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LA HÉGIO.X DE CARCASSONNE

expulsé le latin et l'idiome du domaine de l'écriture, mais il se répand avec plus de lenteur dans la pratique courante. En 1546, le cardinal Salviate fulmine un monitoire (1) contre des malfaiteurs qui ont opéré chez un certain P. Gervais, marchand de Castelnaudary ; ce monitoire est en roman. Un bréviaire de l'église de Carcassonne (2) (1553) reproduit le Modus concionandi, qui est usité dans le diocèse de Toulouse. Un livre d'heures (3) de la Bibliothèque de Carcassonne contient des notes, en roman, de 1572, dues à un de ses possesseurs.

Que le menu peuple, - — surtout dans les campagnes, — ait été plus rebelle à la francisation, une preuve en reste à l'église de Fournes (4). Les comptes y sont en roman jusqu'en 1572 ; après quoi s'exerce l'influence voisine du français ; le français alterne ensuite avec le roman jusqu'en 1596 ; le dernier texte vulgaire est de 1620 : jusqu'à la fin du xyi*^ siècle, c'est une langue hybride qui est employée ; il y a donc quelques points isolés où le français trouve peine à s'imposer, bien que l'ensemble des communes rurales se modèle sur les villes et sur les notaires. Une autre preuve ressort de la toponymie. Alors qu'en Gascogne, en Quercy, après 1540, ceux qui écrivent s'ell'orcent de donner aux noms de lieux une terminaison française et de franciser l'article, ici, on conserve longtemps la forme romane, même aux noms communs qui entrent dans la terminologie géographique (5) : ung moly farinie appelât des quctres (1572) compoix de Montolieu) ; al hosc de las Fangues (1594 ; Arch. G., recherche du diocèse d'Alet) ; al serrât, al castellas, al rec, la croux, la gleize reparaissent souvent : croux de Sant

(1) L';i monj'ioiVe Je 1546, Bordeaux (1846), sans nom d'auteur (Brunit ?). Il a été trouvé dans les papiers de la famille Gallier à Castelnaudary,

(2) Sabarthès, Bibliographie de l'Aude, n° 2729-.

(3) Calai, des mscr. de la Bibl. de Carc, n° 8. Officium bcatae Mariae. Fol. I : « Las présentes heures sont a moy sire Pierre Barrau, mcrchant deu prcsant lieu de Lauran. Pierre Barau, vieus. Le dimccres scptiesmc ouctoubrc mil cinq cens septante deux, es anade de vide a trespas ma famé, Marie Voudofîre, que Dieu perdon per sa saincte grassie » ; au folio de garde autre notice analogue de 1603, en français.

(4) R. L. Ji, (181)9). J. Anglade, yotice sur un livre de comptes de i Eglise de Fournes, p. 236 et sq.

(5) Sabarthès, DiUion. topogr. de l'Aude, 1912. On y trouvera, à l'ordre alphabétique, toutes références utiles, et aussi de multiples exemples complémentaires.

Marty (1604, compoix) ; al rec de ViUoroiije (comp. 1609) ; la iileize (le Saint Fellix (1618, compoix) ; las carhounières de Pepeyroux (1633, compoix d'Embres) ; à la gleize de Poux (1643, compoix de Clavels) ; al moly drapie (1643, comp. de Fontcouverte) ; las Falguieres ou autrement al prat de la FargaQa (1649, G. 76) ; al bisconte (1666, compoix de Fabrezan) ; la gleize vieillo (1692, comp. de Tuchan) ; un ort as barris de Sant Marty (xvii® s., Arch. com. de Narbonne) ; al rec de Fon de Fa (com. de Cascatel, 1737) ; lo camin gran de la Trii'alle (1) à Carcassonne (1687), etc. Souvent la plume a hésité : V Alfaric hiel, V Alfaric noui>el (1576) ; mais, dans l'ensemble, l'écriture révèle ici la ténacité de l'usage ; et bien que la région de Carcassonne, dans cette histoire de la francisation, ne diffère pas des autres provinces limitrophes, toutefois on a quelques raisons de présumer que la victoire du français n'a été suivie que de résultats superficiels.

(1) Mahul, op. cit., t. V, p. 738.

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