LES AUTRES PROVIACES MÉRIDIONALES 4S
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A première vue la Provence, par ses destinées politiques, est en dehors du royaume. Pourtant, dès le xin® siècle, l'influence française pouvait y pénétrer, lorsc[ue Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, recueillit l'héritage provençal des Bérenger, par son mariage avec Béatrice, fille du comte Bérenger IV. Une famille de souche royale et française succédait à la dynastie des Barcelone. L'orientation politique de cette province, se? usages, ses institutions risquaient d'être modifiés à la convenance de Paris. Mais il n'en fut rien : Charles, après avoir maté quelques rébellions, tourna ses yeux vers l'Italie, devint roi de Naples. Son activité prodigieuse, ses ambitions inassouvies, ses sviccès, firent de lui le premier personnage de l'époque et de la chrétienté. Dans le tourbillon tumultueux de ses entreprises, il ne songea guère à « franciser » la Provence, laquelle devint vite, non une annexe du domaine royal français, mais un appendice du royaume angevin d'Italie. L'administration du comté fut dirigée, non de Paris, mais de Naples, et d'assez haut, sans tracasseries, sauf sur le fait des impôts, en sorte que les Provençaux ne furent brimés ni dans leurs habitudes ni dans leur langue.
Pourtant, dans son royaume italien, Charles a eu peut-être l'idée de constituer comme des colonies de civilisation française. Tandis cjue les rois de France s'attacheront pour deux siècles, en ce qui concerne leurs possessions méridionales, et au point de vue de la langue, à une méthode de temporisation et d'opportunisme, Charles d'Anjou ébauche une politique contraire, qui, si elle n'intéresse pas la Provence, mérite toutefois d'être s'gnalée. Pour mettre de l'ordre dans les finances de son nouvel État, sans doute aussi pour dérouter les faussaires italiens, et qui sait, pour accentuer le caractère français de son établissement napolitain, il publia une ordonnance (27 octobre 1277), qui introduisait le français dans les services de la trésorerie.. « Et feres ferre deus quaternes, et en l'un feres escrivre en françois, et en l'autre en latin ;... lequel commandement soit fait par nos lettres ouvertes et les lettres soient faites en ceste menière : Premièrement, les lettres soient
escrites en françois...; mes pour nulles autres lettres qui vous viegnent, (jui ne seront escrites en françois et en la forme qui est desus devisée,... monoie ne pou ne grant vous n'envoieres ne bailleres ne ne despandres (1). » Il fut obéi, mais sous ses successeurs on revint vite au latin. Si cette mesure avait été imposée à tous les actes administratifs, si elle avait été généralisée pour toutes les possess ons des comtes angevins, si l'exécution en eût été moins temporaire, nul doute que par contrecoup, la difl'usion du français en Provence n'eût été précipitée, et alors Charles d'Anjou apparaîtrait comme un précurseur de François I^^. En tout cas, cette initiative qui n'eut pas de lendemain, fut, à son heure, une nouveauté : elle montre, de plus, ce que les rois de France auraient pu faire en Languedoc et ce qu'ils n'ont même pas songé à entreprendre.
La Provence angevine n'est donc pas encore la Provence française. Jusqu'au roi René le latin sert aux relations entre le comte et les sujets, quelquefois aussi le provençal, très rarement le français [2). Le latin est aussi, jusqu'au xv^ et même au XVI® siècle, la langue préférée des communautés, des notaires. Le provençal apparaît clans la comptabilité, dans les ordonnances municipales, dans les Cartulaires (exemple : celui de Manosque) (3), dans les transcriptions à l'usage du public, c[ui ne connaît pas d'autre langue. Les traces du français sont plus rares qu'ailleurs, à part chez quelques nobles qui ont vécu à Paris (4), ou à la cour du comte. L'influence littéraire du ?Sord est sensible chez quelques notaires : dans un registre de Louis Seguin (L374-78), à Arles, on trouve déjà un fragment de chanson française (5). Le prieur de Salon, Honoré Bonnet
(1) DuRRiEU, Les Arcliives angevines de Naples, t. I, pp. 97, 107, 205.
(2) Lettre de la reine Marie aux syndics de- Marseille (1387) en provençal (Congrès (les Soc. sav. de Pr., 1909, p. 111.
(3) Publié par Isnard et Chabaneau.
(4) Lettre adressée de Paris à la comtesse de Valernes entre 1401-1408, en français (Bulletin de la Soc. Lettre des B.-Alpes, t. XI, 1903-4, p. 298 et sqq.
(5) Le Musée d'Arles, 1878, p. 24.
Porquoy parler vos mal de Saint Jayme Je ne j)arle pont de vos... etc.
On verra au chapitre : Avignon et le Comtat Venaissin, que la chanson française eut de bonne heure grande vogue sur les rives du Rhône.
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(entre 1380-1389) écrit en français V Arbre des BaLailles (1). A cela se borne la pénétration française dans le Midi provençal. Du xiii^ au xv^ siècle, quatre grands domaines sont soumis, soit directement aux rois de France (Languedoc, Limousin), soit à des princes d'origine française (Provence), soit aux rois d'Angleterre qui emploient le français (Aquitaine). Le français y est plus ou moins utilisé dans les actes de l'administration souveraine, accessoirement il est connu des représentants des grandes familles (2), et de quelques particuliers. Mais il ne pénètre pas sous forme d'irradiation progressive et continue ; par suite pas de changement sensible entre le Midi des Raymond de Toulouse et le Midi de Charles VII ; la division traditionnelle de la France en langue d'oc et en langue d'oïl, est aussi vraie en 1450 qu'elle peut l'être en 1200,
Les parler s locaux restent maîtres de leur domaine : ils servent de langue officielle aux autorités, de langue généralement écrite, sauf concurrence du latin, et de langue littéraire : d'aucune manière, ils ne souffrent d'une influence prétendue de la langue du Nord. Et de l'usage écrit on peut conclure à l'usage oral : organe de la volonté royale et véhicule d'une civilisation sinon supérieure, du moins plus réputée, le français aurait un double prestige, et si on le parlait, on l'écrirait. Mais les Méridionaux ne parlent que leur idiome ancestral. On s'étonnera qu'un Froissart, au cours de ses randonnées en Languedoc, n'ait pas insisté sur ce fait, comme il arrivera aux voyageurs du xvii** siècle. C'est que pour lui, comme pour ses contemporains, cela allait de soi. Signalons-nous, après avoir franchi les Alpes, que les gens d'outre- mont parlent italien ? Son silence même serait une preuve de plus, — - s'il en était besoin, que dans les provinces du Midi, le français est une langue étrangère.
(1) 11 en existe une Iraduelion en langue d'oc. Les deux romans, Pierre de Provence et la belle Maguelonne, Paris et Viana, ont peut être été écrits ou traduits en français par deux Provençaux : la (jucstion n'est pas encore élucidée, du moins à notre connaissance.
(2) Dans VInv. som. des Arch. dép. du Tarn- et- Garonne (Série A, Fonds d'Armagnac), on signale une lettre du seigneur d'Arpajoii à une comtesse de Rodez (non datée, mais du xiv® siècle) ; ce seigneur (]ui est Français fait visiblement un elïort pour écrire à la comtesse en roman : témoignage ijidirect que la noblesse méridionale n'est pas considérée comme francisée par les contemporains du Nord.