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LA RÉGION DE CARCASSONNE

par le sénéchal et les habitants de Carcassonne est libellé en français dans un procès- verbal latin. Les coutumes confirmées par le roi sont mises en français (Trebes, 1464) (1). Au début du xvi^ siècle, les procès- verbaux de tournées épiscopales sont en français (2).

Mais c'est le latin qui est ici, avant toute autre, la langue des gens qui écrivent.

Au xvi^ siècle, la transformation s'opère : si la plupart des communautés n'ont conservé que des textes modernes, quelques-unes sont assez bien pourvues. Un petit nombre de sondages suffit à établir que la substitution s'effectue suivant les mêmes modalités que partout ailleurs.

Castelnaudary semble avoir inauguré la réforme. Les délibérations qui remontent à 1515 remplacent le roman par le français en 1522, bien que le secrétaire ne change pas (3). Le roman persiste encore dans un état des lieux de la sénéchaussée, de 1553, où il est fort altéré (4). A Limoux (5), les procès- verbaux des élections consulaires sont en latin ou en roman, plus souvent en latin. A partir de 1516, c'est le français qu'on emploie définitivement, sauf quelques retours momentanés au roman (1525, 1527, 1539). Les deux indications suivantes marquent la substitution des idiomes : « L'an rnyla V trenta nou finissen quaranta son estaz elegitz quonsuls... » et plus loin . « L'an mil cinq cens trente neuf et le premier jour de janvier..'.

(1) Mahul, op. cit., t. I, p. 380.

(2) Ibid., t. II, article Villegly.

(3) Communie, de M. Poux, archiv. départemental.

(4) CiiAMPOLLiON-FiGEAc, Doc. iiiédUs, t. pr.

(5) Communie, de M. Sabarthès, d'après AA^ et AA^, in Arch, com. de Limoux. Détail : procès-verbaux latins de 1444 à 1500 (AA-, fol. 4-5), et romans, 1453-55 (AA, fol. 2) ; latins, de 1502 à 1509 dans AA^ (fol. 2 et 3) ; romans, 1503, 1508, 1512, 1514 (fol. 73) ; romans, 1509, 1510, 1511, dars AA' (fol. 68 et 69) ; latin, 1514 (AA', fol. 70) ; français, 1516, 1517, 1518, 1519, dans AA^ (fol. 74, 75) ; encore en 1520, 1521, 1522, 1523, 1524, 1525 1526 (dispersés dans AA' et AA'') ; en 1525-27, retour au roman (AA', fol. 72 et AA*, fol. 72) ; 1530, français (AA\ fol. 2) ; 1531, latin (AA>, fol. 70) ; 1532 (AA^ fol. 68), français ; 1536, 1538, français (AA', fol. 69-73) ; 1534, roman (AA', fol. 6). La suite est en français : noter qu'en 1646, il y a un retour inattendu et momentané au roman, AA'', fol. 17. En somme, on a dû faire de l'opération un double compte rendu, l'un latin, l'autre roman jusqu'en 1515. Ensuite le français s'impose, éliminant les deux langues, après une très courte période de transition.

jurent créés et intitulés en consuls. » Les règlements et sentences consulaires sont en roman en 1525-1530 ; en 1535, en français (1). Après 1540, un compoix est encore en roman. Désormais !e français prévaut à l'Hôtel de ville : en 1576, il sert à traduire les privilèges locaux, « un livre ort ancien, escript en langue cathelanne, de nouveau traduict et mis en français par moy Bertrand Valy de Saint Privât en Auvergne » (2).

Montréal a conservé de même ses procès-verbaux d'élections consulaires. Jusqu'en 1551, ils sont en roman; en 1552, 1553 1554, ils sont en français (3) ; 'e roman reparaît en 1596, 1597, pour la dernière fois. La municipalité est ici plus attardée qu'ailleurs et que les notaires du lieu qui se conforment à l'ordonnance de Villers-Cotterets (4).

Carcassonne laisse peu de documents, pour qu'on y surprenne la transition du roman au français. Les comptes de l'église paroissiale de Saint- Michel (1417-1450) (5), un statut des tisserands (1514), la recherche générale du diocèse (6) (1533) prouvent que le roman, du xv^ au xvi® siècle, n'est pas déchu. Déjà dans ces documents, le dialecte est fortement contaminé. Après 1540, le français se généralise : comptes et inventaires du chapitre de Saint- Nazaire (1544), statuts des tisserands (1566) (7), délibérations municipales (fin xvi^), etc. Le fait typique est la traduction du leudaire (1544)^ afin que chacun l'entende « et sache que payer » (8). L'introduction du français est de fraîche date, car il comporte beaucoup de termes romans, mais le public « entend » plus ou moins désormais la langue du Nord.

(1) BuzAiRiEs, Règlements et sentences consulaires de la ville de Limoux, Limoux (1852). Noter qu'on fait appel à un étranger.

(2) Catalogue des mscr. de la Bihliolh. de Carcassonne^ n° 89. Privilèges de Limoux.

(3) Sabarthès, Coutumes, libertés et franchises de Montréal (Aude),

(4) Voir dans Mahul, t. III, art. Montréal.

(5) Mém. Soc. sciences, arts de Carc. (1913, p. 90 note).

(6) Voir Mahul, t. VI, textes nombreux, le plus souvent en latin.

(7) Mahul, op. cit., t. V et t. VI. /n^^. som. Arch. dép. Aude, série G. Chapitre de Saint-Nazairc.

(8) Mém. Soc, sciences, arts de Carc, t. I, p. 316. La traduction porte : Fait à Carcassonne à la cour de la sénéchaussée . on trouve des expressions composites, « charge de fustani, cuirs d'ases ",

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