‹ Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité, suivies de considérations sur ... les guérisons ... à l'aide des songes, et le magnétisme animal, et sur l'origine des hôpitauxChapitre 7 sur 19 · C. JUL. FRONTON IA NUS REDD1TIS SIBI LUMINIBUS GUAT · texte numérisé non relu

C. JUL. FRONTON IA NUS REDD1TIS SIBI LUMINIBUS GUAT

AGIT ex VISO PRO SE ET CAPSIA 11AXIMA CONJUGE ET JULIA FKONT1NA F1LIA.

elles ne nous apprennent rien sur les moyens auxquels on attribuait la guérison (i).

C’était seulement , à ce qu’il paraît , dans les cures les plus célèbres que l’on faisait graver sur des tablettes de métal , ou inscrire sur les colonnes du temple le nom du malade , le genre de la maladie et les remèdes qui avaient réussi. Pausanias (2) rapporte que de son temps six de ces colonnes existaient encore dans le temple d’Epidaure. Il nous reste quatre de ces inscriptions qui ont été publiées par Mercurialis (3) et qu’on trouve aussi dans le Recueil de Gruter. Nous allons les rapporter ici traduites en français :

« Dans ces jours , un certain Gaius ,

(1) Quelquefois ces inscriptions étaient en vers. On en trouve encore une dans les Analecta veterum poetarum grœcoruvi de Brunck, tom. I, p 76.

(2) Lib. II, c. 27.

(3) De arte gymnasticâ, lib. I, c. 1.

« qui était aveugle , apprit de l’oracle « qu’il devait se rendre à l’autel, y adres- « ser ses prières , puis traverser le temple « de droite à gauche, mettre ses cinq « doigts sur l’autel , lever la main et la a placer sur ses yeux. Il recouvra aussitôt « la vue en présence et aux acclamations a du peuple. Ces signes de la toute-puis- « sance du dieu se manifestèrent sous cf le règne de l’empereur Antonin. »

« Lucius avait une douleur de côté très- « vive, tout le monde désespérait de son « salut ; le dieu de la santé lui ordonna « par un oracle, de prendre sur l’autel « de la cendre avec du vin et d’appliquer cc ce mélange sur le côté douloureux. Il cc fut guéri et rendit publiquement grâces « au dieu, et le peuple s’en réjouit. »

« Julien avait un crachement de sang ; <c on désespérait de ses jours. Esculape « lui ordonna de prendre sur l’autel des <c graines de pomme de pin, de les mêler cc avec du miel et de manger pendant

trois jours cette préparation ; il fut « sauvé et vint remercier le dieu en pré- « sence du peuple. »

« Le dieu de la santé ordonna à un sol- « dat aveugle nommé Valerius Aper, de « mêler le sang d’un coq blanc avec du « miel , de s’en faire un collyre et de « s’en frotter l’œil pendant trois jours ; il « recouvra la vue et rendit publiquement « grâces au dieu (i). »

Ces quatre inscriptions qui ont été trouvées dans l’île du Tibre, appartenaient très-probablement au temple qui y était situé. Elle paraissent toutes avoir été faites sous l’empire Romain, époque à laquelle

(1) Ces inscriptions sont en grec. Hundertmark a publié sur elles un savant commentaire, dans sa dissertation intitulée : De artis medicœ incrementis per œgrotorum apucl veteres in vias publicas et templa exposiiioiiem. Leipzig, 1739. Réimprimée dans Ackermann, Opuscula ad medicinœ historiam pertinentia Nuremberg, 1797, in-8.

la médecine sacerdotale avait beaucoup dégénéré. Elles ne peuvent donc pas nous donner une idée de ce qu’etaieut les tables votives au temps où les anciens Asclépiades florissaient -, il est probable qu’elles contenaient en outre les symptômes des maladies , puisque ces prêtres s étaient occupés spécialement de la semeiolique:

il est probable également quelles étaient plus étendues , mais nous ne possédons aucun détail à ce sujet.

On inscrivait aussi quelquefois sur les colonnes des temples la composition des nouveaux remèdes que l’on découvrait (i). Sprengel pense que cet usage a beaucoup contribué à assurer aux prêtres l’exercice exclusif de la médecine. Il paraît qu’on y déposait pareillement des instruments de chirurgie. Cœlius Aurelianus (2) dit que Erasistrate donna au temple de Delphes

(t) Galeni de 4ntidutis , lib. 2. IMinii Uni. nutur 1. 20, c. 24.

(2) Chronicor. morbor lib. 2, e. 4.

un instrument pour arracher les dents.

Enfin, dans quelques cas aussi, des individus faisaient don à des temples dè remèdes que l’on croyait efficaces dans diverses maladies. Ainsi Aétius (t) donne la formule d’un collyre qu’un orfèvre avait légué en mourant au temple de Diane à Ephèse. Ce collyre, dans lequel entrent plus de vingt substances , était regardé comme très utile dans le relâchement des paupières et autres affections des yeux. Heras de Cappadoce , qui avait écrit un traité surla composition des médicaments, souvent cité par Galien , paraît avoir tiré plusieurs recettes des archivesdes temples. Enfin nous lisons encore dans Galien , Aétius, Paul d’Egine , diverses formules attribuées à Isis et qui viennent aussi probablement de la même source.

Quand les prêtres prescrivaient des

(1) Contractez ex veteribus medicinœ lib. VU, c. 113.

moyens naturels , ils avaient toujours soin d’y ajouter quelque chose qui fût mystérieux ou qui rappelât l’influence du pouvoir divin ; ainsi, dans deux des inscriptions que nous venons de rapporter, on devait prendre sur l’autel les médicaments prescrits ; dans une autre, il fallait traverser le temple de droite à gauche, et mettre ses cinq doigts sur l’autel. Lorsque les malades ne guérissaient pas, les prêtres ne manquaient pas de prétextes, et l’altr ihuaient au défaut de confiance ou d’obéissance , ou à l’inexécution des pratiques accessoires. Enfin, quand ils prédisaient un événement et que le contraire de ce qu’ils avaient prédit arrivait , ils savaient bien encore se tirer d’affaire ; 1 exemple suivant tiré d’Àrtémidore (i) nous en offre un exemple. Un individu qui devait subir uneincision au scrotum, piia Serapis de lui envoyer un songe qui

(1) Oneirocritic , lib. V, c. 91.

lui indiquerait s il fallait se faire opérer. Le dieu lui apparut et lui dit que s’il se faisait opérer il guérirait ; il mourut cependant. On interpréta le songe et l’on dit que comme le malade ne souffrait plus , c’était comme s’il eût été guéri. Avec de semblables raisons un oracle ne pouvait jamais avoir tort.

On voit que nous possédons bien peu de détails sur la manière dont la médecine était exercée dans les temples d’Esculape. 11 est probable aussi que chaque temple devait avoir ses usages particuliers, et que ces usages ont pu présenter des différences à diverses époques. Mais sur tout cela nous sommes réduits à des conjectures. Voyons maintenant, en peu de mots , ce que nous savons de plus certain sur les prêtres médecins, sur la manière dont ils se recrutaient entre eux , sur l’instruction qu’ils donnaient à leurs élèves , sur les écoles qu’ils formèrent, et sur les progrès dont l’art de guérir peut leur être redevable.

Page 1