‹ Recherches historiques sur l'introduction du français dans les provinces du midiChapitre 22 sur 76 · II. - — Le pays bordelais · texte numérisé non relu

II. - — Le pays bordelais

Quel rapport de temps y a-t-il entre l'introduction du français à Bordeaux et sa diffusion dans le pays environnant ? En raison de sa prépondérance politique et commerciale, Bordeaux semble appelée à devenir comme le foyer d'un rayonnement linguistique qui porterait le français de proche en proche sur tous les points du territoire qu'elle commande ; à cette conjecture, les faits semblent donner un démenti ; le français apparaît presque simultanément à Bordeaux et dans le pays bordelais.

A Libourne, d'après les textes inclus dans le Cartulaire dit Livre Velu (1), le français se serait employé plus tôt même qu'à Bordeaux : les actes et ordonnances de la maioria sont français en 1467. Mais le gascon persiste jusqu'à la fin du siècle : un terrier de reconnaissances (1479), les actes concernant l'Eglise . Saint- Jean (xv® siècle) l'emploient encore. En 1494, une décision du maire, Jean Gazes, est en gascon très francisé (2) ; par la suite le français est seul employé.

Saint-Emilion (3), qui est au voisinage et qui tient une place

(1) GuiNODiE, Hist. de Libourne, voir t. II, pp. 154-2'iO.

(2) I)u>. som arch. Gironde, série E sup., t. III, signale, en 1459, un registre darpentcment de la ville, en français. Les délibérations, comptes, registres paroissaux sont du xvi" siècle et en français.

(3) Voir des textes in Guinodie, op. cit., l. II. Les statuts de Saint-Emilion

importante dans l'histoire de la Guyenne jusqu'à la fin du Moyen Age, a des registres de la jurade depuis 1458 en gascon ; l'influence française est sensible dans le registre 1493-94 ; interrompus jusqu'en 1534 ils reprennent, en 1534, en français. Les comptes sont en gascon, depuis le début (1470), jusqu'en 1504 ; après 1503-1504 le gascon disparaît devant le français définitivement. Dans les actes divers, le gascon est employé, encore, en 1493, dans un inventaire ; à partir de 1497, on ne trouve plus que le français. Il devint général dans la population et le registre des baptêmes commence en 1538 en français, ainsi que des règlements de police (1545) (1).

Ces localités, situées au nord de Bordeaux, et non loin de la région charentaise où se parle depuis longtemps le français, ont pu être influencées par les populations limitrophes. A Cadillac, au sud-est de Bordeaux, le gascon fut plus tenace ; on y trouve des actes en cette langue jusqu'à la fln du xv^ siècle ; les comptes communaux qui commencent en 1435 sont longtemps en gascon, mais la contamination est sensible à partir de 1500, sans que le français soit encore vulgarisé. Dans le compte de 1502, on relève une mention révélatrice : « per far declairar los permeys privilèges de la hilla de latin en romans, afin que les jurais les entendent mieux » ; quarante ans après, ces documents auraient été traduits en français. Au début du siècle, la transformation linguistique ne s'annonce qu'à peine. Les comptes ne seront rédigés en français qu'en 1535. Il est fort probable que les mystères (2) joués à Cadillac, en 1502, la Nativitat, et en 1503, la Passion, étaient en gascon, pour être compris par l'auditoire, tandis qu'en 1541 on joua en français le même mystère, avec celui de l'Enfant prodigue.

confirmés eu 1485 et 1498 sont encore présentés avec leur texte gascon. Divers textes de Saint-Emilion sont publiés in Arch. hist. de la Gironde, t. XXXV, p. 131 et sqq., etc t. XXXVIII, p. 36 et sqq. Réception du prévôt, 1459 ; comptes de 1479, de 1503-4 en gascon.

(1) Irn^. soin. Arch, Gironde, série E sup., t. III et Archii^. histor. de la Gironde, t. XXXVIII. Le registre des baptênnes est précédé d'un compte particulier en français de 1538.

(2) Ibid. « Item paguey per lo bin deus qui jogarem la nalivitat de Noslre Senhor a la lesta de Nadau », 1502.

1 Per lo bin deus (}ui jogarem la Passion », 1503. « Pour faire jouer mystère de la Passion », 1541.

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A La F{éole (1), où les documents sont ]ilus clairsemés et plus dis])arates, on trouve encore le j^ascon en 1488 dans un testament ; en 1489, dans un acte conservatoire des jurats au sujet du Bois-Mayou ; dans un accord entre les cordonniers de la ville et ceux de Saint- Macaire (1497). Mais le français y apparaît au moins connu par une requête des jurats au lieutenant du sénéchal de Bazas (14G3), et par un procès-verbal de visite au Bois-Mayou (1489). Dans les premières années du xvi^ siècle le français se propage. Les statuts de la confrérie de Saint- Roch, à Saint-Michel de la Réole (1524/5) sont en français ; en français également commencent les délibérations à partir de 1525.

Les autres communes de la région ont perdu la majeure partie de leurs archives anciennes, sauf quelques pièces sporadiques et isolées ; nulle part on ne peut suivre, dans une série continue de registres, le passage du gascon au français. Mais les indications éparses qu'on glane çà et là se casent aisément dans le cadre chronologique que nous avons tracé. Avant 1480, le gascon s'emploie couramment dans tous les actes notariés, et le français reste rare, sauf dans les actes qui émanent du sénéchal, et des officiers royaux. Entre 1480 et 1500 l'emploi du français est plus fréquent : à Blaye, dans un procèsverbal des Trois-États (1488), et dans un règlement concernant les contributions nécessaires aux fortifications de la ville (1), à Castillon, à Sainte-Foy-la-Grande (3), dans les privilèges et coutumes, à Cordouan dans les quittances pour le prieur du lieu (4). Entre 1500 et 1520, la progression continue, et il serait fastidieux d'en énumérer le détail ; de menues bourgades sont atteintes par ce mouvement novateur ; à Pouy Carréjalart (5), les coutumes gasconnes de 1469 reçoivent un additif, en 1516, rédigé en français. Après 1520, les traces du gascon sont très rares, et s'évanouissent ; quelques reconnaissances, à Bruges (6) (1532), enfin un inventaire du mobilier de

(1) In^. som. Arch. dép. Gironde, série E, t. II. Voir aussi Arch.liist. de la Gironde, t. II, III et t. X, p. 153 et 203.

(2) Arch. hist. de ta Gironde, t. XII.

(3) GuiiNODiE, op. cit., t. m. A Castilloa, privilèges accorflés par Jean de Foix (1475), à Saint-Foy, octroyés par le roi, 1498 (en français).

(4) Archii>. hial. de la Gironde, t. XXVIII.

(5) Ibid., t. XVII.

(6) Inv. sont. Arch. dép. Gironde, série G, t. I, fonds de Saint-Sicurin.

l'Eglise Saint- Saturnin, en 1538, à Toiilenne (1). Dès lors, les archives locales, plus abondantes, ne conservent dans les localités grandes, petites ou moyennes, que des textes français : les délibérations communales, par exemple Sainte-Foy-la-Grande, à partir de 1549, Bourg-sur-Gironde (1565), sont toujours rédigées en français, ainsi que les comptes et les registres de baptême, sans parler des terriers et des pièces notariées.

Grâce aux Variétés girondines, publiées par Léo Drouyn (2), il est possible de jeter un regard dans les archives particulières du château de Laubesc, de Rétou, de Cugat, etc. Il y a là des pièces intéressant les communes de Raujan, de Saint- Vincent de Pertignas, de Civrac, de Pujols, de Blazimont, de Benauges, etc. et plus particulièrement les maisons nobles de la campagne bordelaise. Les documents en gascon : baux à fiefs, baillettes, actes de vente, hommages, sont très nombreux et très variés, surtout pour les deux dernières décades du xv^ siècle ; non seulement les petites gens, mais encore les hobereaux contractent uniquement en cette langue (3). Toutefois en 1488, un procès-verbal d'enquête, faite, il est vrai, par un officier de Gaston de Foix pour les terres de Benauges, est en gascon très contaminé (4) ; de même, en 1498, le testament de Bernard Tournier (5). Voici un spécimen de la langue parlée par lui ou par son notaire : « ... Estant malaus de son corps en son leyt, empero estant sain de sa pensée, et estant en son bon san et en sa bonne memorie, bedant, regardant et considérant en sin médis, que, en quest monde n'a cause plus certe que la mort, ny plus incerte que l'ore d'aquere, perso bolent et entendent evitar et esquivar los cas perillos qui se poden endevenir ny s'en devenien cascun journ... a feyt et ordonnât et par la ténor d'aquest présent carte et instrument fey et ordenne son darrey ordre et tastament et toute sa derreyre bolontat en la forme et maneyre que s'ensec... » Les clauses, à vrai dire, sont

(1) lin'..., ibid., E sup., t. 1, canton de Lan<ron.

(2) Léo Drouyn, Variétés girondines, Essai historique et archéoloorique. Recueil des actes de l'Acad. de Bordeaux, 1876 et années suivantes. Voir : 1876, p. 269, 3'.5, 367 ; 1879, p. 198 ; 1880, p. 60, 140, 235.

(3) Ibid. Honiniaj^e de la seigneurie di- I^auhesc au seigneur de Rauzan,

(\) Ibid., 1882-3, p. rj2.j.

(5) Ibid.^ 1881, p. 372 et sq. Ce Icstamcut comprend plusieurs pages.

d'un style plus i)ur (|ue ce préambule. Après 1500, on trouve en gascon des listes d'amendes pour le service du guet à Lugagnac, Naujan, Blaignac (1511), une donation faite par la dame de Gramont (1503), une reconnaissance à Laubesc (1514) (1) ; en 1517, au château de Montferrand, un pacte de mariage écrit en français, commence par quelques lignes de gascon, après quoi tous ceux qui se succèdent au cours du xvi^ siècle sont en français. Mêmes constatations aux archives du château de la Tresne (2) (fondations, testaments en gascon jusqu'en 1513, bail et hommage en français, 1522-1531). ^tême quand on ne di pose que de points de repère, on reconnaît qu'aux dates prévues, la substitution de langue s'est opérée.

Non moins intéressantes, pour déterminer l'usage du pays bordelais, sont les archives ecclésiastiques de l'abbaye de la Sauve (3). Les multiples localités où l'abbaye a des possessions ou des droits, qui donnent lieu à des actes notariés, emploient sans exception le gascon jusqu'à la fin, et surtout à la fin du xv^ siècle ; innombrables sont les baux à fief et les reconnaissances ainsi écrites entre 1470 et 1500. On y trouve aussi des lettres (lettre de Pierre de Béarn, seigneur de Miocens, 1498 ; lettre de La Caussade, rendant compte d'un voyage en Espagne, 148o) ; un ordre d'informer du juge de Marsan, 1473 ; des dépositions et témoignages (à Dardenac, 1479 ; à Guibon, 1479 ; à Baron, 1479-80) ; dans une enquête au sujet de la mainmise par le seigneur d'Albret, sur les droits de l'abbaye à Rions, tout est gascon, déclarations, rapports, estimations (1475- 1482). Il y a une collection de terriers depuis 1400 où les reconnaissances insérées sont toutes en gascon, malgré la diversité de leur provenance : le terrier de 1478 à 1508 contient toutefois quelques actes français ; celui de 1506 à 1514, toujours en gascon, laisse entrevoir que l'idiome se contamine sous l'influence du français. Celui de 1517 à 1534 est en français. Un autre recueil du même ordre de 1488 à 1561 renferme des actes français mêlés au gascon vers 1494-97 ; entre 1497 et 1500, le français et le gascon alternent, puis le gascon disparaît. Dans l'ensemble, avant 1500, le français est très rare, sauf dans les

(1) Ibid., 1876, p. 423 ; 1879, p. 212.

(2) Archives historiques de la Gironde, t. XXVIIj p. 458 et sq.

(3) In\'. som. Arch. dép. Gironde^ série H, t. I.

actes destinés à l'autorité (état fait par le syndic de la Sauve des biens ])our lesquels l'abbaye est en conflit avec les seigneurs de Benauges, 1483), au sénéchal de Guyenne, au Parlement ; après 1500, le gascon s'efface très vite devant le français. On trouverait des indications analogues dans les archives de l'abbaye de Bonlieu.

Enfin la diffusion du français est attestée au xvi^ siècle par les inscriptions (1) : 1490, à Créon ; 1495, à Règles ; 1500, à Règles ; 1500, à Fronsac ; 1505, à Montprinblanc ; 1510, à Rlagnac, à Sainte-Croix-du-^ïont ; 1520, à Saint-Léger ; 152G et 1538, à Aillas ; 1537, à Règles ; 1537, à Pujols ; 1551, à Saint- Laurent du Rois ; 1552, à Naujan ; 1553, à Romagne ; 1556, à Castelvieil et à Neufîons, près de Montségur, Dans les moindres villages, on surprend ainsi, quelquefois, par un menu détail, l'apparition du français. A quelque témoignage que l'on s'adresse, on est conduit aux mêmes conclusions.

Et voici résumés, les faits essentiels qui ressortent de ces concordances :

Le régime instauré après 1450 introduit à bref délai l'usage administratif du français. Les archives de la Gironde, celles des communautés, celles du clergé contiennent ainsi un nombre important de pièces en français qui proviennent du roi, des fonctionnaires royaux^ du Parlement et de ses moindres auxiliaires ; on voit déjà de huissiers signifier au nom de cette compagn e des exploits en français. Les pièces adressées à ces autorités sont quelquefois en français avant 1480, presque toujours dans les années qui suivent. La haute noblesse du pays écrit aussi en français, à la fin du xv^ s ècle, aux municipal lés et autres corps constitués : telle est la coutume des princes d'Albret et de Foix (2). Ainsi s'impose graduellement un usage officiel, favorable au français, mortel au latin.

Jj'usage courant est plus 'entement modifié : la municipalité de Rordeaux, celle de Libourne, celle de Saint-Emilion, suivent l'exemple des pouvoirs supérieurs entre 1490 et 1505, et la

(1) Signalées iu Cornniitisioii des nioiiuin. et doc. historiques de la (iiroitde (1847 à 51), et aussi Léo Drouyn, op. cit. Une, en gascon, est signalée à Ambarès (1470). Bull. soc. nation, des antiquaires (1917, p. 176).

(2) Des preuves nombreuses se trouvent dans les recueils précédemment cités.

masse populaire n'y demeure pas fermée. Les contrats notariés, les quittances, les registres de notaires conservent le gascon, comme langue de premier plan jusqu'en 1505 : c'est lui qui vient naturellement, quand on prend la plume (1) ; le français s'annonce pourtant, soit qu'il se glisse timidement, soit qu'il altère le parler local. Entre 1506 et 1510, perturbat'on sensible de l'usage, hésitation entre les deux langues ; l'équilibre va se fixer ensuite ; le français gagne tout ce que perd le gascon, lequel, après 1520, se fait rare dans les textes, et y paraît anachronique. La généralisation du français dans l'écriture, à cette date, est un fait acquis.

Il serait aventureux, devant une transformation si subite et si complète, de distinguer entre province et capitale, pour déterminer si l'une devance l'autre ; quelques points en contact avec la Saintonge, Libourne, Blaye adoptent plus tôt le français ; Cadillac, au contraire, tarde jusqu'après 1530 ; partout dans l'ensemble, c'est la première génération du xvi® siècle qui favorise cette expansion.

Et le gascon se maintiendra dans la conversation courante ; mais il disparaît des écrits familiers. La Lettre de Gamette de Luz (2) à son frère, écrite en gascon est, en 1525, une singularité ; il disparaît des testaments que les intéressés aiment à rédiger dans leur langue normale. Et l'imprimerie consacre le triomphe du français. Elle répand d'abord des ou\Tages d'utilité publique (3) : Instruction des curés, recteurs et vicaires pour instruire le simple peuple, imprimée à La Réole, en 1527, par Jean Maurus ; Coustumes généralles de la ville de Bourdeaulx, imprimées chez Jean Guyart en 1528. Ces documents de première valeur pour les magistrats, les administrateurs et aussi les administrés ont été mis en français dès 1520. Ensuite ce sont des œuvres littéraires : Les gestes des solliciteurs, petit

(1) Cf. cette note dans un livre d'heures : « Aquestas matinas apartenen a Damiselle Agnes Qualley... Escrint l'an mil V^V lo XX" jour de may. » Calais des mscr. de la Bibliolh. de Bordeaux, n° 90.

(2) Bull. Comité histor. des monunieiUs écriùt, t. I, 1849, p. 252.

(3) Sur 1 imprimerie à Bordeaux : Voir un article de Gault.ieur, in Revue critique (1869), t. 51, p. 190 et Compte rendu des travaux de la Com. des mon. du dép. de la Gironde (1847-1848). Article de Lamothe, Revue des Universités du Midi (1898), p. 233. Chronique, etc. Sur l'Instruction des curés, etc. Cf. RoTGÈs, Histoire de V Instruction primaire dans l'arrond. de Bazas (1893), ch. i^'.

poème d'Eustorg du Beaulieu, la Complainte du mal marié, de Gringore. C'est bien la preuve cruciale que le gascon est hors page. Le français n'apparaît plus comme un article d'importation, comme une exigence administrative, il est « intégré » dans la vie ordinaire de la province ; c'est en français que les chansons populaires railleront la prédication du fameux franciscain Thomas (1), qui parcourt la Gascogne au début de la Réforme.

Si la conquête et l'annexion de la Guyenne avec la Gascogne ont eu lieu juste à point pour ouvrir ce territoire à la Renaissance française, l'adoption de la langue, qui en fut la conséquence, y a aussi singulièrement aidé. Définitivement francisé dès 1520, le pays était en mesure de participer à cette production artistique et littéraire à laquelle, sans cela, il fût resté étranger. Sa contribution fut d'autant plus glorieuse qu'il s'engoua, comme d'une nouveauté, des choses françaises. « Paris a mon cœur », dira Montaigne, avec une chaleur bien naturelle à un néophyte. Parole symbolique qui aurait certes surpris ses ancêtres cent ans avant !

De cette passion si féconde, le Collège de Guyenne, fondé vers 1533, est à la fois un effet et une cause. Sa création marque que Bordeaux ne se contente plus d'être une cité en Aquitaine, mais aspire à devenir vraiment une ville française. Les professeurs qui y étaient appelés, furent rarement des indigènes, ils venaient du Nord ou de l'étranger, et bien que le latin conditionnât l'organisation des études, les maîtres, en les initiant à l'humanisme, élargirent l'horizon gascon de leurs disciples. Ne nous dit-on pas de l'un d'eux, Cordier, « qu'il était le plus apte et convenant à exercer escolles que homme de nostre temps aye été en langue françoise... (2) » Plus tard, malgré le Parle-

(1) Ghausoii citée dans le livre de raison des Dudrot de Capdeboscq. Ci. j)lus loin, chapitre vin. Ce frère Thomas passe à Grenoble, Toulouse, Nérac, MoiilauLan, Cahors, Bordeaux, Foix. Il prêchait contre les hérésiarques, précurseurs de la Réforme, et se fit une réputation dans le Midi, puis([u'on le mit en chansons :

La hastonnada le venra Dist frairc Thomas, cordelier, Guerre, famine, provera, etc..

Cf. Patry, Les débuis de la liéformc protestante à Bordeaux (liev. historique. juillet-août 1912).

(.3) Froment, Actes et gestes merveilleux de la cité de Cenèi'e, p. 2'.Vî. Cité

ment qui recommande au Principal de veiller à ce que les écoliers ne se servent que de la langue latine (1), on annonce au collège des représentations de tragédies, moralités, farces, comédies, tant en latin qu'en « françoys «. Avec les Cordier, les Buchanan, les r\'icolas de Gerente, cet établissement a la même action que les Instituts fondés par nos Universités contemporaines dans les pays amis ; non seulement les écrivains du pays, ou établis dans le pays, écrivent leurs ouvrages en français, Elie Vinet, de Lurbe, Pierre de Brach, La Boétie, Montaigne, etc. mais encore le gascon disparaît entièrement comme langue littéraire, on ne le retrouve qu'au xvii^ siècle, dans les Mazarinades (2). C'est ainsi que par la politique d'abord, par la langue ensuite, par la culture générale enfin, la Guyenne bordelaise prend place dans l'histoire intellectuelle de la nation et compte désormais comme une province de l'esprit français (3).

in Patry, Les débuts de la Réforme protestante à Bordeaux [Revue historique),

(1) Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, t. XXII, 1873. Une page de l'histoire de Guyenne. Pour d'autres détails, voir Jullian^ Histoire de Bordeaux, chap. xxi, p. 347 et sqq. Massebiau, Le programme du Collège de Guyenne, Re\>ue pédag., janv. 1886.

(2) Cf. JuLLiAîs, Hist. de Bordeaux, p. 355, 358, 490. Bourciez, La langue gasconne à Bordeaux, Bordeaux, 1891.

(3) On sait qu'une portion du territoire qui fait l'objet de ce chapitre a été colonisée par les Saintongeais et des Poitevins, à peu près à l'époque qui nous occupe : ceux-ci introduisirent avec eux leur parler, qui n'était pas gascon, d'où leur surnom de Gavaches. Il y eut deux zones de peuplement : l'une en bordure de la Guyenne entre Coutras, Guitres et Blaye, l'autre au cœur du pays, le long de la vallée du Dropt dans le canton actuel de Montségur. La première forme la Grande Gavacherie, l'autre la Petite Gavacherie. Les documents ne laissent pas apercevoir quelle put être, en ces temps, l'influence de ces nouveaux venus. De nos jours, pour la région de Montségur, le gascon coexiste avec le gavache. Bourciez, La conjugaison dans le gavache du Sud. Revue des Universités du Midi, 1896.

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