‹ Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité, suivies de considérations sur ... les guérisons ... à l'aide des songes, et le magnétisme animal, et sur l'origine des hôpitauxChapitre 9 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Exercice de la médecine à l’aide des songes, dans plusieurs temples de la Grèce , autres que ceux d'EscuIape.

Les temples d’EscuIape n’étaient pas en Grèce les seuls où l’on allait recevoir des songes pour obtenir la guérison des maladies. On y adorait encore plusieurs autres divinités médicales que l’on invoquait pour se guérir, entre autres, Apollon (i),

(1) Apollon, père d’EscuIape, a été regardé comme l’inventeur de la médecine par les plus anciens auteurs. Pindare ( Pythiq ., ode 5, vers 85) dit qu’il apprend aux hommes les moyens pour guérir les maladies. Euripide ( Alcesl ., v. 967) lui attribue d’avoir enseigné aux Asclépiades les remèdes pour guérir les hommes. Dans Ovide ( Métamorph ., lib. 1, v. 521), Apol-

Minerve (A), Diane, Mercure, Cérès ; on peut encore y ajouter Vulcain, Lac-

lon se glorifie en ces mois d’avoir inventé la fe médecine :

Inventum medicina meuni est, opiferque per orbem } ocor, et herbarum subjecta potentiel nubis.

Plusieurs auteurs ent pensé que Pæan, médecin des dieux, dont parle Homère, était le même qa’Apollon ; mais Sprengel croit que ce sont deux divinités différentes.

(1) Proclus et Porphyre (Proclus in Timœum Platonis) ont attribué à Minerve l’invention de la médecine. Périclès, au rapport de Plutarque ( Vie de Périclès, c. 13) la lit honorer à Athènes comme une divinité médicale (Alhene Ilygia ), et fit placer sa statue dans la citadelle, parce qu’elle lui avait apparu en songe et lui avait montré une plante qui guérit l’architecte Mnésiclès, qui avait fait une chute en construisant la citadelle. Minerve a été encore regardée comme une divinité médicale dans quelques autres villes de la Grèce. Birger Thorlacius a fait une savante dissertation à ce sujet, intitulée: Alhcne Gracorum Hygiâ. Copenhague, 1804. Creuzer ( les Religions de l’antiquité , t. 2, p. 765

chus (i) el Hercule. On a attribué à plusieurs de ces divinités l’invention de la médecine, et l’on croyait qu’elles apparaissaient en songe aux malades et leur donnaient des conseils.

Tous les membres de la famille d’Esculape, Hygie , Panacée (2), Machaon,

et suiv.) a savamment discuté sur les rapports qui existent entre Minerve-Hygie et Esculape. Cette déesse avait le serpent pour symbole, comme le dieu de la médecine.

(1) Pausanias (lib. X, c. 33 ) dit qu’il y a à Ophilée, ville de Phocide, un souterrain où l’on célèbre les orgies en faveur de Bacchus. Les habitants de celte ville regardent ce dieu comme leur oracle et leur médecin ; ils croient qu’il les instruit en songes des remèdes qui leur sont nécessaires dans les maladies; ils croient que les prêtres de Bacchus leur révèlent l’avenir. Les Athéniens (Athenæi Deipnosophist , lib. I, c. 41 ) avaient aussi reçu de la Pythie l’ordre d’honorer Bacchus, comme médecin.

(2) Hygie et Panacée, que l’on regardait

Podalyre(i) obtinrent aussi des temples dans lesquels les malades se rendaient pour se guérir. Plusieurs héros reçurent pareillement le même honneur. Wolf (2) fai! obserj ver que ce furent principalement ceux qui l< pendant leur vie avaient passe pour des devins. On allait en pèlerinage a leur tombeau et l’on y recevait des oracles en songe. Les plus célèbres furent Calchas, Amphiarus, Amphiloque (3).

comme sœurs d’Esculape , avaient plusieurs temples en Grèce. Souvent leurs statues étaient à côté de celle du dieu de la médecine.

(1) Podalyre péril dans le pays des Dauniens ou Calabrois, où on lui éleva un tombeau sur lequel, suivant le témoignage de Lycophron ( Alexandra , v. 1046 et suiv.) et de Tzelzes, son commentateur, les habitants allaient dormir sur des peaux de brebis, et y attendaient des conseils en songe pour la guérison des maladies.

(2) Vermischte Schriften und Aufsœtze. Halle, 1802, p. 408.

(3) Le tombeau de Calchas était près de celui de Podalyre, chez les Dauniens. Slrabon

Il existait encore en Grèce plusieurs autres célèbres où l’on rendaildes oracles

(Hb. \I, c. 5) dit que ceux qui venaient y recevoir des songes, sacrifiaient un bélier noir sur la peau duquel ils s’endormaient.

Le temple d’Amphiarus était près de la ville d’Orope, en Béotie, lieu où I on croyait qu’il avait été enseveli sous terre. Pausanias (lib. I, c. 34) dit qu’il ne rendait ses oracles qu’en songe; il ajoute que ceux qui voulaient le consulter commençaient par se purifier, puis ils faisaient un sacrifice dans lequel ils immolaient un bélier sur la peau duquel ils s’endormaient pour attendre des songes. Quand ils étaient guéris de leurs maladies, ils jetaient quelques pièces d’or ou d’argent dans une fontaine sacrée qui était près du temple. Philostrate ( Vita Apollonii , 1. 2, e. 37) dit encore que les prêtres obligeaient ceux qui venaient recevoir des oracles en songe dans le temple d’Amphiarus, de passer un jour entier sans manger et trois sans boire de vin.

Amphiloque était fils d’Ampbiarus. Son oracle était à Malle, ville de Cilicie (Pausanias, lib. 1, c. 34).

en songe et où des malades allaient pour recouvrer la santé- Les plus renommés étaient celui de Troplionius (i) et l’autre Charonium. Strabon nous a laissé quelques détails sur ce dernier. Il était situé sur les côtes de l’Asie , entre les villes de Tralles et de Nyssa, près du bois sacré qui entourait les temples de Plu ton et de Proserpine. Les malades qui allaient s’y faire traiter logeaient dans un bourg placé près de l’antre 7 cliez les prêtres qui étaient instruits des cérémonies sacrées. Ges prêtres se livraient à l’incubation pour les malades et leur prescrivaient les remèdes qui leur avaient été conseillés en songe. Strabon dit encore qu’ils conduisaient quelquefois les ina-

(1) Pausanias (lib. 9, c. 39) donne de grands détails sur l’oracle de Troplionius et sur les cérémonies auxquelles on était soumis avant d y descendre. Nous en parlerons plus loin.

(2) Geograph lib. XIY, c. 2.

lades dans l’antre , les y tenaient renfermés, et les y soumettaient au repos et à la diète pendant plusieurs jours. Quelquefois les malades recevaient eux-mêmes les songes et les prêtres les expliquaient et dirigeaient l’exécution des moyens conseillés.

Il y avait aussi près de Patras , selon Pausanias(i) un temple de Cérès où l’on allait consulter sur l’issue des maladies. Près de ce temple était une fontaine , audessus de laquelle on suspendait un miroir dont l’extrémité seule louchait Peau. On faisait des prières à la déesse , on brûlait des parfums en son honneur, on retirait le miroir, et quand on le regardait, il représentait le malade vivant ou mort, selon ce qui devait arriver. Pausanias dit que cet oracle était infaillible. Ce seul trait suffit pour prouver combien les anciens étaient crédules.

(1) Lib VII, c. 21.

Une anecdote citée par Élien pourrait faire présumer que l’on allait aussi quelquefois consulter dans les temples poulies maladies des animaux. Cet auteur rapporte (i) qu’un écuyer habile, nomme Lænus, avant un excellent cheval qui avait perdu un œil par une blessure, le mena dans le temple de Sérapis, et pria ce dieu de lui rendre son œil. Sérapis lui ordonna de ne point faire usage de substances liquides sur l’œil malade, mais d’y appliquer des corps chauds et de le faire en plein midi et autour du temple. Ces ordres furent suivis, et, comme on le pense bien, le cheval guérit.

Ce n’était pas seulement pour obtenir la guérison des maladies que les Grecs allaient dormir dans les temples, afin d'y recevoir des oracles en songe; ils le faisaient encore pour les affaires ordinaires

(1) Æliani H.stor. animalium , lib. Xî , c . 31.

de la vie. Cicéron (i) el Plutarque h) nous apprennent que quand les Spartiates étaient embarrassés dans les affaires d’état, ils allaient passer la nuit dans le temple de Pasipliaé, afin d’y obtenir des songes qui leur apprendraient ce qui était le plus utile au salut de la patrie. Au reste, Wolf (3) fait observer judicieusement que les Spartiates, qui étaient le peuple le moins cultivé de la Grèce, étaient aussi le plus superstitieux. D’ailleurs, c’est dans le Péloponèse qu’il y avait le plus grand nombre de temples élevés en l’honneur du dieu de la médecine.

Les Grecs ne se contentèrent pas d’adorer leur Esculape et plusieurs autres divinités médicales, ils introduisirent encore chez eux le culte des dieux d’Égvpte, à une époque qu’il est difficile de déter-.

(1) De divinatione, lib I, c. 43.

(2) Vie d’Agis , c. 9, et Vie de Cléomène , c. 7. '?>) Vermischte Schrifien and Aufsœtze^ p 406.

miner , et ils bâtirent des temples en l’honneur d’isis, d’Osiris et de Sérapis. Les malades y avaient beaucoup de confiance; ils s’y rendaient en grand nombre pour recouvrer leur santé, et les prêtres lesy traitaient à l’aide de l’incubationetdes songes. Pausanias compte en Grèce quinze temples dédiés aux divinités médicales égyptiennes (i); il dit (2) que le plus révéré de tous ces sanctuaires était celui d’isis, à Tithorée, qui était situé à UO stades du temple d’Esculape, dans la même ville.

Il n’y avait aucune maison aux environs, et nul ne pouvait y entrer s’il n’y avait été invité par des songes envoyés par la déesse. Les prêtres y avaient établi chaque année deux fêtes solennelles : l’une au printemps et l’autre en automne. Pausanias nous a donné quelques détails sur les rites religieux qu’on y observait, qui ,

(1) Schulzii, Historia medicinœ, p. 127. (1) Lib. X, c. 32.

selon lui, étaient les mêmes qu’en Egypte. Cet auteur dit encore que les Athéniens avaient reçu du roi Ptolémée le culte de Sérapis, et lui avaient bâti un temple dans leur ville (i). Il rapporte également que ce dieu avait un temple à Lacédémone, et que c’était le plus moderne de tous ceux de cette ville (2). M. Guignaut (3),.pense même qu’il est assez vraisemblable que, dans plusieurs lieux de la Grèce , c’était Sérapis que l’on adorait sous le nom d’Esculape.

(1) Pausanias, lib. 1, c. 18.

(2) Pausanias, lib. 3, c. 14.

(3) Le dieu Sérapis et son origine , set rapports , ses attributs et son histoire. Paris, 1828, p. 25.

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