‹ Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité, suivies de considérations sur ... les guérisons ... à l'aide des songes, et le magnétisme animal, et sur l'origine des hôpitauxChapitre 8 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les prêtres d’Esculape forment des corporations dans lesquelles il fallait se faire initier; ils fondent aussi des écoles. Détails sur celles de Cnide et de Cos. Degré d'instruction que possédèrent les prêtres d’Esculape. Hippocrate issu des Asclépiades de Cos. Les philosophes commencent à enlever aux prêtres l’exercice de la médecine. Pylhagore et ses disciples.

Les Asclépiades des divers temples formèrent des colleges on corporations. Nous ignorons quels en étaient les règlements ; nous savons seulement que dans l’origine la médecine était héréditaire dans les familles sacerdotales (i). Platon dit même qu’Esculape avait déjà choisi ses disciples parmi ses parents. L’instruction se transmettait des pères aux enfants dès

(J) De Rrpablicâ , lib. 10.

1 âge le plus lendre. Galien (i) dil que dans ces temps reculés elle était toute orale et non écrite (2).

Peu a peu les Asclepiades se relâchèrent de la sévérité de leurs règlements et appiirent aussi les principes de leur art à des etrangers. Il est difficile de savoir à quelle époque ce changement a eu lieu ; mais dès lors , suivant Galien , l’instruction orale ne fut plus suffisante , puisque on ne la transmettait plus à des enfants, mais à des adultes : elle dut être écrite.

Le savant docteur Choulant, professeur à l’Académie médico-chirurgicale de Dres-

(1) De Administrât, anatomicis 1. I, c. 1. ,

(2) Galien parle ici principalement de l’instruction anatomique. Il dit que les enfants apprenaient de leurs pères l’anatomie en même temps qu’on leur apprenait à lire et à écrire. Quoiqu’on dise Galien, il ne paraît cependant pas que les Asclepiades aient cultivé l’analomie.

de (i), pense que pendant longtemps les Asclépiades ne transmirent tout ce qu’ils savaient qu’à leurs enfants, et qu’ils conservaient des secrets pour ceux qui entraient dans leurs colleges. Il y eut par là des Asclépiades d’origine et des étrangers. Quelques-uns de ces derniers exerçaient la médecine hors des temples , dans les villes ou à la cour des souverains (2) , on les appelait période utes, ou ambulants. Ainsi nous voyons Ctésias de Cnide pratiquer l’art de guérir à la cour d’Artaxerce , roi de Perse.

Les etrangers qui entraient dans l’ordre desAsclépiades devaient se faire initier. Ils

(1) Le professeur Choulant a émis ses opinions à ce sujet clans un Mémoire sur l'histoire des Asclépiades, qu’on trouve dans son Almanach médical pour l’année 1839.

(-) Il est fait mention de ces médecins qui parcouraient les villes dans la loi que l’on trouve parmi les œuvres attribuées à Hippocrate.

prêtaient alors un serment , et comme ils allaient souvent pratiquer au dehors , pour que la science ne sortît pas de l’enceinte des temples, ils juraient de ne l’enseigner qu’aux enfants de ceux qui les avaient instruits eux-mêmes ou qu’à ceux qui se feraient inscrire et qui prêteraient le serment d’usage , et à personne autre. C’est ce qu’on voit par le serment qui nous a été conservé parmi les œuvres attribuées à Hippocrate. Le professeur Choulant pense que cette pièce est antérieure au père de la médecine , et qu’elle remonte à l’époque où les Asclépiades commencèrent à admettre dans leur ordre des étrangers. Celte opinion nous paraît ‘ très vraisemblable : en effet , comment concevoir qu 'Hippocrate ait pu prescrire de garder des doctrines secrètes , tandis^ qu’il communiquait sa science au public dans ses immortels ouvrages ? Il paraît , d’après un passage de Platon , que quand les Asclépiades donnaient leur instruction

à des étrangers , ce n’était point gratuitement, mais à prix d’argent (1).

Les Asclépiades qui formèrent des collèges ou corporations dans lesquels on ne parvenait que par la naissance ou par l’initiation , fondèrent aussi dans leurs temples des écoles, et y enseignèrent la médecine. Galien (2) en nomme quatre principales : celles de Cos, de Cnide , de Rhodes , et l’école italique. Il dit que celle de Rhodes dura peu. Hérodote (3) en mentionne encore une à Cyrène.

(1) Platon ( in Protagorâ ) suppose qu’un jeune homme, nommé Hippocrate, porte une somme d’argent à son homonyme Hippocrate de Cos, de la famille des Asclépiades. O11 lui demande dans quel but il lui porte cet argent ; il répond : Pour devenir médecin moi-même. 11 paraît, par ce passage, qu’Hippocrate n’enseignait pas toujours la médecine gratuitement.

(2) Method. med<ndi , 1 I, c. 1 (8) Uistor., 1. 3, c. 131.

M. Littré (i) prétend que l’école italique, qui siégea surtout à Crotone et à Agrigente, ne fut nullement sacerdotale, et qu’elle se rattache à l’école philosophique des Pythagoriciens; il ajoute qu’elle s’oc- „ cupa surtout de travaux anatomiques.

Les écoles de Cnide et de Cos acquirent beaucoup de célébrité. Ce fut dans celle de Cos que naquit le grand Hippocrate ; les Asclépiades, ses ancêtres, y avaient exercé la médecine de père en fils pendant plusieurs siècles. L’école de Cnide eut moins de célébrité que celle de Cos ; elle produisit cependant des ouvrages au nombre desquels on peut compter les Sentences cnidiennes dont parle Hippocrate (a). Les principaux médecins sortis de cette école sacerdotale sont : Euriphon, que l’on croit l’auteur des Sentences cnidiennes , et

fl) Traduction des œuvres d’Hippocrate, t. I, p. 15 et 16.

(2) De victu auctorum.

Ctésias qui exerça l’art de guérir à la cour d’Artaxerce, roi de Perse, et qui s’est surtout distingué par des ouvrages historiques. Ackermann pense que l’école de Cnide enseignait et exerçait surtout la médecine empirique, et que plus tard elle a donné naissance à l’école empirique (i).

Il est difficile d’apprécier aujourd’hui quel degré d’instruction possédèrent les prêtres des temples, et quels progrès la médecine a pu faire entre leurs mains.

Comme il y a toujours eu des hommes qui ont montré de la tendance h admirer tout ce qui est ancien , on ne doit pas être surpris de trouver dans l’antiquité et chez les modernes, des écrivains qui ont vanté outre mesure la médecine des Asclépiades (2). D’un autre côté, il est des mé-

(1) Ackermann, Institutiones historiœ medicinœ. Nuremberg, 1792, in-8, p. 68.

(2) C’est ainsi que l’auteur de Y Introduction qu on Lrouve dans les œuvres de Galien, regarde

decins qui leur ont refusé toute instruction. Ainsi, M. Malgaigne (i) veut qu’on fasse rentrer les Asclépiades dans l’oubli dont ils n’auraient jamais dû sortir. Il blâme même M. Littré de s’en être occupé, et il propose de les rayer de l’bistoire de la médecine et de la chirurgie (2). Nous pensons qu’on doit être éloigné de tous ces excès. Il est probable que la lecture des inscriptions des temples-et l’habitude de voir un grand nombre de malades du-

la médecine d’Esculape et de ses successeurs comme parfaite et divine.

(!) Lettres sur l’histoire de la chirurgie , insérées dans la Gazette des hôpitaux.

(2) M. Malgaigne fonde principalement son opinion sur les quatre inscriptions votives que nous avons rapportées; mais ces inscriptions sont de l’époque des Antonins. et, comme nous l’avons fait remarquer, pelles ne peuvent pas nous donner un modèle de ce qu’étaient celles qu’on voyait dans les temples aux temps des anciens Asclépiades.

rent à la fin donner une certaine instruction médicale aux prêtres. Lorsqu’ils n’ordonnaient que peu de remèdes ou des moyens superstitieux, ils pouvaient acquérir des connaissances sur la marche des maladies quand elles sont abandonnées aux efforts de la nature. La médecine put faire ainsi quelques progrès qui furent puissamment secondés par le goût tout particulier que les Grecs montrèrent pour cette science d’observation : car chez les autres peuples, la médecine sacerdotale a été bien loin de parvenir au même degré de perfectionnement.

Les Sentences cnidiennes ont certainement eu pour auteurs les prêtres du temple de Cnide. C’est le premier écrit qui ait été composé par les Asclépiades. Si nous les possédions encore, nous pourrions avoir une idée exacte de l’instruction médicale de ces prêtres; mais comme cet ouvrage est perdu, nous sommes obligés de nous en tenir au jugement qu’en portent

Hippocrate et Galien qui l’avaient sous les yeux. D’après ce que nous apprennent ces deux auteurs (i) , on voit que les médecins de Cnide avaient bien décrit les symptômes des diverses maladies, ainsi que les terminaisons de quelques - unes d’entre elles ; mais qu’ils en admettaient un beaucoup trop grand nombre d’espèces. Ainsi, ils décrivaient sept maladies de la bile, douze de la vessie, quatre des reins, trois tétanos, quatre ictères, trois phtbisies (2) ; ils avaient aussi négligé le pronostic.

Quant à leur thérapeutique , Hippocrate et Galien disent qu’ils n’ont connu qu’un petit nombre de moyens de traitement ; que dans les maladies chroniques ils ne

(1) Hippocrate parle des médecins de Cnide, dans le commencement de son Traité du régime dans les maladies aiguës. Ce que Galien nous apprend à leur sujet est tiré de son Commentaire sur ce Traité d’Hippocrate.

(2) Galeni Commentar. in Hippocrat. de vktu auctorum.

j donnaient que des purgatifs, du petit-lait | et du lait; mais que dans les affections ai- J guës ils employaient davantage de remè- | des. Les Sentences cnidiennes avaient eu | deux éditions , dans lesquelles il y avait i des changements. La seconde, au rapport i de Galien, était plus médicale que la preij mière. On voit par là que les médecins î de Cnide savaient perfectionner leurs j connaissances , et qu’ils ne laissaient pas la science dans l’immobilité comme les ï prêtres d’Egypte. Il paraît qu’avant Hip- > pocrate l’école de Cos n’était point supérieure à celle de Cnide.

La plupart des médecins ont prétendu, J d’après le témoignage de Strabon (i) et de i Pline (2), qu’Hippocrate avait beaucoup • profité des inscriptions votives du temple { de Cos. MM. Rosenbaum (3) et Chou-

Ci) Geogruph., lib. XIV.

(2) Ilistor. natur., 1. 29, c. 1.

(3) Gazette médico-chirurgicale de Salzhourg , | t. 1, 1841, p. 156.

lant(i) soutiennent cependant une opinion contraire. Plusieurs savants croient aujourd’hui que les sentences coaques ( coacœ prœnotiones ) que nous possédons encore dans la collection des œuvres d’Hippocrate, ont été extraites des tables votives. On voit par elles que l’école de Cos s’occupait beaucoup de pronostic ; mais des passages d’Hippocrate (a), de Platon (3) et de Galien (4) nous démontrent que les anciens Aclépiades avaient beaucoup négligé la diététique.

M. Rosembaum (5) prétend que pour apprécier le degré de perfectionnement

(1) Histori sch-litterarisches I ahrbuch für die deulsche Médian, 1839, p. 112.

(2) De diœiâ auctorum.

(S) Politicor. lib. III.

(4) De tuendâ sanitate ad Trasybulum , c. 33.

(5) Voyez l’article qu’a fait M. Rosenbaum, sur la traduction des œuvres d’Hippocrate, par M. Littré , dans les Archives de médecine de M. Hœser, t. I, p. 100, ainsi que l’analyse don-

auquel est parvenue la médecine sacerdotale, il est nécessaire de ne pas confondre, comme on l’a fait jusqu’ici , les Asclépiades réunis en collège et qui formèrent des écoles , avec les simples prêtres des temples d'Esculape. Selon lui, les premiers possédaient seuls de l’instruction , et les autres ne connaissaient guère que les rites des sacrifices ; mais nous manquons de documents suffisants pour éclaircir un sujet aussi obscur. La critique qu’Hippocrate fait des médecins de Guide dans le commencement de son traité du régime dans les maladies aiguës , nous démontre que les diverses écoles d’Asclépiades ne professaient point les mêmes doctrines, et qu’elles étaient rivales. Cette rivalité devait exciter l’émulation et contribuer aux progrès de la médecine. On a publié rénée par le même auteur, de Y Histoire de la médecine du docteur Isensée, dans la Gazette médico-chirurgicale de Salzhourg.

cemrnent une petite pièce composée de vingt-un vers grecs iarnbiques contenant des préceptes d’hygiène très-simples , et on les a attribués aux anciens Asclépiades (i); mais nous pensons qu’ils sont d’une époque plus moderne.

Quelques savants ont agité la question de savoir si les Asclépiades allaient voir quelquefois les malades hors des temples.

(1) Ces vingt-un vers grecs ont été publiés par le baron d’Arétin , clans ses Beitrœge zur Geschichte cler Litteratur, t. 9, p. 1001. On les trouve aussi dans Y Histoire de la littérature grecque profane, par M. Sc'nœll ( t. 3, p. 11). Les principaux préceptes hygiéniques contenus dans ces vers sont : d’être sobre dans les repas, de se livrer convenablement aux exercices coi’porels, de se tenir couché la nuit sur le côté droit, de ne pas user de boissons froides en hiver, de se faire saigner les veines de la tête au printemps, d’entretenir la liberté du ventre, de porter des habillements chauds en hiver, d’éviter les maisons qui ont une mauvaise odeur, surtout en été, etc.

Sclmlz se prononce pour la négative, et M. Littré pour l’affirmative. Selon lui , l’exemple d’Hippocrate qui parcourut la Grèce comme médecin périodeute ou ambulant, est décisif dans cette question.

M. Rosembaum émet cependant un avis contraire. Il prétend que les prêtres conçurent de la haine contre Hippocrate, parce qu’il avait exercé et enseigné son art hors de l’enceinte du temple, et que, pour se venger, ils répandirent par la suite le bruit qu’il avait incendié le temple de Cos et les archives de celui de Cnide. Nous pensons que, pour décider cette question, il faut distinguer les époques. Il est probable que, dans les temps les plus anciens, les prêtres n’exerçaient la médecine que dans les temples, parce que, comme le fai t observer M. Rosembaum, on nelescroyait animés de l’esprit d’Esculape que quand ils étaient en présence de ce dieu. Mais, plus tard, quand ils envoyaient plusieurs d’entre eux parcourir la Gièce, ils Irai-

(aient les malades partout où ils se trouvaient; et dans le serment qu’on trouve dans la collection des œuvres d’Hippocrate., il est fait mention de la conduite que doit tenir le médecin quand il va dans les maisons des particuliers.

Les Grecs avaient un penchant trop décidé pour l’esprit d’indépendance, pour que la médecine pût rester toujours l’apanage exclusif des prêtres dans leur beau pays. Si l’on veut savoir pendant combien de temps l’art de guérir a été enseveli dans les temples, un passage de Pline., et un autre d’Isidore de Séville peuvent servir à éclaircir cette question, sur laquelle nous possédons si peu de documents. Pline (1) rapporte qu’après Esculape la médecine resta plongée dans une nuit obscure jusqu’à Hippocrate qui la remit en lumière. Selon Isidore de Séville (2), après qu’Es-

(1) Histor. nai ural I. XXIX, c. 1.

Ç2) Origin , 1. IY, c. 3.

culape fut mort frappé de la foudre, la médecine fut interdite ; cet art disparut avec celui qui l’avait inventé, et demeura caché jusqu’à Hippocrate qui le montra de nouveau au jour. Plusieurs savants, entre autres le professeur Choulant, pensent que cet espace de 750 ans , pendant lesquels la médecine parut plongée dans une nuit obscure, ou même fut interdite, est précisément le temps pendant lequel elle fufgardéecomme un secret de famille, et devint l’apanage exclusif des prêtres des temples d’Esculape.

Quel que soit le jugement quel’on puisse porter sur les deux passages de Pline et d’Isidore de Séville que nous venons de citer, on peut affirmer qu’à l’époque où vivait Hippocrate, la médecine n’était déjà plus, en Grèce (3), exercée uniquement par

(t) Thucydide, qui était contemporain d’Hippocrate, dit (liv. I, c. 47) que les médecins auxquels on eut recours en premier lieu dans

les prêtres. D’autres hommes avaient alors commencé à leur enlever ce moyen puissant d’influence sur les peuples. C’étaient les philosophes, et, parmi eux, nous devons placer au premier rang Pytliagore.

Il est certain, d’après le témoignage d’un grand nombre d’auteurs anciens, qu’il s’etait adonné d’une manière spéciale à l’exercice de la médecine. 11 avait appris des prêtres d’Egypte combien on peut par elle acquérir d’ascendant sur les populations. Selon Jamblique ( i), les branches de la médecinedont il s'occupa avec le plus de zèle, furent la diététique et le traitement des

la peste d’Athènes ne purent la guérir, parce qu’ils ne la connaissaient pas, et moururent plus que tous les autres, à cause de leurs rapports avec les malades. Il distingue les traiter ments faits par les médecins, des prières dans les temples, des consultations d’oracles, et autres pratiques semblables auxquelles on eut recours sans succès.

(1) De vitâ Pythagorœ, c. 29, p. 147.

plaies; il s’occupa moins de l’administration des remèdes, et ne s’adonna point aux opérations chirurgicales. Comme tout le monde croyait alors à la vertu des chants magiques, des expiations, des lustrations, des sacrifices, il commença , ainsi que les prêtres, à yavoirrecours. Sans cela, comme le fait observer judicieusement Meiners( 1 ), personne n’auraiteu confiance en lui. Il en usait surtout dans les affections de l’ame, dans lesquelles il savait faire un sage emploi des moyens qui agissent sur le moral de l’homme, tels que les consolations, la musique, les distractions (2). Comme les prêtres, Pythagore cacha ses moyens de guérison sous le voile du mystère. C’est dans la Grande Grèce, et principalement à Crotone, qu’il établit son école. Ses disci -

(1) Histoire de l origine, des progrès et de la décadence des sciences dans la Grèce, Irad. par Lavaux, 1. 2, p. 204.

(2) Porphyr., de Vitu Pythagorœ, ç. S2-.

pies formèrent une corporation dans laquelle on ne pouvait entrer que par la voie de l’initiation. Il y avait, selon Meiners (i), deux espèces de disciples : la première était composée de ceux qui avaient été éprouvés ; la deuxième, de ceux dont les épreuves duraient encore. Pour ces derniers , il y avait des doctrines secrètes, Tant que l’ordre des Pythagoriciens subsista dans la Grande Grèce , le voile mystérieux dont ils s’enveloppèrent ne fut point soulevé; mais après que cet ordre eut été détruit et expulsé , des disciples infidèles dévoilèrent les pratiques mystérieuses relatives à larnédecine (2).

Plusieurs Pythagoriciens se répandirent dans diverses villes de la Grèce où ils donnèrent des soins aux malades. Peu à peu ilsjetèrent le masque de la superstition, et avouèrent qu’ils guérissaient par des

(1) Ouvrage cité, t. 2, p. 183.

(2 J Jamblicus, de Vitâ Pythugoræ , c .34,

moyens naturels. A cause du séjour que les disciples de Pytliagore avaient fait à Crotone, les médecins de cette ville passaient, au temps d’Hérodote (i), pour les plus instruits de la Grèce. Démocède, l’un d eux, exerça l’art de guérir à la cour de Polycrate, t)ran de Samos, et à celle de Darius, et s’y acquit une très-grande réputation par les cures qu’il opéra (2).

Pytliagore et ses disciples ne furent pas les seuls philosophes qui enlevèrent aux prêtres l’exercice de la médecine. Empédocle , Héraclite , Démocriie , Anaxagore suivirent ses traces. Quelques-uns d’entre eux , à la vérité , s’occupèrent plutôt

(1) Histor., lib. III, c. 131.

(2) Démocède peut être compté parmi les disciples de Pythagore. Jamblique ( de Vitu Pythagorœ , c. 35, p. 217) dit qu’il fut obligé de s’enfuir de Crotone, lorsque les Pythagoriciens en furent expulsés. Au contraire , Hérodote (lib. 3, c. 131) dit qu’il quitta Crotone parce qu’il avait un père d’un caractère dur et colère.

su

à créer des systèmes sur la nature qu’à traiter des malades. La médecine gymnastique, qui fut inventée à la même époque parHérodicus, contribua aussi à diminuer l’influence des prêtres: plusieurs malades recevaient des soins dans les gymnases.

Il survint ainsi entre les prêtres , les philosophes et les directeurs des gymnases une rivalité qui contribua aux progrès de la science. Les Asclépiades deCnide et la famille d’Hippocrate, voyant l’exemple des philosophes, renoncèrent à l’exercice mystérieux de leur art et aux pratiques superstitieuses dont leurs ancêtres l’avaient entouré ; et dès lors la médecine cessa d’être ensevelie dans les temples et devint accessible à tout le monde. Ainsi l’on peut dire qu’en Grèce la médecine a commencé par être domestique ; elle est devenue ensuite exclusivement sacerdotale. Enfin par l’influence des prêtres des temples , des philosophes , des directeurs de gymnases, et surtout par les travaux d’Hippo-

f, crate, elle a été érigée au rang de science. I II est probable qu’il en a été de même chez plusieurs peuples. Cependant malgré cela les prêtres ne cessèrent point en Grèce l’exercice d’un art qui leur était très-lui cratif , et une partie du peuple superstitieux continua à avoir recours à leurs ■ guérisons mystérieuses; mais leur méde- Icine dégénéra beaucoup après Hippocrate.

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