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LES AUTRES PROVINCES MERIDIONALES

les archives municipales (I) prouvent que le gascon reste maître de la cité. Le Livre des Coutumes, rédigé en 1388, qui renferme non seulement celles de Bordeaux, mais aussi celles <ie Bazas, d'Agen, des statuts de corporations, des formules de serments, et une chronique de Guyenne est en gascon : aussi les Registres de la Jurade, qui vont (avec lacunes) de 1406 à 1422, avec leurs pièces très variées, délibérations, ordonnances de police, criées, correspondance : et de même les autres recueils, les Etablissements, les Bouillons.

Le gascon est la seule langue comprise du public. En août 1415, l'installation du nouveau sénéchal s'accomplit suivant les rites, avec prestation de serments et lecture des lettres patentes qui l'accréditent : celles-ci sont officiellement traduites en gascon : aqui la legida sa deyta patenta darreyra que dessus et romanseyada per fo clerc de la bile au poble (2).

Sans doute on trouve des pièces en français, mêlées à d'autres en latin, qui émanent du roi d'Angleterre: mais les documents de ce genre sont plutôt français, quand ils ont une portée générale (textes relatifs au traité de Brétigny (3), par exemple) ; ils sont en latin, quand ils concernent plus spécialement Bordeaux. Parfois simplement le préambule est français, le reste est gascon (4). On y voit aussi une lettre au roi (1421) (5) et même une lettre du maire de Libourne au maire de Bordeaux (6) (Î40G) en français ; mais cela est une rareté, et le français y est plus ou moins gasconnisé.

Ici encore, c'est la masse des écrits qui fait foi et non le document qui est isolé, ou qu'on isole, et auquel on confère, par ce procédé, une signification qu'il n'a pas. C'est une tendance bien naturelle à qui })ublie de l'inédit, que d'attribuer une

(1) Publication de la ville de Bordeaux. Elle comprend : 1° LUre des Bouillons ; 2° Lwre des Privilèges ; 3° Livres de la jurade (2 vol.) ; 4° Bordeaux vers fiôO ; les volumes suivants sont un Inv. soin, des jurades depuis

(2) Registre de la Jurade, t. II, p. 238.

(3) Livre des Bouillons.

(4) Livre des Bouillons (1378). Tarif des actes judiciaires et administratifs,

(5) Registre de la Jurade, t. II.

(6) Ibid.j t. I : « Très redopté et très poissant seigneur, plcse bos savoir que je suy asertane par 1 prisonier qui est à Libourne que le conneslable de France a esté à La Rochelle ont a malcvé gran tresour et gran vayssellanie. » Mais la correspondance reçue ou envoyée est le plus souvent en gascon.

portée générale à ce qui est une exception (1). Peu d'érudits sont aussi sages que ^f. Dubois, lequel, éditant une charte en français de 1381, reconnaît modestement qu'on ne saurait rien en préjuger pour la pratique normale de la langue. Ce qu'il faudrait surj)rendre, c'est une tendance continue et graduelle — ou brusque — qui porterait soit les autorités, soit telle classe sociale, soit tel secteur territorial vers l'abandon du parler local et l'adoption du français. Or, les textes sont formels : du xiii^ siècle au xv®, il n'y a ni recul du gascon, ni progrès du français. Des faits particuliers, des cas d'espèce, oui ! mais la substitution éventuelle du français au gascon n'est ni annoncée, ni amorcée.

Limousin

A ne considérer que la géographie, le Limousin devrait fournir au français un champ d'expansion fort accessible. IS'est-on pas ici au cœur de la France, à la lisière extrême des parlers méridionaux, et dans une région largement ouverte vers les villes françaises, Tours, Poitiers, Bourges ? Les relations ne sont-elles pas aisées entre les Limousins et les populations limitrophes ? Mais contre ces conditions favorables, l'instabilité politique va jouer. La province, en effet, passe et repasse des Anglais aux Français et n'est assurée définitivement au royaume qu'en 1371 sous Charles V ; acquisition d'ailleurs précaire, menacée souvent, suivant les vicissitudes de la guerre. Au xv^ siècle seulement, la mainmise du roi de

(1) Ainsi raisonne l'abbé Degert dans son article déjà cité, sur le droit de clergie à Dax, ordonnance du duc de Lancastre [BuUelin hist. et philol..., 1899). « Nous avons ici, dit-il, un texte des plus authentiques du dialecte parlé à Dax vers la fin du xiv^ siècle... il permet d'étudier le dialecte au moment où il commence à subir l'invasion du français qui l'assiètre de toutes parts... » Or, le préambule, on l'a vu, a été recopié en français fautif par le scribe bordelais ou dacquois, mais le texte est du gascon foit acceptable... « Es ordenat e acordat q'nulh clerc molherat q'no porti corone e bestidures clergaus que no sien miey partides ni betades, no se gaudisque de nulh. privilegi de clersie... » D'autre part, il est naturel que quelques éléments de l'original français transparaissent dans la traduction. Que l'on compare dans le Recueil de Mil- LARDET, les textes landais du xivc avec ceux du xvi'' siècle ; on verra à quelle^ date se fait l'infiltralion.

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