimer des songes incertains qui devaient être attribués à l’imagination, ou d’une interprétation difficile. Cette assertion ne nous paraît point exacte. En effet, dans son traité de curandi ratione per sanguinis missionem , c. 23, Galien parle d’un prêtre d’Esculape de Pergame, qui se fit ouvrir l’artère qui est au-dessus de la main pour une douleur de cote, parce qu’il en avait été averti ensonge. Pour désigner ce songe, il se sert du même mot qu il avait employé quand il parlait des songes d’après lesquels se guidaient les empiriques.

doute pourcela qu’il parle avec tant d’éloges des anciens Asclépiades.

Dans le même chapitre il use encore de la même expression àn tpax* pour exprimer plusieurs songes d’après lesquels il se décida à faire une saignée. Dans un de ses écrits ( de Prœcognitione ad Posthumum , e. 2), Galien dit que son père résolut de lui faire étudier la médecine parce que le conseil lui en avait été donné dans un songe. Il se sert ici du mot oveipo; , et il y ajoute l’épitliète èvap^ri? , clair, évident. La même épithète se trouve encore jointe au mot ôvap dans un autre de ses traités ( Mclhod . medendi, lib. 14, c. 8 ). Malgré les expressions qu’il met en usage pour les désigner, Galien regardait bien ces songes comme certains, puisqu’il se guidait d’après eux dans l’emploi de ses moyens de traitement. On me pardonnera cette longue discussion philologique; j’ai été obligé de m’y livrer, parce que M. Aubin Gauthier n’emploie pas moins de 50 pages de' son Histoire du Somnambulisme à discuter la valeur des expressions dont se servaient les Grecs et les Romains pour désigner les songes et les rêves.

Comme les prêtres des temples comptaient les frictions et les onctions au nombre des préparations qu’ils faisaient subir aux malades avant de les introduire en présence de la divinité, M. Aubin Gauthier et quelques autres auteurs ont prétendu qu’ils avaient employé ces moyens dans le but de produire le somnambulisme. Cette opinion nous semble erronée. Les anciens se servaient sans cesse des frictions pour se préparer aux exercices de la gymnastique , qui étaient d’un si grand usage parmi eux. 11 n’est pas étonnant qu’ils en aient fait un des principaux moyens de leur thérapeutique; et voilà pourquoi les prêtres y soumettaient leurs malades. On ne prétendra pas sans doute que l’on ait voulu mettre les athlètes en somnambulisme avant de se livrer à leurs exercices corporels. D’ailleurs les frictions qu’employaient les prêtres, différaient essentiellement dans bien des cas des passes magnétiques ; elles étaient sou-

vent fort rudes. À Pergame où il y avait un temple d’Esculape, on frottait les malades avec une brosse de fer recourbé appelée xystre ou strigile. Martial (i) dit que c’est dans celte ville quecetinstrumentaété inventé. Enfin dans bien des cas ce n’étaient point les ministres des temples qui administraient les frictions, mais bien les malades eux-mêmes qui se frottaient (2).

(1) Epigrammat ., 1. XIV, epigr. 51.

(2) Les écrivains qui soutiennent l’antiquité du magnétisme prétendent (Archives du magnétisme animal , t. 4, p. 142) que Plaute veut désigner les passes magnétiques qui produisent le sommeil, quand il feint, dans son Amphitryon (vers 157) que Mercure, en voyant Sosie, dit : Si je le frottais doucement pour le faire dormir ? Quid si ego ilium tractim tangam ut dormiat ? Comment peut-on prétendre que l’art de produire le sommeil et le somnambulisme magnétique était un secret gardé soigneusement dans les temples, si Plaute en parle publiquement dans une pièce jouée devant tout le peuple romain ? Mais nous croyons que

Un auteur qui a soutenu l'antiquité du magnétisme (i), prétend encore que le lieu dans lequel se couchaient les malades était magnétisé et pouvait communiquer le somnambulisme ;il cite pour exemple l’arbre de Busancy magnétisé par M. de Puységur. On peut répondre que les malades ne se couchaient pas toujours dans le même endroit. Aristide, il est vrai, dit que c’était ordinairement entre les portes et les balustrades du temple ; mais dans un autre passage de ses discours sacrés il

Plaute n’a point fait allusion aux passes magnétiques dans son Amphitryon,. Si l’on avait cru, chez les anciens, que les frictions pratiquées de certaine manière avaient le pouvoir d’endormir, Galien, qui était médecin, aurait dû le savoir mieux que Piaule. Il n’en dit cependant rien dans son traité de Sanitate tuendâ , dans lequel il parle longuement des effets des frictions, ni dans ses autres ouvrages.

(1) Annales du magnétisme animal , n° 23 ,

assure qu’il allait dormir dans tous les endroits du temple, même en plein air et jusque sous la lampe sacrée qui était aux pieds de la statue de Diane (i). On a prétendu aussi que les prêtres ne recevaient pas à toute heure du jour , parce qu’ils avaient quelque machine à préparer (2). On peut dire au contraire que les prêtres faisaient venir les malades dans les temples pendant la nuit , parce que c’est l’heure où l’on se livre au sommeil naturel , et c’est précisément une preuve qu’ils n’employaient pas le somnambulisme qui peut être provoqué à toute heure du jour.

Les auteurs qui ont écrit sur le magnétisme avouent que tous les individus ne sont pas capables d’éprouver le somnambulisme. M. Aubin Gauthier (3) dit que, sur cent malades, il y a tout au plus cinq

(1) Aristidis Oratio sacra secunda , p. 308-309.

(2) Annales du magnétisme animal , n° 23 , p 22G.

(3) Introduction au magnétisme, p. 308.

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somnambules, el à peine un seul qui présente quelque phénomène extraordinaire.

Cependant il paraît que le plus grand nombre de ceux qui allaient dans les temples y éprouvaient des songes; il n’est donc pas probable qu’ils aient été en somnambulisme. En outre, si les anciens avaient pratiqué en grand le magnétisme, comme on le prétend, ils n’auraient pas tardé de s’apercevoir qu’il existe, ainsi qu’on l’affirme aujourd’hui , des somnambules qui sont beaucoup plus lucides que d’autres, et qui possèdent à un plus haut degré le don deprévision des remèdes, soit pour eux-mêmes , soit pour ceux qu’on met en rapport avec eux. Ils n’auraient pas sans doute manqué de tirer parti de cette connaissance, et l’on aurait vu chez eux, comme aujourd’hui, des somnambules que l’on serait venu consulter pour les maladies.. Nous n’en trouvons cependant pas de traces chez les anciens. A la vérité, il y avait des prêtres

songeurs; maison n’avait recours ordinaiment à eux que quand les malades ne pouvaient pas avoir eux-mêmes des songes. On dit aussi que pour réveiller les somnambules il faut user de précautions, leur faire des passes horizontales au lieu de passes verticales, en un mot, les démagnétiser. Nous croyons que les malades qui dormaient dans les temples se réveillaient eux-mêmes.

Enfin, l’opinion de presque tous ceux qui ont écrit sur le magnétisme est que, presque toujours, pour être mis en somnambulisme, il faut être dans un état de maladie. Cependant les parents des malades qui venaient passer la nuit dans les temples, y obtenaient également des songes. En outre, ce n’était pas seulement pour la guérison des maladies que l’on allait dormir dans les temples ; on le faisait encore pour les affaires ordinaires de la vie et pour les affaires d’état. Ceux qui s’y rendaient pour de semblables motifs étaient bien portants, et cependant il pa-

rail que les dieux ne leur refusaient pas les songes qu’ils leur demandaient. Ils n’étaient donc pas des somnambules magnétiques.

Si l’on voulait absolument retrouver l’existence du somnambulisme dans l’antiquité, on verrait, je crois, plus de rapport avec ce que nous observons aujourd’hui, dans la pythie qui rendait ses oracles à Delphes, que dans les malades qui allaient songer dans les temples. La pythie se tenait sur un trépied qui était sur une ouverture souterraine, d’où s’échappait, dit-on, une vapeur enivrante.

Saisie d’une fureur prophétique, l’écume à la bouche, poussant des hurlements, elle proférait des paroles souvent mal articulées que les prêtres qui étaient à ses côtés recueillaient et transcrivaient avec soin. Revenue à son état naturel, on dit qu’elle oubliait tout ce qui s’était passé(i).

(1) Saint Jujstin ( Admonitio ad Grœcos ) dit

On voit bien là quelque analogie avec nos somnambules; mais les magnétiseurs interrogent ces derniers, tandis que les prêtres de Delphes n’interrogeaient pas la pythie. Comme ils entendaient seuls ce qu’elle disait, ils étaient maîtres de lui prêter toutes les paroles qu’ils voulaient et de lui faire rendre des oracles en prose comme en vers. On allait aussi consulter les pythies pour des maladies. Alexandre de Tralles (i) rapporte qu’un jeune Athénien, nommé Démocrate, qui était atteint d’épilepsie, se rendit à Delphes pour demander au dieu quel remède il devait pendre à son cou pour se guérir. La pythie lui rendit un oracle en vers conte-

également que lorsque l’instinct qui animait les sibylles s’éteignait, elles perdaient la mémoire de ce qu’elles avaient dit. Il ajoute aussi que l'on transcrivait leurs paroles pendant qu’elles les prononçaient.

(1) De Medicinâ, lib. I, c. 15.

nant une prescription d’amulette. Comme cet oracle était obscur, un prêtre l’interpréta (i). Alexandre de Tralles ne dit pas si le malade guérit.

On pourrait trouver encore plus d’analogie avec le somnambulisme dans ce que rappoi te saint Irénée, au sujet d’un hérésiarque, nommé Marc, qui vivait au second siècle de notre ère. Cet homme, fourbe et débauché, cherchait à séduire les femmes les plus belles et les plus riches; il leur enseignait ses doctrines erronées et leur faisait, dit-on, prédire l’avenir. Il leur adressait d’abord des discours flatteurs, faisait sur elles des invocations et leur ordonnait de prophétiser. Saint I rénée l'apporte que l’imagination de ces femmes s’exaltait et qu’elles prononçaient

(1) L’oracle interprété prescrivait de prendre des vers qui sortent quelquefois des narines des chèvres, de les envelopper avec la peau d’une brebis noire, et de les pendre à son cou.

des paroles folles et incohérentes (i).

Tertullien parle encore d’une sœur qui vivait de son temps, et qui, selon lui, était favorisée du don de révélation. « Elle

(1) Voici le passage de saint Irénée à ce sujet. Marc terminait un discours flatteur qu’il adressait à une femme par ces mots : « Voici que ma « grâce est descendue sur vous, ouvrez la bou- « che et prophétisez. Mais j’en ignore l’art, ré- « pondait la femme étonnée. Alors, continue « saint Irénée, se font sur elle de nouvelles in- « vocations; on la frappe d’étonnement et de « stupeur, et on lui dit : Ouvrez la bouche, et a que toute parole prononcée par vous soit « désormais une prophétie ! Alors, hors d’elle- (t même, l’imagination exaltée, le cœur ému, « pleine d’audace, et cédant pour ainsi dire à « l’impulsion d’un esprit supérieur, elle pro- « nonce à haute voix toutes les paroles folles, « incohérentes , impudentes même , qui lui- « viennent à la bouche.» (Saint Irénée, Contre les hérésies , liv. I, c. 13, traduction de M. de Genoude.) Certainement les phénomènes observés chez ces malheureuses femmes séduites

« les reçoit, dit-il, dans l’église, au mi- « lieu de la célébration de nos mystères, « étant toute ravie en extase, et elle con- « verse alors avec les anges, quelquefois « même avec Jésus-Christ; elle voit, elle « entend dans ses ravissements les secrets « célestes, connaît ce qu’il y a de caché « dans le cœur de plusieurs personnes, « et enseigne des remèdes salutaires à

par l’hérésiarque Marc offrent plus d’analogie avec le somnambulisme de nos jours que ce qui se passait chez les malades qui allaient dormir dans les temples. Ces femmes, à l’ordre de Marc et par ses fascinations, entraient dans une espèce de crise. C’était pendant cette crise qu’elles parlaient et qu’on les interrogeait , tandis que les malades des temples ne disaient rien qu’à leur réveil. Nous voyons là, ainsi que dans le magnétisme, l’influence qu’un homme doué d’une physionomie imposante, d’un extérieur magique, d'un regard dominateur, d’une parole grave et impérieuse, peut avoir sur des personnes faibles, nerveuses, crédules et éminemment impressionnables.

« ceux qui paraissent le désirer (1). » Ces phénomènes , si Tertullien ne les a pas exagérés, sont sans doute très-remarquables ; mais l’état d’extase dans lequel se trouvait cette sœur paraît avoir été spontané et non provoqué par des procédés particuliers. Il paraît que l’hérésiarque Montan et quelques-uns de ses sectateurs présentaient des phénomènes analogues.

De même que c’est, dit-on, par hasard que le marquis de Puységur a découvert le somnambulisme magnétique en 1786, il est sans doute possible que, dans l’antiquité, quelques individus aient pu, sans s’y attendre, produire chez d’autres personnes un état semblable, et que le phé-

(1) On croit que cette sœur avait embrassé l’hérésie de Montan. Un commentateur de Tertullien croit que c’est Priscilla, femme romaine, qui avait quitté son mari pour suivre Montan, et qui prophétisait comme cet hérésiarque.

nomène soil passé inaperçu, soit parce que Ton y a fait peu d'attention, ne sachant pas le parti que l’on en pouvait tirer, soit parce que l’on n’a pas su le reproduire. Les écrits des anciens nous sont parvenus en trop petit nombre pour que nous puissions retrouver les traces de tout ce qui existait alors. Cependant je pense que le peu de détails qui nous sont parvenus sur l'exercice de la médecine dans les temples d’Esculape et des autres dieux, suffit pour démontrer qu’on n’y guérissait pas les malades à l’aide du somnambulisme magnétique.

Je ne chercherai pas à discuter si les prêtres des temples mettaient en usage le magnétisme simple, puisqu’un auteur qui a approfondi cette question, M. Aubin Gauthier (1), avoue qu’on en trouve peu de traces dans l’antiquité, tandis que le

(i) Histoire du Somnambulisme chez tous b s peuples , lom. 2, p. 231.

somnambulisme a été en grand honneur chez lous les peuples anciens (1). Cependant Plutarque (2) dit que Pyrrhus, roi d Épire, guérissait les engorgements de la rate en pressant lentement avec le pied droit la région du corps où est situé cet organe, pendant que le malade était couché sur le dos. On a dit que ces guérisons, ainsi que plusieurs autres du même genre, que l’on trouve chez des auteurs anciens et modernes, étaient opérées par une vertu magnétique. Il est plus vrai-

(1) On a publié dans les Archives du Magnétisme animal (loin. 4, p. 141) un article pour prouver que les anciens employaient le magnétisme animal quand ils guérissaient des malades par le toucher, par les frictions et par les insufflations; mais comme la véracité de la plupart des faits de guérison rapportés dans cet article est plus que douteuse, nous ne croyons pas quson puisse en tirer aucun parti pour prouver l’existence du magnétisme animal dans l’antiquité.

(2) In Vitâ Pyrrhi , c. 3.

semblable que le fait rapporté par Plutarque est (aux ; le conte qu il ajoute ensuite le fait présumer. En effet, il dit que le gros orteil du pied droit de Pyrrhus avait une vertu divine, et que son corps ayant été brûlé sur le bûcher, on trouva ce gros orteil entier. On a encore voulu attribuer à des attouchements magnétiques plusieurs guérisons miraculeuses que Tacite (i) et Sparlien (2) disent avoir été opérées par les empereurs Vespasien et Adrien. Nous 11e rapporterons pas toutes ces histoires merveilleuses ; elles prouvent seulement qu’il y a toujours eu des hommes crédules et de vils flatteurs qui ont voulu persuader aux princes qu’ils étaient au-dessus de la nature humaine et qu’ils participaient à la puissance de la divinité. Nous ne finirions pas si nous voulions rapporter ici toutes les

(1 Uistoriar., 1. IV, c. 81.

(2) In Vitu Adriani.

guérisons miraculeuses, loules les prédictions, en un mot, tous les faits controuvés dont sont remplis les historiens anciens , et que l’on a la prétention de donner aujourd’hui comme vrais, parce qu’on veut les expliquer à l’aide du magnétisme.

Non seulement les partisans du magnétisme ont attribué au somnambulisme les guérisons des maladies opérées dans les temples d’Esculapeet des autres dieux; ils ont prétendu encore qu’après l’établissement du christianisme dans l’empire romain, les prêtres chrétiens et les moines avaient continué à opérer des cures magnétiques comme les prêtres païens. Ils soutiennent que , dans les églises et aux tombeaux des saints , les malades allaient passer la nuit pour ) recevoir des songes et pour obtenir ainsi leur guérison (i), comme on le faisait

(1) Ou trouve surtout celte opinion soutenue

précédemment dans les temples d Esculupe, d'Isis, d’Osiris et de Sérapis. Nous croyons que cette assertion n’est point fondée. Il est vrai qu’après l’établissement du christianisme , et pendant le moyen âge, on retrouve encore des traces de la confiance que l’on avait précédemment aux songes. On lit dans les écrits de saint Augustin, de saint Grégoire de Tours et de quelques autres auteurs ecclésiastiques , que quelquefois des malades croyaient voir en songe des saints qui leur conseillaient des moyens de guérison et qui les engageaient à toucher des reliques ou ii se rendre au tombeau de quelque martyr pour y recouvrer leur santé.

On y voit en outre que des malades allaient

dans les Archives du Magnétisme animal. Paris, 1820, t. 2, p. 97-137. On y rapporte des fails que l’on croit favorables M. Aubin Gauthier (Histoire du Somnambulisme , tom. 2, p. 117-131) défend aussi la même opinion.

quelquefois passer la nuit dans les églises pour y obtenir leur guérison ; mais c’était pour y prier et non pour y dormir, afin d’y recevoir des songes. Les auteurs qui rapportent ces faits se servent du mot pernoctare , qui signifie principalement passer la nuit en veillant (i). Ainsi donc nous ne connaissons aucun fait qui prouve que depuis l’établissement du christ ia-

(1) Les Dictionnaires classiques de Noël et de Wailly rendent ainsi le mot pernoctare : veiller toute la nuit, la passer sans dormir. Cependant Facciolali ( Totius latinitatis Lexicori) dit que pernoctare signifie passer la nuit en veillant ou en dormant. Dans un dqs faits cités dans les Archives du Magnétisme (t. 2, p. 132) on voit qu’un paralytique ayant obtenu du soulagement par un voyage au tombeau de saint Gérard, y revint l’année suivante, à la fête du saint, et y pria avec ferveur tout le jour; il ypassa même la nuit suivante en veilles et en prières, et fut guéri. Ad sancti recursavit anniversarhim eoque toto die supplex precator commoratus , noclem etiam insequentem continuavit vigi-

nisme on soit allé dans les églises pour y songer comme dans les temples d’Esculape. Le prophète Isaïe blâme cet usage des païens. Il eût été bien singulier que les chrétiens l’eussent ainsi adopté. Cependant George Fabricius rapporte avoir vu à Padoue, au 16e siècle, des enfants de la campagne aller dormir une certaine nuit dans l’église de Saint* Antoine (i). Mais quoique celte pratique superstitieuse aurait eu lieu au 16e siècle, dans un canton de l’Italie, cela ne prouverait nullement qu’il en était de même lors de l’établissement du christianisme et de la chute de l’empire romain.

Les partisans du magnétisme ne se sont pas contentés d’avancer que l’on allait

liis et precibus. Ce n’est point ainsi que les choses se passaient dans les temples d'Esculape : les malades y allaient pour dormir et non pour y passer la nuit en veilles et en prières.

(1) Vink, Amœuitates philologico-medict v, p.73.

recevoir des songes dans les églises chrétiennes comme dans les temples d’Esculape, quelques-uns d’entre eux sont allés jusqu’à soutenir que Jésus-Christ avait guéri les malades à l’aide du magnétisme. Il n’entre point dans le plan que nous nous sommes tracé de combattre une semblable opinion ; elle a été victorieusement réfutée dans un ouviage qui a paru en 1837 (i).

(1) Examen du Magnétisme animal, par M. l’abbé Frère. Paris, 1837, in-8.

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