III. — Le Périgord
Comme le Limousin qu'il prolonge, le Périgord confine vers l'ouest à la langue d'oïl ; quand l'expansion du français s'amplifiera, il sera un des premiers envahis.
. (1) GuiBERT, NoiH'enux recueils, etc., j>. 220. L'éditeur interpièle ainsi : « Nos paysans feignaient déjà de ne pas comprendre le français... Ce peut être aussi par peur d'être dupés en acceptant un libellé qu'ils comprendraient mal, et aussi par ignorance réelle. En tous cas, si le fait était fréquent, le notaire n'en aurait rien dit.
A Périgueux (1), la capitale, ridiome local, avanl et pendant le xv^ siècle, est d'usage courant dans les pièces municipales. Malgré les rapports fréquents qu'entretint cette cité avec le roi de France, celui d'Angleterre, plus tard avec le sire d'Albret, desquels la correspondance est en français, jusqu'après la guerre de Cent ans, on ne pressent aucune modification éventuelle dans la pratique établie. L'" Livre Noir, sorte de cartulaire municipal, admet bien le latin plus souvent que le français ; mais les serments consulaires depuis 1241, les livres de comptabilité depuis 1341, les registres de cens des Charités de 1200 à 1400 sont en roman ; les registres mémoriaux sont en latin et en roman alternés. D'autres textes, comme le procès-verbal de l'ouverture du tombeau de Saint-Front (2), 1440, attestent la stabilité de l'usage ; rares sont ceux où quelques inliltrations révèlent que le français est su de quelques personnes {à). En 147C encore, le procès-verbal des élections consulaires est en roman, ainsi qu'un registre des statuts municipaux : ce dernier, toutefois, est accompagné d'une traduction française (4) qui ne paraît guère postérieure : c'est l'annonce d'un changement. Les actes de notaires sont la plupart en latin, quelquefois en roman, mais on rencontre quelquefois des rédactions gasconnes (testaments) et aussi françaises (quittance pour le secrétaire du duc d'Aquitaine (5) ; mais ici la personnalité de l'intéressé explique cette dérogation).
Vers la fin du xv^ siècle, le gascon écrit s'altère rapidement : un spécimen curieux en est fourni par des prières contenues dans un incunalile périgourdin, imprimé sans doute à Périgueux, vers 1420. Si les offices proprement dits sont en latin, les oraisons et les exhortations, le Pater, V A\'e Maria, le ConfUeor, les commandements de l'Église, sont mis en roman à la portée des fidèles (0), mais quel roman ! Celui que nous trouvons à la
(1) Iiw. som. des Arch. com. de Périgueux, par Hardy, séries B15, CC.
(2) Bull. soc. hist. et archéol. du Péri'^ord, 1892.
(.3) Ibid., 1900, p. 62. Cf. un acte relatif à la Chapelle Saint-Baniahé à Saint-Front de Périgueux (1417), où l'on relève « al dicl chappitro » ... « eoinnie sufficient et ydoine à régir et gouvcrnar la dicha viearia... » ediftiar en la dicha chapella... el lor donet un bel calice dorât per servir à l'oslal...
('i) CnAMPOLLioN-FiGEAc, Doc. Iiist. itiéd., t. I, p. 98.
(.5) Bull, de la Société liislor. el archéol. du Péritiord (191.")).
(6) Bull. Iiist. el i>liil. du Com. (1907, p. V20 si\i\.). Communication de ][i:n-